Aurélie Trouvé, canicule et désinformation antinucléaire [25/06/2026]

Publié le 20/11/2025

Par Alexandre

Aurélie Trouvé a profité de l'arrêt d'une centrale nucléaire pendant la canicule pour dérouler son argumentaire antinucléaire sur franceinfo le 25 juin 2026. Archive audio.

Centrales nucléaires et réchauffement climatique

Journaliste 1 : Aurélie Trouvé, député LFI de Seine-Saint-Denis, bonsoir et merci d'avoir accepté notre invitation. 5 à 15 % vous avez entendu [...] donc de une petite minorité euh du parc nucléaire français qui qui est concerné, quand Jean-Luc Mélenchon dit finalement "une à une, les centrales nucléaires coupent leurs réacteurs", il exagère un petit peu ? (00' 00" - 00' 09")

Aurélie Trouvé : Non, il a raison, c'est-à-dire que les centrales nucléaires ne sont pas résilientes, ou en tout cas seront de moins en moins résilientes vis-à-vis du du réchauffement climatique et vous venez parfaitement d'expliquer que euh et bien notamment toutes celles qui sont en bord de cours d'eau, ça va être de plus en plus un un problème. Par ailleurs, je me permets d'en parler parce que hier j'étais invitée par l'Union française de l'électricité, donc tous les acteurs de l'électricité justement pour débattre des scénarios énergétiques. Moi je, vous le savez, nous la France insoumise, nous défendons à terme un 100 % d'énergie renouvelable. Pourquoi ? Parce que le nucléaire c'est pas seulement que c'est de moins en moins résilient face euh à la montée des canicules, mais c'est aussi que c'est un gouffre financier de 250 milliards d'euros pour les 6 EPR2, hein, donc les les futures, peut-être futures centrales sur sur 40 ans, donc imaginez, 250 milliards d'euros. Donc un gouffre financier, un problème techni des problèmes techniques très clairs, hein. D'abord, les les fameux EPR2 de demain, ils sont que sous la forme de design, ils nous permettront d'ailleurs pas de passer l'effet falaise énergétique et puis, évidemment, c'est aussi euh et bien un problème de de souveraineté puisque vous le savez tout l'uranium est importé. Sans compter évidemment le risque d'accident mortel, évidemment, on en a connu hein, euh un certain nombre, et évidemment risque d'accident qui devient d'autant plus prégnant euh dans euh un contexte de montée en puissance euh des conflits mondiaux, et je finirai en disant ce qui est intéressant, vous avez cité RTE, c'est les réseaux de transport d'électricité. Donc ils étaient là hier, d'ailleurs. Et nous, nous sommes dans le groupe de travail de RTE, et bien plusieurs des des scénarios de RTE, c'est justement avec du 100 % d'énergie renouvelable pour les raisons que je vous ai dites, ils travaillent là-dessus et nous, nous sommes dans ce groupe de travail et c'est possible, mais ça va demander et ça peut-être faire le lien avec la canicule, ça va demander un, d'abord, une très forte volonté politique pour faire monter les énergies renouvelables à l'inverse de ce gouvernement qui est en train de s'aligner sur l'extrême droite qui veut tout nucléariser et en finir avec les énergies renouvelables. (00'11" - 02' 01")

Le scénario RTE

Journaliste 2 : Sur le nucléaire, RTE est plutôt optimiste pour le coup, ils estiment que le parc devrait résister normalement à la chaleur. (02' 30" - 02' 35")

Aurélie Trouvé : Alors, sur les cinq scénarios de RTE, on sait pas peut-être, vous le savez peut-être pas, il y en a deux qui sont à 100 % d'énergie renouvelable à terme. C'est bien que RTE, y compris, considère que ça ça doit pouvoir être un des un des objectifs demain. Et ce que je veux dire, c'est que ça ça ça nécessite, ça, le 100 % d'énergie renouvelable pour toutes les raisons que je vous ai dites, une très forte volonté politique donc de monter en puissance des énergies renouvelables, hein, il faut multiplier par 5 en gros la puissance actuelle des énergies renouvelables, on y est pas du tout d'ailleurs. La France est très en retard sur les objectifs fixés, de très forte sobriété et efficacité par exemple, on en parlera peut-être, la rénovation énergétique des logements, il faudrait un immense chantier, or le gouvernement est en train de reculer. (02'35" - 03' 13")

Journaliste 1 : Sauf que investir à la fois pour atteindre ce 100 % de de renouvelable et pour maintenir un parc nucléaire qui nous permet euh de garantir à la fois un prix d'électricité et une autonomie, c'est a priori, c'est pas possible. (03' 05" - 03' 13")

Aurélie Trouvé : C'est pour ça que nous on dit que les moyens devraient être mis plus tôt sur la préparation de la sortie du nucléaire et évidemment les énergies renouvelables qui doivent pas être laissés au seul marché, d'accord ? Euh d'abord, ça c'est une première chose, on peut pas dire juste le marché s'en charge et puis le EDF fait le nucléaire, donc il faut de la puissance publique derrière et ensuite, il va falloir construire toute une filière industrielle. Parce que le problème, c'est qu'aujourd'hui, bah vous avez des entreprises de panneaux photovoltaïques, par exemple, qui ne sont pas françaises, effectivement, mais le gouvernement a laissé couler des entreprises qui pouvaient tout à fait compétitives pour demain, il les a laissé couler. Donc aujourd'hui, euh il faut reconstruire cette filière industrielle et on peut vraiment créer des dizaines de milliers d'emplois. D'ailleurs, il y avait plein d'acteurs des énergies renouvelables hier qui me disaient, "nous pouvons être pourvoyeur d'énormément d'emplois dans dans cette période." (03' 14" - 04'14")

Journaliste 3 : Oui, quand vous parlez de souveraineté en dehors de l'uranium, et vous allez me dire que c'est pas un sujet mineur, le nucléaire est quand même à l'origine de la souveraineté française. On est salués par un certain nombre de pays autour de nous qui considèrent qu'on s'y est pris au bon moment, c'est-à-dire suffisamment tôt, même si entre-temps, pour des raisons plus politiques qu'autre, on a ralenti. Donc pourquoi votre votre mix à vous, le nucléaire, c'est quelque chose d'épouvantable comme si, quand vous parlez des accidents, bah, enfin, je veux dire, il y a pas plus d'accidents dans les centrales nucléaires qu'ailleurs. Quant à la résilience dont vous parliez, avec les cours d'eau, si j'ose dire, c'est une résilience volontaire, on a décidé que les les les rivières n'iraient pas au-dessus de 28, pour protéger les algues et les poissons. On protège les algues et les poissons, donc, on ne refroidit pas les réacteurs avec ça. Mais c'est pas parce que c'est dangereux si on le faisait, c'est uniquement parce que pour de bonnes raisons, si j'ose dire. Alors que on s'oriente plus tard vers des centrales comme l'a dit Luther, qui soit près de la mer ou qui soit en circuit fermé, très bien, mais on peut mixer les deux. Alors, je vois pas en quoi le nucléaire représente encore, il y a beaucoup de questions, une seule mais en terme de souveraineté. (04'14" - 05'20")

Aurélie Trouvé : Oui, oui, c'est très intéressant. Oui, on est en avance. D'abord, je veux je veux vous dire que évidemment, nous partageons d'abord l'objectif de sécurité de l'approvisionnement et pour avoir la sécurité d'approvisionnement, il faut électrifier massivement le pays. Est-ce que ça on est d'accord ? (04'14" - 05'29")

Journaliste 3 : Vous dites qui s'aligne sur le que le gouvernement s'aligne sur l'extrême droite avec le tout nucléaire. C'est c'est pas ça l'histoire. (05' 28" - 05'39")

Aurélie Trouvé : Je veux bien que vous me laissiez dérouler jusqu'à la fin mon raisonnement. Nous sommes d'accord sur la sécurité d'approvisionnement, pour ça, il faut sortir des hydrocarbures, puisque vous le savez, aujourd'hui, on importe massivement des hydrocarbures, euh notamment maintenant du gaz de schiste américain. Bien, euh donc on sait, vu en plus ce qui vient de se passer avec euh ce qui est en train de se passer avec la guerre en Iran au Proche-Orient, il faut absolument que nous soyons euh vers du 100 %, en tout cas, décarboné, d'accord ? Je veux vous dire, hier, on a eu un débat, hein, la la droite et l'extrême droite, Monsieur Retailleau, Monsieur Tanguy, ils sont pas là-dessus, ils sont pas sur la sortie des énergies fossiles des hydrocarbures. Donc déjà, j'ai envie de dire à la droite et l'extrême droite, vous avez un problème, parce qu'en réalité, vous n'êtes pas pour la souveraineté énergétique de la France puisque vous dites, il va falloir continuer à importer des hydrocarbures. Bien, je mets ça de côté. Ensuite, quand on dit sortie des énergies fossiles, pourquoi nous on pense que ça ne doit pas se faire par le nucléaire ? Déjà, si on ne parle que de souveraineté, je vous le rappelle, l'uranium dont on a besoin pour les centrales nucléaires, cet uranium est entièrement importé. Donc, la seule vraie résilience au jour, la seule vraie autonomie aujourd'hui, ce sont les énergies renouvelables. Pourquoi ne pas le faire alors qu'il RTE, qui est le plus grand expert aujourd'hui sur la question, nous dit que c'est possible, qu'on a des scénarios en la matière. C'est simplement le gouvernement qui a abandonné l'affaire. (05' 39" - 06' 53")

Journaliste 3 : Alors, on avance Aurélie Trouvé... (06' 53" - 07')

Aurélie Trouvé : Je je veux juste dire une dernière chose sur la température des fleuves, vous avez raison. Ah bah, ça dépend si on se préoccupe ou pas de biodiversité, parce que en l'occurrence, si on ne veut pas que la température monte trop, c'est parce que si vous la faites trop monter, vous tuez toute la faune et la flore aquatique, et alors là c'est une catastrophe en matière de biodiversité. (07'- 07' 18")

Journaliste 3 : C'est pour rassurer les gens qui nous écoutent, qui pourraient se dire que c'est dangereux en soi, alors que c'est pas dangereux en soi, si on arrête les réacteurs, parce que la première réaction c'est de se dire, on arrête parce qu'il y a un problème, ça va nous exploser à la figure. (07' 18" - 07' 37")

Aurélie Trouvé : Mais, mais si je peux me permettre, l'extinction de la biodiversité, euh la destruction massive de la faune et de la flore atteint directement la santé publique des gens à terme, ça c'est. On est d'accord, c'est pas direct, c'est pas du jour au lendemain, mais voilà. (07'37" - 07' 45")

Journaliste 1 : On a envie de vous entendre ce soir sur le grand débat qui anime la classe politique en ces temps de canicule historique, la climatisation, évidemment. Même la patronne des Verts, Marine Tondelier, reconnaît désormais qu'elle fait partie des solutions, ça vous fait sourire. Vous, vous continuez de dire "pas de climatisation", c'est tout le contraire qu'il faut faire, même dans les hôpitaux ou les écoles. (07' 47" - 08' 10")

Aurélie Trouvé : Je trouve ça tellement terrible que le débat se soit focalisé là-dessus, je vais y revenir parce que nous assumons parfaitement ce que nous disons. (08' 11 " - 08' 18")

Journaliste 1 : C'est un sujet qui revient beaucoup dans le quotidien des Français aujourd'hui. Est-ce que vous avez la clim chez vous ou pas ? (08' 18" - 08' 28")

Aurélie Trouvé : Non, alors moi j'étais pendant trois heures dans un quartier populaire samedi matin, dans ma commune à Romainville. Par exemple, le premier sujet pour les gens, c'est qu'ils ont des logements rénovés en logement social, il n'y a ni volet ni store, voilà. Qui sont dans des zones comme la Seine-Saint-Denis, ce sont des déserts de béton qui font augmenter de plusieurs degrés la température dehors mais aussi du coup à l'intérieur. Comment se fait-il déjà qu'il y ait eu une telle destruction des espaces verts ? Et par ailleurs, un sujet aussi, c'est que les enfants qui sont envoyés à l'école, bah en ce moment, il y a 1 800 écoles fermées. Et bien, le gouvernement vient de décider à nouveau de grignoter ce qu'on appelle le fond vert. À quoi sert le fond vert ? Ça sert aux communes justement à isoler les écoles. Donc le gouvernement vient de décider à nouveau que pour la prochaine canicule, il y aura encore moins d'écoles isolées. Ca veut dire ça, d'accord ? (9"23)

Journaliste 3 : Mais ca ne nous dit pas votre position sur la climatisation. (9"33)

Aurélie Trouvé : J'y arrive sur la climatisation. Alors l'extrême droite - alors ça part de Marine Le Pen qu'on est en train de repeindre en écolo, c'est quand même assez spécial - Donc Marine Le Pen dit que la solution, c'est tout climatiseur. Alors il faut savoir par ailleurs que l'extrême droite est un adversaire sans nom de la rénovation énergétique des logements, de l'isolation des logements. (10")

Journaliste 1 : Mais vous n'êtes pas obligée de vous positionner en fonction de Marine Le Pen. C'est quoi votre position à vous, c'est ce qu'on essaye de comprendre. (10'06")

Aurélie Trouvé : C'est elle qui a mis sur la table cette idée de 100% de climatiseurs. L'extrême droite nous dit débrouillez vous chacun, avec des climatiseurs ...

Journaliste 3 : Elle ne parle pas que des individuels, elle parle des hôpitaux, des écoles, des endroits des services publics, en disant .. donc c'est pas "débrouillez vous achetez votre climatiseur et payez-le, mais il serait le minimum que ces endroits soient climatisés. (10'30")

[...]

Aurélie Trouvé : D'abord ma position, vous savez la climatisation, ce que c'est, c'est une pompe à chaleur inversée. Donc il y a une étude du CNRS. Si vous installez comme le propose Marine Le Pen des climatiseurs partout, sachant qu'il y a des gens par ailleurs qui ne peuvent pas se le payer, hein, mais mettons vous installez des climatiseurs partout, d'accord ? C'est une pompe à chaleur inversée. Le CNRS nous dit si vous faites ça, vous augmentez de 3-4 degrés la la la température de l'extérieur des villes. Imaginez en ce moment. (11'05")

Journaliste 1 : Ce n'est pas ce que dit l'expert sur le climat François Gemenne. Lui dit 2°C maximum et c'est que local.

Aurélie Trouvé : Monsieur Gémenne, il produit ce qu'il veut, bon, il se trouve qu'il y a des scientifiques du CNRS qui vous montrent à chiffres à l'appui, simulation simulation à l'appui que ça augmente de plusieurs degrés à l'extérieur euh des des bâtiments, de vos logements, le fait d'installer des climatiseurs, c'est une pompe à chaleur inversée. Deuxièmement, la climatisation émet un gaz à effet de serre puissant, le HFC, qui donc contribue au réchauffement climatique. (11'40")

Journaliste 3 : Qui ne sera pas éternellement [...] le modèle utilisé, puisqu'il y a de plus en plus de climatisations qui permettent d'éviter le rejet de ce fluide. (11'50)

Aurélie Trouvé : Alors j'y arrive maintenant sur les solutions. L'urgence, l'urgence, c'est déjà de mettre des stores, des volets, des brasseurs d'air, de l'isolation, de la ventilation, de la végétalisation.

Journaliste 1 : Oui, mais vous, vous voulez pas nous dire la position de LFI sur la climatisation ? [...] Vous parlez de, vous n'avez pas de dire Marine Le Pen veut ci veut ça, mais vous qu'est-ce que vous dites ? Est-ce que vous climatisez les écoles ? Est-ce que vous climatisez les hôpitaux ? (12'12")

Aurélie Trouvé : Évidemment, les populations les plus vulnérables et dans l'extrême urgence, il faut des climatiseurs, mais pas seulement, ce n'est qu'une solution d'ultra-urgence, qui est par ailleurs une fuite en avant, si nous ne faisons que ça. Donc, il faut absolument, et c'est là qu'est l'importance, les stores, les volets, les vent, les brasseurs d'air. Oui, oui, mais c'est le plus important, l'isolation, la ventilation, etc. Premièrement, et c'est ça qui doit être la priorité avant des climatiseurs. C'est ça. (12'50")

Journaliste 3 : Mais puisqu'on arrive même à à se dire, et c'est ce qui a dit, ce qui a été dit aujourd'hui par le gouvernement, c'est de commencer à dire au bâtiment de France d'arrêter d'empoisonner les gens qui sont dans des demeures ou dans des immeubles qui remontent au 19e siècle, en leur disant vous pouvez pas faire de trous, vous pouvez pas faire de choses, en disant comme ça on pourra installer des stores et des volets pour tout le monde. Donc l'idée, c'est pas du la mono solution, c'est-à-dire que de la clim, c'est plein de choses, de la rénovation ... (13' 11")

Aurélie Trouvé : En fait, vous avez l'art de concentrer le débat sur ce qui franchement n'est absolument pas la solution à terme, et la solution dans laquelle nous devons nous embarquer tout de suite. La solution tout de suite, je vous le rappelle, les gens m'ont parlé samedi dans un quartier populaire, ils ne m'ont pas parlé de climatiseurs, ils m'ont parlé qu'ils n'avaient pas de volet, de stores, dans leur logement rénové. Ils m'ont dit que dans l'école qui est fermée, ils n'avaient pas le droit à un congé parental climatique.Qu'est-ce qu'ils m'ont dit ? Ils m'ont dit que le petit square, qui était tout vert à côté de chez eux, il vient encore, et ben il a été bétonné, et que du coup ça fait un îlot de fraîcheur en moins. Voilà ce qu'ils m'ont dit. Ce qu'ils m'ont dit, ce qu'ils m'ont dit, oui oui, je vous le, ce qu'ils m'ont dit, c'est que dans les Ehpad et dans les hôpitaux, il y a même pas un ventilateur, d'accord ? Donc quand j'entends que le débat se focalise sur la proposition de Marine Le Pen repeinte en écolo sur les climatiseurs partout. (14'02")

Journaliste 3 : Mais arrêtez avec Marine Le Pen. Il y a une stratégie politique "Jean Luc Mélenchon / Marine Le Pen" et pas les autres.

Aurélie Trouvé : Mais c'est c'est celle qui est, c'est celle qui a amené ça et je vois certains politiques à courir en disant "ah peut-être qu'elle a un peu raison".

Journaliste 1 : On en parle à chaque épisode de canicule, c'est devenu un sujet politique, c'est devenu un marronnier ...

Journaliste 3 : Et l'urgentiste qui était là il y a deux minutes ...

Journaliste 1 : ...à chaque canicule.

Aurélie Trouvé : Désormais et bien, je le prends sérieusement, la question des climatiseurs est une question politique, c'est une fuite en avant. Une fuite en avant... Donc voilà, ce qui est, voilà, ce qui est important, c'est, je vous le répète, 1, tout de suite, commencer les isolations de logement. Nous, nous avons déposé une proposition de loi qui a été portée d'ailleurs par huit groupes parlementaires, d'accord, des députés de huit groupes et que le gouvernement n'a jamais mis sur la table, ça fait un an qu'on l'a déposé, j'en suis signataire, qui demande notamment que dans les critères de décence des des logements, il y ait l'isolation face à la chaleur. Je le rappelle, il y a 5 millions de bouilloires thermiques en France. Il y a 5 millions de familles qui ont trop chaud chez eux. Nous aurions pu, depuis des années, faire en sorte qu'elles soient, qu'ils soient réellement isolés. Et qu'est-ce que je vois ? Je vois des gens qui sont dans des logements sociaux rénovés, où il n'y a pas un store et un volet. Vous voyez le problème ? Enfin, voilà. Et donc, et et pire que ça, et je finis là-dessus. Vous savez ce que parce que c'est dommage qu'on n'en parle pas ici, vous auriez dû me poser la question. Qu'est-ce qui est déposé aujourd'hui au Conseil des ministres ? Un projet de loi logement. (15'29")

Journaliste 1 : Alors, écoutez, vous voulez voir ma feuille, c'était c'était ma prochaine question. Un projet de loi a été présenté en Conseil des ministres qui prévoit d'assouplir la possibilité qui est donnée aux bailleurs de louer des passoires thermiques, l'objectif, c'est de répondre à la pénurie de logement. Est-ce qu'il vaut pas mieux des logements mal isolés que pas de logement du tout ? C'est à peu près, c'est le résumé de l'idée de cette de cette proposition. (15'54")

Aurélie Trouvé : Je considère ce projet meurtrier. Je, je pèse mes mots. Parce que ce qu'il fait là, c'est qu'il va repousser de 5 ans l'obligation de sortir des bouilloires thermiques. Donc à tous les gens là qui sont locataires de propriétaires, vous savez que la plupart des logements sont en fait, euh, euh sont la propriété de très très gros propriétaires hein, voilà. Donc, en fait ce qui se passe, c'est que ce projet de loi dit à ses très très gros propriétaires : "Vous louez à vos pauvres locataires des bouilloires thermiques, vous allez pouvoir continuer à le faire pendant 5 ans". (16'27")

Journaliste 3 : Après, c'est pas, c'est pas si simple que ça, franchement. C'est pas des gros propriétaires qui vont exploiter des pauvres gens et à qui le gouvernement donne un coup de main en lui disant "Allez-y, le diagnostic énergétique on s'en fiche, faisons griller les gens". Vous savez très bien qu'il y a pas assez de logements, que le gouvernement a promis des choses, Emmanuel Macron a promis des choses qui ne sont pas faites. Là-dessus, on on on peut totalement être d'accord parce que c'est documenté et chiffré, que pour desserrerl'espèce de nœud qui fait qu'il y a pas assez de logement pour les gens, logement social et autre, qui est temporairement avec l'obligation atteinte pour le propriétaire de faire une rénovation, ça peut se comprendre. C'est pas simplement pour faire plaisir au gros.

Aurélie Trouvé : Alors dans le même temps parlons du logement social justement. Dans le même temps, vous avez un gouvernement qui coupe, année après année, les moyens pour le logement social. Du coup, on se retrouve avec quoi ? Avec 5 millions de personnes. 5 millions de familles qui sont en attente d'un logement social. Chez moi, dans ma circonscription, c'est 5, 10 ans d'attente. Des familles qui vivent assises dans un deux-pièces dans le logement social. Vous imaginez ce qu'elles subissent en ce moment avec avec l'ultra chaleur ? Eh bien, le gouvernement a coupé tous les moyens, beaucoup de moyens pour les et d'ailleurs du coup les bailleurs sociaux nous disent quoi, quand on va les voir, en disant "ça ça va pas, ça ça va pas, il y a des cafards" etc dans les logements sociaux ? Bah, ils nous disent "on n'a pas les moyens, on fait bien ce qu'on peut". Donc le gouvernement a coupé à mort dans les logements sociaux et notamment dans la capacité d'aller rénover ces logements sociaux. Deuxièmement, le gouvernement coupe aussi les moyens, je vous l'ai dit, aux communes via le fonds vert pour aller rénover et isoler de la chaleur les écoles publiques. Donc je le dis, on a un gouvernement qui, aujourd'hui, et bien, enferme les gens dans des étuves et des bouilloires thermiques, et je trouve que vraiment, le jour, le jour de de la chaleur la plus extrême qu'ait connu la France, on a un projet de loi qui repousse de 5 ans l'obligation de sortir des passes thermiques, des bouilloires thermiques, je trouve ça affreux. (18'25")

Journaliste 3 : L'argument du déficit et de la nécessité de de limiter les dépenses, simplement de couper un petit petit peu partout, est un argument que vous trouvez irrecevable ? (18'34")

Aurélie Trouvé : De, de couper un peu partout ? Bah c'est ce que Alors, et pourquoi ?

Journaliste 3 : Parce que même le fonds vert, il y avait 20 % qui ont été gelés ...

Aurélie Trouvé : Oui, c'est l'austérité budgétaire toujours sur le dos des classes populaires, voilà.

Journaliste 1 : Il nous reste pas beaucoup de de temps, on voulait évoquer avec vous également l'annonce hier de Sébastien Lecornu euh selon laquelle la proposition de loi intégrale, dite intégrale contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants serait examinée à l'Assemblée en septembre, octobre. Vous saluez cette annonce, Aurélie Trouvé ?

Aurélie Trouvé : Alors, le problème de la loi intégrale, vous le savez, nous l'avons pas signée, c'est que il y a peut-être certaines mesures avec lesquelles on peut être d'accord, mais en vérité, ça prend le problème d'un très mauvais bout. D'ailleurs, les associations de défense des droits des enfants et des femmes, très globalement, sont critiques. Il y a un certain nombre d'associations qui sont critiques, regardez par exemple la réaction du Planning familial, sont critiques de ce projet de loi. Pourquoi ? Parce qu'en fait ça prend par le bout de la répression sans parler du problème principal qui est le problème des moyens. Vous savez que, je vais juste partir de deux trois chiffres. Vous savez que, d'abord, 8 enfants victimes de violence d'accord sexuelle sur 10 ne portent pas plainte. Donc là, on aurait besoin de moyens pour accompagner, recueillir la parole des enfants. Là, il faut un budget. Les associations demandent 3 milliards. Il y a rien du tout dans ce projet de loi. Deuxièmement, et bien il y a il y a 3 plaintes sur 4 une fois qu'ils ont porté plainte et c'est très peu il y a 3 plaintes sur 4 qui donnent lieu à un classement sans suite. Pourquoi ? Parce que généralement, il n'y a pas les moyens de l'enquête.

Journaliste 2 : Alors c'est pour ça qu'il y a un certain nombre de dispositions, et notamment celle que veut prendre d'abord euh euh Sébastien Lecornu par voie réglementaire, sans attendre forcément la loi intégrale pour accélérer pour que il y ait plus de classement sans suite. C'est il y a aussi ça qui va être décidé.

Aurélie Trouvé : Vous savez, ce que disent, ce que disent clairement à la fois la police judiciaire et les magistrats, c'est qu'ils ont besoin de moyens. Il y a besoin de recrutement de 5000, c'est même le ministère de l'Intérieur qui dit, il y a besoin de recruter 5000 policiers judiciaires, 5000 magistrats. Nous avons 3 à 4 fois moins de procureurs en France qu'il n'y a ailleurs en Europe. Voilà, voilà le problème.

Journaliste 2 : Alors, vous avez des procureurs, les juges d'instruction en Allemagne. Et vous pouvez me dire, est-ce que vous êtes, vous considérez que les sanctions qui ont été annoncées par Gérald Darmanin concernant l'histoire de la petite Lyhanna sont un aspect répressif qui ne tient pas compte des problèmes ? Est-ce que vous les condamnez ? (20'55")

Aurélie Trouvé : Alors, je vais vous dire, d'abord, ce que je condamne avant tout, et c'est pourquoi nous avons appelé à la démission d'ailleurs du ministre de la Justice, ce que nous condamnons avant tout, c'est qu'en fait le ministre de la Justice se lave de ses responsabilités et dit "C'est la faute à, c'est des fautes individuelles, euh par exemple de magistrat". Et ce qu'il ne dit pas, c'est qu'en fait c'est une faillite de l'État. C'est pas quelques cas individuels avec quelques problèmes. Il y a une faillite. (21'22")

Journaliste 2 : Ce que vous avez favorable à une sanction vis-à-vis du substitut du procureur qui, manifestement, d'après la première enquête, a failli, ainsi que pour les deux gendarmes qui ont été mutés d'office ? (21'30")

Aurélie Trouvé : Ça, ça sera par ailleurs, aussi à la justice de faire son travail dans cette affaire. Oui, ça sera la justice, je ne vais pas me prononcer à la place de la justice sur une enquête qui doit avoir lieu. Par contre, ce qui est certain, ce dont nous sommes sûrs, c'est qu'il manque 5000 enquêteurs dans la police judiciaire, c'est qu'il manque 5000 magistrats, c'est que nous avons 3 à 4 fois moins de procureurs que dans le reste de l'Europe. Et donc, oui, quand vous avez des magistrats qui ont des dossiers comme ça, c'est pas en leur disant comme Darmanin "Ah ben, allez, en 2 semaines, vous ferez tous les dossiers" que ça réglera la question. (22')

Journaliste 3 : C'était pas le cas, c'était pas ça, l'histoire du substitut du procureur, c'est pas la surcharge, c'est une affaire de... non non, elle était pas surchargée, c'est spécial, le problème c'est plutôt de...

Aurélie Trouvé : Mais vous voyez bien que là encore une fois, on va pointer des responsabilités individuelles alors qu'il y a un problème systémique.

Journaliste 1 : Il ne peut pas y avoir de responsabilité individuelle ? (22'14")

Aurélie Trouvé : Mais ce que je vous dis, c'est que nous, si nous voulons éviter demain les mêmes drames épouvantables, il faut régler le problème à la racine, et ce problème, tous les spécialistes le disent, c'est un problème de moyens. Et et et et vraiment le fait que le ministre de la Justice ne le reconnaisse pas, est un énorme problème qui nous appelle, qui nous amène à appeler à sa démission. Parce qu'il n'est pas apte à résoudre le problème aujourd'hui. (22'36")

Journaliste 3 : un domaine sur lequel vous êtes d'accord avec le Front National au moins.

Journaliste 1 : Merci beaucoup Aurélie Trouvé d'avoir été l'invitée de France Info ce soir.