Le fond mutualisé de Furlan (2018)

L’un des cœurs du reproche d’inutilité que Stéphane Foucart fait aux NNI est l’existence d’alternatives beaucoup plus viables. Il évoque ainsi plusieurs fois une expérience mise en place par Furlan en Italie (37) (46). Il est donc intéressant d’approfondir. Notez que la seule trace que j’en ai trouvée est dans la revue de la Task force on systemic pesticides (Furlan et al., “An Update of the Worldwide Integrated Assessment (WIA) on Systemic Insecticides. Part 3: Alternatives to Systemic Insecticides.”). Il n’y a pas eu de publication dédiée.

Furlan et un groupe de producteurs de maïs (représentant 47 558ha) avaient mis en place un fonds, auquel les agriculteurs payaient en moyenne 3,3 €/ha, qui indemnisait en cas de dégâts de ravageurs. Les obligations étaient les suivants :

On note que c’est très flou. La seule donnée claire serait qu’ils n’utilisent pas d’insecticides en enrobage. L’expérimentation aurait duré deux ans (2015-2016). Au total le fonds a prélevé 160 335 € et seuls 83 863 € ont été indemnisés aux fermiers.

Trois éléments sont immédiatement suspicieux.

Lorsqu’on approfondit, c’est encore pire : rien ne tient.

Le chercheur va faire une sorte de simulation des différences entre plusieurs stratégies (Fonds mutualisé avec et sans IPM, comparées à l’utilisation de NNI) en termes de prix des pesticides, etc. Il ne justifie pas ce calcul. Cela questionne : n’avait-il pas des centaines d’agriculteurs dans son fonds auxquels il aurait pu poser des questions sur le prix des pesticides et de l’IPM ? Furlan ne produit aucun autre chiffre, c’est comme si l’indemnisation était la seule variable qui avait été observée.

Il faut aussi se demander la crédibilité de cet indicateur : comment était gérée cette indemnisation ? On sait tous que les assurances mettent souvent en place des trésors de restrictions et procédures pour limiter autant que possible le paiement des risques. Est-ce que les agriculteurs demandaient les indemnisations ? Étaient-elles accordées facilement ? Le flou des conditions pourrait avoir rendu l’indemnisation impossible : il suffirait d’identifier une pratique contraire à l’une des trois normes imposées (« bonnes pratiques de culture », directive 128/2009/EC, suggestions du « Annual Crops Bulletin ») pour refuser l’indemnisation.

Il y a une autre alerte grave : comment était surveillé le respect du cahier des charges ? Comment quelques chercheurs ont pu surveiller les pratiques agronomiques de plus de 47 000 hectares de culture ? Le tout, alors même que l’article trahit le fait que les chercheurs ne savaient même pas les volumes et prix des pesticides utilisés par les agriculteurs « étudiés ».

Enfin, l’étude ne porte que sur 2 ans ; elle ne renseigne pas sur la pression des ravageurs ou pas et ne prend pas en compte la couverture contre les infestations des cultures voisines. Le fait d’être entouré de parcelles traitées vous protège également, limitant la pression des nuisibles.

Bref, faut-il vraiment s’étonner que l’étude elle-même n’ait jamais été publiée ?