Ecolos, clims et conneries [06-2026]

Publié le 20/11/2025

Par Alexandre

La canicule a vu germer dans l'espace médiatique une myriade de discours absurdes trouvant le moindre prétexte pour déniger la climatisation. Voici un petit inventaire.

Guillaume Gontard, sénateur écologiste

Guillaume Gontard, sénateur écologiste, insinue que le problème auquel répond la climatisation, la souffrance des gens, est négligeable ("solution à quoi ?"). Il utilise la rhétorique de l'homme de paille de manière grossière ("Aujourd'hui par exemple vous allez pas climatiser l'ensemble de l'air extérieur !").

Puis "la solution de la climatisation n'est pas une solution à long terme. N'est pas une solution à long terme, parce que derrière la climatisation, il y a un coût, comme le chauffage."

On est en plein dans le sophisme de la solution parfaite, très courante en pseudo-écologie et que nous verrons beaucoup ici..

— C'est une solution pour vous ou pas la climatisation ?

Guillaume Gontard — C'est une solution à quoi ? C'est une solution à la problématique pour les agriculteurs, pour les agriculteurs. Aujourd'hui par exemple vous allez pas climatiser l'ensemble de l'air extérieur !

Laetitia Saillet, ex eurodéputé LR — C'est une solution à la souffrance des Français. (En même temps) Nan mais à la souffrance des Français. À la souffrance des Français. Est-ce que c'est une solution aujourd'hui à la souffrance des Français qui sont dans leurs appartements où il fait 38-40 degrés ?

— Mais quelqu'un… Mais quelqu'un… Mais je vais vous le dire. Mais évidemment que oui, quelqu'un qui sous un toit…

— Mais vous êtes sûr ? Mais vous êtes sûr, vous êtes à Europe Écologie Les Verts ? Je suis quand même assez surpris.

— Alors, je vais vous rassurer parce qu'en plus je n'y suis pas. Donc c'est… c'est c'est voilà… Mais je, mais je suis totalement écologiste et solidaire, donc je n'ai aucun souci.

— Mais je vais vous dire, par contre, que la solution, que la solution de la climatisation n'est pas une solution à long terme. N'est pas une solution à long terme, parce que derrière la climatisation, il y a un coût, comme le chauffage. Et donc c'est encore les plus défavorisés qui effectivement peuvent avoir un coût en termes de… Alors, on peut les aider effectivement, mais on peut les aider aussi pour le chauffage. Sauf qu'à un moment donné si on n'est pas, en fait, à un moment donné, à long terme, effectivement qu'on ait des zones de fraîcheur, qu'on ait des zones sur les hôpitaux, certains, certains, certains groupes scolaires, mais, sauf que ce que je vous dis, je suis désolé, mais moi…

— Non, mais attendez, c'est pas moi qui vais vous dire qu'on n'a pas perdu de temps, mais à Paris la ville est dirigée depuis 25 ans par la gauche et les écologistes.

— Il y a, les écoles ne sont pas climatisées, il y a des enfants qui ont fait des malaises, il y a des maîtresses, parce que c'est essentiellement des femmes désormais qui, qui sont avec les enfants, qui n'en pouvaient plus, qui voulaient d'ailleurs, qui demandaient aux parents, "Prenez vos enfants parce que c'est intenable". Alors, excusez-moi, c'est dur.

— Mais c'est bien, c'est dur, mais c'est difficile d'entendre ensuite sur les plateaux télé des élus écologistes faire la leçon. Parce que quand vous avez, entre les mains, une ville, finalement, c'est la même chose, ça va pas plus vite.

— Mais, je peux, je peux vous dire, je peux vous dire que même dans une ville écologiste, je peux vous donner l'exemple de Grenoble. Oui, il y a eu énormément de rénovation d'écoles, et ce que les écoles qui sont rénovées…

— Mais mettre un arbre, la réponse, ça suffit pas, quand il fait 40 degrés.

— Mais, qu'il en reste, qu'il en reste encore, évidemment, mais regardons les dotations aux collectivités, regardons les baisses de dotations.

— À Annecy, oui, mais à Paris c'est 10 milliards par an.

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Yannick Jadot, revenant EELV

Journaliste : Faut-il un dispositif pour aider à l'installation et la rénovation et également à l'installation de la clim ?

Yannick Jadot : "Mais moi j'ai pas de problème à ce que ça rentre dedans, pour les personnes qui en ont besoin, pour les personnes qui en ont besoin. Mais si 1, on ne protège pas les Françaises et les Français, je l'ai dit par l'isolation, par la végétalisation, par les protections solaires, par les brasseurs d'air, si on fait pas ça, la climatisation ne servira à rien. Ça coûtera, ça coûtera extrêmement cher.

Et puis deuxième chose, Monsieur Sato, si vous me permettez, là on subit des canicules liées à un réchauffement dans notre pays d'un peu plus de 2 degrés. Si on n'agit pas pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre, on ira vers 4 degrés, c'est-à-dire que tout ce dont on parle aujourd'hui, ça sera juste un appéritif par rapport au chaos.

Et puis ça tombe bien, les Françaises et les Français, ils payent encore 2 € le litre pour faire leur plein. On a eu le choc pétrolier dont on ne parle plus, mais c'est le même problème, les énergies fossiles. Et je vais vous dire la bonne nouvelle, c'est qu'en fait, on a les solutions, on a les solutions pour se passer des énergies fossiles, on a les solutions pour nous adapter. Et la bonne nouvelle aussi, c'est que ça va mettre des usines sur tous nos territoires, ça va faire bosser des artisans, ça va réduire, ça va améliorer le pouvoir d'achat des Françaises et des Français. C'est ça qui est bon, c'est un bon projet pour ce pays."

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Valérie Pecresse, cadre LR et présidente de région Île de france

Valérie Pécresse : "J'ai entendu aussi Marc Fauvelle avant que j'arrive sur le plateau et je l'ai entendu expliquer que la clim était droite et l'écologique globalement de gauche. "

Journaliste : "J'ai posé une question : est-ce que la clim finalement, elle est droite ? Parce que, effectivement..."

Valérie Pécresse : "Mais, mais, c'est une très bonne question, et moi je voudrais renvoyer dos à dos euh à la fois le Rassemblement national et les idéologues de l'écologie. Pourquoi ? Parce que je pense que les deux, à leur manière, portent une part de responsabilité dans ce qui nous arrive. Les deux, pourquoi ? Parce que, euh, les, les, les écologistes idéologues, effectivement, on les a vus, ils ont, ils font de l'idéologie surtout, et c'est vrai que la clim, eh bien la clim, elle aggrave, elle consomme de l'énergie, donc elle aggrave quelque part le réchauffement climatique.

Ça, c'est vrai. Mais en même temps, il y a des personnes qui souffrent. Et quand les personnes souffrent, on ne peut pas rester sourd à leur souffrance. Et donc, il faut avoir une écologie positive, une écologie pragmatique.

C'est ce que j'ai fait. Moi j'ai brisé le tabou de la clim il y a 10 ans quand je suis arrivée parce qu'on avait eu la canicule de 2003, on avait toutes les alertes du Giec et les Verts, qui dirigeaient la région avec les socialistes à l'époque, avaient interdit d'acheter des bus climatisés. On a pris, entre 2003 et 2015, 12 ans de retard dans la climatisation des transports en Île-de-France. 12 ans de retard. Quand je suis arrivée en 2016, j'ai dit : on arrête tout. Tous les nouveaux matériels seront climatisés.

On a, en 10 ans, acheté 1 600 trains climatisés, on a acheté déjà 6 000 bus climatisés. Mais, et c'est ça qui me, qui me, qui me blesse, c'est qu'en 10 ans, en 10 ans, avec 25 milliards d'euros d'investissement sur le matériel roulant, 25 milliards, on a fait que les deux tiers du chemin. C'est-à-dire que, cette semaine, j'avais autant de gens qui me remerciaient, ceux qui avaient les nouveaux trains climatisés, que de gens qui m'insultaient en disant : mais pourquoi mon bus est pas ? Non, non, mais, je voudrais..." [lien]

Françoise Vimeux, climatologue

Journaliste : Vous vous parliez d'une préparation face à cet épisode de chaleur extrême. On va évidemment continuer à en parler, mais là, on est dans le dur disons. Il y a un sujet qui fait beaucoup parler notamment dans la classe politique ces jours-ci, c'est la climatisation. Est-ce que la climatologue que vous êtes dit "c'est une solution miracle la clim" ou "le remède serait pire que le mal" ?

Françoise Vimeux : Alors, je pense que entre les deux et il faut ouvrir le débat, faut pas que ce soit un tabou la climatisation. Donc d'abord je pense qu'on sera tous d'accord pour dire qu'on a besoin de la climatisation dans certains bâtiments, je pense aux hôpitaux. Vous prenez les hôpitaux parisiens aujourd'hui, dans les vieux bâtiments qui datent du XIXe siècle, on n'a pas la climatisation, on a des gens qui souffrent. C'est pas normal au XXIe siècle en France. Après quand on parle de climatisation, il y a tout un tas de technologies différentes derrière et ça on le dit pas suffisamment. Quand vous achetez un climatiseur sur roulettes parce que vous avez chaud, et moi je ne blâme pas les gens qui achètent un climatiseur. Ce qu'il faut savoir, c'est que d'abord c'est pas très efficace d'un point de vue énergétique, ça consomme beaucoup. Vous favorisez en fait le processus qu'on appelle des îlots de chaleur, c'est-à-dire...

Journaliste : Qu'est-ce qui se passe concrètement ? On réchauffe l'extérieur quand on rafraîchit son appartement ?

Françoise Vimeux : Voilà, c'est-à-dire que si vous rafraîchissez l'appartement, et bien en fait vous réchauffez à l'extérieur. Parce qu'il faut un équilibre, la chaleur elle se crée pas ou elle disparaît pas comme ça. C'est des principes physiques.

Journaliste : C'est ça qu'on appelle les gaz frigorigènes ?

Françoise Vimeux : Alors non, ça c'est autre chose. C'est ces climatiseurs là ont des fluides frigorigènes. Si jamais ça fuit, et bien ça émet des gaz à effet de serre qui sont environ 2000 fois plus puissants que le dioxyde de carbone. Donc il y a d'ailleurs, je crois, une réglementation européenne qui vise à ce que ces climatiseurs soient vraiment conçus pour qu'il n'y ait pas de fuites.

Journaliste : Donc il y a deux problèmes, il y a à la fois ces gaz dont vous parlez et il y a surtout le fait, un transfert de chaleur, c'est un peu entre guillemets égoïste d'avoir bien frais à l'intérieur de chez soi mais ça aggrave dans les villes la chaleur.

Françoise Vimeux : Exactement, ça a été quantifié par exemple sur Paris. Alors c'est pas uniforme, ça dépend des quartiers, ça dépend des plans des rues mais si par exemple vous avez une cour entourée d'immeubles, si chacun met la climatisation, ça peut augmenter la température jusqu'à 2, 2,5 degrés.

Journaliste : Donc la clim appelle la clim en fait après ?

Françoise Vimeux : En quelque sorte, mais le problème c'est que aussi, si vous climatisez, vous allez vous dire "bah voilà, on va continuer à vivre comme avant" et puis on va rien changer. Et puis climatiser un bâtiment qui n'est pas isolé thermiquement, c'est une ineptie. Il faut isoler thermiquement, il faut se protéger de la chaleur. Dernière chose, toutes les activités ne sont pas climatisables. Vous n'allez pas aller dans la rue avec une bulle autour de vous climatisée. Donc voilà.

Journaliste : Vous dites la climatisation pour les publics les plus fragiles, donc dans les hôpitaux, les EHPAD aussi, j'imagine. Qu'est-ce qu'on fait des écoles, à l'heure où il y a 13500 écoles qui sont soit fermées, soit qui adaptent leurs horaires. Les écoles, c'est pas prioritaire pour mettre la clim ?

Françoise Vimeux : Alors les écoles, la priorité, c'est l'isolation thermique. L'isolation thermique par l'extérieur, la protection des rayons du soleil, ça peut être par des stores à l'extérieur, ça peut être par des brises soleil. Après, on peut avoir recours à la climatisation de manière ponctuelle. Mais on peut aussi décider que quand on a un département en vigilance rouge, et bien systématiquement tous les après-midis, les établissements scolaires qui ne sont pas climatisés ou qui n'ont pas encore une isolation thermique sont fermés.

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