Que dit l’EFSA sur la dermatose nodulaire contagieuse ?
L'abattage partiel est présenté comme une alternative parfaitement fiable, pouvant remplacer sans dommage l'abattage total. En réalité, il n'est précaunisé que dans certaines situations, lorsque la maladie n'est plus confinée ou si la zone a été correctement vaccinée.
Les obstacles à l'abattage partiel
L'introuvable vache saine
Les protocoles d'abattage partiel présument qu'on peut faire la différence entre une vache saine et une vache infectée. En réalité, une vache peut être infectée, mais ne pas avoir de symptôme, que ce soit parce que son système immunitaire a bien fait son travail ou parce qu'elle est en période d'incubation.
De plus, les tests sont très imparfaits, mettant plusieurs semaines à identifier les infections.
("Le virus n’est détectable dans le sang que dans les phases précoces de la maladie";"plusieurs test sanguins ont été réalisés, tous négatifs, jusqu’à la biopsie qui elle était positive") et rien ne dit que le vecteur infecté ne va pas piquer une vache peu après le prélèvement : [lien]"In an establishment affected by LSD, despite the infected animals confirmed by either laboratory tests or based on clinical signs, there might be animals which are in the incubation period of the disease (preclinical) and animals at subclinical status. The involvement of vectors to the transmission of the disease should be considered. In early stages of the infection there is a window period during which the diagnostic tools (clinical examination or laboratory methods) may not be able to detect the disease."
EFSA AHAW Panel 2022In summary, in experiments with vectors, the earliest and the latest day of seroconversion detected by VNT, after the vectors were placed on the animals, have been identified as 14 and 31 days, respectively. EFSA AHAW Panel 2015
Il n'est donc pas possible d'identifier une vache saine. C'est également ce qu'expliquait Jean-Yves Gauchot, président de la fédération des syndicats vétérinaires de France, dès le 14 décembre .
La position des institutions
L'EFSA
Les protestataires prétendent que l'EFSA pronerait l'abattage partiel plutôt que l'abattage total des troupeaux infectés.
Néanmoins, c'est en réalité faux. Ils interprètent faussement une étude de 2016 d'un panel (donc pas la position officielle de l'agence) qui observe que dans certaines conditions, l'abattage partiel est aussi efficace que l'abattage total pour limiter la diffusion du virus. Ils oblitèrent lesdites conditions et généralisent cette conclusion.
L'ANSES
L'ANSES a détaillé clairement le protocole à suivre en cas d'infection :
Lors d’une suspicion de DNC dans un troupeau, la réglementation européenne impose desmesures de restriction strictes. Si cette suspicion est confirmée, toutes les espèces sensibles doivent être abattues, les cadavres et tous les déchets de l’exploitation doivent être détruits, les bâtiments doivent être nettoyés et désinfectés et une enquête épidémiologique doit être menée. Par ailleurs, après confirmation officielle une zone de protection d’un rayon minimal de 3 km et une zone de surveillance d’un rayon minimal de 10 km autour de l’exploitation infectée doivent êtremises en place. Des mesures spécifiques d’identification, de contrôle sanitaire, de circulation et demaintien des animaux sont instaurées dans ces deux zones. Comme la DNC est une maladie vectorielle, la durée de maintien de ces zones est sous le contrôle de l’autorité compétente. Lanouvelle réglementation européenne impose une surveillance accrue et l’interdiction demouvements d’espèces sensibles dans un rayon de 20 km autour d’un foyer.
ANSES 2017, p.49
C'est bien un abattage total.
Notons qu'un passage très imprécis juste après crée du doute inutilement : "L’expérience de la gestion de la maladie en Israël, retracée dans l’avis de l’EFSA de 2015 montre que l’abattage des animaux atteints est indispensable pour gérer la maladie sans utilisation de la vaccination mais que l’abattage des animaux sains qui ont été en contact avec des animaux atteints n’est pas indispensable (EFSA 2015)." Il fait peut-être référence à ce passage : "Concerning the effectiveness of control measures, according to Israeli experience, while using the attenuated RM-65 vaccine at the recommended dose for sheep, epidemics of limited extent have been controlled by culling only those animals with generalised skin lesions. Large epidemics can be controlled by the use of effective vaccination." (EFSA 2015, p.4) Mais je ne comprends pas la référence à une dose "pour mouton". Quoiqu'il en soit, les rapports les plus récents de l'EFSA sont beaucoup plus précis, comme nous l'avons vu plus haut. Il faut aussi noter qu'Israël est dans une zone où a maladie est endémique et qui a subit 4 épidémies entre 1989 et 2012.
La FAO
In accordance with Council Directive 92/119/ EEC, total stamping out was implemented in the infected herds in order to eradicate LSD. Even if only one animal was LSDV positive, all susceptible animals in the herd were culled immediately after the laboratory confirmation of the virus. In some cases, depending on the epidemiological situation, animals were culled pre-emptively on the basis of clinical signs, before the laboratory confirmation, to minimize the risk of virus transmission. During 2015, pre-emptive culling was implemented in 16 percent of the outbreaks.
FAO 2017, à propos de la Grèce
"Ca a marché ailleurs !"
Les protestataires prétendent que, vu que l'abattage partiel a "marché" ailleurs, il marcherai aussi en France.
L'exemple le plus repris est celui de La Réunion en 1992, où l'épidémie a pu être contenue sans abattage total et avec relativement peu de dégats : les archives de l'Assemblée Nationale évoquent 487 foyers, soit 15% des exploitations, et 22 vaches décédées (0.1% du total). La vaccination générale avait été décidée dès que le diagnostic a été confirmé, le 17 février 1992.
Néanmoins, ils négligent la configuration du terrain : il s'agit d'une île. Il n'y a donc pas de source de contamination extérieure et on ne risque pas de contaminer un pays voisin. Il ne me semble du reste pas que La Réunion exporte de viande. Enfin, il faudrait comparer la concentration des élevages à la France et la Réunion n'est pas exportatrice.
Les différences permettent probablement de parfaitement expliquer cette stratégie.
Néanmoins les protestataires promeuvent des discours évidemment simplistes faisant abstraction de tout contexte. La mauvaise foi de cet argument étaye l'idée que la Coordination rurale était dans une logique de bordélisation du débat. Pourquoi, sinon, ignorer les nombreux autres retours d'expérience ?
___________________________- EFSA AHAW Panel (EFSA Panel on Animal Health and Welfare) (2022) Scientific Opinion on the assessment of the control measures for category A diseases of Animal Health Law: Lumpy Skin Disease. EFSA Journal 2022;20(1):7121. DOI: 10.2903/j.efsa.2022.7121
- EFSA Panel on Animal Health and Welfare (AHAW). (2015). Scientific Opinion on lumpy skin disease. EFSA Journal, 13(1), 3986. [lien]
- FAO (2017) Lumpy Skin Disease: Situation, surveillance and control activities in Turkey. EMPRES Animal-Health 360 n°47, 64