"Pesticide residues alter taxonomic and functional biodiversity in soils" [2026]

Résumé : Cette étude observationnelle analyse des corrélations entre résidus de pesticides et indicateurs de biodiversité du sol sur 373 sites. Elle observe certaines variations statistiques selon les groupes biologiques, mais ne démontre ni diminution globale de biodiversité ni causalité claire, notamment faute de données sur les pratiques agricoles. Malgré cela, les auteurs suggèrent des impacts écologiques et appellent à renforcer les exigences réglementaires et sont repris sous un ton alarmiste par les militants.


Une étude est récemment parue :

Köninger, J., Labouyrie, M., Ballabio, C. et al. Pesticide residues alter taxonomic and functional biodiversity in soils. Nature 650, 367–373 (2026). [lien]

Observant un effet négatif des pesticides sur la "biodiversité", elle fut évidemment reprise par les pseudo-écologistes.

C'est une étude

Protocole et résultats globaux qui interrogent

Méthode

Les chercheurs ont prélevé et analysé 373 échantillons de différents lieux

Ils ont étudié la corrélation entre chaque concentration de pesticide et :

Ces analyses prenaient en compte plusieurs variables environnementales, comme les propriétés du sol, le climat et le type d'écosystème.

Ils ont ensuite "quantifié l'importance relative des concentrations de pesticides dans la définition de la biodiversité du sol comparé aux facteurs environnementaux".

Résultats globaux

Les sols testés sont de différents types :

  • Cultures annuelles (210)
  • Cultures permanentes (34)
  • Pâturages en rotation (19)
  • Prairies permanentes ("extensive grassland") (97)
  • Forêts (13)
  • Ils ont trouvé des résidus de pesticides dans 70% des échantillons. Cette donnée est sans portée, vu que plus de 70% (263) sont des cultures (oui le pâturage en rotation est aussi une culture).

    La majorité des pesticides détectés étaient des fongicides (54%), suivi par les herbicides (34,9%) et les insecticides (11,1%).

    Ils ont observé que l'effet des concentration des pesticides dans les terres cultivées variait selon la taxonomie, le groupe fontionnel et le pesticide (voir leur graphique). Les champignons sont diminués avec 4 fongicides (pas les autres ?) et un herbicide.

    Ils reprochent à l' "integrative index" de masquer la complexité de la relation entre pesticide et biodiversité du sol.

    Ils observent notamment que des groupes "bénéfiques", comme les AMF (?) et nématodes bactérivores étaient "corrélés négativement avec de hautes concentration de l'herbicide pendimethalin", qui au contraire favorisait des organismes antagonistes, comme les "protist plant parasites". Le glyphosate favorisait d'autres antagonistes, comme des pathogènes fongiques et des nématodes herbivores.

    70 % des effets significatifs sur la diversité des groupes de gènes bactériens et 84 % sur celle des groupes de gènes fongiques étaient positifs. Pour les groupes d’archées et les groupes fauniques, environ 50 % des effets étaient négatifs.

    Globalement, ils ont observé que la concentration de pesticides était responsable jusqu'à 29,5% de la variance expliquée en biodiversité des sols cultivés.

    La concentration de pesticide était le facteur le plus important pour définir la richesse de champignons, expliquant à lui seul 12,3% de la variance. Elle expliquait entre 8.9 et 13.4% de l'abondance relative des bacterial chemoheterotrophs, AMF, protist plant parasites, herbivore nematodes and bacterivore nematodes.

    Notez qu'il ne s'agit pas de la baisse, mais de la variance.

    Des points qui interrogent

    Avant toute analyse de la méthodologie, certains points interrogent.

    D'un côté ils allèguent avoir trouvé des résidus de pesticides dans 70% des résultats. Or, les échantillons proviennent ... à 69% de sols cultivés. En outre, quand on fait le total, on aboutit à 379 sites, et pas 373.

    Ils observent que certaines récurrences n'apparaissent que lorsqu'on ajoute des terres non-agricoles à l'échantillon. C'est un peu étrange, cela indiquant que c'est la nature agricole des terres qui est vraiment déterminante. Mais ils prétendent avoir contrôlé cette variable.

    Ils font une liste d'effets négatifs potentiels, mais n'approfondissent pas et ne donnent pas de bilan global.

    Des résultat sans conséquence, mais pas totalement sans intérêt

    On a du mal à voir quelles conséquences peuvent avoir ces résultats. En effet

    Variables non prises en compte

    Ma première préoccupation a été de regarder les variables prises en compte. Or, elles ne rendent pas compte des pratiques agricoles précises, juste si c'est un champ ou pas.

    C'est problématique, parce que ces pratiques ont un effet sur les sols (ex : labours vs travail du sol superficiel vs pas de travail du sol) et influent sur les pesticides utilisés.

    Les auteurs reconnaissent ne pas les avoir pris en compte :

    "We also acknowledge that our survey lacked quantitative information on pesticide application rates, timing and composition of pesticide mixtures applied at each site, which prevents us from disentangling the effects of pesticides from those of intensive land management practices."

    Des résultats insignifiants

    Ces résultats ne décrivent qu'une "variance", pas une diminution. Et s'ils démontraient une diminution, ils devraient démontrer qu'elle est néfaste.

    Ils n'ont donc pas d'implications pratiques, contrairement à ce qu'ils concluent par ailleurs.

    Une piste de réflexion

    Globalement, l'étude tente de faire trop grand trop vite. Une étude telle que celle-ci serait intéressante s'il y avait déjà des données solides sur les déterminants de la biodiversité du sol et l'effet des pesticides dans un système contrôlé.

    Ici on a au final juste un article proposant une piste de réflexion.

    Une étude militante ?

    Des éléments sans intérêt pouvant être repris par des militants

    On observe néanmoins plusieurs éléments qui peuvent être malhonnêtement repris par les militants :

    Une conclusion outrageante

    La conclusion est assez outrageante :

    "Il est largement admis que les pesticides affectent négativement la biodiversité aérienne. Cette étude étend ces observations au milieu souterrain et montre que les pesticides influencent significativement la biodiversité des sols à la fois aux niveaux taxonomique et fonctionnel, avec des impacts sur les cycles du carbone, de l’azote et du phosphore dans les sols."

    Or, comme nous l'avons vu, ils n'observe qu'une variance, pas une diminution et a fortiori pas un effet négatif.

    Une volonté d'influer sur les tests réglementaires ?

    Cela ne les empêche pas de demander l'accroissement des exigences des agences sanitaires, qui devraient étendre les tests, qui viseraient actuellement "un nombre réduit d'invertébrés du sol".

    Leur idée de faire des tests plus poussés sur l'effet des pesticides sur la biodiversité du sol n'est pas inintéressante, mais supposerait

    On peut se demander, au regard de la polémique sur l'acétamipride, si c'est utile : de toute façon La Meute pseudo-écologiste va toujours trouver à redire et à dénigrer l'avis des agences.

    Est-ce qu'il ne s'agit pas surtout d'augmenter le prix des AMM et de dissuader mécaniquement la conception de pesticides ?

    Reprise médiatique

    Le monde, 4 mars 2026

    Un article du Monde, par Rémi Ducasse, du 4 mars 2026 reprend l'article et les points insignifiants que j'ai relevés :

    "Au total, ils ont recensé 63 composés dans 70 % des sites étudiés, en grande majorité des fongicides employés contre les champignons qui attaquent les cultures.

    Dix des 63 composés retrouvés étaient interdits au moment de l’étude, parfois depuis plusieurs années."

    Le 'journaliste' élabore sur plusieurs paragraphe cette présence (c'est à peu près le tiers de l'article)

    La seconde moitié reprend la rhétorique de la complexité de la natoire qui doit rester intouchée.

    Il présentent les pesticides comme la variable principale voire absolue ("Les molécules n’expliquent peut-être pas tout ce chamboulement microbien"), alors que les pourcentages évoqués sont faibles.

    Ainsi on devine une sorte de chaine de production : l'étude d'un côté qui va glisser des éléments qui vont pouvoir être repris par les militants, tout en conservant le deni plausible ("ah mais on n'est pas responsables de ce que disent les journalistes").


    Crédits

  • Andrew McGuire a également relevé des points