Sur le Front, Hugo Clément et le maïs (06-2025)

Publié le 20/11/2025

Par Alexandre

Le 16 juin 2025, FranceTv a diffusé un épisode de "Sur le front" dédié au maïs. J'ai retrouvé deux extraits, que je vais insérer et commenter ici.

La filière maïs a bien compris qu'il s'agissait d'une attaque et dénonce une émission à charge.

Ce dénigrement ressort clairement d'un post Facebook du 14 juin 2025, qui décrit le maïs comme "pullulant", comme s'il s'agissait d'une espèce nuisible.

On voit, en outre, à sa description, une raison pour les agriculteurs de s'associer aux pseudo-écologistes : l'envie.

C'est un levier central dans la désinformation agricole, les agriculteurs transfuges ayant largement conçu en réalité l'argumentaire pseudo-écologiste, conçu autour du mythe du modèle agricole industriel. C'est leur dénigrement des pratiques qu'ils considèrent majoritaires qui ont développé petit à petit ce dernier.

Commençons donc avec la partie axée sur l'intervention d'une agricultrise.

Utilisation du maïs

Dans cette vidéo, Hugo Clément accompagné d'une agricultrice aborde le sujet de la méthanisation.

Il commence par présenter le maïs comme "pullulant" (post FB sus-cité) : "À sa gauche, à sa droite, devant et derrière chez elle. Partout, des champs de maïs." Il continue en montant en épingle l'ampleur de la récolte ("énormes tracteurs").

Ils font des rondes pour obtenir des images et pistent des convois, comme s'ils filmaient quelque chose d'illégal ("remonter la piste du maïs"). Or, la méthanisation est une activité réglementée sur laquelle il y a des statistiques. Le journaliste n'apporte aucune information réelle avec son "pistage", juste cette impression, ce sentiment qu'il y a quelque chose de mal, de caché.

Il se victimise quand l'agriculteur dont il suivait le camion l'arrête et le menace.

C'est une des stratégies des pseudo-écologistes, notamment utilisées contre les chasseurs : provoquer l'affrontement et se victimiser.

La réponse de l'agriculteur (partiellement coupée) traduit d'ailleurs la souffrance générée par la pseudo-écologie (et la malignité de "l'agriculture", je mets en gras) :

- C'est vous qui suivez mes tracteurs-remorques là ? Qu'est-ce que vous faites ?

- On fait juste un reportage monsieur ...

- Qu'est-ce que vous allez encore baratiner sur ça ? Qu'on fait du n'inporte quoi ou j'en sais rien ?

- Vous estimez que vous faites n'importe quoi ?

- Mais non on fait bien, mais on peut plus se défendre ! On nous emmerde sans arrêt.

- Mais défendre de quoi en fait ?

- De notre façon de travailler que mes vaches sont enfermées, qu'elles ne font pas au pâturages et puis c'est comme ça. C'est tout ! Mais faut nous laisser faire ce qu'on fait.

Cela illustre l'hypocrisie absolue de la pseudo-écologie se prévalant des souffrances des agriculteurs.

Et qu'il ne faut JAMAIS parler aux pseudo-écologistes.

Pesticide

"Comme de nombreux paysans, Charlotte dénonce l’utilisation du maïs pour la méthanisation, car, selon elle, cela monopolise des terres agricoles, au détriment de ceux qui veulent produire de l’alimentation. Elle estime que c’est du gâchis, d’autant plus que la culture de maïs demande beaucoup d’eau et de pesticides… "

Ici, rien de concret, juste un anathème.

On retrouve le point évoqué plus haut, qui est l'envie : en dénigrant les pratiques des collègues, elle espère diminuer la rentabilité de leur activité et donc la valeur du foncier.

C'est aussi la technique de la "citation abusive", qui consiste à citer quelque chose que le journaliste ne peut pas dire pour conserver l'apparence de neutralité. Ici ,c'est surtout de qualifier la méthanisation de "gâchis".

Notons également l'emploi récurrent du terme "paysan", élément de langage pseudo-écologiste tendant à assigner aux agriculteurs une image de l'agriculteur prolétaire pour lequel l'agriculture n'est pas tant une activité économique qu'un sacerdoce.

"Pour moi, ce n'est plus des agriculteurs, c'est des agri-managers, des énergiculteurs, des je-ne-sais-quoi, mais... Ce n'est plus des paysans, quoi." (5'46")

Semences

Ils vont sur un site de vente de semences et se scandalisent qu'il y ait de nombreuses semences dédiées la méthanisation et très peu de semences bio. (6'10")

Le dénigrement continue : "C'est fou, c'est le monde à l'envers. Moi, ça m'écoeure... "Semer l'avenir depuis 1856". Bah là, ils sont plutôt en train de détruire l'avenir."

Ainsi, sans rien avoir à reprocher de concret à l'entreprise (pourquoi proposer peu de variétés bio serait "mal" et justifierait ces attaques ?), ils dégradent son image de marque (ils ne la citent pas mais le slogan et le site permettent de l'identifier).

Ce type de pression marchande encourage la soumission des entreprises (on a vu ça avec Greenpeace et le bio dans les années 2000 notamment) à l'écosystème. On imagine facilement qu'une entreprise donnant de l'argent à ce dernier sera moins attaquée par ce type de dénigrement gratuit.

Le quota de 15%

La dernière partie consiste à dramatiser l'importance de la limite de 15% de cultures dédiées à la méthanisation. Sans préciser à aucun moment, il va traiter cette norme comme si elle était cruciale en appuyant sur le fait qu'elle ne soit pas toujours respectée.

C'est la rhétorique du juridisme : monter en épingle l'importance d'une règle que l'Ennemi ne respecterait pas.

Irrigation du maïs

La seconde partie diabolise l'ampleur de l'irrigation sur le maïs.

Il commence par mettre sur le même plan l'irrigation et le fait de laver sa voiture ou d'arroser sa pelouse :

"

Voix off : "L'été, dans ce département, il est souvent interdit de laver sa voiture ou d'arroser sa pelouse, mais ces immenses cultures de maïs peuvent au même moment continuer à irriguer en toute légalité.

A. Baudrillard : "Ce ne sont pas les Grandes Eaux de Versailles car on en est un peu loin, mais ce sont les grandes eaux de Charente. C'est ce qu'on a, nous, comme paysage... Ah bah ça fait mal au cœur, parce qu'on peut voir à côté l'herbe toute sèche. [...] On marche sur la tête, mais ... on marche sur la tête gravement."

Encore une fois, le dénigrement est fin : le "en toute légalité" sonne comme une condamnation, de même que "ça fait mal au coeur" ou "on marche sur la tête". Il n'y a aucun reproche explicite, juste un dénigrement implicite (qui renvoie aux nombreux argumentaires anti-irrigation).

Cette comparaison triviale est répétée plus loin : "Nous, on prend des douches mais plus de bains car on dit qu'on utilise trop d'eau, et ici, c'est une baignoire géante qui va arroser une plante qui n'est pas adaptée sur une terre non adaptée dans un climat non adapté." (3'04)

Encore une fois, il reprend les codes de l'investigation, pour "remonter la trace de l'eau".

On retrouve la thématique de l'accaparement : "C'est un pillage de la ressource." (4'28) Bien sûr, encore une fois le journaliste laisse la parole à la militante.

Un petit commentaire, "C'est du délire agro-industriel", renvoie d'une part à la désinformation sur le modèle agricole et s'inscrit dans la psychologisation : ce modèle serait un "délire", une folie et ses partisans seraient pris dans cette folie collective. Cela permet de les disqualifier.

On retrouve le dénigrement des agences. Après avoir énuméré les pompes et monté en épingle leur débit, l'intervenant déclare "Le problème, c'est qu'il y a beaucoup de pompes comme ça, et le cumul de tout ça, pas sûr qu'on le maîtrise complètement."

Encore une fois, vu que c'est l'intervenant qui fait ce dénigrement, Hugo Clément peut s'en laver les mains.

Commentaires généraux

L'énormité

L'ampleur, "énorme", est un élément de langage répété : les champs, les tuyaux, etc. :

Appels à l'émotion et flou artistique

Le 'journaliste' met au coeur de son documentaire l'émotion

"Bonjour, Hugo ! Cette belle rivière, c'est celle de mon enfance."

À l'inverse, les chiffres sont rarissimes. Pour décrire le niveau de l'eau, il demande simplement à l'intervenant, qui dit "Mais c'est très, très bas". Le contexte permet d'accuser l'irrigation. Encore avec le même intervenant :

"Est-ce qu'il y a des contrôles sur ces pompes pour vérifier quelle quantité d'eau est prélevée ?

- En théorie oui, dans les faits, je n'ai pas l'impression qu'il y en ait beaucoup.

- Plus on prend d'eau, moins il y a de débit et moins il y a de débit, moins la rivière est en bonne santé." (Irrigation, 7'50)

"C'est pour la même raison que beaucoup de bassines agricoles se construisent dans la région et créent des frictions avec les autres utilisateurs de l'eau. Dans tout le sud-ouest de la France, des habitants grincent des dents, même ici, au pied des Pyrénées." (Irrigation, 5'08)

(liste non exhaustive)

Transcriptions

Vidéo sur l'extraction d'eau

Agnès Baudrillard : Je m'appelle Agnès Baudrillard, j'ai 66 ans et je me bats pour la préservation de l'eau, des rivières et de nos nappes phréatiques.

Hugo Clément : Ce qu'elle reproche à ce maïs, c'est qu'il pousse en plein été et qu'il ait donc besoin d'eau au pire moment de l'année, à la saison où la région en manque cruellement.

Agnès Baudrillard : Ah ! Voilà un arrosage de maïs. Il y a encore un autre système d'arrosage... Là aussi, une magnifique rampe en plein travail.

Hugo Clément : Regardez la forme du champ : il est arrondi pour s'adapter à l'irrigation. L'eau arrive ici, la rampe d'arrosage pivotante est là, le champ a été planté pour s'adapter à la rampe d'arrosage. Le principal inconvénient du maïs, c'est que c'est une plante tropicale.

Agnès Baudrillard : Dans un climat tropical, il pleut beaucoup en plein été, quand il fait très chaud, idéal pour le maïs.

Hugo Clément : Pour bien pousser chez nous, il a besoin d'un volume d'eau énorme en plein été, au moment où il ne pleut pas, où il n'y a plus d'eau !

Agnès Baudrillard : L'été, dans ce département, il est souvent interdit de laver sa voiture ou d'arroser sa pelouse, mais ces immenses cultures de maïs peuvent au même moment continuer à irriguer en toute légalité. Ce ne sont pas les Grandes Eaux de Versailles car on en est un peu loin, mais ce sont les grandes eaux de Charente. C'est ce qu'on a, nous, comme paysage... Ah bah ça fait mal au cœur, parce qu'on peut voir à côté l'herbe toute sèche.

Hugo Clément : Des champs secs, beiges, à côté du maïs, vert vif.

Agnès Baudrillard : On est en vigilance canicule depuis hier midi donc l'irrigation continue en plein soleil. On marche sur la tête gravement. (Elle souffle) Eh ben il fait vraiment 40 degrés... 40 degrés et un soleil de plomb.

Hugo Clément : D'où vient toute cette eau quand on est loin des rivières, des fleuves, des étangs ? Agnès est devenue une spécialiste pour remonter la trace de l'eau.

Agnès Baudrillard : Et voilà. Un bassin avec de l'eau pompée.

Hugo Clément : L'eau arrive en permanence en plein été.

Agnès Baudrillard : Là, le débit est énorme. Oh ! La pompe fonctionne en continu donc c'est de l'eau qui va irriguer ce champ de maïs. Nous, on prend des douches mais plus de bains car on dit qu'on utilise trop d'eau, et ici, c'est une baignoire géante qui va arroser une plante qui n'est pas adaptée sur une terre non adaptée dans un climat non adapté. Si c'était une plante adaptée, on n'aurait pas besoin d'apporter de l'eau. Autour de nous, vous êtes d'accord avec moi, on voit zéro rivière, pas de plan d'eau... On voit bien que la terre est sèche. Et l'eau, là, elle vient bien de quelque part.

Hugo Clément : L'eau n'est pas pompée dans la nappe phréatique. Agnès va nous emmener à l'autre bout du tuyau, un tuyau enterré sur 5 km.

Agnès Baudrillard : Et que découvre-t-on au bout de ce chemin ? Une petite cabane. Ce n'est pas la cabane du pêcheur. C'est le pompage. On voit déjà l'énormité des tuyaux.

Hugo Clément : C'est là qu'est pompée l'eau qui irrigue le maïs. Pompage industriel.

Agnès Baudrillard : C'est bruyant... C'est impressionnant. Oh ! L'eau est pompée dans le fleuve Charente.

Hugo Clément : Ce fleuve a atteint un débit historiquement bas en 2020. La préfecture affecte des volumes de prélèvement maximums, mais après plusieurs étés de sécheresse, ces installations font de plus en plus polémique.

Agnès Baudrillard : C'est un pillage de la ressource. 1, 2, 3, 4, 5 tuyaux... Ici, on voit les compteurs. On va regarder sur celui-là : 20 335 m3. Hé ! Celui-là, il avance très vite ! Le volume horaire du pompage est impressionnant. Je referme, du coup, hein ? Il y aura mes empreintes dessus ! Et hop, c'est enterré. C'est du délire agro-industriel ! (Rire amer) Ce n'est pas drôle, pourquoi je rigole ?

Hugo Clément : C'est pour la même raison que beaucoup de bassines agricoles se construisent dans la région et créent des frictions avec les autres utilisateurs de l'eau. Dans tout le sud-ouest de la France, des habitants grincent des dents, même ici, au pied des Pyrénées. Il y a un champ de maïs juste là et je crois qu'ils nous attendent. Bonjour, Philippe !

Philippe : Bonjour, Hugo ! Cette belle rivière, c'est celle de mon enfance. Je vais te montrer comment la culture du maïs a pu la métamorphoser.

Hugo Clément : On s'équipe ? Allons-y ! Voilà ! Nous avons loué ce petit bateau de rafting pour touristes. Ça fait partie des activités de l'été sur le gave d'Oloron. OH, OH ! À l'abordage ! C'est un niveau d'eau habituel ?

Philippe : Ah non, non... Enfin, ça le devient, malheureusement. Mais c'est très, très bas.

Hugo Clément : D'ailleurs, on racle, là ?

Philippe : Oui, on racle. Philippe veut nous montrer des détails que les vacanciers ne voient pas forcément. Bah voilà, c'est ce que je voulais te montrer. C'est une première qu'on voit... C'est une pompe qui aspire l'eau pour irriguer les maïs qui sont au-dessus, sur la plaine.

Hugo Clément : Ils se servent directement dans la rivière ?

Philippe : Oui.

Hugo Clément : Derrière ce tuyau, un champ à perte de vue bien vert, parfaitement irrigué. Arrosage automatique. Ça prend beaucoup d'eau ?

Philippe : Vu le diamètre du tuyau, j'estime que c'est du 50 m3/h.

Hugo Clément : C'est-à-dire, à plein débit, 250 baignoires chaque heure ou 1 baignoire toutes les 15 secondes. Donc ils prennent l'eau directement dans la rivière pour arroser le maïs pendant l'été ?

Philippe : Exactement. Le drame, c'est que cette eau est pompée au moment où la rivière en a le moins à donner, quoi. Le problème, c'est qu'il y a beaucoup de pompes comme ça, et le cumul de tout ça, pas sûr qu'on le maîtrise complètement.

Hugo Clément : Tous les ans, la préfecture autorise un prélèvement maximum de 50 millions de litres d'eau pour tous les agriculteurs du département, et c'est principalement utilisé dans les champs de maïs.

Philippe : Il y en a une là-bas ! Il y en a encore une, là. Eh ouais, encore une... On en retrouve tout le long du gave d'Oloron.

Hugo Clément : Donc là, il y en a 2.

Philippe : Oui.

Hugo Clément : Nous progressons dans une rivière où il y a très peu d'eau certains étés à cause de la sécheresse et du manque de neige en montagne. Des espèces de poissons comme la grande alose ou la lamproie sont aujourd'hui menacées de disparition. Est-ce qu'il y a des contrôles sur ces pompes pour vérifier quelle quantité d'eau est prélevée ?

Philippe : En théorie oui, dans les faits, je n'ai pas l'impression qu'il y en ait beaucoup.

Hugo Clément : Plus on prend d'eau, moins il y a de débit et moins il y a de débit, moins la rivière est en bonne santé.

Philippe : Exactement. Plus le courant se ralentit, plus l'eau se dégrade. Plus elle chauffe, moins elle est filtrée et finalement, une eau qui stagne croupit à la fin. On se rapproche donc petit à petit de la mort des rivières.

Transcription : vidéo sur la méthanisation

Charlotte Kerglonou : Je suis Charlotte Kerglonou, j'ai 37 ans, je me bats pour une agriculture paysanne qui respecte et protège l'environnement.

Hugo Clément : Nous sommes juste après les vacances d'été, en pleine période de récolte.

Charlotte Kerglonou : On est sur un champ de maïs qui est en train d'être récolté. À droite, c'est du maïs aussi. On voit que la saison de récolte va bien démarrer. La machine qui récolte le maïs, c'est comme le cou d'une girafe, ça crache le maïs. Il faut que la remorque soit en dessous. Dès que les remorques sont pleines, il faut que celles d'après soient déjà prêtes.

Hugo Clément : À sa gauche, à sa droite, devant et derrière chez elle. Partout, des champs de maïs. Voyez comment celui-ci est récolté : on ne prélève pas l'épi de maïs en lui-même. Toute la plante est ramassée et broyée sur place. Ça fait beaucoup de nourriture pour les vaches, quoi.

Charlotte Kerglonou : Oui, on se dit que ça fait vraiment beaucoup.

Hugo Clément : Ce maïs entièrement broyé, le maïs fourrage, ne peut pas être consommé par les hommes. Il ne peut être mangé que par les ruminants. Un peu par les chevaux, les moutons et surtout par les vaches. À cette période, d'énormes tracteurs se croisent sur toutes les petites routes de campagne.

Charlotte Kerglonou : Encore un autre, là.

Hugo Clément : Et ce ballet s'étale pendant plusieurs semaines.

Charlotte Kerglonou : C'est là qu'on voit vraiment l'ampleur du maïs.

Hugo Clément : On imaginait filmer quelque chose de parfaitement anodin, mais ce n'est pas le point de vue du propriétaire du champ. Il nous encercle avec ses tracteurs sur la voie publique et nous empêche de partir tant que nous n'avons pas décliné notre identité. L'agriculteur finit par nous laisser reprendre la route. Nous pouvons continuer à remonter la piste du maïs.

Charlotte Kerglonou : Il y a un tracteur avec une remorque pleine de maïs, on va voir où il va. Je ne sais pas où on s'embarque mais on va le suivre.

Hugo Clément : Nous avons donc choisi celui-là, rempli de maïs broyé à ras bord. Il rejoint la route départementale.

Charlotte Kerglonou : Ça fait un moment qu'on roule. Ils en font, des bornes. Là, il tourne à gauche...

Hugo Clément : Puis il reprend une route un peu plus petite.

Charlotte Kerglonou : J'ai l'impression que c'est une enquête.

Hugo Clément : Et un chemin de terre. On dirait bien qu'il rejoint une ferme.

Charlotte Kerglonou : Ah ouais !

Hugo Clément : Et pas une petite ferme.

Charlotte Kerglonou : Je crois qu'on a deviné où on allait.

Hugo Clément : C'est un élevage intensif de vaches. La remorque que l'on suivait se décharge ici. Le maïs peut nourrir les vaches, certes, mais il y en a vraiment beaucoup. Il pourrait alors peut-être servir à ces deux énormes champignons, juste à côté.

Charlotte Kerglonou : Ça ressemble à un méthaniseur.

Hugo Clément : Un méthaniseur, c'est censé récupérer les bouses de vache pour en faire du gaz de ville, une énergie verte. Le principe est simple : les bouses de vache sont enfermées, elles macèrent, produisent du gaz, du méthane, qui est revendu comme gaz de ville. Sur le papier, c'est une très bonne idée. Quel est donc le rapport avec notre maïs ?

Charlotte Kerglonou : Le maïs a un pouvoir méthanogène très important. C'est très performant pour la méthanisation.

Hugo Clément : Une tonne de fumier, ça produit 63 m3 de méthane. Alors qu'une tonne de maïs, ça produit 91 m3, 50 % de plus. Donc ce qui produit le plus de gaz, ce n'est pas la bouse, le déchet, mais le maïs, qui a poussé sur des terres agricoles.

Charlotte Kerglonou : C'est cultiver des plantes qui vont servir à produire de l'énergie plutôt qu'à nourrir les animaux et la population. On a complètement vidé de son sens le principe de la méthanisation, qui était de valoriser les déchets dont on ne savait pas quoi faire.

Hugo Clément : C'est ça que Charlotte voulait nous montrer. Le maïs finit souvent dans des méthaniseurs pour faire du gaz largement subventionné par l'État.

Charlotte Kerglonou : Comme la méthanisation est rentable, on a les capacités financières de proposer plus que la valeur de la terre. Ça fait augmenter les prix.

Hugo Clément : Le prix des terres agricoles augmente en France. D'après Charlotte, un agriculteur qui veut cultiver des plantes pour nourrir la population a du mal à trouver de nouvelles terres car ceux qui font pousser du maïs pour le gaz peuvent proposer plus cher.

Charlotte Kerglonou : Pour moi, ce n'est plus des agriculteurs, c'est des agri-managers, des énergiculteurs, des je-ne-sais-quoi, mais... Ce n'est plus des paysans, quoi.

Hugo Clément : Tout ce maïs transformé en gaz, est-ce un épiphénomène ou est-ce très courant ? Nous aurons une idée en regardant les variétés de maïs proposées en France.

Charlotte Kerglonou : J'ai découvert que pour le maïs, il y a des variétés spécial méthanisation.

Hugo Clément : Ah, carrément ?

Charlotte Kerglonou : Carrément.

Hugo Clément : Sur le site Internet d'un semencier, il y a du maïs pour faire du pop-corn, du maïs pour les animaux, et du maïs pas spécialement nourrissant mais qui fait du gaz.

Charlotte Kerglonou : On choisit si c'est pour faire du grain, du fourrage, de la méthanisation ou du bio. Si je clique sur méthanisation, il me propose 27 variétés différentes de maïs.

Hugo Clément : C'est fou.

Charlotte Kerglonou : Un truc de fou.

Hugo Clément : C'est dingue. C'est des petits noms sympas. Il faut donner envie, quand même.

Charlotte Kerglonou : C'est devenu un business. Oui. Ça veut dire que des chercheurs se creusent la tête pour savoir comment faire un maïs encore plus méthanisable. Je trouve ça hallucinant... Si on regarde combien de variétés de maïs bio ils proposent... 4 résultats !

Hugo Clément : Oh ! C'est dingue !

Charlotte Kerglonou : C'est clairement assumé, le maïs va à la méthanisation, point barre.

Hugo Clément : C'est fou, quand on y pense.

Charlotte Kerglonou : Oui, c'est le monde à l'envers. Moi, ça m'écoeure... "Semer l'avenir depuis 1856". Bah là, ils sont plutôt en train de détruire l'avenir.

Voix off : Normalement, les méthaniseurs ne peuvent pas mettre autant de maïs qu'ils le veulent. C'est maximum 15 % de cultures alimentaires, pas plus. Ça, c'est la loi et c'est pour éviter que toutes les terres agricoles soient uniquement consacrées au gaz. 15 % maximum de la récolte. Mais est-ce vraiment respecté ? Nous voici dans un Sommet de l'élevage, un salon agricole où l'on vient admirer les tracteurs dernier cri, les races bovines traditionnelles et les dernières nouveautés en termes de méthanisation. (Meuglements) Nous filmons en caméra cachée dans plusieurs stands qui vendent des méthaniseurs.

- Bonjour. Excusez-moi, peut-être que vous pouvez me renseigner... Je suis journaliste et je m'intéresse à la méthanisation.

- La réglementation en France impose au maximum 15% de cultures dédiées, essentiellement du maïs. Pourquoi ? Parce que c'est une culture qui est très méthanogène, qui produit beaucoup de gaz.

- D'accord. Plus que la bouse de vache ?

- Oui. Beaucoup plus.

- Ah ouais...

- Oui. Beaucoup plus, oui.

- Ah ouais... Mais du coup, si le maïs permet d'avoir plus de gaz, ce n'est pas tentant d'en mettre plus ?

- Oui, la tentation, elle est forte oui.

- (autre individu) Forcément, y'en a qui contournent le truc. C'est obligé. Moi je ne pourrais pas vous dire "non ça n'existe pas", j'en suis même persuadé.

- (autre individu) Je pense qu'il y en a qui doivent le faire. Il y a parfois des visites où on se dit "ah, il y a un petit doute quand même, je trouve que la production me paraît importante".

- (autre individu) Il yen a ! On le sait qu'il y en a.

- (autre individu) Bah c'est un peu j'ai envie de dire comme sur l'autoroute, c'est limite à 130, il y en a qui roulent à 150, alors que c'est interdit.

- (autre individu) Il y en a qui veulent, qu'à la fin, le chèque soit le plus gros possible.

- Donc c'est l'agriculteur qui écrit ce qu'il a mis dans son méthaniseur ?

- Oui

- Donc s'il veut mentir, il peut mentir ? Les unités de méthanisation sont toutes contrôlées ?

- Bah non.

- En fait aujourd'hui pour moi il n'y a pas de contrôle. Il n'y a pas de volonté de mettre des bâtons dans les roues de la filière à ce niveau-là et donc ça passe.