Construire l'évidence : "on savait"
Beaucoup de discours présentent la dermatose nodulaire contagieuse comme une maladie bien connue et prévisible, pour laquelle il aurait fallu avoir les vaccins tout prêts.
"On savait", un thème commun en pseudo-écologie
C'est une méthode classique pour l'activisme d'extrême gauche : dès qu'il y au un problème qui se révèle, on va dire qu'on le savait en fait depuis longtemps, ce qui permet ensuite d'affirmer qu'on est en retard. L'exemple le plus lamentable de cette stratégie a sans doute été les Monsanto Papers : un des points centraux était d'alléguer que Monsanto "savait" que le glyphosate était cancérigène, alors même qu'il n'est toujours pas reconnu comme tel par les agences sanitaires.
La réalité : une maladie inattendue en Europe
Citons l'opinion de Jean-Yves Gauchot, président de la fédération des syndicats vétérinaires de France :
Sauf que même nous, dans la profession, cette maladie non seulement on l'avait oubliée, mais on l'avait même pas appris ! Je suis [de la promotion] Toulouse 1990. On l'apprenait pas ! Nos professeurs nous disaient 'cette maladie-là, si vous allez bosser en Afrique ...' parce qu'elle était endémique en Afrique, 'vous l'apprenez. Si vous avez prévu de bosser en Europe, ne l'apprenez pas. Donc nous-même, on a pas été ... J'ai demandé au professeur Picoud, au tout début de la crise, 'écris un article, pour les vétos ! Parce qu'on va être challengés dans nos cabinets vétérinaires. Comment on va expliquer ça à mme Michu ?' C'est aussi simple que ça. Tout le monde est en retard. Ce qu'on vit en France, mes confrères me disent 'on va être la risée', parce que le mandat collectif : travailler avec les agriculteurs, travailler avec l'État, les GDS, pour réussir à vaincre la maladie [...], si on perd cette bataille-là, du travail collectif qu'on a fait depuis 70 ans [...], on est morts, on est morts. Et donc on est en retard là-dessus, [...] c'est pas la faute de l'État ... On est en retard.
https://pseudo-ecologie.fr/blog/2025-12-21-francois-walraet-cr-dnc-mauvaise-foi/
L'ANSES, dans son rapport d'évaluation, estime entre 0.004 et 0.32% le risque d'introduction de la DNC "par des bovins vivants infectés destinés à l'élevage" et entre 0.002 % et 0.44% "par des stomoxes ayant voyé avec des bovins destinés à un élevage". Le reste semble négligeable. (ANSES 2017, p.8) Elle précise que "les experts ont calculé que 626 204 doses vaccinales seraient suffisantes dans 75 % des simulations, et 798 128 doses dans 95 % des simulations pour vacciner l’effectif exposé". (p.10)
Ce thème mériterait d'être enrichi par des entretiens avec des responsables sanitaires : comment les stocks de vaccins sont obtenus ? Stockés ? Quels sont les coûts ?
Autorisation de mise sur le marché
Notez au passage que l'absence d'Autorisation de Mise sur le Marché était déjà mentionnée : "En cas d'épizootie et en l'absence de médicament vétérinaire autorisé approprié, l’Anses peut également autoriser, pour une durée limitée, l'utilisation de médicaments vétérinaires n'ayant fait l'objet d'aucune autorisation de mise sur le marché dans aucun État". (p.49)
- ANSES, Risque d’introduction de la dermatose nodulaire contagieuse en France, Rapport d’expertise collective, juin 2017, [lien]