[Livre] La guerre au vivant : Michael Hansen [2001]

Contrairement à la désinformation antinucléaire, la désinformation agricole est extrêmement bien construite et complexe, s'appuyant sur les travestissements d'experts. Ce livre, écrit par des universitaires, en est une illustration : Hansen, M., Lannoye, P., Pons, S., Séralini, G.-É., & Berlan, J.-P.(Dir.) (2001). La guerre au vivant : OGM et mystifications scientifiques. Agone. coll "contre-feux"

Ici nous commenterons la partie de MICHAEL HANSEN de la page 77 jusque 102.

Désinformation anti-OGM

On retrouve la qualification de "chimères" pour désigner les OGM (p.77 ;).

Étiquetage

Il commence par reprocher l'absence d'étiquetage d'OGM au motif que "pour toute personne sensée", une fraise avec des gènes de poissons et de bactérie "est fondamentalement différente d'une fraise ordinaire. Car un fraisier n'échange de gènes qu'avec un autre fraisier - avec des plantes de la même espèce." (p.79)

C'est faux. La triticale, par exemple, vient du croisement entre le blé et l'orge. Les pomelo viennent d'un essai par irradiation. Il me semble que les échanges génétiques avec les bactéries sont relativement fréquents.

Une tribune de scientifique aurait même été publiée dans Nature, considérent ce concept d' "équivalence substantielle" comme pseudo-scientifique allant jusqu'à peu scientifiquement le qualifier de "jugement com- mercial et scientifique se présentant sous une mascarade scientifique3". (p.80)

Les effets secondaires

Les fameux effets secondaires. Hansen propose toute une partie sur le sujet en dissimulant le fait que les OGM sont sujets à autorisation de mise sur le marché.

On note que si beaucoup de pseudo-écologistes se limitent à une critique agricole, ici il vise le domaine médical. (p.80)

Dénigrement basique

Il reproche même à une plante d'avoir produit un composant autre que celui qu'elle était censée produire. (p.83) Et alors ? Ca ne marche pas, donc on ne fait pas, où est le danger ?

C'est une stratégie récurrente en pseudo-écologie, de reprocher tous les échecs possibles à une technologie, même ceux qui ont été faits dans le cadre de recherches.

On retrouve l'accusation de diffusion les résistances antibiotiques en raison de l'utilisation d'un gène marqueur de résistance antibiotique dans la conception des OGM. (p.87-88)

Association OGM et pesticides

Classique, on retrouve l'association entre OGM résistants aux herbicides et producteurs de ces derniers. (p.91)

Relevons une manipulation très habile :

"Du Pont, Monsanto et Novartis sont les trois premiers semenciers mondiaux. Du fait de cette monopolisation de l’industrie des semences par les plus grandes transnationales agrochimiques [...]."

Or, le marché des semences est très fragmenté, il y a de nombreux acteurs. En présentant les producteurs d'OGM comme "premiers semenciers", ils cachent ce fait et peuvent prétendre qu'il y a une "monopolisation de l'industrie des semences".

Ensuite, ils dénigrent les OGM "Bt". Ils lui reprochent de créer des "résistances génériques", qui augmenteraient la dangerosité des pesticides nécessaires ; que la toxicité, qu'on ne "connaîtrait pas" sur les organismes non-cibles "pourrait causer une rupture écologique". (p.91-95)

Ils dénigrent ensuite les OGM de résistance aux virus, au motif que les gènes viraux pourraient "créer des combinaisons génétiques virales nouvelles pouvant s'avérer encore plus dangereuses."

Puis, le risque de propagation des OGM. (p.97-100)

L'auteur se prévaut du livre "Silent Spring", qui a sans doute été l'un des livres les plus impactants et l'un des premiers sur l'écologie. Prédisant un "printemps silencieux" dès 1968, on attend toujours sa prédiction.

Notons ce passage, trahissant le luddisme de l'auteur :

Un paradoxe de la science est que lorsque survient quelque chose de nouveau — comme la technologie radicalement nouvelle des chimères génétiques ou un phénomène inouï comme le prion —, c’est-à-dire au moment où les interrogations sont les plus brûlantes, elle ne peut rien en dire avant longtemps, parfois des décennies, et que si la science se prononce elle a toutes les chances de se tromper.