Worldwide Integrated Assessment (WIA) on systemic insecticides 2021
L’un des cœurs du reproche d’inutilité que Stéphane Foucart fait aux NNI est l’existence d’alternatives beaucoup plus viables. Il évoque ainsi plusieurs fois une expérience mise en place par Furlan en Italie (37) (46). Il est donc intéressant d’approfondir. Notez que la seule trace que j’en ai trouvée est dans la revue de la Task force on systemic pesticides (Furlan et al., “An Update of the Worldwide Integrated Assessment (WIA) on Systemic Insecticides. Part 3: Alternatives to Systemic Insecticides.”). Il n’y a pas eu de publication dédiée.
Furlan et un groupe de producteurs de maïs (représentant 47 558ha) avaient mis en place un fonds, auquel les agriculteurs payaient en moyenne 3,3 €/ha, qui indemnisait en cas de dégâts de ravageurs. Les obligations étaient les suivants :
- Contrat signé dans les 7 jours après le semis
- Implémentation de bonnes pratiques de culture
- Implémentation de la directive 128/2009/EC
- Implémentation des suggestions du « Annual Crops Bulletin »
On note que c’est très flou. La seule donnée claire serait qu’ils n’utilisent pas d’insecticides en enrobage. L’expérimentation aurait duré deux ans (2015-2016). Au total le fonds a prélevé 160 335 € et seuls 83 863 € ont été indemnisés aux fermiers.
Trois éléments sont immédiatement suspicieux.
- Tout d’abord, l’absence de publication : l’étude elle-même n’a pas été publiée. Bizarre pour une trouvaille révolutionnaire de cette ampleur, non ?
- Ensuite, les pratiques culturales mises en œuvre ne sont pas spécifiées1. Est-ce que les agriculteurs n’ont pas simplement remplacé les NNI par d’autres insecticides ?
- Enfin, le montant semble ridiculement bas. Le rendement par hectare du maïs grain est de l’ordre de 9 tonnes en France, avec un prix de la tonne tournant autour de 150 €. En arrondissant vers le bas à 1 000 €/ hectare, on obtient un chiffre d’affaires de plus de 47 millions d’euros pour les agriculteurs étudiés. Les ravageurs auraient donc représenté des dégâts de l’ordre de 0,18 % … Je rappelle que, pour les betteraviers en 2020, les pertes globales (NNI+sécheresse) étaient de 23 à 30 % (ITB 2020). On n’est pas vraiment sur les mêmes ordres de grandeur … C’est d’autant plus « surprenant » que les risques couverts par l’assurance ne se limitent pas aux dégâts des ravageurs, mais incluent aussi les risques liés aux intempéries, à la faune sauvage (sangliers, corbeaux) et à des maladies comme la fusariose.
Lorsqu’on approfondit, c’est encore pire : rien ne tient.
Le chercheur va faire une sorte de simulation des différences entre plusieurs stratégies (Fonds mutualisé avec et sans IPM, comparées à l’utilisation de NNI) en termes de prix des pesticides, etc. Il ne justifie pas ce calcul. Cela questionne : n’avait-il pas des centaines d’agriculteurs dans son fonds auxquels il aurait pu poser des questions sur le prix des pesticides et de l’IPM ? Furlan ne produit aucun autre chiffre, c’est comme si l’indemnisation était la seule variable qui avait été observée.
Il faut aussi se demander la crédibilité de cet indicateur : comment était gérée cette indemnisation ? On sait tous que les assurances mettent souvent en place des trésors de restrictions et procédures pour limiter autant que possible le paiement des risques. Est-ce que les agriculteurs demandaient les indemnisations ? Étaient-elles accordées facilement ? Le flou des conditions pourrait avoir rendu l’indemnisation impossible : il suffirait d’identifier une pratique contraire à l’une des trois normes imposées (« bonnes pratiques de culture », directive 128/2009/EC, suggestions du « Annual Crops Bulletin ») pour refuser l’indemnisation.
Il y a une autre alerte grave : comment était surveillé le respect du cahier des charges ? Comment quelques chercheurs ont pu surveiller les pratiques agronomiques de plus de 47 000 hectares de culture ? Le tout, alors même que l’article trahit le fait que les chercheurs ne savaient même pas les volumes et prix des pesticides utilisés par les agriculteurs « étudiés ».
Enfin, l’étude ne porte que sur 2 ans ; elle ne renseigne pas sur la pression des ravageurs ou pas et ne prend pas en compte la couverture contre les infestations des cultures voisines. Le fait d’être entouré de parcelles traitées vous protège également, limitant la pression des nuisibles.
Bref, faut-il vraiment s’étonner que l’étude elle-même n’ait jamais été publiée ?