Jiguet, ESOD et chasse [2026]

Thomas Drach a attiré mon attention sur une étude sur la régulation des nuisibles :

Frédéric Jiguet, Aïssa Morin, Héloïse Courtines, Alexandre Robert, Benoit Fontaine, Harold Levrel, Karine Princé (2026). Ecological and economic assessments of native vertebrate pest control in France. Biological Conservation.

Une étude d'un intérêt scientifique limité

Résumé

L'étude part des dommages économiques identifiés par l'administration, qui résultent de déclarations d'agriculteurs ; et du nombre d'individus prélevés par les chasseurs. Ils reconnaissent que ce sont des données d'une crédibilité relative, venant de déclarations, qui négligent probablement les dommages faibles.

Après différentes opérations statistiques (qui ont un peu l'air d'une tambouille ésotérique), ils concluent qu'il n'y a aucune corrélation entre les prélèvements et les coûts de chaque année ou d'un trimestre sur l'autre (parties 2.6 et 2.7 ; 3.1 et 3.2). Ils testent ensuite si les prélèvements d’une année réduisent les dégâts l’année suivante et ne trouvent toujours pas d’effet : tuer plus d’animaux ne ferait pas baisser les dégâts l’année suivante. (2.6, 2.7 et 3.3, 3.4)

Ils évaluent ensuite l'effort consacré à contrôler les populations.

La première évaluation aboutit à un prix de 63.85€ pr animal, principalement en temps de travail (69%) et de transport (21%), qui donne 103-123M€, la seconde qui prend le SMIC à 40-49M€ et la troisième, sans prendre en compte le prix du travail, à 21-25M€.

Dans tous les cas, ce montant est supporté par ... les chasseurs.

Conclusions

Les auteurs, en dehors de quelques corrélations signifiantes, observent une absence de corrélation entre prélèvements et dégats. Ils avancent deux explications alternatives : soit les données sont trop mauvaises pour détecter un effet soit la biologie explique l'absence d'effet (récupération rapide des populations, relations non-linéaires densité/dégâts).

La première option est minimisée.

Ils comparent les coûts de contrôle et les dégats déclarés en prenant comme référence leur estimation la plus élevée.

Ils en tirent comme conclusion qu'il faudrait arrêter le contrôle léthal.

Une étude d'un intérêt militant considérable

Une méthode indéfendable

Comme toujours, il n'y a pas de réflexion pour construire un modèle crédible, PUIS voir étudier à son aide la variable souhaitée. En l'espèce, par exemple, ils ne démontrent pas la pertinence d'inclure latitude et longitude à leur système.

Néanmoins, là, ça va plus loin. Leur méthode, c'est comme regarder le prix de la vaccination et comparer au coût du nombre de malades de la variole.

En effet, ils n'étudient en aucune façon les coûts économiques qui seraient subis en l'absence de régulation des nuisibles, mais ceux déclarés alors qu'il y a cette régulation.

Enfin leur notion de coût économique n'a pas de sens, ne prenant pas en compte que c'est un loisir pour lequel des gens paient et qu'il est supporté non par la collectivité mais très volontairement par ces individus. On doit admettre que leurs rétributions sont au moins égales à ce qu'ils paient pour (sinon ils ne paieraient pas) et que le coût économique est donc en fait nul.

Une conclusion scandaleuse

Surtout, alors même qu'ils ne démontrent rien, avec une méthode indigente et des données dont ils admettent qu'elles sont potentiellement foireuses, ils promeuvent une politique spécifique radicale, l'arrêt de la régulation des nuisibles.

Cela suffit à qualifier cette publication d'activiste, d'une méthode sophistiquée de "publirédactionnel", qui devrait faire honte à leur institution de rattachement et à la revue qui les publie.

Des passages qui interrogent

Ce passage interroge : "Beyond that, control costs exceed reported damage by a factor up to 8, depending on the way control costs were assessed. An extreme scenario removing monetary valuation of human resources, e.g. time spent controlling, as well as travel costs, produced estimates still exceeding damage costs by a factor 1.66."

Pourquoi présenter la non prise en compte du travail et du transport doit être considéré comme "extrême" ? Pourquoi séparer les deux phrases ? C'est comme s'ils voulaient garder la première phrase vierge de toute nuance pour pouvoir être citée telle quelle par les militants.

Une portée médiatique remarquable

Cette étude a eu une portée médiatique notable. Elle a évidemment été brandie par tout l'écosystème antichasse :

Mais aussi par la presse :

Le thème du "contre-productif"

L'idée que l'action de l'homme serait contre-productive est un des éléments récurrents de la désinformation pseudo-écologiste. C'est la rhétorique de l'effet rebond : chaque solution non-homologuée serait contrebalancée par un effet rebond contraire.

Encore un coup du Muséum national d'Histoire naturelle

Nous avions épingué Marc-André Selosse, professeur au Muséum national d'Histoire naturelle, dans un précédent article. Ici la plupart des auteurs s'y rattachent : Frédéric Jiguet, Aïssa Morin, Alexandre Robert, Benoit Fontaine,Harold Levrel et Karine Princé.

Le site du MNHN met même l'étude en avant sur son site. Il retient, sans préciser, l'estimation la plus élevée ("cette politique à presque 64 euros par animal tué") et déclare même "Dans certaines régions, la relation est même inversée : plus on détruit une espèce une année donnée, plus les dégâts sont élevés l’année suivante, notamment pour les geais et les étourneaux." Puis précise "Cela ne signifie pas que la destruction provoque directement les dégâts" sans le justifier, ni envisager que cela illustre que l'étude est inadaptée.

Il est difficile de concevoir un intérêt scientifique à cette étude, on peut voir ce communiqué comme un indice fort de la compromission de l'institution.