C’est un fait qui devient de plus en plus évident, surtout à mesure que l’urgence environnementale devient pressante : l’écologie politique n’a rien d’écologique et tout de politique. Néanmoins, se limiter à ce constat n’est pas très productif.

On peut l’évoquer comme une évidence, en relevant par exemple que leur obsession antinucléaire est antienvironnementale, mais c’est, je pense, passer à côté du problème. Il ne s’agit pas que d’erreurs, qu’il faudrait débunker, mais d’un système.

[Rq: on pourrait aussi parler d’écologisme, mais je ne connais pas précisément les contours de ce terme et je le trouve moins parlant]

Il y a des acteurs, qui ont chacun un marché à exploiter (réseaux sociaux, organismes réglementaires, entreprises …), des rétributions à apporter (estime de soi, argument de vente, atouts « manageriaux », renommée, etc.), des éléments de discours à mobiliser et des stratégies de croissance (entrisme, utilisation des médias, etc.).

C’est très bien de les débunker, de les mettre en face de leurs erreurs et de permettre aux profanes de faire de même, cela leur rend les choses plus difficile et limite la diffusion. Mais au final cela ne les empêche pas de prospérer, d’adresser leur cible et de placer petit à petit leurs atouts marketing, leurs leviers d’influence. L’exemple du nucléaire est le plus parlant: une large partie des français pense encore qu’il contribue beaucoup au déréglement climatique (34% en 2018 !). Idem pour le glyphosate: selon un sondage Odoxa-Dentsu Consulting pour franceinfo et Le Figaro, 81% des Français estiment qu’il faut interdire le glyphosate. Elle est où la victoire là dedans ? Elle est pour qui ?

La vulgarisation agit comme un mur, mais qui cèdera probablement un jour ou l’autre si le mal n’est pas traité à la racine. On pourrait se dire qu’en systématisant la pseudo-écologie, on risquerait de donner de la substance à ce mouvement, mais ce serait se voiler la face: il existe déjà, est très cohérent et prospère parce qu’il n’est pas connu. Combien de personnes croient encore à la bonne foi de Jadot, Lepage, Veillerette, Greenpeace et tant d’autres ? Surtout, c’est un système qui prospère et infiltre de plus en plus la société. On peut parfaitement imaginer que d’autres partis pseudo-écologistes apparaissent et mobilisent plus efficacement toute la désinformation et réussissent, eux, à prendre le pouvoir.

En identifiant précisément le fonctionnement de cet écosystème on pourrait le révéler à la vue de tous. On verrait alors à quel point l’écologie politique actuelle est corrompue par des intérêts privés et qu’elle est déconnectée des objectifs qu’elle revendique. On permettrait également aux sciences sociales d’autres pays de s’intéresser au sujet. On pourrait également apporter des éléments qui pourront être utilisé par les chercheurs futurs, qui seront confrontés à cette même saloperie et se questionneront: comment est-ce qu’on en est arrivé là ?


Le but de ce site est de savoir ce qui s’écrit sur ce thème, de le synthétiser et d’y contribuer. L’idée est de fédérer des efforts de recherche, qui pourront être repris et réévalués par n’importe qui. Cela suppose notamment de définir des corpus et d’appliquer des méthodes de raisonnement qui puissent être généralisables. Vous pouvez déjà trouver mon analyse des articles d’un journaliste sur un sujet : Stéphane Foucart et les néonicotinoides. La multiplication de ce genre de travaux permettrait par exemple d’identifier les leviers grâce auxquels des journalistes désinforment.

On peut identifier plusieurs axes de recherches :

  • Etudier les acteurs et leur histoire. Plusieurs entités me semblent particulièrement intéressantes : Greenpeace, Pierre Rabhi et Vandana Shiva. De manière générale, je pense qu’il faut aller voir du côté des représentants historiques de la pseudo-écologie. Il est difficile d’étudier les politiciens les plus connus, qui sont plus dans l’exploitation des éléments idéologiques préexistants que dans la conception. De plus, on voit d’autant moins clairement les récurrences qu’on est proches de leur production.
  • Etudier la presse. Avoir une analyse systématique du traitement médiatique de plusieurs sujets serait très instructif (ex: la présentation de la réautorisation des NNI sur betteraves décidée fin 2020).