Viguie et al. 2020 : Early adaptation to heat waves and future reduction of air-conditioning energy use in Paris

La canicule de juin 2026 a fait prendre conscience à beaucoup de Français de l'importance d'avoir une climatisation et que les vieilles recettes n'étaient pas suffisantes. L'écosystème pseudo-écologiste s'est évidemment rué pour dénigrer cette solution, notamment en mettant en avant une étude, qui démontrerait que l'utilisation de la climatisation augmenterait fortement la chaleur en ville :

Early adaptation to heat waves and future reduction of air-conditioning energy use in Paris, de Vincent Viguié, Aude Lemonsu, Stéphane Hallegatte, Anne-Lise Beaulant, Colette Marchadier, Valéry Masson, Grégoire Pigeon, Jean-Luc Salagnac, Environmental Research Letters, vol. 15, n°7, article 075006, 2 juillet 2020

Protocole et conclusions

La donnée principale : l'effet sur la chaleur

Il n'y a pas grand chose à dire sur l'étude elle-même : ils prennent données, sans doute très bien, des modèles, sans doute exemplaires, et paf, ça donne des résultats. Je me demande s'ils prennent en compte la topographie, la circulation de l'air, etc. Mais bon, c'est sans doute très bien.

Quelques remarques cependant. Leur modèle obbserve que, dans certaines zones rurales, la climatisation est présentée comme rafraichissant l'air (Figure 3). On peut se demander si cela ne traduit pas un problème dans leur modèle, puisque la clim ne crée pas de froid, elle en déplace et qu'il y a, en plus, une consommation d'électricité (=chaleur).

Ils trouvent que la climatisation augmenterait la température la nuit jusqu'à 3.6°C. Néanmoins, sur la carte, l'effet sur la quasi-totalité de l'île de France est inférieur à 0.75°C et seuls quelques rares points dépassent cette valeur. Même dans Paris, un tout petit point (+/- le quartier de Châtelet) est foncé et tout l'est parisien est blanc (= pas d'effet significatif).

Puis ils évaluent l'effet d'autres techniques de gestion de la chaleur. Ils reprennent les données et trouvent que les températures peuvent descendre jusque 4.2°C s'ils mettent en place 3 stratégies d'adaptation (création de parcs ; isolation des bâtiments et utilisation de matériaux réflecteurs pour les façades et toits ; utilisation modérée de climatisation). Pour le coup, la carte est beaucoup plus bleue..

Ils reconnaissent néanmoins qu'il faudrait encore de la climatisation : "However, it seems difficult to rely on such actions to totally replace AC as we find that they only reduce the duration of strong thermal heat stress (UTCI temperature above 32 °C) inside buildings by about an hour and a half (1 h 23 min) per day. A little more than 6 h per day would still have to be spent in high heat stress conditions in buildings if no AC was used at all."

Discussion des stratégies d'adaptation

Le papier relativise l'intérêt des parcs si l'eau n'est pas disponible, dont l'effet devient "négligeable". Il faudrait 12.2 millions de mêtres cubes par jour de canicule, ce qui serait comparable au flux moyen de toute la Seine en 2100 (19.9). Et ceci, en plus des "numerous economic, social and envir- onmental consequences—positive or negative—of the changes in urban fabric required to create more parks and green spaces".

L'isolation réduirait les besoins en climatisation. S'agissant des parois réflexives, elles auraient comme désavantage d'augmenter le besoin de chauffage en hiver.

C'est le changement de comportement qui aurait le plus d'impact sur la consommation de clim (-43%).

Au final, pas de grosse critique à adresser donc ? Pourtant, une sentation dérangeante émerge quand on lit le papier.

Un ton et une utilisation malhonnête

Si je ne critique pas les conclusions, plusieurs éléments autour interrogent.

Le dénigrement de la climatisation

Dès le début de l'article, le ton est posé : on va parler de "maladaptation" : "Changes in the environment can incite a society to take actions that result in its becoming worse off; this has been a cause of collapse of several ancient societies [1–5]. Today, with climate change, such a maladapta- tion risk has already been identified. [...] Reliance on individual air conditioning (AC) equipment to respond to heat wave risk may be considered a typical example, for two reasons. First, the associated energy demand can be large [9–11]. Second, if AC systems release heat into the street, as is most often the case, the outside air is warmed and the heat wave worsens [12, 13]. Although it is an efficient solution for households that can afford it, AC makes the situation worse for households who cannot or do not want to adopt it [14]."

Pourtant ils reconnaissent juste après que "AC is a tool that is parti- cularly efficient to reduce heat wave impacts on com- fort and health, and is being used more and more [23, 24]."

En soi ce n'est pas faux, mais parlerait-on de "maladaptation" pour le chauffage ? Est-ce que toute solution n'a pas des effets négatifs et, dès lors, est-ce que cet usage du terme n'est pas simplement à des fins de dénigrement ? Par exemple, se contenter de créer des parcs n'est pas viable, parce que l'eau que cela demanderait serait excessive et que les gens auraient encore trop chaud chez eux.

En outre, le principal facteur sur le plan énergétique qu'ils notent est l'économie d'énergie. En quoi c'est ne pas se "reposer sur la clim" ?

Une exploitation malhonnête

Mais surtout, le plus génant est que les conclusions de cette étude sont en fait assez favorables à la climatisation, qui a un effet globalement très modéré (la carte est très claire, il y a très peu de fortes hausses) et peuvent, en outre, être compensés avec d'autres mesures.

Pourtant quand ses auteurs la présentent, c'est en insistant sur le chiffre de 3,6°C. Quand Vincent Viguié intervient sur FranceInfo, voilà son discours :

"Le problème par contre de la climatisation, enfin, ils sont de deux titres, d'une part, il y a toutes les conséquences environnementales, ainsi que le rejet de chaleur dont on va parler et le coût aussi, mais aussi le fait que la climatisation, ça peut tomber en panne. Ça peut tomber en panne et il peut y avoir des coupures de courant, contrairement aux solutions passives, l'isolation ça ne tombe pas en panne. Ce qui fait que s'appuyer sur la climatisation pour assurer la santé des gens, dans les EHPAD ou dans les maisons de retraite par exemple, c'est très risqué si jamais on fait rien d'autre à côté."

Pourquoi ce laïus sur la panne ? Une panne, ça se prévient et ça s'évite avec de la redondance. Surtout, ce n'est pas son domaine : il n'est ni ingénieur, ni médecin. Pourquoi à part pour dénigrer ?

Et quand Franceinfo le cite, elle ne retient que "S'appuyer sur la climatisation pour assurer la santé des gens dans les hôpitaux et dans les maisons de retraite, c'est très risqué si jamais on ne fait rien d'autre à côté".

Pire, quand le CNRS publie son communiqué, c'est en titrant "Faire face aux canicules à Paris sans climatisation ?"

L'inscription dans le discours anti-clim et quasiment assumé à ce stade.

Autre point, ils n'évoquent que les énergies renouvelables pour défendre les économies d'énergie : "In particular, it can occur when adaptation measures consume energy, making it more difficult to shift to decarbonized energy [...] Such a momentary increase could be an issue for electricity production, as well as for electricity decarbonization, as, during heatwaves, renewable energy production from wind, and solar hydropower electricity generation is often less effi- cient".

Pour une étude sur la France. C'est comme s'ils présumaient que le nucléaire n'était pas une solution.

Enfin, et c'est le point le plus gênant, ils ne donnent aucune donnée sur l'impact sur les populations. Ils ont les données démographiques, donc ils auraient pu très facilement donner des moyennes et dire "l'augmentation est de tant de degrés en moyenne pour tant de personnes". C'est comme s'ils avaient conçu leur étude pour se communiquer sur le chiffre de 3,6°C. Et quand Vincent Viguié d'en parler sur Linkedin, c'est en montant en épingle la gravité du phénomène.

Ils ne questionnent pas non plus les autres sources de chaleur, comme les voitures.

Ils ne proposent aucune proportionnalité entre les mesures à prendre et les problèmes. En effet, dans le pire des cas, dans la pire des régions, le réchauffement ne serait que de 0.25-0.75 pour la quasi-totalité des zones très peuplées. Seuls quelques endroits spécifiques dépassent ce seuil et pourraient avoir des réponses spécifiques. Mais non, à la place ils proposent des travaux représentant des milliards d'euros.

C'est comme s'il s'agissait exclusivement de promouvoir un argumentaire : "il faut des parcs et de l'isolation".