J’ai commencé, vers avril 2021, par récolter l’ensemble des articles écrits par S. Foucart pour Le Monde (>2000), puis j’ai identifié ceux qui traitaient des NNI. Pour écrire Stéphane Foucart et les néonicotinoïdes, j’en ai relevé 71 portant sur les NNI, dont le premier date du 8 juillet 2011 : « Le déclin massif des abeilles est en voie d’élucidation ».
Voici la liste. Vous pouvez également télécharger la présentation de chacun
- 8 juillet 2011 : Le déclin massif des abeilles est en voie d'élucidation
- 9 juillet 2012 : La faillite de l'évaluation des pesticides sur les abeilles
- 23 septembre 2012 : Le chercheur, l'agrochimiste et les abeilles
- 16 janvier 2013 : Pesticides : un risque enfin admis pour les abeilles
- 9 février 2013 : Un plan de soutien contre le déclin de l'apiculture
- 1er mars 2013 : Le déclin des insectes pollinisateurs menace les rendements agricoles
- 29 avril 2013 : Abeilles : trois pesticides interdits dans l'Union européenne
- 30 avril 2013 : Bruxelles va suspendre pour deux ans trois insecticides tueurs d'abeilles
- 3 mai 2013 : Les insecticides Gaucho, Cruiser et Poncho enfument la ruche
- 27 mai 2013 : Abeilles : un quatrième insecticide épinglé
- 12 octobre 2013 : Le tabac et les abeilles
- 7 novembre 2013 : Pesticides : les mathématiques au secours des abeilles
- 7 décembre 2013 : Un moratoire inutile sur les insecticides tueurs d'abeilles
- 30 janvier 2014 : Insecticides : les bourdons perdent le nord, même à très faible dose
- 7 avril 2014 : En Europe, le déclin des abeilles frappe lourdement les pays du Nord
- 13 avril 2014 : Déclin des abeilles : les mots qui fâchent
- 5 mai 2014 : L'UICN, Syngenta et le déclin des bourdons
- 24 juin 2014 : Barack Obama lance une stratégie nationale pour sauver les abeilles
- 9 novembre 2014 : Pourquoi le GIEC de la biodiversité est mal parti
- 16 mars 2015 : Inutiles tueurs d'abeilles
- 29 mars 2015 : Noire semaine pour l'expertise
- 19 mai 2015 : Ségolène Royal au secours des abeilles
- 27 août 2015 : Les experts européens aggravent le cas des pesticides tueurs d'abeilles
- 23 février 2016 : Parmi les experts du principal rapport sur la pollinisation, deux salariés de l'industrie chimique
- 26 février 2016 : Le GIEC de la biodiversité consacre l'importance cruciale des pollinisateurs
- 15 mars 2016 : Tout comprendre aux pesticides néonicotinoïdes
- 7 mai 2016 : Néonicotinoïdes : le paradoxe de la Reine rouge
- 6 février 2017 : Les insecticides néonicotinoïdes tueurs d'abeilles… et d'humains ?
- 24 mars 2017 : Abeilles et pesticides : polémique entre les apiculteurs et le ministère de l'Agriculture
- 29 mai 2017 : Mais où sont passés tous les insectes ?
- Les pesticides tueurs d'abeilles créent les premiers remous au gouvernement
- 27 juin 2017 : Matignon éteint en urgence la polémique sur les pesticides
- 29 juin 2019 : Deux études à grande échelle confirment les dégâts des néonicotinoïdes sur les abeilles
- 5 octobre 2017 : Les trois quarts des miels du monde sont contaminés par des néonicotinoïdes
- 18 octobre 2017 : En trente ans, près de 80 % des insectes auraient disparu en Europe
- 19 octobre 2017 : Les apiculteurs dénoncent l'autorisation d'un nouveau néonicotinoïde en France
- 18 novembre 2017 : Pesticides : l'Italie a montré qu'il existe des alternatives
- 24 novembre 2017 : La justice suspend l'autorisation de nouveaux pesticides tueurs d'abeilles
- 10 février 2018 : Toutes les procédures d'évaluation des risques des pesticides sur les abeilles sont, au minimum, très discutables
- 1er mars 2018 : Les insecticides néonicotinoïdes, des molécules à l'utilité contestable
- 1er mars 2018 : Les experts européens confirment les risques des néonicotinoïdes pour les abeilles
- 20 mars 2018 : Les oiseaux, victimes directes des insecticides néonicotinoïdes
- 20 mars 2018 : Les oiseaux disparaissent des campagnes françaises à une vitesse vertigineuse
- 29 mars 2018 : Pourquoi les pesticides sont bien l'une des causes du déclin des oiseaux
- 28 avril 2018 : Néonicotinoïdes : L'interdiction intervient alors que les dégâts sont immenses et en partie irréversibles
- 1er juin 2018 : Haro scientifique mondial sur les néonicotinoïdes
- 7 juin 2018 : En hiver, les taux de pertes des abeilles ne devraient pas excéder 5 %
- 19 décembre 2018 : Entre les abeilles et l'agrochimie, l'Europe tarde à choisir
- 5 janvier 2019 : Sur les 36 députés signataires de l'appel à sauver les abeilles, 30 ont soutenu au moins un amendement contestant l'interdiction des néonicotinoïdes
- 13 avril 2019 : L'affaire du Levothyrox illustre une confusion entre consensus scientifique et consensus réglementaire
- 25 mai 2019 : L'Europe et les abeilles
- 27 juin 2019 : Pourquoi l'agriculture bio est favorable aux abeilles
- 27 août 2019 : Pesticides : les ravages de l'agriculture américaine
- 27 août 2019 : Disparition des abeilles : comment l'Europe a renoncé à enrayer leur déclin
- 27 août 2019 : Les néonicotinoïdes sont là pour durer
- 29 août 2019 : De nombreux éléments de preuves pointent vers les néonicotinoïdes comme cause majeure du déclin des abeilles
- 29 août 2019 : Disparition des abeilles : Le rôle des pratiques apicoles a été monté en épingle par les milieux de l'agrochimie
- 23 octobre 2019 : Abeilles et pesticides : le Parlement européen recadre la Commission
- 31 octobre 2019 : Les poissons sont aussi victimes des insecticides tueurs d'abeilles
- 27 novembre 2019 : Les pesticides néonicotinoïdes continuent à menacer les abeilles, même lorsqu'ils ne sont plus utilisés
- 9 juillet 2020 : Sauvegarde des pollinisateurs : l'échec de la Commission européenne
- 9 juillet 2020 : La médiatrice de l'Union européenne met en cause le processus d'autorisation des pesticides
- 6 août 2020 : Le gouvernement va réintroduire les insecticides tueurs d'abeilles
- 12 août 2020 : Avec ou sans floraison, les néonicotinoïdes représentent des risques pour les pollinisateurs
- 2 septembre 2020 : Néonicotinoïdes : la réautorisation annoncée de ces insecticides neurotoxiques sur la betterave ravive la polémique
- 12 septembre 2020 : Les néonicotinoïdes sont des substances trop efficaces et trop persistantes pour que leur usage puisse être contrôlé
- 26 septembre 2020 : Abeilles et pesticides : les ONG s'alarment d'un affaiblissement de la réglementation européenne
- 5 septembre 2020 : La majorité sous pression avant l'examen du projet de loi sur les néonicotinoïdes
- 29 octobre 2020 : Des niveaux alarmants de pesticides mesurés dans les sols et les vers de terre
- 19 février 2021 : L'arrêté encadrant le retour des néonicotinoïdes s'appuie sur des données erronées
- 26 mars 2021 : A Bruxelles, débat crucial autour des nouveaux tests pour évaluer les effets des pesticides sur les abeilles
1. 8 juillet 2011 : « Le déclin massif des abeilles est en voie d'élucidation »
Cet article part d'un constat : « des mortalités massives d'abeilles domestiques sont relevées un peu partout dans le monde – principalement aux États-Unis et en Europe ». Ce serait « d'autant plus inquiétant qu'environ un tiers de la nourriture consommée à l'échelle mondiale repose sur la pollinisation des cultures, dont les abeilles sont le principal agent. »
Selon une étude publiée par PloS One (Vidau et coll.2011), c'est une combinaison de l'exposition aux insecticides et à des parasites naturels qui serait « sans doute à l'origine du déclin ». Elle observe en effet que l'exposition à des doses très faibles (de l'ordre de 1 % de la LD50) de fipronil et de thiaclopride n'engendrerait pas de mortalité importante à elle seule. Toutefois, elle se révélerait létale pour respectivement 70 % et 80 % des abeilles infectées par un parasite intestinal courant, Nosema ceranae, qui ne provoquerait, à lui seul, que des mortalités limitées.
Cela serait la preuve d'un « effet cocktail » et « pourrait conduire à un réexamen des autorisations des molécules phytosanitaires. »
2. 9 juillet 2012 : « La faillite de l'évaluation des pesticides sur les abeilles »
Un rapport commandé par l'EFSA a souligné d'importantes faiblesses des procédures d'évaluation des risques des phytosanitaires sur les abeilles. Ceux-ci omettraient de prendre en compte, entre autres, les effets sublétaux (ref à l'étude PloS One de l'article précédent), l'exposition par guttation ou par la poussière produite par les semences enrobées lors des semis, les effets sur les larves, etc. L'ensemble aboutirait à très largement sous-estimer la toxicité des substances testées.
Cela serait néanmoins un « secret de polichinelle » et le maintien de ces erreurs résulterait des méthodes de définition des protocoles d'évaluation. Ces derniers seraient en effet fixés par l'Organisation européenne et méditerranéenne pour la protection des plantes (EPPO), qui déléguerait la tâche à l'ICPBR (« International Commission on Plant-Bee Relationships »), au fil d'un procédé dominé par les représentants de l'industrie agrochimique.
3. 23 septembre 2012 : « Le chercheur, l'agrochimiste et les abeilles »
Des chercheurs français menés par Mickaël Henry avaient observé, dans une étude publiée par Sciences (Henry et coll. 2012), que des abeilles exposées à de faibles doses de Cruiser (NNI : thiamétoxam) avaient tendance à ne pas retrouver leur ruche. Ils avaient estimé qu'une colonie non exposée à l'insecticide étudié, le thiamétoxam, grandit de 11 % par mois en période de floraison du colza. Cette estimation serait cohérente avec « quatre années de suivi de plus de 200 colonies ».
La revue Science a publié un « commentaire technique » de chercheurs britanniques contestant ce taux de 11 %. Selon eux, il s'agirait de 40 %. Ce taux viendrait « D'observations menées dans les années 1980, sur seulement trois ruches, et hors du contexte de la culture de colza étudiée par les chercheurs français… »
Le premier auteur du commentaire serait James Cresswell. Or, son laboratoire, l'université d'Exeter, serait « soutenu par… l'agrochimiste Syngenta, propriétaire du Cruiser. » En effet, le 8 août cette entreprise finançait un poste de chercheur dont la mission serait "d'assister le Dr James Cresswell dans ses recherches". C'est également à cette date que le commentaire technique de M.Cresswell aurait été accepté pour publication.
4. 16 janvier 2013 : Pesticides : un risque enfin admis pour les abeilles
L'EFSA a publié un avis estimant que trois pesticides NNI (clothianidine, imidaclopride et thiaméthoxame) représentaient « un risque élevé pour les abeilles ».
Ce risque passait par trois voies d'exposition :
- l'émission de poussières par les enrobages pendant les semis ;
- la contamination par le pollen et le nectar ;
- dans le cas du maïs traité par le thiaméthoxame, l'exposition par "guttation" (l'exsudation, par la plante, de gouttelettes d'eau).
Il rappelle la critique du rapport évoqué par l'article du 9 juillet 2012, ayant souligné les lacunes des protocoles d'évaluation des risques. Les risques reconnus par l'EFSA ne seraient néanmoins pas une surprise, un groupe d'experts ayant abouti « aux mêmes conclusions à propos de l'imidaclopride » en 2003.
5. 9 février 2013 : Un plan de soutien contre le déclin de l'apiculture
L'apiculture serait en déclin : « la production hexagonale a reculé de 28 % entre 2004 et 2010 ; dans le même temps, le nombre de ruches a chuté de 20 % et celui des apiculteurs de 40 %. Chaque année, ils sont plus de 4 500 à cesser leur activité. »
Pour lutter contre, le ministre de l'Agriculture d'alors, Stéphane Le Foll aurait débloqué une enveloppe de 40 millions d'euros pour professionnaliser la filière par la formation. Il voudrait également créer un « observatoire des résidus de pesticides dans l'environnement de l'abeille (pollen, nectar, etc.) », ce qui déplairait aux apiculteurs :
« Cela fait dix-sept ans que nous observons l'impact des pesticides sur nos ruches et il y a eu beaucoup d'études scientifiques pour corroborer nos alertes, dit Olivier Belval, président de l'Union nationale de l'apiculture française (Unaf). Aider financièrement une filière qui subit une énorme hémorragie d'abeilles ? Autant jeter de l'argent dans un puits sans fond ! »
L'auteur évoque ensuite le moratoire de 2 ans décidé par la Commission européenne après l'avis de l'EFSA (évoqué dans l'article précédent) et rapporte que l'UNAF a annoncé ne pas être satisfait par le programme du ministre et qu'elle souhaite « l'interdiction totale et définitive de ces produits phytosanitaires systémiques ».
6. 1er mars 2013 : Le déclin des insectes pollinisateurs menace les rendements agricoles
Si on parle souvent du déclin des abeilles domestiques, ce sont les insectes sauvages qui sont les premiers pollinisateurs.
Une étude de Bernard Vaissière (INRA), « l'un des meilleurs spécialistes du sujet », montre que les fleurs visitées par les abeilles domestiques ont une productivité fruitière 14 % supérieure, alors que celles visitées par des insectes sauvages auraient une productivité « près de deux fois plus importante ». Elle se fondait sur des données « collectées par une cinquantaine de chercheurs internationaux sur la pollinisation de 41 types de culture […] répartis sur les cinq continents ».
Cette étude serait « majeure » selon Jason Tylianakis, dans un commentaire publié par Science.
Néanmoins, ils disparaissent rapidement : selon une étude de Laura Burkle publiée par Science, « la diversité des espèces de pollinisateurs sauvages a été divisée par deux en cent vingt ans » et « le taux de visites d'une petite fleur endémique de cette région d'Amérique du Nord a été divisé par quatre au cours de cette période. »
L'auteur conclut en rappelant la proposition de suspension des 3 NNI évoqués plus haut et les lacunes des tests d'homologation, qui, en plus des critiques déjà évoquées, n'évaluent pas non plus les risques sur les pollinisateurs sauvages.
7. 29 avril 2013 : Abeilles : trois pesticides interdits dans l'Union européenne
La Commission européenne devrait suspendre 3 NNI (imidaclopride, la clothianidine et le thiaméthoxame) pendant deux ans à compter du 1er décembre 2013, quinze États de l'Union européenne étant favorables à cette mesure.
Dans une lettre révélée par un hebdomadaire anglais et adressée à Syngenta, le ministre britannique de l'Environnement, Owen Paterson, « explique que Londres « a été très actif » dans l'organisation de l'opposition à la proposition de Bruxelles. Et ajoute : « Nos efforts continueront et s'intensifieront dans les prochains jours. » »
Au contraire, Tonio Borg, le commissaire européen à la santé des consommateurs, affirme sa volonté de promouvoir l'interdiction et de faire son maximum pour protéger les abeilles.
La majorité qualifiée n'était pas atteinte, c'est la Commission européenne qui devrait trancher. (?)
8. 30 avril 2013 : Bruxelles va suspendre pour deux ans trois insecticides tueurs d'abeilles
L'article reprend la nouvelle de l'article précédent, ainsi que la mention de la lettre adressée à Syngenta. Il rappelle également le contexte :
« L'EFSA a rendu, en janvier, une évaluation des risques présentés par les trois molécules pour les abeilles. Ses conclusions sont sans surprise défavorables aux agrochimistes. Fin 2003, le Comité scientifique et technique de l'étude multifactorielle des troubles des abeilles (CST), mis en place par le ministère français de l'agriculture, avait déjà rendu une expertise très négative sur l'imidaclopride. »
L'expertise européenne aurait été l'objet d' « intenses pressions ». Syngenta aurait en effet « exigé, en vain, des amendements à la position de l'EFSA, allant jusqu'à menacer certains de ses responsables de poursuites ». En face, les ONG Greenpeace, Avaaz et Pesticide Action Network seraient très mobilisées.
Néanmoins, il faudrait relativiser : selon le biologiste David Goulson, le moratoire partiel ne serait qu'un bon début, il faudrait des années avant que les NNI disparaissent des sols, même si le moratoire était total, ce qui n'est pas le cas.
9. 3 mai 2013 : Les insecticides Gaucho, Cruiser et Poncho enfument la ruche
Toujours à propos de la même annonce de la Commission européenne (probable suspension au 1er décembre des 3 NNI), S. Foucart relativise :
« saluée, le lundi 29 avril, comme une victoire par le monde apicole et les organisations de défense de l'environnement », « elle peut aussi, au contraire, être interprétée comme une cuisante défaite. »
En effet, la décision de la commission serait tardive, ce qui serait le « symptôme d'une formidable faillite des systèmes d'évaluation des risques ». Les firmes agrochimiques ne sortiraient, ainsi, « nullement perdantes de leur affrontement avec les apiculteurs et les défenseurs de l'environnement. » (sous-entendu elles auraient eu le temps de rentabiliser ?)
Les NNI auraient dû être interdits il y a de nombreuses années. En effet, ils sont « les insecticides les plus efficaces jamais synthétisés » et, utilisés en enrobage de semence, la plante les sécrète tout au long de sa vie. « Il transforme, par défaut, des millions d'hectares de grandes cultures en champs insecticides. »
Leur déploiement, au milieu des années 90 en France, aurait correspondu à une forte accélération du déclin des insectes pollinisateurs. En 2003, un groupe d'expert mis en place par le gouvernement français aurait déjà conclu que « l'imidaclopride (commercialisé sous le nom Gaucho) présentait un risque inacceptable pour les abeilles ». Pourtant, ce n'est qu'en 2013 que l'EFSA a rendu un avis condamnant les 3 NNI, sur la base duquel a été proposée l'interdiction des NNI. Ce moratoire aurait donc « une décennie de retard ». Il serait en outre limité, ne concernant que certains NNI et certains usages (ex : l'utilisation pour les blés d'hiver resterait autorisée).
Cette inertie serait notamment liée à certaines « expertises », comme celle de l'AFSSA1 de 2008, « reprenant à leur compte, parfois dans des conditions d'intégrité discutables, la vulgate des agrochimistes : les troubles des abeilles étant "multifactoriels", les nouveaux produits phytosanitaires n'y joueraient aucun rôle déterminant. »
10. 27 mai 2013 : Abeilles : un quatrième insecticide épinglé
L'EFSA aurait publié un avis « sévère » sur les risques posés par le fipronil (un 4e NNI), reconnaissant un « risque aigu élevé » posé aux abeilles domestiques par les poussières de semi de maïs enrobés par ce NNI. Elle n'a pas pu réaliser une évaluation complète des risques en raison d'un manque de données. Elle estimerait toutefois que le risque serait probablement faible pour les cultures non fréquentées par les abeilles.
L'avis soulignerait « en creux que les tests réglementaires d'évaluation des risques des nouvelles générations d'insecticides – utilisées, comme le fipronil, en enrobage de semences – sont incapables de déceler les effets potentiels de ces molécules sur les abeilles. »
L'UE a confirmé le 24 mai l'entrée en vigueur du moratoire sur les 3 autres NNI au 1er décembre.
Le Fipronil était déjà interdit en 2005 en France, suite à un rapport du CST concluant que l'utilisation de ce NNI « peut paraître "préoccupante" et "ne permet pas d'exclure des risques inacceptables". »
11. 12 octobre 2013 : Le tabac et les abeilles
Cet article présenterait la méthode d'évaluation des risques sur les abeilles domestiques définie par le document « Système pour l'évaluation du risque des produits phytosanitaires pour l'environnement » de l'EPPO.
Pour être qualifiée « à faible risque », l'exposition à la substance devrait être inférieure à la DL50 en moins de 48 heures divisée par 10. S. Foucart montrerait l'absurdité de cette méthode en prenant l'exemple des cigarettes pour l'humain : la DL50 est de 150 paquets. Fumer 15 paquets par jour serait donc, en suivant cette logique, « à faible risque » pour les humains …
L'EFSA aurait proposé durant l'été 2013 de nouvelles lignes directrices « fondées, elles, sur l'état réel du savoir scientifique ». Leur adoption éventuelle a toutefois été ajournée.
[Il affirme implicitement que le document de l'EPPO serait bien la ligne directrice suivie]
12. 7 novembre 2013 : Pesticides : les mathématiques au secours des abeilles
Une étude conduite par John Bryden et publiée dans Ecology Letters (Bryden et coll. 2013) aurait observé que l'exposition à des doses très faibles de NNI peut : « provoquer l'effondrement de colonies sans avoir d'effet mortel aigu sur chacun des insectes du groupe. »
Au même moment, la FFAP avait, le 6 novembre, dressé « un état des lieux dramatique de la filière apicole ».
Les chercheurs avaient développé un modèle mathématique simulant l'évolution de la colonie et l'ont testé avec des colonies de bourdons qui ont été alimentées avec un pollen contenant 10 parties par milliard d'imidaclopride pendant 42 jours. Leur modèle aurait été validé.
Au cours des 20 premiers jours, la colonie traitée évolue similairement à la colonie témoin. Ensuite, après ce « point de bascule », les « colonies traitées déclinent, tandis que les colonies témoins continuent de croître. »
Foucart relativise :
« "Ces travaux ne constituent pas une preuve biologique, mais sont plutôt un outil qui permet éventuellement de comprendre comment les choses peuvent se passer, résume pour sa part un apidologue français. Une dizaine de modèles analogues ont déjà été construits." »
Ce serait toutefois une autre preuve de la nature lacunaire des procédures d'évaluation des risques. [Rappel de l'avis de l'EFSA de 2012]
13. 7 décembre 2013 : Un moratoire inutile sur les insecticides tueurs d'abeilles
Il n'y aurait aucune raison de se réjouir du moratoire suspendant pour 2 ans certains usages du fipronil et de 3 NNI.
D'abord, nous aurions perdu du temps : un rapport d'experts commandé par le ministre de l'Agriculture et publié en 2003 concluait déjà que l'imidaclopride représentait un « risque inacceptable ».
Ensuite, la décision ne servira « probablement à rien », le moratoire étant inférieur à la durée de vie dans l'environnement des NNI. Une étude publiée dans la revue Current Opinion in Environmental Sustainability aurait conclu que « les néonicotinoïdes montrent un potentiel d'accumulation dans le sol et peuvent être repris par les cultures ultérieures jusqu'à au moins deux ans après l'application ». Ses auteurs rappellent, citant une étude de 2005, que « De l'imidaclopride a été détecté dans 97 % des 33 échantillons de sols prélevés sur des champs non traités, mais sur lesquels des semences de 2 maïs enrobées avaient été utilisées un à deux ans avant le prélèvement des échantillons ».
Enfin, les NNI ne seraient pas efficaces. David Goulson aurait montré dans une revue publiée dans le Journal of Applied Ecology, l'absence de corrélation entre les rendements (colza et blé) et la quantité de NNI utilisée.
14. 30 janvier 2014 : Insecticides : les bourdons perdent le nord, même à très faible dose
Des chercheurs conduits par Dave Goulson ont étudié 6 colonies de bourdons de taille initialement identique. L'étude était en deux temps :
- Pendant 2 semaines, les « colonies étaient nourries en laboratoire avec une solution sucrée et du pollen ». Pour 3 des 6 colonies, 7 ou 6 parties par milliard d'imidaclopride étaient ajoutées respectivement au sucre et au pollen. Ces taux seraient « comparables à ce que les pollinisateurs rencontrent dans la nature, lorsque les semences ont été traitées par l'insecticide. »
- Les bourdons étaient ensuite tracés avec une petite puce RFID et placés dans la nature. Les bourdons ayant subi le traitement à l' imidaclopride réussissaient aussi bien à butiner, mais ne rapportaient du pollen que dans 40 % de leurs voyages, contre 63 % pour les bourdons témoins. Ceux qui réussissaient avaient, de plus, une efficacité horaire réduite de 31 % par rapport au groupe témoin.
Au total, la quantité de pollen collectée était 57 % inférieure pour les bourdons traités. Ces effets étaient présents même un mois après la fin de l'exposition au produit.
D'autres études auraient montré des effets négatifs de NNI sur le bourdon. Ainsi l'étude conduite par Penelope Whitehorn et publiée par Science en 2012 montrant que « les colonies exposées à des doses très faibles d'imidaclopride produisaient en moyenne 85 % de reines en moins que les autres. »
15. 7 avril 2014 : En Europe, le déclin des abeilles frappe lourdement les pays du Nord
Les abeilles seraient des « insectes pollinisateurs indispensables à 84 % des végétaux cultivés en Europe ».
Le déclin des abeilles n'aurait pas été précisément étudié, ce qui a été fait avec l'étude « Epilobee ». Elle montre que les pays du nord de l'Europe ont les taux de mortalité les plus élevés : 42,5 % (Belgique), le Royaume-Uni (38,5 %), la Suède (31,1 %), la Finlande (29,8 %) et la France (27,7 %), contre 9,1 % pour la Grèce, 7,6 % pour l'Italie et 16,3 % pour l'Espagne.
Lors de la saison apicole, c'est pour la France que la mortalité serait la plus élevée au cours de la saison apicole : 13,6 %, contre moins de 10 % dans tous les autres pays étudiés.
L'étude financée par l'UE et pilotée par l'ANSES a mobilisé >1300 inspecteurs ayant visité à 3 reprises entre 2012 et 2013 près de 3300 ruchers totalisant 32 000 colonies d'abeilles. Ils ont relevé les mortalités et la présence des principaux pathogènes de l'abeille comme les parasites varroa ou nosema. Néanmoins, ils n'ont pas mesuré la présence de pesticides. Le terme est absent du rapport de 30 pages rendu :
« Cette étude est un peu étrange, ironise l'apidologue David Goulson, professeur à l'université du Sussex (Royaume-Uni). Ils dépensent plus de 3 millions d'euros pour étudier la santé de l'abeille et ne mentionnent même pas le mot "pesticide" ! »
Selon l'apidologue Gérard Arnold, directeur de recherche au CNRS, le choix de ne pas relever de résidus de pesticide serait « politique, pas scientifique. » Gilles Salvat, directeur de la santé animale à l'ANSES répond que le coût de telles analyses aurait été prohibitif.
Les résultats excluraient la responsabilité des seuls pathogènes naturels dans les mortalités élevées, les maladies ne touchant qu'une faible proportion de ruches (en France, 1,5 % pour la loque américaine, 1,2 % pour le varroa et moins de 1 % pour le nosema).
Il serait également dommage que l'environnement des ruches ne soit pas décrit, ce qui interdit « la recherche de liens éventuels entre les mortalités et les types d'agriculture pratiqués près des ruches. »
Enfin, le fait que seule la mortalité ait été retenue minimise la gravité de la population, ne prenant pas en compte l'affaiblissement des colonies.
16. 13 avril 2014 : Déclin des abeilles : les mots qui fâchent
L'étude Epilobee publiée le 7 avril par la Commission européenne n'aurait pas abordé la question des pesticides, alors même que des travaux montrent les effets délétères de pesticides. Le commentaire de S. Foucart est difficile à synthétiser :
« Nous sommes donc dans le cadre d'un exercice assez étrange, qui met le discours et la pratique scientifiques au service de contingences extérieures à la science. Il faut chercher, mais dans la « bonne » direction. Il faut trouver, mais pas trop. Pour, surtout, éviter toute découverte indésirable. Les architectes de l'étude arguent du coût qu'il y aurait eu à prélever des échantillons dans toutes les ruches visitées. C'est de bonne guerre. Mais lisons les trente pages du rapport rendu public : le mot « pesticide » n'y figure pas. Le mot « insecticide » non plus, pas même une litote aussi bénigne que « produit phytosanitaire ». On cherche, en vain, les mots « agriculture », « pratiques agricoles »… On se frotte les yeux. C'est un peu comme si une étude épidémiologique sur les causes du cancer du poumon avait non seulement omis de questionner les participants sur leur consommation de tabac mais que, de surcroît, les mots « cigarette » ou « tabagisme » aient été exclus de son compte rendu. […] Cette pudeur sémantique rappelle celle des vieilles études financées par les cigarettiers américains, qui attribuaient d'abord le cancer du poumon à la pollution atmosphérique, au radon, aux prédispositions génétiques et, éventuellement, au… « mode de vie » – c'est-à-dire à la cigarette. Que la science se pratique dans un contexte où il n'est pas possible d'énoncer un fait aussi trivial que le caractère nocif des insecticides pour les insectes devrait nous porter à une profonde inquiétude. Pas forcément pour les abeilles mais, surtout, pour ce que cela dit de notre société. »
17. 5 mai 2014 : L'UICN, Syngenta et le déclin des bourdons
L'UICN1 a publié le 2 avril un communiqué annonçant qu'en Europe, « 30 des 68 espèces du genre Bombus présentes sur le continent y sont en déclin et 12 menacées d'extinction. » L'organisme précise :
« Le changement climatique, l'intensification de l'agriculture et les changements dans l'utilisation des terres agricoles sont les menaces principales auxquelles ces espèces sont confrontées »
L'absence du terme pesticide ferait « grincer » un apidologue et Dave Goulson n'aurait « jamais vu jusqu'à présent d'éléments clairs liant les déclins de bourdons et d'abeilles au changement climatique ».
« À mots à peine couverts, certains y voient l'influence de pourparlers en cours entre l'organisation de protection de la biodiversité et Syngenta, un des principaux producteurs d'insecticides agricoles. »
Les solutions proposées dans le communiqué seraient d'ailleurs les mêmes que celles préconisées par les industriels : « mise en place de bordures et de bandes-tampons autour des terres agricoles riches en fleurs » et « préservation des prairies ». À aucun moment, l'UICN n'évoque la restriction d'usage de certains produits phytosanitaires ».
Pour Jean-Christophe Vié, cadre UICN, ces soupçons relèvent de la « calomnie ». L'organisation ne recevrait pas de fonds de Syngenta et, si des discussions sont en cours depuis 2012, il n'y aurait pas d'accord conclu. Reste que M.Vié « lui-même admet avoir été « surpris » que les cinq experts commis par l'UICN n'aient pas coché la "case pesticides" ».
Sur 30 espèces en déclin, le changement climatique est mentionné comme cause pour 23 d'entre elles. Or, et ce serait là que « le bât blesse » selon plusieurs chercheurs, ce lien ne serait fondé que sur une seule étude expérimentale, conduite par l'un des chercheurs du panel, observant une corrélation entre l'abondance des populations de bourdons et le réchauffement dans une région des Pyrénées. Elle « ne semble pas avoir convaincu outre mesure la communauté scientifique », n'ayant jamais été citée.
Au contraire, de nombreux travaux montreraient l'effet négatif des insecticides sur les bourdons, comme l'étude de Penelope Whitehorn publiée dans Science.
18. 24 juin 2014 : Barack Obama lance une stratégie nationale pour sauver les abeilles
Barack Obama, alors président américain, aurait lancé par décret le 20 juin une « stratégie fédérale pour la santé des abeilles et des autres pollinisateurs ».
Les pertes des ruchers, traditionnellement de l'ordre de 10 à 15 % au sortir de l'hiver, atteignaient 30 %, ce qui serait d'autant plus dramatique que la pollinisation participerait à hauteur de 24 milliards de dollars à l'économie américaine.
Le décret précise que les NNI seront évalués.
19. 9 novembre 2014 : Pourquoi le « GIEC de la biodiversité » est mal parti
Créé en avril 2012, l'IPBES2 aurait pour mission de synthétiser connaissances disponibles sur la biodiversité, sur les impacts de son érosion et sur les pistes d'action possibles pour la préserver. En somme, d'être à la biodiversité ce que le GIEC est à la lutte contre le réchauffement climatique.
Toutefois, il n'est pas certain qu'elle gagne un crédit comparable. En effet, l'un de ses premiers rapports portera sur le déclin des pollinisateurs et, dans le groupe de travail, il y a des scientifiques employés par Syngenta et Bayer. Ceux-là, n'ayant pas de crédit scientifique, ne seraient là que pour « représenter leurs employeurs ».
« Certes, les experts du privé sont en nombre très limité : deux sur un total de vingt et un dans deux des six groupes de travail. Quant aux autres experts, ce sont des universitaires ou des scientifiques d'organismes de recherche publics. Mais cela n'exclut pas d'autres conflits d'intérêts, par le biais de financements, de liens tissés entre leurs institutions et l'industrie agrochimique, de rémunérations comme consultant, etc. À l'IPBES, on assure que chacun a dû remettre une déclaration détaillant ce type de liens avec les industriels. C'est heureux. Mais, hélas, ces documents ne sont pas publics… »
Le soupçon serait d'autant plus permis que Simon Potts est coprésident du comité de l'IPBES. Il avait célébré le moratoire sur les 3 NNI en 2013 et affirmé que « Le poids des preuves données par les chercheurs indique clairement que nous avons besoin de supprimer progressivement les néonicotinoïdes. » Or, il avait affirmé le contraire 6 mois plus tard, jugeant qu'il n'y avait « actuellement pas de consensus sur leurs impacts létaux et sublétaux [sur les pollinisateurs] dans l'environnement. »
Ce revirement interroge S. Foucart, qui relève également qu'en mai 2014 ce chercheur signa une étude sur les NNI qui plut beaucoup aux industriels. Dans cette étude, « ni le financement de l'étude ni les conflits d'intérêts éventuels de ses auteurs n'étaient spécifiés… »
Cela laisse douter de l'impartialité de l'organisation.
20. 16 mars 2015 : Inutiles tueurs d'abeilles
Fin 2012, des économistes d'un think tank soutenu par Bayer et BASF, le HFFA2, ont étudié la valeur socio-économique des NNI. L'étude, financée par Bayer et Syngenta prévoyait « une forme d'Armageddon agricole en cas de suspension des fameux néonicotinoïdes », estimant des pertes pouvant atteindre 17 milliards d'euros et 50 000 emplois.
L'interdiction de 3 NNI et du fipronil aurait pourtant débouché sur des récoltes supérieures, voire très supérieures, à la moyenne. Cela ne devrait pas étonner, certaines publications discutant l'utilité des NNI. Ainsi, le Center for Food Safety (CFS), une ONG environnementaliste, a « systématiquement examiné la littérature scientifique » et n'aurait trouvé que 4 études montrant des gains de rendements, contre 19 travaux constatant un gain absent ou non significatif.
Les agrochimistes arriveraient à entretenir l'idée du caractère indispensable des NNI. Ainsi, une proposition de loi a été « balayée d'un revers de main par l'écrasante majorité des sénateurs. »
Foucart conclut :
« L'histoire fait au moins comprendre une chose : l'état de notre environnement est souvent celui de notre démocratie. »
21. 29 mars 2015 : Noire semaine pour l'expertise
Cet article commence en parlant de l'avis du CIRC classifiant le glyphosate comme cancérigène probable. Cette agence se serait attendue à ce que son avis ne passe « pas comme une lettre à la poste », au regard de l'immensité des intérêts économiques qu'il bousculerait.
Le CIRC s'étonne néanmoins qu'une part de « cette riposte » vienne de l'agence sanitaire allemande BfR3. Sa critique s'expliquerait « peut-être » par le fait qu'un tiers des experts qui y siègent appartiennent à des industriels commercialisant des produits à base de glyphosate. Le 24 mars, Médiapart avait également révélé que des experts chargés de l'évaluation des médicaments avaient été « secrètement rémunérés comme consultants par l'industrie pharmaceutique au cours de leurs mandats ».
Le lendemain de ces révélations, paraissait dans PeerJ sous la signature de David Goulson un article « aux conclusions dévastatrices pour la crédibilité » de la FERA4, l'agence de sécurité alimentaire britannique.
Il a en effet analysé les données utilisées pour l'un des rapports de cette dernière. Il a observé que, contrairement aux conclusions qui avaient été tirées, l'étude aurait en fait été la première étude décrivant les impacts négatifs substantiels des NNI en conditions réelles.
Interrogé à ce sujet « un porte-parole de la FERA a plus ou moins mangé son chapeau ». La principale auteure aurait quitté la FERA et rejoint Syngenta dans les mois qui ont suivi.
22. 19 mai 2015 : Ségolène Royal au secours des abeilles
Ségolène Royal (alors ministre de l'Écologie) devait présenter, mercredi 20 mai, en conseil des ministres, un plan national d'action en faveur des pollinisateurs. Elle a notamment annoncé vouloir non seulement défendre la continuation du moratoire, mais également l'étendre à d'autres substances et d'autres usages.
Ce renforcement de la position du gouvernement serait récent, le gouvernement ayant rendu un avis négatif sur la proposition de loi de Delphine Batho et Gérard Bapt prévoyant une interdiction totale des NNI en France en 2016.
Il y est poussé par la mobilisation croissante de la société civile : une pétition de la FNH5 et de Générations futures demandant le retrait des NNI a ainsi recueilli 50 000 signatures en trois semaines.
23. 27 août 2015 : Les experts européens aggravent le cas des pesticides tueurs d'abeilles
Une expertise de l'EFSA a publié le 26 août une étude évaluant que les 3 NNI déjà visés par le moratoire et l'étude de 2013 (clothianidine, thiaméthoxame et imidaclopride) représentaient des « risques élevés » pour les abeilles en pulvérisation (le moratoire et l'étude précédente portaient sur leur usage en enrobage de semences).
Selon Marco Contiero, chargé de la politique agricole à Greenpeace Europe, cela confirmerait « ce qui a déjà été démontré par d'abondantes preuves scientifiques : les néonicotinoïdes sont une menace sérieuse pour les abeilles et le futur de l'agriculture ». Il faudrait d'autant plus les interdire que des « alternatives viables non chimiques existent et l'Union européenne devrait encourager les agriculteurs à les utiliser. »
Le moratoire de 2 ans arrivant à son terme, l'EFSA va réévaluer les NNI concernés. La continuation de l'interdiction n'irait pas de soi, l'EFSA ayant récemment autorisé le sulfoxaflor, un autre insecticide neurotoxique, alors même que le rapport reconnaissait : « Avec les évaluations disponibles, un risque élevé pour les abeilles n'est pas exclu et un risque élevé à long terme est indiqué pour les petits mammifères herbivores, pour les utilisations en plein champ sur le coton et les légumes ».
L'autorisation a suscité la colère des organisations apicoles et des ONG.
24. 23 février 2016 : Parmi les experts du principal rapport sur la pollinisation, deux salariés de l'industrie chimique
Deux salariés de firmes agrochimiques ont des rôles importants dans le rapport de l'IPBES sur les pollinisateurs :
- Christian Maus est auteur principal du chapitre sur la « diversité des pollinisateurs » et employé par Bayer.
- Helen Thompson, employée par Syngenta, est chargée de celui sur les causes de leur déclin.
Cela entacherait la crédibilité de l'IPBES.
Le vice-président de l'IPBES Robert Watson relativise : « Il n'y a que deux scientifiques salariés de l'industrie sur près de 80 chercheurs qui participent au rapport ».
Cela avait déjà été dénoncé en 2014 dans une publication par trois chercheurs : Axel Hochkirch, Philip McGowan et Jeroen van der Sluijs, qui critiquaient également « l'absence de règles explicites dans la nomination et la sélection des experts ».
La polémique serait d'autant plus grave que Helen Thompson a été engagée dans une autre polémique, sur une étude de la FERA concluant en 2013 à l'absence d'effet des NNI sur les bourdons, alors qu'une réanalyse des données brutes par Dave Goulson en 2015 dans PeerJ concluait le contraire. Christian Maus n'aurait jamais publié de travaux sur ce sujet.
25. 26 février 2016 : Le « GIEC de la biodiversité » consacre l'importance cruciale des pollinisateurs
Le rapport de l'IPBES conclurait globalement :
« Le déclin des pollinisateurs, abeilles, papillons ou oiseaux, constitue une grave menace pour la production alimentaire mondiale. Et met en danger les moyens de subsistance de millions de personnes. »
Il estime que « les cultures dépendant de la pollinisation contribuent à 35 % en volume de la production des cultures au niveau mondial. »
La part des espèces sauvages dans la pollinisation serait sous-évaluée. Le déclin de leurs populations serait observé en Europe de l'Ouest et en Amérique du Nord (il manque de données pour l'affirmer ailleurs).
L'UICN estime que 16,5 % des espèces de pollinisateurs vertébrés (oiseaux, chauves-souris, etc.) sont menacés d'extinction et que plus de 40 % des espèces d'abeilles en Europe pourraient être menacées.
Les NNI ne sont pas ignorés, mais ne font pas l'objet de recommandations. Le paragraphe où ils sont évoqués « sera scruté à la loupe » en raison de l'implication de salariés de l'agrochimie parmi les experts.
26. 15 mars 2016 : Tout comprendre aux pesticides néonicotinoïdes
Le 10 mai était proposée l'interdiction des NNI, dans le cadre de la loi sur la biodiversité. Dans ce contexte, S. Foucart propose une synthèse sur le sujet.
Il rappelle la distinction entre les 3 grands types de pesticides : insecticides, fongicides et herbicides. Parmi les insecticides, la famille des NNI est composée de 7 molécules représentant environ 40 % du marché mondial des insecticides agricoles : imidaclopride, le thiaméthoxame, la clothianidine, le dinotéfurane, l'acétamipride, le nitenpyrame et le thiaclopride.
Leur particularité serait leur mode d'application principal : l'enrobage de semence. Cela en ferait des insecticides « systémiques », le toxique circulant dans toute la plante. Il y aurait un consensus scientifique sur l'effet délétère des NNI sur les pollinisateurs sauvages, notamment parce qu'ils sont capables d'agir à des doses très faibles sur le système nerveux des insectes en général et les abeilles en particulier. Ils peuvent avoir des effets neurotoxiques mettant en danger les ruches même à des doses sublétales.
Les NNI seraient d'autant plus dangereux qu'une étude a montré « que les abeilles butinent préférentiellement les plantes contaminées plutôt que celles qui ne le sont pas ».
Leur utilisation polluerait de vastes étendues : 90 % du produit ne serait pas utilisé par la plante et resterait « donc dans les sols et y persiste généralement jusqu'à plusieurs années ». Étant solubles dans l'eau, les molécules pourraient aussi être transportées et imprégner l'environnement alentour.
Une revue de littérature estimerait que leur usage fragilise ainsi l'ensemble des « écosystèmes en touchant les invertébrés du sol, la microfaune des cours d'eau, les batraciens… » Les NNI seraient également l'une des causes de la diminution de 50 % en 30 ans des populations d'oiseaux des champs en Europe.
3 des 7 NNI ont déjà vu leurs usages restreints par l'UE depuis fin 2013. S. Foucart finit en questionnant : « Mais les autres usages sont toujours autorisés et quatre autres substances néonicotinoïdes sont toujours utilisées sans restrictions. Jusqu'à quand ? »
27. 7 mai 2016 : Néonicotinoïdes : le paradoxe de la Reine rouge
Le 10 mai, le Sénat devait examiner le projet de loi sur la biodiversité et, notamment, « l'épineuse question des insecticides tueurs d'abeilles, les désormais célèbres néonicotinoïdes ». Rien ne serait acquis « tant les intérêts contrariés par cette disposition s'agitent dans la coulisse pour lui faire son affaire. »
Ces intérêts seraient d'ailleurs « parvenus à gagner l'oreille » de Stéphane Le Foll, alors ministre de l'Agriculture, qui aurait demandé de ne pas voter cette interdiction.
Foucart questionne, « Que penser de cet argumentaire ? », sachant qu'aucune « des différentes restrictions d'utilisation de ces substances n'a produit la moindre perte de rendement. »
Le modèle agricole dominant serait « sujet au paradoxe de la Reine rouge » en référence au livre de Lewis Caroll De l'autre côté du miroir (= Alice au pays des merveilles ?). Dans une de ses scènes, « la Reine rouge explique à Alice que, dans le monde où elle a atterri, il faut sans cesse accélérer pour rester immobile. » De même, l'agriculture serait « dans une semblable course effrénée au surplace. »
Chaque nouvelle innovation aurait des effets bénéfiques plus faibles et causerait des dégâts plus importants, qui demandent toujours plus d'innovations phytosanitaires. Cela se manifesterait par une stagnation des rendements malgré une augmentation de l'utilisation de pesticides depuis 1990. Au contraire, la production de miel était selon l'UNAF alors 3 fois supérieure à ce qu'elle serait maintenant.
Il serait, en outre, impossible de contenir des NNI. Des chercheurs français6 auraient notamment trouvé dans le nectar d'un colza une dose d'imidaclopride comparable à celle du thiaméthoxame avec lequel la plante avait été uniquement traitée. De même, des chercheurs7 ont montré que les fleurs sauvages aux abords des champs traités aux NNI étaient aussi contaminées par ces pesticides. Nous aurions perdu le contrôle de cette technologie.
28. 6 février 2017 : Les insecticides néonicotinoïdes tueurs d'abeilles… et d'humains ?
Une revue de littérature publiée le 2 février dans la revue Environmental Health Perspectives s'intéresse à l'effet des NNI sur la santé humaine.
Elle rapporte « 'des associations avec des conséquences développementales ou neurologiques défavorables' : augmentation du risque d'autisme, de troubles de la mémoire et de tremblements, d'une malformation congénitale du cœur (dite « tétralogie de Fallot »), ainsi que d'une autre anomalie congénitale grave, l'anencéphalie (absence partielle ou totale de cerveau et de crâne à la naissance). »
Melissa Perry et ses coauteurs « insistent sur le caractère seulement indicatif de ces suspicions » et soulignent que leur message principal consisterait à attirer l'attention sur le manque de données sur le sujet (Cimino et coll. 2017). Ce serait d'autant plus problématique que les NNI persistent dans l'environnement et se retrouvent de manière diffuse dans l'environnement. Ainsi, Delphine Batho souligne : « l'imidaclopride compte parmi les 15 substances les plus fréquemment détectées dans les cours d'eau, alors qu'il pointait à la 50e place voilà moins de dix ans ».
29. 24 mars 2017 : Abeilles et pesticides : polémique entre les apiculteurs et le ministère de l'Agriculture
L'UNAF accuserait le ministère de cacher les dégâts des pesticides sur les ruches par « plusieurs biais et tours de passe-passe statistiques conduisant à minimiser le rôle des pesticides dans le déclin des abeilles », allant jusqu'à reprendre la maxime de Churchill : « Je ne crois aux statistiques que lorsque je les ai moi-même falsifiées. »
Il réagissait à la publication sous la signature d'un expert du ministère de l'Agriculture d'un article observant que seuls « 13 des 195 cas de mortalités aiguës déclarés en 2015 en France étaient dus à des pesticides. »
Il y aurait plusieurs biais :
- L'unité statistique, l'évènement, ne prend pas en compte l'ampleur du sinistre : une ruche touchée par une maladie pèse autant qu'une déclaration de 100 ruches intoxiquées par un insecticide.
- Les intoxications n'étant pas, comme certaines maladies, l'objet d'une déclaration obligatoire, elles seraient sous-déclarées.
- Les pesticides auraient une toxicité sublétale, le fait de ne retenir que les intoxications aiguës minimiserait leur impact.
Le ministère a répondu que l'article publié n'avait aucune ambition statistique.
30. 29 mai 2017 : « Mais où sont passés tous les insectes ? »
Le déclin des insectes se manifesterait par le fait que les pare-brises des automobiles, même les moins aérodynamiques ne soient plus salis par les impacts des insectes au fil de la route.
La science a « toutes les peines du monde à quantifier cette discrète disparition », toutefois une étude publiée par Science a justement porté sur ce sujet.
En 1989, des entomologistes de la Krefeld Entomological Society ont posé une série de pièges dans une zone humide, la réserve naturelle d'Orbroich Bruch (Allemagne) et quantifié la quantité d'insectes capturés. Le même dispositif en 2013 a capturé une masse d'insectes 80 % inférieure. L'itération de l'opération en 2014 a trouvé des résultats semblables.
Les principaux suspects, selon cette étude, seraient les NNI.
Leur utilisation serait défendue par les agrochimistes qui commercialisent ces produits au motif qu'ils seraient importants pour nourrir l'humanité.
Pourtant, la raréfaction de l'entomofaune serait aussi un problème pour les agriculteurs, comme l'a montré une étude publiée fin avril par la revue Arthropod-Plant Interactions. Trois chercheurs de l'université d'Helsinki ont observé que la navette, un oléagineux proche du colza, voyait ses rendements décroître depuis 1993. On en récoltait alors en Finlande 1,7 tonne par hectare contre 1,2 aujourd'hui. Ce serait dans les zones où l'usage de NNI aurait été le plus intense que la perte de rendements aurait été la plus forte.
Au contraire, les cultures insensibles à la raréfaction des insectes, comme l'orge et le blé, ne souffriraient pas de ces chutes de productivité.
Selon Vincent Bretagnolle et Bernard Vaissière, s'il ne s'agit que d'une corrélation. Toutefois, les auteurs finlandais écrivent « seule l'adoption des insecticides néonicotinoïdes en traitement de semences peut expliquer la baisse de rendements dans plusieurs provinces [finlandaises], et au niveau national pour la navette, par le biais d'une perturbation des services de pollinisation par les insectes sauvages ».
Foucart conclut :
« Malgré un dossier de plus en plus indéfendable, les fabricants de ces substances sont bien décidés à les défendre bec et ongles devant le régulateur européen, pour les maintenir à toute force sur le marché. Une intense campagne de lobbying est en cours à Bruxelles et au parlement de Strasbourg – son issue sera très intéressante. »
31. 26 juin 2017 : Les pesticides tueurs d'abeilles créent les premiers remous au gouvernement
RMC le 26 juin a révélé un document de travail interministériel étudiant la possibilité de supprimer par ordonnance certaines restrictions d'usage de produits phytosanitaires, notamment pour revenir sur l'interdiction des NNI.
Le ministre de l'Agriculture d'alors, Stéphane Travert, avait confirmé cette intention, jugeant que l'interdiction des NNI était contraire au droit européen et qu'il n'y avait pas d'alternative existante. Le ministre de l'Écologie8 d'alors, Nicolat Hulot, avait rejeté l'éventualité sur Twitter.
Le Premier ministre Édouard Philippe a ensuite annoncé que le gouvernement avait décidé de ne pas revenir sur l'interdiction des NNI, entrant en vigueur en septembre 2018.
Au niveau européen, une commission du Parlement européen a validé, le 22 juin, le projet de la Commission européenne d'interdire les 3 NNI.
Sur les autres molécules NNI, les données sont moins importantes, mais des expertises déjà anciennes, par exemple celles du CST en 2003 et 2005 auraient déjà souligné que les méthodes d'évaluation des risques de ces substances étaient inadéquates.
Sur l'inconventionnalité de l'interdiction globale des NNI, Delphine Batho relève que le règlement européen autorise les États membres à prendre des mesures de précaution ; que d'autres pays ont aussi étendu l'interdiction des NNI au-delà de l'interdiction posée par l'UE et que des études scientifiques auraient « établi l'impact des néonicotinoïdes sur la santé humaine avec "des conséquences neurologiques défavorables sur l'être humain" ».
32. 27 juin 2017 : Matignon éteint en urgence la polémique sur les pesticides
Cet article reprend à peu près les mêmes éléments que le précédent. Il rajoute notamment :
« L'épisode renforce le sentiment que le président de la République imprime fortement sa volonté au gouvernement, y compris sur des sujets techniques. Pendant sa campagne, Emmanuel Macron avait en effet assuré qu'il n'engagerait pas de recul sur la question des pesticides tueurs d'abeilles. De son côté, Édouard Philippe, lorsqu'il était dans l'Hémicycle, n'avait pas voté leur interdiction. »
33. 29 juin 2019 : Deux études à grande échelle confirment les dégâts des néonicotinoïdes sur les abeilles
Deux études publiées le 30 juin par Science « éteignent les derniers doutes qui pouvaient – éventuellement – subsister » sur les dégâts causés par les NNI.
La première a été conduite par Ben Woodcock sur 11 sites répartis sur l'Allemagne, le Royaume-Uni et la Hongrie. Sur chaque site, 3 exploitations ont mis en culture du colza, dont deux étaient traitées avec un NNI. L'expérimentation s'étendait sur plusieurs dizaines d'hectares.
Selon Dave Goulson, ce serait « la plus vaste expérience en plein champ menée sur l'impact des néonicotinoïdes sur les abeilles ». Notez que l'étude serait financée par Bayer et Syngenta. Dans chaque exploitation, la santé d'un type d'abeille domestique, de bourdon et d'abeille sauvage a été suivie pendant un à deux ans.
L'impact des NNI observé pouvait varier selon le pays. Par exemple, la quantité d'abeilles exposées à la clothianidine survivant à l'hiver était plus basse en Hongrie qu'en Allemagne. Il était toutefois globalement négatif. C'est d'autant plus évident quand on considère la santé des ruches au lieu de la quantité d'abeilles (difficile à établir) : 100 % des colonies non exposées survivent, alors que ce n'est pas le cas pour celles qui sont exposées.
S'agissant des espèces sauvages, « les bourdons produisent moins de reines, et les abeilles solitaires produisent moins de larves lorsque l'exposition aux néonicotinoïdes est élevée ».
En outre, les auteurs retrouvent de « l'imidaclopride partout, même lorsque les cultures n'ont pas été traitées avec cette molécule, confirmant les travaux récents de l'équipe Ecobee, en France », ce que confirme Dave Goulson.
La seconde étude a été conduite au Canada par des chercheurs menés par Nadejda Tsvektov. Elle portait sur 11 ruchers trains proches de champs de maïs traités à la clothianidine, d'autres éloignés de plusieurs kilomètres. Notez que le maïs est pollinisé par le vent et non par des insectes.
Les auteurs auraient trouvé un cocktail de vingt-six pesticides, dont quatre néonicotinoïdes, dans les colonies proches ou éloignées des champs. Les plus proches étaient les plus affectées.
Ils ont tenté d'isoler l'effet de la clothianidine en plaçant des abeilles exposées à du pollen contaminé dans une ruche expérimentale non traitée. Ils ont observé que leur espérance de vie était réduite de 25 % et que « leur comportement différait de celui des individus non exposés, au point de mettre en péril la pérennité de la colonie. »
À la lumière de ces travaux, Dave Goulson conclut : « il est devenu intenable de continuer à affirmer que l'utilisation agricole des néonicotinoïdes n'endommage pas les abeilles sauvages et domestiques ».
34. 5 octobre 2017 : Les trois quarts des miels du monde sont contaminés par des néonicotinoïdes
Une étude publiée par Science a analysé 198 miels provenant d'Alaska, d'Australie, de Madagascar d'Europe ou d'Asie et trouvé des traces de NNI dans 75 % d'entre eux. Ce taux varierait : 86 % en Amérique du Nord, 80 % en Asie, 79 % en Europe et 57 % en Amérique du Sud. Ces chiffres donneraient une « bonne idée de l'ampleur de la contamination des paysages », les abeilles butinant dans un rayon de 3 à 5 km autour de sa ruche.
Les concentrations retrouvées « sont réputées ne pas présenter de risque pour les consommateurs de miel. » Elles sont en moyenne de 1,8 µg/kg et au maximum de 50 µg/kg, ce qui serait proche de la limite maximale de résidus.
Ce serait un problème important, de nombreuses études mettant en évidence les effets sublétaux des NNI, certains effets négatifs apparaissant même, chez certains insectes, « dès une concentration de 0,1 µg/kg. » Ces effets seraient ignorés par la réglementation.
35. 18 octobre 2017 : En trente ans, près de 80 % des insectes auraient disparu en Europe
Rappel de l'étude publiée par Plos One sur la diminution de la masse d'insectes de 80 % entre 1989 et 2013 sur un site en Allemagne (cf article du 27 mai).
« « Nos résultats documentent un déclin dramatique des insectes volants, de 76 % en moyenne et jusqu'à 82 % au milieu de l'été, dans les aires protégées allemandes, en seulement vingt-sept ans, écrivent Caspar Hallmann (université Radboud, Pays-Bas) et ses coauteurs. Cela excède considérablement le déclin quantitatif, estimé à 58 %, des vertébrés sauvages depuis 1970. » Le facteur majeur permettant d'expliquer un effondrement aussi rapide, avancent les auteurs, est l'intensification des pratiques agricoles (recours accru aux pesticides, aux engrais de synthèse, etc.). »
Les auteurs auraient également fait un « gros travail statistique » pour isoler les causes possibles de ce déclin. Ils concluraient que, 94 % des aires protégées mesurées se trouvant dans des zones agricoles, l'intensification agricole serait le coupable le plus probable. Les traitements, notamment ceux par NNI, auraient d'ailleurs, comme l'a montré l'étude sur le miel que nous avons déjà vue, une capacité à contaminer les insectes sur des zones étendues.
Ces mesures ne concerneraient que l'Allemagne, mais aussi, selon Dave Goulson (lui-même coauteur de l'étude) la France et le Royaume-Uni ayant des systèmes agricoles semblables. Plus largement, cela pourrait être « représentatif d'une situation bien plus large », auquel cas nous serions « face à une catastrophe écologique imminente. »
En France, « de telles données n'ont pas fait l'objet de publication récente ». Toutefois, il y a un suivi régulier sur une zone de recherche dans les Deux-Sèvres où des faits comparables auraient été observés. Vincent Bretagnolle, travaillant sur cette zone, aurait observé que le nombre de Poecilus cupreus, un carabe abondant dans les milieux agricoles représentant 70 % des individus (carabes ?) capturés dans la zone, aurait été réduit de 85 % en vingt-trois ans.
36. 19 octobre 2017 : Les apiculteurs dénoncent l'autorisation d'un nouveau néonicotinoïde en France
La récolte de miel aurait été catastrophique, atteignant un tonnage 3 fois inférieur à celui des années 90. L'UNAF dénonce l'AMM du sulfoxaflor. Cet insecticide agirait comme les NNI et serait un NNI non classé comme tel.
« C'est honteux, scandaleux, pitoyable et irresponsable vis-à-vis des Générations futures, s'étrangle Gilles Lanio, le président de l'UNAF. Je n'en reviens toujours pas ! »
Cette molécule a été autorisée en 2015, malgré des informations manquantes et n'excluant pas « un risque élevé pour les abeilles ».
Selon le porte-parole de l'entreprise la commercialisant, il n'est pas un NNI et, « autorisé dans quarante-trois pays, est utilisé sur des millions d'hectares et aucun impact négatif sur les abeilles ou les pollinisateurs n'a été signalé. »
L'ANSES a autorisé deux produits à base de sulfoxaflor en septembre. L'UNAF dénonce des autorisations faites en catimini et traduisant un double discours : « On autorise un produit à la légère et après on tergiverse avant de le retirer, au bout de quinze ans. » Même le ministère de l'Écologie de N. Hulot n'aurait pas été prévenu.
Les NNI traiteraient 6 des 28 millions d'hectares de terres arables en France. Or ils sont extrêmement toxiques pour les insectes et peuvent persister dans les sols plusieurs années : 3 ans pour la clothianidine et 10 ans pour l'imidaclopride.
Les agriculteurs n'auraient même pas le choix : « il leur est devenu bien difficile de se procurer des semences qui ne soient pas enrobées de pesticides – dont ils ne connaissent pas forcément la teneur. Aujourd'hui, les coopératives, auxquelles trois quarts d'entre eux adhèrent, vendent 70 % des semences présentées comme de véritables « garanties tous risques » et leur dictent leur façon de procéder. « Les agriculteurs dépendent des coopératives et les coopératives dépendent des pesticides », résume-t-on à l'UNAF. »
Le déclin des abeilles ne finirait pas de s'aggraver.
Une autre menace porterait sur l'apiculture : l'explosion de « miels » en provenance de Chine contenant une large part de sirops sucrés. L'UNAF demande que l'étiquetage indique l'origine des miels importés.
37. 18 novembre 2017 : Pesticides : l'Italie a montré qu'il existe des alternatives
Une étude conduite par Lorenzo Furlan a créé un fonds mutualisé remplissant le même rôle d'assurance-récolte que les NNI. Il a fédéré des agriculteurs représentant près de 50 000 hectares cotisant chacun pour 3 à 5 €/hectare, soit 7 à 10 fois moins que lesdits pesticides.
Ce type d'alternative est d'autant plus urgent qu'une étude aurait estimé qu'en « trente ans, près de 80 % des insectes volants ont disparu des zones naturelles protégées d'Allemagne ». Le fait qu'elles ne soient pas plus fréquentes viendrait de la confusion entre la vente de phytosanitaires et le conseil aux agriculteurs :
« « En Italie, les sociétés qui assurent le conseil technique aux agriculteurs sont aussi celles qui leur vendent les pesticides, répond Lorenzo Furlan. Et on leur répète en permanence qu'ils perdront leur récolte s'ils n'utilisent pas ces produits… » Le même constat vaut pour la France : tous les rapports parlementaires rendus sur le sujet mettent en avant ce conflit d'intérêts institutionnel qui tire mécaniquement vers le haut l'utilisation des phytosanitaires. »
38. 24 novembre 2017 : La justice suspend l'autorisation de nouveaux pesticides « tueurs d'abeilles »
Saisi en référé par Générations futures, le tribunal administratif de Nice a suspendu l'AMM des deux produits (Closer et Transform) à base de sulfoxaflor. Sa décision se baserait sur l'existence de données nouvelles n'ayant pas été prises en compte par l'ANSES.
Cette décision poserait la question, en creux, de la légalité des autorisations délivrées au niveau européen. Selon F.Veillerette :
« Ce dossier révèle une situation scandaleuse sur la gestion des homologations européennes des matières actives de pesticides qui sont accordées en l'absence de données pourtant essentielles sur la sécurité des produits, appelées données confirmatives, qui ne seront transmises que deux années plus tard ».
De même, le médiateur européen, saisi par Pesticide Action Network, avait accusé la Commission européenne d'être « trop légère dans ses pratiques et ne pas tenir suffisamment compte du principe de précaution ».
39. 10 février 2018 : « Toutes les procédures d'évaluation des risques des pesticides sur les abeilles sont, au minimum, très discutables »
Foucart reprend la critique contre la procédure d'évaluation des risques pour l'AMM faite par l'EFSA en 2012. Il présente le problème comme une « supercherie » qu'un enfant de cours élémentaire pourrait comprendre en quelques minutes.
La raison en serait que « ces protocoles ont été conçus par des groupes d'experts noyautés par l'industrie agrochimique ». Un rapport de Générations futures et de PAN suggérerait que cet exemple ne serait en effet pas isolé : « dans 92 % des cas examinés, les techniques en question ont été codéveloppées par les industriels concernés, directement ou indirectement. »
Pour David Demortain, sociologue à l'INRA, ce rapport mettrait en évidence « que l'industrie, par l'intermédiaire de ses propres scientifiques, a investi, ou même suscité la création de forums pour discuter des méthodes d'évaluation des risques ». Il prend l'exemple du forum ILSI9 fondé dans les années 70 par les géants industriels de l'agrochimie. Ils auraient « en quelque sorte, créé le cadre scientifique même dans lequel on pratique l'évaluation de leurs produits. »
40. 1er mars 2018 : Les insecticides néonicotinoïdes, des molécules à l'utilité contestable
Une étude publiée le 25 février dans Environmental Science and Pollution Research aurait observé que les NNI « n'ont qu'une utilité marginale, voire nulle » à travers la revue de 200 publications. (Furlan et coll. 2018)
Selon Jean-Marc Bonmatin, coauteur des travaux, la conclusion est que les NNI n'augmenteraient pas les rendements agricoles. C'est cohérent avec une étude du Center for Food Safety publiée en mars 2014.
Cela tiendrait à la dimension systémique et préventive des NNI. Les ravageurs ciblés ne seraient présents que sur une petite partie (4 % dans l'exemple qu'il prend) des superficies. En outre, leur diffusion dans l'environnement favoriserait l'apparition de résistances.
Il y aurait, en plus, des alternatives « comme la rotation des cultures, l'utilisation de la lutte biologique (le recours à des prédateurs naturels des ravageurs, etc.) ». Une expérience conduite sur 3 ans et 50 000 hectares en Vénétie aurait prouvé l'efficacité d'une solution :
« Les exploitants se sont regroupés, ont construit un fonds d'assurance commun qu'ils abondent à hauteur d'environ 3,50 euros par hectare et par an, détaille M. Bonmatin. Ils économisent ainsi le coût des traitements de semences qui revient à quelque 40 euros par hectare et sont indemnisés si leur récolte est détruite par des ravageurs. »
Seule la moitié des sommes récoltées aurait été redistribuée ainsi. La raison pour laquelle les agriculteurs achèteraient des produits chimiques inutiles serait structurelle :
« La raison est un conflit d'intérêts structurel : le conseil technique aux agriculteurs est assuré par ceux qui leur vendent les traitements pesticides, résume M. Bonmatin. Si ces conseils étaient prodigués par des agronomes indépendants, la situation serait très différente. »
41. 1er mars 2018 : Les experts européens confirment les risques des néonicotinoïdes pour les abeilles
L'EFSA a rendu un rapport le 28 février estimant que les 3 NNI ayant fait l'objet du moratoire de 2013 (imidaclopride, thiaméthoxame, clothianidine) présentent bel et bien un risque pour les abeilles, domestiques et sauvages.
Pour J-M Bonmatin, ce ne serait pas une surprise, ces risques ayant déjà été démontrés. Les NNI atteindraient les abeilles non seulement par le biais du pollen, mais aussi des poussières de semis et par la guttation.
Le moratoire n'aurait pas permis de faire baisser le recours aux NNI. Ainsi, l'UNAF a relevé une hausse de plus de 30 % des tonnages écoulés en 2014 par rapport à 2013 : d'autres NNI auraient remplacé les 3 interdits.
La Commission européenne envisagerait l'interdiction totale des 3 NNI, qui serait discutée le 22 mars.
Cela poserait la question de leur remplacement, par d'autres molécules ayant un effet neurotoxique comparable, comme le sulfoxaflor. Selon J-M Bonmatin, « Cela n'a de toute façon plus de sens d'évaluer les substances de cette manière, molécule par molécule ».
L'étude d'octobre 2017 publiée par PloS One observerait que, « en Allemagne, 75 % à 80 % de la biomasse d'insectes volants ont disparu en moins de trente ans. »
42. 20 mars 2018 : Les oiseaux, victimes directes des insecticides néonicotinoïdes
Dans le cadre d'un programme de phyto-pharmacovigilance piloté par l'ANSES, des chercheurs conduits par Florian Millot et Elisabeth Bro ont « passé en revue 101 foyers de mortalité d'oiseaux sauvages, totalisant plus de 730 animaux morts » entre 1995 et 2014. Les analyses auraient observé l'implication de l'imidaclopride et, dans 70 % des cas, les chercheurs « jugent probable le lien de causalité avec la mort des animaux. »
Cela toucherait surtout des insectes granivores, qui s'intoxiqueraient en mangeant des graines enrobées de NNI. Toutefois, le réseau de surveillance n'étant pas systématique, « l'ampleur de ces empoisonnements demeure une question ouverte. »
43. 20 mars 2018 : Les oiseaux disparaissent des campagnes françaises à une « vitesse vertigineuse »
Le MNHN10 et le CNRS ont publié le 20 mars les résultats de 2 réseaux de suivi des oiseaux. Ils évoquent un phénomène de « disparition massive », « proche de la catastrophe écologique » :
« Les oiseaux des campagnes françaises disparaissent à une vitesse vertigineuse […]. En moyenne, leurs populations se sont réduites d'un tiers en quinze ans. »
Les deux réseaux de surveillance ont des méthodologies différentes :
- Le réseau du MNHN (programme STOC11) rassemble les observations d'ornithologues.
- Le réseau du CNRS a mobilisé 160 points de mesures de 10 hectares suivis depuis 1994 dans la zone « CNRS Plaine et val de Sèvre » dans 450 km² de terres agricoles.
Dans cette dernière, Vincent Bretagnolle explique que la perdrix, ayant décliné de 80 à 90 % et les derniers spécimens rencontrés étant « issus des lâchers d'automne, organisés par les chasseurs », elle était « désormais virtuellement éteinte ».
Ce déclin s'accélérerait à la fin des années 2000, mais le lien avec l'augmentation du recours à certains NNI ne serait que corrélatif.
Foucart rappelle l'étude conduite par Caspar Hallman et publiée dans PloS One en 2017 observant que, depuis le début des années 90, « le nombre d'insectes volants a décliné de 75 % à 80 % sur le territoire allemand. » Cette disparition impacterait évidemment les oiseaux, même granivores, qui seraient insectivores au début de leur vie, comme le souligne Christian Pacteau de la LPO12.
Le coordinateur du réseau STOC, Frédéric Jiguet, rajoute :
« Que les oiseaux se portent mal indique que c'est l'ensemble de la chaîne trophique [chaîne alimentaire] qui se porte mal. Et cela inclut la microfaune des sols, c'est-à-dire ce qui les rend vivants et permet les activités agricoles. »
Pour changer cela, il faudrait changer de modèle agricole selon Vincent Bretagnolle.
44. 29 mars 2018 : Pourquoi les pesticides sont bien l'une des causes du déclin des oiseaux
Dans cet article, il défend la responsabilité des pesticides, et surtout des NNI, dans le déclin des oiseaux annoncé par les études du CNRS et du MNHN de l'article précédent. Cette thèse aurait en effet été critiquée, notamment dans une chronique Europe 1 du 28 mars. Il reprend et conteste plusieurs allégations.
« Les chercheurs n'ont pas démontré le lien de causalité avec les pesticides. »
Les études en question n'étaient pas destinées « à chercher des liens de causalité ». Affirmer que les pesticides ne seraient pas responsables du déclin des oiseaux serait donc une « erreur logique ».
En revanche, d'autres études établiraient un lien fort entre pesticide, comme
- l'étude publiée en 2014 dans Nature montrant que la « chute des populations d'oiseaux insectivores était bien liée à la concentration d'insecticides néonicotinoïdes dans l'environnement (aux Pays-Bas en l'occurrence) », même à des concentrations très faibles (20 ng/l d'eau de surface).
- Des chercheurs de l'ONCFS auraient documenté des intoxications d'oiseaux granivores par des semences enrobées de NNI.
« De faibles doses de pesticides ont peu d'impact et ces intrants pèsent trois à quatre fois moins dans le déclin des oiseaux que la modification de leur habitat. »
L'étude sur laquelle s'appuie cette affirmation n'aurait fait un suivi de parcelles qu'entre 2009 et 2011 et la proportion évoquée serait calculée en comparant des exploitations entre elles, ce qui serait « une donnée relative qui ne permet pas de mesurer les responsabilités partagées du déclin des oiseaux constaté depuis plusieurs décennies. »
Au contraire, plusieurs centaines d'études montreraient les effets délétères sur les invertébrés non ciblés. L'auteur prend l'exemple de deux méta-études, dont l'une conclut que les NNI « sont donc susceptibles d'avoir des impacts biologiques et écologiques négatifs à grande échelle et ce sur une vaste gamme d'invertébrés non ciblés, dans les habitats terrestres, aquatiques, marins et benthiques. »
« Il faut noter qu'en ville, les populations d'oiseaux ont aussi baissé d'un tiers. »
Si cela sous-entend que le rôle des pesticides ne serait pas déterminant, des baisses similaires ayant été enregistrées en ville, cela ne prouverait rien : cette baisse pourrait être liée à d'autres facteurs.
« La cause de la disparition des insectes reste mystérieuse, les auteurs de ce constat n'ont pas intégré ni étudié l'effet des pesticides, des changements climatiques ou d'autres facteurs. »
L'étude publiée en octobre 2017 par PloS One, observant un déclin des insectes volants en Allemagne de 76 %, permettrait justement « d'écarter les principales causes possibles sans lien avec l'agriculture. »
45. 28 avril 2018 : Néonicotinoïdes : « L'interdiction intervient alors que les dégâts sont immenses et en partie irréversibles »
La Commission européenne aurait annoncé le 27 avril que les trois NNI ayant fait l'objet du moratoire en 2013 (imidaclopride, clothianidine et thiaméthoxame) seraient interdits dans tous leurs usages extérieurs.
Foucart critique néanmoins la tardiveté de cette décision, qui signalerait une « grave catastrophe réglementaire ». En effet, comme le rappelle l'apidologue Gérard Arnold, des apiculteurs signalaient des troubles graves dès 1994, dont était déjà suspecté l'imidaclopride. Il fallut néanmoins attendre 7 ans que le ministre de l'Agriculture d'alors (Jean Glavany) forme un groupe d'experts : le Comité scientifique et technique de l'étude multifactorielle des troubles des abeilles (CST). Ce dernier rendit ses conclusions en 2003, accusant ce même NNI et relevant des manques dans l'évaluation des risques pour les AMM.
Cela aurait pu marquer « le début de la fin de la controverse », toutefois les « sociétés agrochimiques » auraient utilisé « la boite à outils des cigarettiers pour retourner la science contre elle-même et semer le doute ».
Ce n'est que 8 ans après, que la Commission européenne demanda à l'EFSA d'approfondir le sujet. Son rapport, publié en 2012, serait cohérent avec celui du CST et relèverait également les déficiences de l'évaluation des risques pour l'AMM. Le moratoire décidé en 2013 ne visait néanmoins que 3 NNI, pour une durée et des usages limités.
Ce ne fut qu'un 2018, soit 24 ans après les premières alertes, que l'EFSA aurait interdit « pour de bon » les 3 NNI. Entretemps, toute l'entomofaune aurait dégringolé, comme l'a noté une étude allemande publiée en octobre 2017 selon laquelle « les populations d'insectes volants pourraient avoir diminué, en Europe, de près de 80 % au cours des trois dernières décennies ».
46. 1er juin 2018 : « Haro scientifique mondial sur les néonicotinoïdes »
Un texte publié le 1er juin par la revue Science et endossé par 233 scientifiques, dont Dave Goulson, affirmerait qu'il faut restreindre considérablement et d'urgence l'usage des NNI. En effet, les faits disponibles suggéreraient fortement que ces produits contribueraient à l'actuelle perte massive de biodiversité.
Un rapport d'expert commandé en 2001 par le ministre de l'Agriculture français, Jean Glavany, suggérait déjà l'implication du NNI le plus couramment utilisé dans « des troubles de l'abeille dénoncés par les apiculteurs depuis le milieu des années 1990 ».
La France serait, à ce jour, le seul pays à avoir inscrit dans la loi (la loi biodiversité de 2016) la sortie des NNI. L'ANSES avait alors été saisie pour examiner les alternatives possibles à leur utilisation.
Elle a rendu son rapport également le 1er juin. L'agence sanitaire a identifié 130 usages agricoles pour ces molécules et trouvé dans 78 % des cas au moins une solution alternative non chimique et dans 89 % des cas des pesticides alternatifs. J-M. Bonmatin salue le rapport de l'ANSES, regrettant néanmoins que l'hypothèse d'un fonds commun d'assurance, qui aurait été mis en place avec succès dans le nord-est de l'Italie, n'ait pas été envisagée.
La SNPN appelle le gouvernement français à la vigilance, cette loi pouvant être « vidée de son sens et son efficacité compromise par de complaisantes dérogations ».
Foucart conclut :
« Pour la SNPN, l'urgence tient en un chiffre : « De récentes recherches en Allemagne, ajoute la société savante, ont démontré un effondrement de la biomasse totale des insectes volants, de près de 80 % en trois décennies. » »
47. 7 juin 2018 : « En hiver, les taux de pertes des abeilles ne devraient pas excéder 5 % »
Gérald Arnold, directeur de recherche émérite au CNRS aurait été « l'un des premiers groupes d'experts chargés d'étudier les causes du déclin des abeilles. Pour lui, il faudrait « tout remettre à plat » et « retester correctement la toxicité sur l'abeille de chaque pesticide présent aujourd'hui dans l'environnement ». »
Les apiculteurs auraient subi des pertes hivernales « catastrophiques » cette année, pouvant aller jusqu'à 70 % des colonies. Elles seraient depuis de nombreuses années autour de 30 %. Dans une situation « normale », les pertes devraient être de « 5 % à 10 % ».
Cette mortalité excessive serait largement due aux pesticides et, surtout, aux NNI, qui affaibliraient ou intoxiqueraient les abeilles et les ruches par effet cocktail. Pour lutter contre ce problème, il faudrait « tout remettre à plat, et retester correctement la toxicité sur l'abeille de chaque pesticide présent aujourd'hui dans l'environnement, pris en isolement, ou en mélange. »
48. 19 décembre 2018 : Entre les abeilles et l'agrochimie, l'Europe tarde à choisir
C'est « à un comité technique inconnu du public », le SCOPAFF13, « que revient le choix cornélien de choisir les nouvelles règles d'autorisation des pesticides. » Ce choix serait à faire entre « les abeilles et les insectes pollinisateurs d'une part, et l'industrie agrochimique de l'autre ».
Les discussions entre États membres et la Commission pour le changement de l'évaluation des risques des pesticides « piétinent derrière les portes closes du comité d'experts. »
L'association Pollinis conteste le refus de la Commission européenne de lui fournir « une série de documents détaillant les débats entre États membres autour de l'adoption de ces nouveaux tests réglementaires. » Selon le délégué général de l'association, « L'opacité d'un tel système est simplement antidémocratique. C'est un rêve de lobbyiste. »
Foucart rappelle ensuite les lacunes des procédures d'évaluation, qui avaient été relevées par l'EFSA en 2013. Les NNI auraient ainsi pu passer les tests d'homologation et seraient les principaux suspects dans l'érosion des pollinisateurs. Ce laxisme dans les tests réglementaires se mesurerait à la perte annuelle de 30 % des colonies d'abeilles et à l'effondrement rapide de l'entomofaune.
Une étude publiée en 2017 par Plos One montrerait en effet que « la quantité d'insectes volants a chuté de plus de 75 % entre 1989 et 2016, dans une soixantaine de zones rurales d'Allemagne, représentatives de la plupart des paysages d'Europe occidentale dominés par les activités humaines. »
Ces chiffres n'impressionneraient guère le SCOPAFF. En effet (?), les réactions des États membres aux lignes directrices proposées par l'EFSA seraient disparates.
La position de la France, si elle s'affirme comme étant favorable aux nouveaux tests, serait ambiguë, les pesticides à base de sulfoxaflor ayant été autorisés par l'ANSES « sur la foi de tests obsolètes ».
Une « analyse d'impact menée par les industriels et publiée en juillet sur un échantillon de quelques dizaines de molécules, « 79 % des usages de tous les herbicides, 75 % des usages de fongicides et tous les usages de 92 % des insecticides » ne franchissent pas les tests de toxicité chronique prévus par les lignes directrices de l'EFSA. »
49. 5 janvier 2019 « Sur les 36 députés signataires de l'appel à sauver les abeilles, 30 ont soutenu au moins un amendement contestant l'interdiction des néonicotinoïdes »
Le Monde avait publié fin décembre une tribune intitulée « Les abeilles sont essentielles » signée par 36 députés Les Républicains ou apparentés.
Néanmoins,
- 30 d'entre eux auraient soutenu au moins un amendement contestant l'interdiction des NNI lors de la loi Egalim adoptée en 201814.
- une dizaine ont cosigné « un ou plusieurs amendements autorisant le retour des épandages aériens de pesticides, au moyen de drones »
- une vingtaine ont cosigné « des amendements visant à assouplir les contraintes pesant sur les susdites pulvérisations aériennes »
- une vingtaine ont « proposé ou soutenu la suppression ou l'affaiblissement d'une mesure-phare du projet de loi : la séparation des activités de vente de pesticides et de conseil technique aux agriculteurs », qui serait pourtant « l'une des causes majeure à la sur-utilisation d'agrotoxiques »
En outre, alors
- que dans leur tribune ils mettent en cause le ministre de l'Agriculture d'alors, Didier Guillaume, qui aurait « suscité de vives réactions des ONG, dans l'enquête sur les bébés dits "nés sans bras", en déclarant que les scientifiques devaient faire la preuve que les pesticides avaient des conséquences sur la santé »,
- qu'il « n'existe à ce jour aucun élément de preuve que des pesticides soient en cause dans ces malformations »,
- ils ont été 29 à cosigner au moins un amendement « visant à biffer du projet de loi une disposition restreignant la possibilité de pulvériser des pesticides aux abords des habitations ».
Ainsi, à deux exceptions, ils auraient tous tenté de « réfréner l'ambition du projet de loi « Egalim » de limiter le recours aux pesticides ».
50. 13 avril 2019 : « L'affaire du Levothyrox illustre une confusion entre "consensus scientifique" et "consensus réglementaire" »
Le 4 avril est parue dans la revue Clinical Pharmacokinetics une étude donnant une « une explication pharmacologique aux troubles déclarés par des malades de la thyroïde, après leur passage à la nouvelle formule du Levothyrox. »
Le laboratoire Merck avait en effet changé la formulation d'un médicament contre les troubles de la thyroïde, le Levothyrox. Des « dizaines de milliers » de patients l'utilisant ont déclaré de nouveaux effets secondaires.
Toutefois, « une part du corps médical, les sociétés savantes impliquées et les autorités font pourtant valoir qu'aucun effet indésirable ne peut être attribué à la nouvelle formule, puisqu'un consensus scientifique certifie son équivalence à l'ancienne. »
Néanmoins, il ne s'agirait pas d'un consensus scientifique, mais d'un consensus réglementaire. S. Foucart le définit en ces termes :
« Un consensus réglementaire repose, lui, sur les avis d'agences d'expertise qui jugent de la conformité d'un produit à la réglementation en vigueur. Ce sont des avis souvent anonymes, non soumis à l'examen des pairs, fondés sur des données généralement confidentielles et inaccessibles à la critique, produites et interprétées par les industriels eux-mêmes. »
Cette « science » serait souvent convoquée, dans les controverses sanitaires ou environnementales, pour « réduire au silence les protestataires » :
« « C'est autorisé, donc la Science nous garantit que cela ne présente pas de risques » est un slogan bien commode, mais qui ignore un corpus immense de travaux d'historiens et de sociologues des sciences. »
En effet les scandales sanitaires, par exemple au chlordécone, DDT, PCB, NNI ou le chlorpyriphos montrent qu'une substance jugée sure par les autorités réglementaires peut être en réalité très toxique. De même, un rapport du Parlement européen monterait que « l'essentiel de la réglementation européenne n'intègre pas les connaissances scientifiques sur les perturbateurs endocriniens, pourtant acquises depuis plus de vingt ans. »
Cette utilisation à mauvais escient de l'autorité de la science nourrirait le relativisme :
« Car si l'on vous a persuadé que la réglementation est la science, pourquoi, lorsqu'il est évident que la première se trompe si souvent, continueriez-vous à faire confiance à la seconde ? »
51. 25 mai 2019 : « L'Europe et les abeilles »
Malgré les alertes réitérées sur le déclin de la biodiversité, réitérées dans un rapport de l'IPBES du 6 mai, les États membres de l'UE ne parviennent pas à s'accorder sur de nouvelles procédures d'homologation des pesticides. Pourtant, les failles des méthodes actuelles sont connues depuis le début des années 2000 et l'EFSA les détaille dans un rapport long de 250 pages publié en 2013.
Foucart rappelle quelques-unes desdites failles.
L'EFSA a produit un « document guide » décrivant de nouvelles procédures d'homologation. Néanmoins, malgré 27 modifications, le texte n'a pas été accepté. Le 8 mai, la Commission a demandé à l'EFSA de « reprendre les parties sensibles » dudit document. L'agence devrait rendre sa copie en 2021.
Le blocage des États membres serait d'autant plus incompréhensible que la catastrophe ne serait pas à venir, mais déjà là. En témoignerait ainsi l'étude publiée en 2017 observant que « la biomasse d'insectes volants s'est réduite de plus de 75 % outre-Rhin et vraisemblablement dans l'ensemble des paysages européens dominés par les activités humaines ».
Il serait d'autant plus difficile à comprendre que les règles européennes ne permettent pas de connaître le détail des discussions ou l'identité des États responsables du blocage. S. Foucart conclut :
« en définitive, tout l'opprobre se reporte sur les institutions de l'Union, et participe à un désamour qui pourrait se voir, ce dimanche, dans les urnes. »
52. 27 juin 2019 : Pourquoi l'agriculture bio est favorable aux abeilles
Une étude française menée notamment par Vincent Bretagnole sur la « Zone-Atelier Plaine & Val de Sèvre » et publiée le 26 juin dans la revue Journal of Applied Ecology serait « la première à suggérer et à quantifier l'effet bénéfique, sur Apis mellifera, des systèmes agricoles privés d'intrants de synthèse. » La difficulté portait sur l'étendue, du rayon d'action des abeilles domestiques : de 2 à 10 km !
La zone étudiée couvre 450 km², 10 ruchers de 5 ruches chacun ont été placés à différents endroits. Les chercheurs auraient observé que, lorsque les ruches avaient dans leur environnement des parcelles bio, la taille du couvain (l'ensemble des larves) pouvait « augmenter jusqu'à 37 %, par rapport aux ruches situées au cœur d'exploitations uniquement conventionnelles. » Cet effet serait d'autant plus notable que la proportion de parcelles bio resterait limitée, représentant 10-30 % des cultures à moins de 300 mètres et 5-15 % à moins de 1500 mètres. La quantité de miel « pendant la période de disette » serait beaucoup plus élevée, augmentant jusqu'à 53 % dans les colonies exposées au bio.
Cet effet positif serait obtenu même en l'absence de culture de colza bio sur la zone. Les auteurs « expliquent ces effets positifs par l'absence d'insecticides de synthèse sur ces parcelles, susceptible d'éviter la destruction de butineuses. » En outre, la présence plus importante d'adventices15 en bio leur serait profitable.
53. 27 août 2019 : Pesticides: les ravages de l'agriculture américaine
[NdA : Dans le cadre de la promotion de son livre « Et le monde devint silencieux », coédité par Seuil et Le Monde et publié le 29 août, S. Foucart a publié 3 articles.]
Une étude publiée début août (2019) dans PLOS ONE s'est penchée sur la « charge toxique » de l'agriculture américaine pour les insectes entre 1992 et 2014. Elle aurait, sur cette période été multipliée par 48, quasi-exclusivement à cause des NNI, qui représenteraient 92 % de la charge toxique sur cette période.
Cette étude déconstruirait « l'idée que le déclin général des insectes serait surtout dû au changement climatique, aux pathogènes naturels, aux espèces invasives, etc. »
L'indicateur de charge toxique aurait été construit « sur les tonnages de chaque famille d'insecticides utilisée, sur sa toxicité aiguë pour les insectes (avec l'abeille domestique comme référence) mais aussi sur sa rémanence moyenne dans l'environnement ».
[Foucart reprend un graphique montrant l'augmentation de charge toxique aiguë des insecticides de l'agriculture américaine, quasi exclusivement liée aux NNI, tiré d'une étude Plos One 2019, et celui sur la diminution de la masse d'insectes de 75 % observée par l'étude PLOS ONE de 2017 de Hallman et coll.]
Selon Pierre Mineau, des rapports de l'EPA anticipaient « des effets dramatiques sur l'écologie des systèmes terrestres ou aquatiques dans lesquels ces produits seraient utilisés ».
Il conclut :
« Tout ce qui s'est produit était prévisible, sinon prévu.. »
[NdA : S. Foucart finit par une présentation de son livre « Et le monde devint silencieux »]
54. 27 août 2019 : Disparition des abeilles : comment l'Europe a renoncé à enrayer leur déclin
La « mise à jour des principes d'évaluation des effets des pesticides sur les abeilles » a été prise le 17 juillet. Ce texte ferait l'impasse sur l'essentiel des recommandations de l'EFSA. La plupart des mesures seraient renvoyées à un examen ultérieur.
Cette décision interviendrait après l'étude publiée en 2017 dans PloS One observant que « la biomasse d'insectes volants a chuté de plus de 75 % entre 1989 et 2016 dans une soixantaine de zones protégées d'Allemagne. » Les auteurs de cette dernière suspecteraient que ce déclin soit représentatif des « paysages de basse altitude d'Europe occidentale dominés par les activités humaines », ce qu'étayerait « le « syndrome du pare-brise propre » constaté par les automobilistes âgés de plus de 40 ans. » Ce déclin abrupt coïnciderait avec l'introduction des NNI et du fipronil. Les alertes des apiculteurs consécutives à l'utilisation de ces produits remonteraient à 1994 selon M.Dermine de l'ONG PAN-Europe16.
Dès 2001, des travaux de l'INRA montraient que des doses d'imidaclopride « plusieurs milliers de fois inférieures à la dose de toxicité aiguë, administrées chaque jour, étaient susceptibles de tuer une abeille domestique en huit jours. » L'étude de la seule toxicité aiguë aurait largement sous-estimé l'impact de ce pesticide. Déjà en 2003, le CST « avait montré que les tests réglementaires en vigueur » étaient « inaptes à évaluer les risques des nouvelles générations de produits phytosanitaires sur les abeilles. » Ce rapport avait abouti à l'interdiction de certains usages de l'imidaclopride.
Il fallut attendre près de 10 ans pour que l'UE s'intéresse à cette question. Le rapport rendu par l'EFSA en 2012 conclut que les méthodes d'évaluation des risques sont très insuffisantes.
En 2013, l'EFSA publia un « document-guide » décrivant « un ensemble d'effets délétères potentiels qu'il faudrait tester avant d'autoriser une molécule à entrer sur le marché. » Il recommande notamment de prendre en compte les différentes voies d'exposition, ainsi que les effets sublétaux. Ce document a été mis à l'ordre du jour d'un comité technique européen, le SCOPAFF, mais aucun accord n'aurait été trouvé entre États membres pour l'adopter.
Le 17 juillet, aucune des avancées proposées n'aurait été adoptée, reconduisant « une évaluation des risques fondée sur la toxicité aiguë ». La Commission aurait alors demandé à l'EFSA de revoir encore ses propositions. Pour M.Dermine, cette demande ne serait pas « une expertise scientifique, mais plutôt un exercice d'acrobatie politique visant à réduire les ambitions pour satisfaire les États membres réticents ».
L'association Pollinis, participant à un comité mis en place sur le sujet par l'EFSA, dénoncerait « l'intense lobbying des industriels de l'agrochimie. Ceux-ci ont adressé aux responsables de l'exécutif européen au moins une dizaine de courriers protestant vigoureusement contre le document-guide de l'EFSA. » Leurs enjeux sont en effet considérables : la large majorité des usages d'herbicides, de fongicides et d'insecticides ne passeraient pas les tests proposés par l'EFSA. Selon l'ECPA17, les tests proposés ne seraient pas faisables, certains tests préconisés ne disposant même pas de méthodologies reconnues au niveau international.
[Foucart reprend un graphique montrant l'augmentation de charge toxique aiguë des insecticides de l'agriculture américaine, quasi exclusivement liée aux NNI, tiré d'une étude Plos One 2019, et celui sur la diminution de la masse d'insectes de 75 % observé par l'étude PLOS ONE de 2017 de Hallman et coll.]
Un rapport publié en 2015 par l'EASAC18 aurait également observé que de « très faibles niveaux de néonicotinoïdes ont des effets sublétaux de longue durée sur des organismes bénéfiques ». Le coordinateur du rapport, Michael Norton, souligne en outre que les pollinisateurs sauvages seraient plus sensibles que les abeilles domestiques, leur déclin traduirait donc des dégâts encore plus grands sur les autres pollinisateurs. Il faudrait donc étudier les risques des pesticides sur « d'autres insectes sauvages ayant un rôle bénéfique sur les activités humaines. »
[NdA : S. Foucart finit par une présentation de son livre « Et le monde devint silencieux »]
55. 27 août 2019 : Les néonicotinoïdes sont là pour durer
Des chercheurs menés par Ségolène Humann-Guilleminot et Fabrice Helfenstein ont analysé plus de 700 échantillons de plantes et de sols sur 169 parcelles de 62 exploitations agricoles suisses.
Sont contaminés par des NNI :
- Toutes les parcelles conventionnelles
- 93 % des parcelles BIO (qui sont bio depuis plus de 10 ans)
- 80 % des « zones d'intérêt écologique »
Cette présence globale serait due à « l'usage généralisé des néonicotinoïdes, la présence de ces produits dans les nuages de poussière générés lors des semis, leur solubilité dans l'eau et leur stabilité dans les sols ». Ils représenteraient donc un « risque environnemental pour les terres adjacentes non traitées, sur des distances jusqu'ici inconnues, avec des conséquences sur des espèces non ciblées. »
[Foucart reprend un graphique montrant l'augmentation de charge toxique aiguë des insecticides de l'agriculture américaine, quasi exclusivement liée aux NNI, tiré d'une étude Plos One 2019, et celui sur la diminution de la masse d'insectes de 75 % observé en Allemagne par l'étude PLOS ONE de 2017 de Hallman et coll.]
La seule exposition à l'un des NNI recherchés, la clothiandine, représenterait un risque létal pour 5,3 à 8,6 % des 84 espèces étudiées et un risque sublétal pour 31,6 à 41,2 % de ces organismes. Les concentrations seraient moindres dans les champs non traités, qui ne présenteraient un risque sublétal que pour 1,3 à 6,8 % des espèces considérées.
Ceci, sans même prendre en compte les potentiels effets cocktails.
[NdA : S. Foucart finit par une présentation de son livre « Et le monde devint silencieux »]
56. 29 août 2019 : « De nombreux éléments de preuves pointent vers les néonicotinoïdes comme cause majeure » du déclin des abeilles
[Date du jour de publication de son livre]
Au « cœur de l'été », l'UE aurait « discrètement reporté » la mise en place de nouveaux tests d'évaluation des risques contre l'avis de l'EFSA et de la communauté scientifique. « Selon une étude, publiée en octobre 2017 dans la revue PloS One, la biomasse d'insectes volants a chuté de plus de 75 % entre 1989 et 2016 dans une soixantaine de zones protégées d'Allemagne. »
Foucart répond à une série de questions. Le propos est souvent trop dense pour être synthétisé, je vous invite à consulter l'article.
57. 29 août 2019 : Disparition des abeilles : « Le rôle des pratiques apicoles a été monté en épingle par les milieux de l'agrochimie »
Cet article retranscrit l'événement en ligne qui a occasionné les questions-réponses de l'article précédent. De même, le contenu est trop dense pour être synthétisé, je vous invite à consulter l'article.
58. 23 octobre 2019 : Abeilles et pesticides : le Parlement européen recadre la Commission
L'auteur rappelle l'avis de l'EFSA de 2012, l'élaboration du document-guide en 2013, puis son étude par le SCOPAFF et les résistances des États membres. La Commission adopta au final un texte (déjà évoqué) ignorant l'essentiel des recommandations formulées par l'EFSA en 2013.
Le 23 octobre, le Parlement européen « a adopté à une écrasante majorité (533 pour, 67 contre et 100 abstentions) une objection à la réforme des principes d'évaluation des risques environnementaux que présentent les produits phytosanitaires. »
Pour le « commissaire européen chargé des questions de santé et de sécurité sanitaire de l'alimentation, le Lituanien Vytenis Andriukaitis », ce vote ne serait « pas une bonne nouvelle pour les abeilles », la réforme n'abaissant pas le niveau de protection. Ils seraient retournés « à la case départ ».
Les ONG, au contraire, se féliciteraient de la résolution des parlementaires :
« Les députés européens ont pris la mesure du scandale qui se joue autour de l'homologation des pesticides, se réjouit Nicolas Laarman, délégué général de l'association Pollinis. L'agrochimie, avec la complicité des États membres et de la Commission européenne, essaie de nous priver du seul outil scientifique qui permettrait d'enrayer le déclin des pollinisateurs en Europe. » L'Union nationale de l'apiculture française (UNAF) se félicite également de la motion, évoquant un « immense soulagement ».
Selon une représentante de Greenpeace, cela montrerait que le Parlement « prend au sérieux la protection des pollinisateurs européens en danger ».
59. 31 octobre 2019 : Les poissons sont aussi victimes des insecticides « tueurs d'abeilles »
Une étude de chercheurs japonais menés par Masumi Yamamuro publiée le 31 octobre par Science étudie l'effet des NNI sur la pêche. L'introduction de l'imidaclopride dans les rizières de Shimane en 1993 aurait effondré la capture de deux espèces commerciales importantes : l'anguille japonaise et le wakasagi.
Les captures de wakasagi sont passées de 240 tonnes avant 1993 à 22 tonnes les années suivantes. Celles d'anguilles sont passées de 42 tonnes à moins de 11.
Les chercheurs auraient suivi les concentrations en imidaclopride sur 20 ans et suivi l'évolution d'abondance des petits organismes aquatiques. Ils ont observé que les populations d'arthropodes aquatiques se sont effondrées la même année que l'introduction en 1993 de l'imidaclopride.
Cette chute aurait causé celle des populations d'anguilles et de wakasabi, qui se nourrissent de ces organismes. Ce lien serait validé par le fait qu'une autre espèce se nourrissant non d'invertébrés, mais de microalgues, n'aurait pas été affectée au cours de la période étudiée.
Foucart rappelle deux études conduites par Caspar Hallman, qui auraient montré en 2014 une association « entre les concentrations en imidaclopride dans les eaux de surface de l'ensemble du territoire néerlandais avec, d'une part, l'abondance d'invertébrés aquatiques (larves d'insectes, etc.) et d'autre part la vitesse du déclin de passereaux exclusivement ou partiellement insectivores. » Des concentrations de plus 20 µg/l seraient corrélées avec un déclin moyen des populations de ces oiseaux de 3,5 % par an, soit une réduction de moitié en deux décennies.
60. 27 novembre 2019 : Les pesticides néonicotinoïdes continuent à menacer les abeilles, même lorsqu'ils ne sont plus utilisés
Cet article porte sur une étude publiée le 28 novembre 2019 dans la revue Science of the Total Environment par des chercheurs conduits par Dimitry Wintermantel et Vincent Bretagnolle, tous deux chercheurs au Centre d'études biologiques de Chizé.
Ces derniers ont analysé du nectar et du pollen prélevés sur 300 parcelles de colza réparties sur la zone atelier Plaine et Val de Sèvre. Des échantillons ont été prélevés sur ces champs entre 2014 et 2018, soit après le moratoire de 2013.
Malgré ce dernier, il n'y aurait « aucune tendance à la baisse ». Les chercheurs trouveraient des traces de NNI dans 43 % des échantillons de colza analysés. On retrouverait de l'imidaclopride dans 70 % des parcelles en 2014, 5 % en 2015, 90 % en 2016, 30 % en 2017, pour remonter à 55 % en 2018. La très grande majorité des traces seraient inférieures à 1 partie par milliard. Toutefois, en 2 occasions en 2016, les chercheurs auraient trouvé 45 parties par billion d'imidaclopride dans les échantillons testés, ce qui serait « cinq fois la concentration de produit attendue dans le nectar ou le pollen de colzas traités. »
Les chercheurs ont estimé, à partir d'un modèle « conservateur », celui de l'EFSA, que 12 % des parcelles étaient assez contaminées pour tuer 50 % des abeilles domestiques s'y aventurant, ce taux montant à 20 % pour les bourdons et 10 % pour les abeilles solitaires.
Selon eux, ce pourrait être lié aux pluies, les contaminations étant plus importantes les années pluvieuses et les NNI étant solubles dans l'eau.
Foucart rappelle une étude publiée dans Journal of Applied Ecology en mars étudiant la contamination des NNI en Suisse et trouvant des NNI dans 93 % des échantillons prélevés sur des fermes bio et 80 % dans des zones d'intérêt écologique. Il rappelle également l'impact estimé sur les 72 espèces d'invertébrés étudiées.
61. 9 juillet 2020 : Sauvegarde des pollinisateurs : l'échec de la Commission européenne
La Cour des Comptes Européenne aurait rendu un rapport le 9 juillet jugeant que les mesures de protection des pollinisateurs sauvages de la Commission européenne n'ont « pas porté ses fruits ».
Dans son rapport, la Cour rappellerait l'importance (estimée à 15Md€) des pollinisateurs sauvages pour la production agricole et que leur déclin serait le fait « de la menace croissante que constitue l'activité humaine […], en particulier la conversion à l'agriculture intensive, ainsi que l'utilisation de pesticides et d'engrais. »
Une étude publiée par Nature en octobre 2019 observerait une chute de 67 % entre 2008 et 2017 du poids des arthropodes capturés sur un échantillon de 150 prairies allemandes, de 78 % de leur nombre et de 34 % de leur diversité.
La Cour a critiqué la « Stratégie européenne pour la biodiversité 2011-2020 et l'Initiative européenne pour les pollinisateurs, adoptée en juin 2018. » La première aurait eu des indicateurs que très lacunaires ou inexistants et la seconde n'aurait eu aucun résultat probant faute de moyens et de suivi.
Elle a également critiqué l'insuffisance de l'interdiction des 3 principaux NNI en 2013 et 2018. D'une part « les agriculteurs ont recouru davantage au thiaclopride » et d'autre part beaucoup d'États membres ont prévu des dérogations. Elle a également repris les critiques sur les lacunes de l'évaluation des risques de pesticides.
Un rapport préliminaire de l'EFSA sur le sujet, du 22 juin, envisagerait 4 approches pour réformer l'évaluation des risques, trois consistant à « revoir à la baisse les niveaux de protection ». Le sujet serait mis à l'ordre du jour d'un comité d'experts européens devant se tenir les 16 et 17 juillet.
M.Dermine de PAN-Europe réagit en notant que trente ans après « l'affaire des néonicotinoïdes », les « États membres continuent de rechigner à améliorer les critères d'autorisation des pesticides et, une nouvelle fois en réunion secrète, vont se concerter pour rendre la protection des pollinisateurs caduque. »
62. 9 juillet 2020 : La médiatrice de l'Union européenne met en cause le processus d'autorisation des pesticides
La médiatrice européenne, Emily O'Reilly, a été saisie par l'ONG PAN-Europe sur le sujet des procédures d'autorisation (AMM) des pesticides. Elle a adressé une lettre le 22 juin à la présidente de la Commission européenne, que S. Foucart commente dans cet article. Les AMM sont délivrées après une évaluation des risques par l'EFSA, qui se fonde sur les données fournies par la firme demandant l'homologation. Si les données sont lacunaires, la Commission peut tout de même accorder l'AMM en utilisant une procédure « de demande de données confirmatoires ». Le produit est homologué, mais l'entreprise devra donner ultérieurement des informations complémentaires. PAN-Europe critique l'utilisation abusive de cette procédure : depuis 2015, la Commission y aurait recours dans la moitié des autorisations délivrées.
La médiatrice a étudié 5 cas de telles procédures. Dans la majorité, l'EFSA ne serait pas consultée. De plus, la commission ne motiverait pas ses décisions de délivrer ces autorisations. Enfin, pour « les pesticides approuvés selon cette procédure depuis 2015, les « données confirmatoires » sur la manière dont ils réagissent au traitement des eaux n'ont toujours pas été fournies. »
63. 6 août 2020 : Le gouvernement va réintroduire les insecticides « tueurs d'abeilles »
Suite à l'épidémie de jaunisse de la betterave transmise par une infestation de pucerons (Myzus persicae), le ministère de l'Agriculture a annoncé, le 6 août un plan d'aide à la filière prévoyant notamment des dérogations permettant l'usage de NNI. Ces derniers, aussi appelés « tueurs d'abeilles », avaient pourtant été interdits par la loi sur la biodiversité de 2016.
C'était « une des principales revendications des betteraviers, d'autant que d'autres pays européens dérogent eux aussi à l'interdiction. » Franck Sander, président de la CGB19 aurait estimé la perte pour les planteurs à 150 à 200 millions d'euros.
François Veillerette, directeur de Générations futures dénonce « un recul inacceptable qui montre que ce gouvernement plie aisément sous le poids des lobbys de l'agrochimie et de l'agriculture industrielle, et a renoncé à être le leader de la lutte contre les insecticides tueurs d'abeilles en Europe ».
Le ministère affirme qu'il n'y aurait pas d'alternative. Selon l'ITB, il y aurait des alternatives, mais elles seraient soit trop toxiques pour les auxiliaires, soit des substances ne persistant pas suffisamment et demandant donc des passages plus fréquents.
Le ministère justifie sa décision également au motif que les betteraves ne produiraient pas de fleurs avant récolte, limitant leur impact sur les pollinisateurs. Toutefois « un grand nombre de travaux conduits ces dernières années ont montré que l'impact des néonicotinoïdes utilisés en enrobage de semences pouvait être indirect », notamment par contamination durable des sols.
Fait surprenant, la betterave bio aurait été « peu ou pas touchée par la jaunisse » :
- Loïc Tridon, chargé d'études au sein de l'organisation régionale de l'agriculture bio (Hauts de France) observe que les parcelles de betteraves bio de la région « ne sont presque pas concernées par ce problème ». « On ignore pourquoi, c'est peut-être lié à la taille des parcelles ».
- Victor Charlot, conseiller technique au Groupement des agriculteurs bio d'Île-de-France, estime que les dommages liés à la jaunisse de la betterave sont, dans les exploitations bio, « très limités » dans sa région.
64. 12 août 2020 : Avec ou sans floraison, les néonicotinoïdes représentent des risques pour les pollinisateurs
Les producteurs de maïs souhaiteraient également pouvoir déroger à l'interdiction des NNI. Le succès des betteraviers dans l'obtention de cette dérogation reposerait sur l'argument selon lequel la betterave à sucre serait récoltée avant floraison. « Mis en circulation par les milieux de l'agro-industrie et repris par le ministère de l'Agriculture dans sa communication, cet argument a été largement repris sur les réseaux sociaux par des élus et des responsables politiques. »
Pourtant, de nombreux travaux scientifiques, repris par l'EFSA dans son expertise de 2018, auraient montré que les NNI représentaient un risque élevé pour les pollinisateurs, même sans pollinisation. Ils seraient touchés
- à travers la guttation (Girolami et coll. 200920) ;
- par les poussières libérées lors des semis (Greatti et coll. 200321) ;
- par les NNI qui resteraient dans le sol, pouvant représenter de 80 à 98 % de la dose (Sur et Stork, 200322). S. Foucart rappelle également l'étude objet de l'article du 27 novembre 2019, observant que « des colzas non traités, poussant sur des parcelles exemptes de néonics depuis cinq ans, pouvaient être imprégnés par ces produits. Et ce, à des niveaux présentant des risques pour les pollinisateurs. » Il rappelle également l'étude portant sur 169 parcelles en Suisse, ayant fait l'objet de l'article du 27 août 2019.
Enfin, il rappelle que les NNI sont toxiques à des doses infimes : 60 g d'imidaclopride par hectare sur 423 000 hectares de betteraves, représenterait 25 tonnes de produits, soit suffisamment pour tuer 3 millions de milliards d'abeilles.
65. 2 septembre 2020 : Néonicotinoïdes : la réautorisation annoncée de ces insecticides neurotoxiques sur la betterave ravive la polémique
[Cet article est assez difficile à synthétiser, l'auteur utilisant beaucoup sa technique de juxtaposition de phrases, que nous étudierons plus en détail, consistant globalement à ne pas faire de connexions logiques explicites entre ses phrases.]
Le projet de loi permettant des dérogations à l'interdiction des NNI devrait être présenté le lendemain de l'article, le 3 septembre. Divulgué le 1er septembre, le texte susciterait « une vive opposition des organisations non gouvernementales (ONG) et des milieux écologistes. » Il y aurait un doute sur le fait que le texte, ne désignant pas textuellement la betterave, puisse bénéficier à d'autres cultures, comme le maïs. Selon le ministère de l'Agriculture, cela ne serait justifié par des considérations juridiques. Il souligne également que l'interdiction met en danger non seulement les betteraviers, mais aussi les filières en aval, ce qui représente au total 40 000 emplois. Il a également promis d'attribuer 5 millions d'euros à la recherche d'alternatives.
En face, Sandrine Bélier, directrice de l'ONG Humanité et Biodiversité, questionne pourquoi ces sommes n'avaient pas été allouées avant et demande qu'il y ait une obligation de résultat. Selon Delphine Batho :
« le secteur betteravier a eu plusieurs années pour s'adapter et trouver des alternatives, mais il n'a rien fait, car il a toujours vécu avec la perspective de parvenir à contourner l'interdiction des néonics : depuis 2016, ce sont systématiquement les mêmes arguments qui sont mis en avant pour réintroduire ces substances ».
Selon l'EFSA (selon S. Foucart), tous les usages de NNI présenteraient un risque pour les pollinisateurs. Dans le cas de la betterave, ce serait la contamination des sols, qui affecterait les cultures, potentiellement mellifères, ultérieures. Au-delà de l'effet sur les abeilles, des centaines d'études publiées ces dernières années montreraient, au-delà du doute raisonnable, que les NNI ont des effets négatifs sur de nombreux types d'organismes : arthropodes, oiseaux, organismes aquatiques, etc.
D.Batho conclut :
« Ce projet de loi est fondé sur une forme d'obscurantisme, juge Mme Batho. Il ignore les données scientifiques disponibles et passe en particulier sous silence le phénomène de disparition des insectes auquel nous assistons. »
L'article finit sur un encart présentant une étude publiée dans Nature Stainability (Li, Miao et Khanna 202023) montrant un lien étroit entre l'utilisation des NNI et l'effondrement des oiseaux nicheurs.
66. 12 septembre 2020 : « Les néonicotinoïdes sont des substances trop efficaces et trop persistantes pour que leur usage puisse être contrôlé »
B. Pompili avait alerté en 2016 que « les études scientifiques s'empilent » pour montrer les dangers des NNI envers, non seulement les abeilles, mais aussi notre santé et l'environnement en général.
« Promu par les milieux de l'agro-industrie, repris par le ministre de l'Agriculture, répercuté par des journalistes et multiplié à l'infini sur les réseaux sociaux par des milliers de petites mains, un unique élément de langage est venu balayer tout cela. Nul ne l'ignore plus : « Une abeille, ça ne va pas butiner dans les champs de betteraves. » »
Néanmoins, les NNI seraient trop dangereux et trop persistants pour être contrôlés, notamment en raison de leur solubilité dans l'eau. C'est ce qu'auraient notamment montré des chercheurs japonais en 2019.
Foucart rappelle les résultats de l'étude de Yamamuro et coll. (2019), qu'il avait déjà présentée dans son article du 31 octobre 2019. Il appuie beaucoup sur la faible quantité d'imidaclopride à laquelle ont été exposées les populations aquatiques étudiées et l'ampleur des effets. Cette étude aurait 3 enseignements :
- « Le premier est qu'une quantité négligeable de néonics appliquée à l'échelle d'un grand territoire peut avoir un effet catastrophique […]. » ;
- « Le second enseignement est un corollaire immédiat du premier : aucune confiance ne peut être accordée aux systèmes d'évaluation réglementaire des risques environnementaux. Une faillite de cette magnitude est simplement impardonnable. »
- Enfin, « l'effondrement du lac Shinji montre que des innovations techniques – les néonics en l'occurrence – peuvent avoir des effets négatifs qui, bien qu'énormes, peuvent demeurer longtemps sous le radar sans être documentés. L'absence de preuve, la difficulté ou l'impossibilité d'administrer la preuve sont, en creux, interprétées comme autant de preuves de l'absence d'effets délétères. »
Le journaliste conclut :
« Ainsi, pendant tout ce temps, si les pêcheurs du Shinji s'étaient plaints à leur ministre de tutelle des pratiques de leurs voisins riziculteurs, on leur aurait sans doute répondu avec assurance que leurs inquiétudes étaient infondées. C'est bien connu : « Les poissons, ça ne va pas butiner dans les rizières. » »
67. 26 septembre 2020 : Abeilles et pesticides : les ONG s'alarment d'un affaiblissement de la réglementation européenne
Le 23 septembre, l'EFSA aurait présenté à des « associations représentant la société civile » l'avancement de la réforme de « l'évaluation des risques que présentent les pesticides pour les butineuses. »
Ces ONG s'en seraient alarmées, Générations futures allant jusqu'à qualifier les changements de « catastrophiques ». Barbara Berardi de l'association Pollinis dénoncerait que « Les États membres et la Commission européenne sont en train de revoir à la baisse les niveaux de protection prévus par le "document-guide" qu'avait préparé l'EFSA en 2013 ».
Les industriels de l'agrochimie estimant que ce cahier des charges conduirait à exclure « près de 80 % des substances déjà sur le marché », l'exécutif européen aurait demandé à l'EFSA en juillet 2019 de réviser son document-guide.
Le schéma adopté par les États membres serait l'un des moins protecteurs de ceux présentés par l'EFSA. Il consisterait à « considérer comme acceptable une réduction de la taille d'une colonie d'abeilles exposée à un pesticide, si cette réduction demeure comprise dans une « fourchette de variabilité naturelle ». » Celle-ci serait calculée grâce à un algorithme, « Beehave », codéveloppé par Syngenta. Or, une pollution « de fond » affectant déjà la mortalité des ruches, cela sous-estimerait la toxicité des pesticides.
Barbara Berardi souligne aussi que cette logique ne serait pas applicable aux pollinisateurs sauvages, pour lesquels les méthodes d'évaluation des risques resteraient floues. L'opacité du processus serait aussi un problème. Ainsi, selon l'eurodéputé Pascal Canfin :
« il est inacceptable que ce type de décision soit encore prise dans le plus grand secret d'un comité où l'on ne connaît même pas les positions défendues par les États »
68. 5 septembre 2020 : La majorité sous pression avant l'examen du projet de loi sur les néonicotinoïdes
Le projet de loi sur les NNI devrait commencer à être examiné le 5 octobre sous une « forte pression de la société civile ». Ainsi, ont appelé à ne pas voter ce projet de loi N. Hulot, une trentaine d'organisations écologistes (WWF, Greenpeace, LPO), la confédération paysanne et une soixantaine de chercheurs spécialistes des NNI. Ces derniers dénoncent « une grave erreur, sous le prétexte de raisons mineures ou inexactes, ceci au regard des enjeux immenses ».
L'ampleur de ces critiques aurait de quoi « inquiéter les députés de la majorité », nombre d'entre eux ayant en mémoire la virulence inattendue des critiques suite au « rétropédalage » sur l'interdiction du glyphosate.
Ainsi, le député LREM de l'Isère aurait « pris les devants » et annoncé qu'il voterait contre le projet de loi.
Le parti présidentiel ayant conscience des risques, un argumentaire de 7 pages aurait été adressé aux députés de la majorité « pour leur fournir les éléments de langage du gouvernement ».
La Confédération paysanne contredit l'argumentaire dans un courrier adressé aux députés assurant que « la pression qui pèse le plus sur la filière » serait « celle du marché bien plus que la jaunisse ». Elle ferait ainsi référence à la suppression des quotas en 2017, qui aurait exposé la filière à trois problèmes structurels : « fin des quotas, dérégulation du marché et concurrence du sucre mondial ».
69. 29 octobre 2020 : Des niveaux alarmants de pesticides mesurés dans les sols et les vers de terre
Le Sénat aurait adopté, le 27 octobre, les NNI pour les betteraves sucrières. En même temps, publiée en ligne fin septembre dans Agriculture, Ecosystems & Environment24, une étude réalisée sur la zone atelier Plaine et Val de Sèvre montrerait l'impact des pesticides sur les sols et les vers de terre. Les chercheurs, parmi lesquels Vincent Bretagnolle, ont fait des prélèvements dans des zones diverses (parcelles agricoles, conventionnelles ou biologiques, prairies et haies n'ayant jamais été traitées, etc.) pour étudier la présence de 31 pesticides.
Ils auraient trouvé
- au moins un pesticide dans la totalité des prélèvements analysés ;
- un mélange d'au moins un insecticide, un fongicide et un herbicide dans 90 % des échantillons ;
- plus de dix pesticides différents dans 40 % des cas.
Cette étude serait très originale, de telles données sur les contaminations étant « étonnamment rares ».
« Les quatre substances les plus fréquemment retrouvées sont le diflufenican (un herbicide), l'imidaclopride (un insecticide néonicotinoïde) et deux fongicides, le boscalide et l'époxiconazole. Au moins une de ces quatre substances est détectée dans plus de 80 % des sols analysés. »
Les chercheurs auraient également étudié les vers de terre présents dans les sols. Ils en auraient trouvé dans 155 échantillons sur 180. Ils auraient trouvé de l'imidaclopride dans 80 % des vers de terre, parfois à des concentrations d'imidaclopride faramineuses :
« « Les concentrations retrouvées sont spectaculaires : 43 % des vers de terre présentent un taux d'imidaclopride de plus de 100 ppb [parties par milliard] et 8 % en ont plus de 500 ppb », précise M. Bretagnolle. Le maximum enregistré pointe à près de 780 ppb. Soit, par exemple, une concentration presque 400 fois supérieure à ce qui est mesuré dans le nectar du colza, lorsque celui-ci est traité à l'imidaclopride. »
Cela serait le signe d'une bioaccumulation, qui pourrait avoir été ignorée par l'EFSA, qui a considéré l'imidaclopride comme « à faible risque de bio-accumulation ». Les chercheurs auraient aussi trouvé d'autres pesticides dans les lombrics, l'ensemble présentant pour eux « un risque de toxicité chronique élevé ». Ce serait également inquiétant à une échelle plus large, notamment, par exemple, pour les oiseaux se nourrissant desdits lombrics.
70. 19 février 2021 : L'arrêté encadrant le retour des néonicotinoïdes s'appuie sur des données erronées
L'un des enjeux de l'autorisation de NNI sur les betteraves serait la question des cultures postérieures aux betteraves traitées. Il faudrait donc attendre un à trois ans pour semer, ensuite, des cultures attractives pour les abeilles.
Les agriculteurs réclamaient le droit de pouvoir replanter sans délai du maïs. Lors d'une réunion du conseil de surveillance le 22 janvier, les représentants de la filière betteravière auraient fait valoir qu'une étude montrerait que 80 % des abeilles présentes dans une parcelle de maïs se trouvaient dans une bande de 8 mètres en périphérie des parcelles. Ne pas traiter cette zone permettrait donc, ensuite, de planter du maïs sur tout le champ.
Cette atténuation aurait été adoptée par l'arrêté du 5 février.
L'ITAB aurait consulté l'étude en question et observé qu'en réalité, si 80 % des abeilles relevées se trouvaient en périphérie, c'est que cette zone avait été la plus échantillonnée. En recalculant, l'ITAB aurait trouvé que, pour protéger 80 % des abeilles sur 50 hectares de maïs, il faudrait une bande non traitée de 189 mètres.
71. 26 mars 2021 : A Bruxelles, débat crucial autour des nouveaux tests pour évaluer les effets des pesticides sur les abeilles
Le 24 et 25 mars, le SCOPAFF s'était réuni pour étudier les tests d'évaluation des risques des pesticides sur les abeilles. Selon l'eurodéputé Pascal Canfin, la discussion portait sur la mortalité considérée comme acceptable au sein d'une colonie suite à l'exposition à un pesticide :
« le seuil de mortalité considéré comme acceptable devrait être placé entre 7 %, position défendue par la France, la Slovaquie ou encore la Suède, et 25 % qui est défendue notamment par l'Espagne et la Hongrie ».
Selon l'ONG Pollinis, il serait probable que des critères plus permissifs à ceux établis en 2013 soient retenus. « Cela précipiterait irrémédiablement la disparition en cours de ces insectes indispensables aux cultures européennes au lieu d'y remédier. »
Foucart rappelle que Pollinis avait demandé plus de transparence dans ces débats et les positions des différents pays.
« Celle-ci est d'autant plus importante que l'ambition des nouveaux tests abeilles a, depuis 2013, été considérablement revue à la baisse. Une grande part des préconisations de l'EFSA a été abandonnée (tests sur des bourdons et des abeilles sauvages, tests de toxicité chroniques, etc.) et l'approche choisie repose désormais sur un modèle simulant la réponse d'une colonie à un stress — le modèle utilisé par l'EFSA ayant été codéveloppé par la firme agrochimique Syngenta, l'un des plus gros producteurs de pesticides en Europe. »