La pseudo-écologie (ou écologisme) repose sur plusieurs principes, qui reviennent de manière récurrente :

  • Une conception aberrante des conflits d’intérêts. Ils présentent le moindre lien, passé, présent ou futur, direct ou indirect, avec une entité qu’ils auraient définie comme « mauvaise » comme une sorte de discrédit absolu. Cela leur donne un pouvoir de nuisance pour contrôler le débat public.
  • La glorification de la pureté. Il s’agit ici glorifier la pûreté: l’humain, le progrès, la technologie seraient une souillure qui pervertirait l’environnement. Je peut aussi parler d’hygiénisme, car il s’agit d’une logique sanitaire. L’un des procédés rhétoriques les plus fréquentes est de passer du scientifique (ex: ‘tel pesticide a tel effet toxique dans telles conditions’) vers cette logique de pûreté (« tel pesticide est toujours toxique dans toutes les conditions.)

(liste non exhaustive)

Une conception aberrante des conflits d’intérêts

Un principe fondateur de la pseudo-écologie est une certaine conception des conflits d’intérêts permettant de contrôler le discours et de protéger leurs narratifs. L’idée est, en substance,

En même temps, cette conception extrême des conflits d’intérêts ne va que dans un sens: les associations, partis politiques et autres ONG sont exonérées par principe de tels conflits.

Une conception extrême des conflits d’intérêts contre les uns

« Pour Corporate Europe Observatory (CEO), un expert se trouve en situation de conflit d’intérêts lorsque, dans les cinq années précédant son mandat, il a eu des liens financiers avec le secteur industriel dont il doit évaluer les produits.

Ces liens peuvent être la détention d’actions, des contrats de consultance, des financements de recherche… Ils peuvent être directs si ce sont des entreprises qui sont à l’origine des flux financiers, indirects si ces financements transitent par d’autres organisations (sociétés savantes, associations professionnelles, organismes de rattachement…). […] »

S. Foucart, « Sécurité alimentaire : l’agence européenne minée par lesconflits d’intérêts, selon une ONG », Le Monde, 14 juin 2017

Globalement, lorsqu’il s’agit d’entités que la pseudo-écologie veut faire passer pour mauvaise, le conflit d’intérêt a:

  • Une conséquence absolue: l’avis de la personne n’aurait plus aucune valeur.
  • Une portée monumentale. En effet, la personne serait touchée si
    • si elle ou son employeur est financé (par un quelconque moyen) par un industriel dont il doit évaluer les produits
    • si cette situation est passée, présente ou future.

Une conception très souple des conflits d’intérêts pour les autres

Au contraire, les conflits d’intérêts les plus graves sont parfaitement admis s’ils sont au bénéfice des entités définies comme « bonnes ». On a notamment pu voir:

  • Mobilisé comme référence une étude complètement bancale arguant l’inutilité des néonicotinoides lourdement financée par des entités ayant directement intérêt à ses conclusions.
  • Défendu mordicus Christopher Portier, qui, a, quelque jours à peine après la publication de l’avis du CIRC classant le glyphosate comme cancérigène probable, a signé un contrat pour des cabinets d’avocats poursuivant Monsanto. Il a gagné au final plus de 170 000$.

Je n’ai pas vu passer de dérogation à ce principe.

La glorification de la pureté (ou « hygiénisme »)

Un autre grand axe de la pseudo-écologie est l’omniprésence d’une glorification de la pureté, que j’appelle « hygiénisme ». La nature serait souillée par la technologie et il faudrait l’en purifier. Cela semble très proche du néo-luddisme. J’aime parler d’hygiénisme, car on est dans une logique sanitaire: il faut être « propre », ne pas salir. Notez qu’on retrouve cette idée derrière la conception extrêmiste du conflit d’intérêts, où les organisations pro-technologie souilleraient les individus s’en approchant.

La fallacie des résidus

L’un des principaux ressorts de cette glorification est son corollaire: la diabolisation des « résidus ». Il s’agit de présenter comme terribles les moindres résidus de pesticides ou de radiations nucléaires.

Je consacrerais des articles spécifiques dédiés à ces désinformations.

Le passage du pragmatique à l’hygiéniste

Le problème de cette logique est son peu de crédit: si elle n’avance pas masquée, sa dimension dogmatique quasi-religieuse est trop visible. Les pseudo-écologistes mobilisent donc souvent une technique permettant de prétendre l’ancrer dans un discours scientifique: le passage du pragmatique à l’hygiéniste. J’en parle dans S. Foucart et les néonicotinoides (chap.3, V):

S. Foucart a souvent tendance à s’appuyer sur un élément sérieux, comme une étude scientifique, et à lui faire dire (directement ou indirectement) qu’il faudrait entièrement supprimer les NNI. J’appelle cette mécanique passer du raisonnement pragmatique au raisonnement hygiéniste. Le premier type porte sur un effet, une utilité : « cela a tel effet sur ceci en telles circonstances, pour le prévenir on peut faire ceci ou cela. » Au contraire, la logique hygiéniste tend à une forme de pureté : « c’est mal, il faut le supprimer, en purifier la nature ». S. Foucart s’appuie souvent sur le premier pour faire passer le second.