L'acharnement contre Bernard Arnaud : la logique d'exploitation [30/01/2025]

Publié le 20/11/2025

Par Alexandre

Bernard Arnault, président de LVMH, a eu des mots durs sur la politique fiscale de la France, ce qui lui a valu un shitstorm phénoménal qui été l'occasion d'une superbe illustration de la logique d'exploitation.

Le point central est le rejet exprimé par l'extrême gauche contre Bernard Arnault, l'encourageant à partir.

Le point de départ : Bernard Arnault critique

Lors de la présentation des résultats annuels de LVMH le 28 janvier 2025, Bernard Arnault a déclaré :

"Je reviens des USA et que j'ai pu voir le vent d'optimisme qui régnait dans ce pays. Et que, quand on revient en France en revenant des USA, c'est un peu la douche froide je dois dire. On a l'impression qu'aux USA, on vous accueille à bras ouverts : les impôts descendent à 15%, les ateliers qu'on peut construire aux USA sont subventionnés dans toute une série d'états, et le gouvernement encourage ça. Le marché se développe très vite. Donc, quand on revient en France et qu'on voit qu'on s'apprête à augmenter les impôts de 40% sur les entreprises qui fabriquent en France ... Quand même. C'est à peine croyable. Donc on va taxer le Made In France. Pour refroidir les énergies, on fait difficilement mieux. Pour pousser à la délocalisation, c'est idéal. Alors je ne sais pas si c'est vraiment l'objectif du gouvernement, mais en tout cas il va l'atteindre. S'il arrive au bout de ses plans, ça c'est inévitable. Alors qu'il y a d'autres solutions. On leur a proposé d'autres solutions. Évidemment la bureaucratie ... *signe d'exaspération* voilà ... Il faudrait faire comme aux États-Unis et nommer quelqu'un pour slasher un peu la bureaucratie, mais dès qu'on essaye de faire ça * rit* bon, là ... on est poursuivis, c'est impossible."

Les critiques en bref

Je vais présenter et commenter rapidement les aspects mineurs des principales critiques que j'ai vues passer. Je ferai un commentaire global plus loin.

L'intervention de Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon a tenu une conférence (= un meeting) à Toulouse le 31 janvier 2024, lors duquel il a répondu à M.Arnault (et un peu plus):

"Quand l'Assemblée Nationale a voté, elle a voté des ressources nouvelles, qu'elle a été chercher chez ceux qui avaient les moyens de les donner. Ceux qui poussent des cris d'égorgés, comme M.Schmoll là ... Oui voilà, Arnault. Qui menacent quasiment de s'en aller. Mais vous savez, le jour viendra, où vous viendrez me dire que vous partez. Vous savez ce que je vous dirai ? Au revoir. *applaudissements* Parce que, la patrie, l'économie a d'abord besoin de travailleurs qualifiés. De travailleuses qualifiées. Le capital, oui bien sûr, mais d'abord ceux qui font la richesse. Ceux qui travaillent. Et pas "en général". J'écoute ces discours à la noix 'nous voulons réindustrialiser'. Oui oui très bien quelle bonne idée pour faire quoi ? Des castagnettes en nickel ? Des patins à roulette ? Ou bien au contraire les centaines, les milliers de machines dont nous avons besoin pour les installer produire de l'énergie qui ne soit pas de l'énergie nucléaire pour qu'on puisse la remplacer aussitôt que l'on pourra, pour produire d'autres engins de transport individuel qui ne soient pas meurtriers ?"

Ici on a plusieurs choses :

Le passage suivant, sur la réindustrialisation, s'inscrit dans la continuité du passage précédent, présentant implicitement l'industrie de LVMH comme inutile. On retrouve dans sa description d'une réindustrialisation non souhaitable et souhaitable sa logique communiste : il ne faut favoriser que les industries compatibles avec le discours politique.

Notons également que le terme employé pour euphémiser les SUV, "autres engins de transport individuel qui ne soient pas meurtriers", permet d'inclure, en fait, toutes les voitures, pour ceux qui souhaiteraient l'entendre ainsi.

Autres commentateurs et politiciens

Regelegorilla

Regelegorilla, un troll d'extrême gauche (difficile de le qualifier de commentateur) nie totalement le fait que B.Arnault, ayant créé et gérant LVMH, "fait vivre 200 000 familles", réduisant son travail de chef d'entreprise à quelque chose qui n'a aucune valeur et qui est remplaçable.

On retrouve la négation du travail de chef d'entreprise, jouant sur l'ignorance de la plupart des gens de ce que c'est.

- Ca je trouve que ... d'abord vous m'entendrez jamais dire ça. Moi, je parle à titre personnel, mais je pense que tous les chefs d'entreprise des Leclercs, des Intermarchés, des Systeme U, des Intersports, on est des gens de terroir, on sait d'où on vient, on doit à notre pays, il n'y a aucun d'entre nous qui ferions un chantage comme ça, d'accord. Ca c'est une première chose. La deuxième chose, c'est ce qu'a dit Michelin. Michelin il dit, comme je viens de dire, il faut trouver d'autres financements pour qu'il y ait pas autant d'écart entre les cotisations sociales en France.

- Il dit le coût du travail coûte trop cher, je pays 140€ un salarié qui reçoit 77€ dans sa poche.

- Moi j'aimerais que, quand on augmente les salaires, ce ne soit pas un super hyper coût pour les entreprises et je voudrais que ce salaire bénéficie directement à ce salarié."

Il reprend donc d'abord la diabolisation à laquelle a répondu LVMH ci-contre. Il reprend également l'idée que délocaliser serait une forme de manque de loyauté moralement condamnable.

Le cas de M-E Leclerc est particulièrement intéressant. En effet, on l'a vu plusieurs fois revenir reprenant les argumentaires de la pseudo-écologie.

Il semble jouer le jeu de la gauche en espérant être le dernier à se faire manger (ref à l'allégorie du crocodile).

En même temps, je me demande si sa stratégie, qui est de faire la carpette, n'est pas plus pertinente que celle de Bernard Arnault, qui est en substance d'ignorer la politique et de râler un peu quand il trouve un truc idiot.

PS : je suis tombé sur un post linkedin d'une marque française de textile, qui reprend la désinformation anti-Arnault. Je vois cela comme la démonstration de la faiblesse de la sphère entrepreneuriale, prompte à s'allier à ses pires ennemis s'ils pensent pouvoir en tirer un avantage à court terme contre un concurrent.