Dermatose Nodulaire Contagieuse : une polémique pseudo-écologiste ?
En analysant les propos de la Coordinations rurale sur la Dermatose Nodulaire Contagieuse, j'ai remarqué une personne : François Walraet, le secrétaire national. En effet, son manque de sincérité devient évident lors de ses confrontations avec Jean-Yves Gauchot, président de la fédération des syndicats vétérinaires de France : malgré tous les éléments de nature à montrer l'invalidité de sa position, il ne se dédit jamais.
J'en ai trouvé 2, une successive (il parlent l'un après l'autre, il n'y a pas de confrontation directe) et une directe.
François Walraet après Jean-Yves Gauchot, 14/12/2025
L'émission du 14, qu'on retrouve en ligne, est assez longue (1h) et s'y succède plusieurs intervenants.
Journaliste : On a évoqué ces différentes contre-propositions avec Jérôme Bailly. Vous les avez sans doute entendues, notamment un arrêt de l’abattage systématique, une vaccination massive et rapide, l’abattage uniquement des animaux positifs et une assurance et une traçabilité renforcées. M. Gauchot, est-ce que vous vous dites : bon, c’est peut-être envisageable, il faut ouvrir la porte ?
Jean-Yves Gauchot (23'20"): Bonsoir, merci pour l’invitation. J’ai écouté effectivement Jérôme Bailly. Je le connais bien sûr, je suis praticien aussi. J’ai des responsabilités syndicales et académiques, mais je suis praticien et je connais comme lui la difficulté parfois de vacciner des animaux en couloir, de se faire casser le bras ou coincer la main.
Je rejoins totalement le propos d'Oberdorf, le journaliste. C'est un problème qui est compliqué. Sur le sujet qui vous intéresse en m'interrogeant, effectivement, j'entends, ils voudraient tous qu’on change nos protocoles. Pour nous, ce n'est pas pour suivre la ministre, l’ensemble de la communauté scientifique vétérinaire, les sciences vétérinaires, nous disent qu’aujourd’hui, avec les outils de dépistage, on ne peut pas faire autrement.
La vaccination a été étendue, on parle d'un million, mais rapidement, autour des foyers, ce sera les 300 000 bovins à vacciner, ça va faire très vite. Les doses sont en train d’arriver et dès demain ; le dépeuplement. Je sais bien que les agriculteurs, la coordination, beaucoup de syndicats, il y a sans doute de l'instrumentalisation derrière, mais arrêter le dépeuplement, on ne peut pas.
Pourquoi ? Je vous explique. On ne peut pas parce qu’en fait, 50 % des animaux malades — retenez ce chiffre — 50 % des animaux malades ayant la dermatose nodulaire contagieuse bovine n’ont aucun symptôme, première chose. Et deuxième chose, ils ne sont pas dépistables par ce qu’on appelle des tests PCR. Donc on a des résultats qui sont négatifs.
Donc on vaccine sur des animaux qui sont déjà malades, on court après la maladie. Aujourd’hui, on va sans doute réfléchir, et ont réfléchit déjà chez les scientifiques, à l’Académie vétérinaire de France, dont je suis vice-présidente, qui a déjà lancé depuis quelques semaines des pistes de réflexion. Mais aujourd’hui, avec les outils que l’on a, on ne peut pas faire autrement que le dépeuplement.
Journaliste : Donc pour vous, c’est de la folie de changer ce qui se fait aujourd’hui ?
Jean-Yves Gauchot : Exactement, c’est de la folie. Et il y a une chose que personne, que peu osent dire, même si le ministère le dit, Jérome Bayle [a dit] ça fait des sauts de plus de 100 kilomètres.
Mais on le sait, nous, tous les vétérinaires praticiens. Pourquoi ? Parce qu’il y a eu des déplacements. On a interdit, on a demandé à la DGAL, les praticiens, toute la communauté scientifique vétérinaire : il faut stopper les déplacements. Ce sont des arrêtés préfectoraux qui le disent. Oui, mais ce n’est pas appliqué, parce qu’on est en France, parce qu’on ne peut pas avoir un gendarme derrière chaque camion.
Donc il y a plein de troupeaux qui se sont déplacés, et c’est dramatique. Et pourquoi ils ont été déplacés ? Quand on comprend que 30 à 50 % des animaux porteurs sont porteurs sains, ces animaux-là ont été déplacés et ils font des sauts de 100 kilomètres.
[...]
Journaliste : Walraet, je voulais vous faire réagir. Ça veut dire, quand on entend ce vétérinaire, qu’il faut se rendre à l’évidence : il faut continuer à abattre des vaches qui ne sont pas malades. Pourquoi les agriculteurs ne comprennent pas et sont contre cet abattage total ?
François Walraet : Il y a trois raisons principales. La première, c’est qu’ils ont l’impression que le débat scientifique n’a pas eu lieu, que la décision de l’abattage total n’est pas une décision scientifique mais politique et économique.
Politique, parce qu’on dit : par précaution, on abat tout le troupeau, parce qu’on ne sait pas si les vaches sont malades ou pas. Ce satané principe de précaution nous tue encore une fois. Je ne suis pas vétérinaire, je ne suis pas épidémiologiste, mais j’ai une solide formation scientifique.
Quand on voit que la NASA est capable de savoir qu’il y a une grande tempête de sable sur Mars sans y être allée, et que des vaches atteintes d’une maladie connue depuis 50 ans ne peuvent pas être dépistées, il y a une défaillance de nos instituts de recherche.
La deuxième raison est morale. On nous a appris à ne rien gaspiller. Et là, on euthanasie des bêtes qui ne sont pas malades et on les jette. Moralement, c’est extrêmement choquant.
Enfin, sur la méthode, on détruit un cheptel, des années de travail. Si on pouvait au moins faire des prélèvements d’ovocytes ou d’embryons pour conserver la génétique et la réinstaller ensuite chez l’éleveur, ce serait déjà une piste. On a l’impression que, pour des raisons strictement politiques, on refuse toute expérimentation scientifique.
[...] (plus tard dans la discussion)
Effectivement, il a parlé de la vaccination que l’on réclame depuis longtemps. Dès les premiers cas qui sont apparus, on avait réclamé de pouvoir planifier une éventuelle vaccination du cheptel français. Comme il l’a dit, c’est quelque chose qui se planifie, ça ne s’improvise pas.
Il n’y avait que quelques dizaines ou centaines de milliers de doses de vaccins disponibles à l’époque. On a demandé de pouvoir planifier cette vaccination au cas où la maladie réapparaîtrait ou ne serait pas totalement éradiquée rapidement, et de toute évidence, c’est le cas.
Donc il faut envisager de devoir vacciner la population bovine rapidement et pendant l’hiver, pour éviter que la maladie ressurgisse au printemps. On a été extrêmement déçus de la réponse de Mme Genevard lors du dernier Parlement de l’élevage, qui a dit qu’il était absolument urgent d’attendre et de ne rien faire, et d’attendre le mois de janvier.
Or janvier, ce sera trop tard. Le temps de mettre en fabrication les vaccins, de vacciner toutes les bêtes — on l’a dit — il y a quand même 20 jours pour que l’immunité se fasse. Je crains que cela arrive trop tard si la décision n’est prise qu’au mois de janvier.
Journaliste : Je voudrais juste faire réagir Mr Gauchot, qui voulait intervenir. Allez-y, monsieur Gauchot.
Jean-Yves Gauchot (36'10"): J’ai entendu quelques mots avant. Je trouve que les intervenants sont bien sûr de qualité, mais je suis assez d’accord globalement : le débat scientifique n’a pas eu lieu auprès des agriculteurs. C’est un vrai sujet.
On met nous, les vétérinaires de terrain, en tension, alors qu’on forme un binôme véto–éleveur. On explique, mais il y a des menaces sur les réseaux sociaux, et ça, c’est inadmissible.
Ce que je voulais dire aussi, sur la mise en production, ça fait partie des scénarii hein. Sans doute, en janvier, l’État décidera soit on fabrique des vaccins pour toute la France, mais il en faudra 6 à 7 millions. L’immunité derrière est longue à acquérir.
Même si c’est décidé en janvier, l’immunité sera longue à acquérir. Il faut que tous les animaux soient vaccinés. Et parmi les animaux vaccinés, il y en a certains qui échappent à la vaccination, parce que ce sont des animaux difficiles.
Jerome Bayle l’a dit tout à l’heure : une vache de 700 kilos, surtout dans le Sud-Ouest — et je suis praticien dans le Sud-Ouest, donc je connais très bien la façon dont réagissent certaines vaches — on n’aura pas d’immunité complète avant fin 2026.
On est dans un cadre européen, il y a des pays qui ont fermé leurs frontières on peut pas faire sur cette maladie ce qu'on voudrait. Le coordinateur de la coordination rurale dit que en fait on est en retard qu'il faudrait faire de la recherche mais c'est l'ensemble de l'Europe. Cette maladie elle est classée ADE en Europe ça veut dire qu'il faut l'exterminer donc on est contraint, on est contraint par l'Europe. Je dis pas qu'on n'est pas en train de discuter qu'on n'essaie pas d'avoir le coup d'après, on les comprend la détresse des agriculteurs.
Vous l'avez très bien dit 3000 bovins abattus aujourd'hui, il faut aller en Savoie, les éleveurs sont contents, les éleveurs qui ont pas voulu vacciner au début qui ont attendu ils ont vu leurs animaux mourir. L'intervenante tout à l'heure sur de la coordination disait ouais mais on voudrait attendre voir ce que ça va donner on n'a pas de test pour savoir si l'animal est malade.
Il faut se mettre en tête que la plupart 50 jusqu'à 50% des animaux sont porteurs sains et il faut attendre parfois 2 à 3 voire 4 cycles, chaque cycle faisant entre 7 jours et 35 jours donc il faudra attendre 120 jours pour savoir si oui ou non l'animal va être malade. En Savoie, dans le Doubt, certains ont essayé, des éleveurs ont dit non non on veut pas l'abattage. 15 jours après ils ont rappelé leur vétérinaire pour euthanasier les vaches parce que ils les voyaient souffrir.
Donc il faudra attendre plus de 120 jours pour savoir si oui ou non l’animal va être malade. D’où le fait que certains éleveurs, "non non on veut pas l’abattage", quinze jours après, appellent leur vétérinaire pour euthanasier leurs vaches, parce qu’ils les voient souffrir.
Peu après, il reconnaît que les Français étant les Français, les protocoles ne sont pas respectés. Alors même qu'il demande un protocole plus exigeant (isolement, etc.) et passe son temps à dénigrer avec des mots extrêmement durs, alimentant les discours complotistes les plus virulents, les institutions sanitaires.
Mais si le protocole doit prendre en compte le fait qu’on est en France et qu’il ne sera pas respecté par certains, il faut donc l’adapter. Sinon, on n’a pas compris qu’on habite en France.
Je voudrais juste revenir sur la question de la vaccination. Effectivement, on ne peut pas faire comme si le nombre de doses disponibles n’avait pas été un problème ou que cela n’avait pas été coordonné avant.
Puis, il aborde la question économique, présentant comme négligeable la difficulté de négocier des accords, un peu comme s'il ne s'agissait que d'une formalité sans impact négatif.
On ne peut pas non plus faire comme s’il n’y avait pas eu un argument économique précisément défavorable à cette vaccination massive. En effet, cette maladie étant répertoriée, la vaccination d’un troupeau le classe comme zone contaminée.
[...]La décision n’avait pas été prise sur des bases sanitaires mais sur des bases économiques, pour ça.
Or l’Italie a annoncé qu’elle allait reprendre l’importation de broutards vaccinés, la Suisse aussi, l’Espagne va probablement le faire. Et de toute façon, le virus est tellement présent : on en est à plus d’un million de bovins vaccinés en Rhône-Alpes — j’ai entendu 300 000, mais dans toute la région Rhône-Alpes, c’est même un million. Dans la région Bourgogne-Franche-Comté, on ne sait pas combien de bovins, mais des millions ont été vaccinés en France.
Qu’on le veuille ou non, beaucoup de broutard seront vaccinés, et il va falloir que la ministre se retrousse les manches et négocie des accords bilatéraux avec nos partenaires économiques pour que ces bovins puissent être exportés dans ces pays. Qu’elle le veuille ou non, de par la stratégie, on y arrivera de toute façon. Il faut qu’elle prenne les devants, car nous n’avons pas encore réussi à obtenir un accord européen. L’Italie est d’accord, la Suisse est d’accord, et l’Espagne, qui a besoin de nos bovins, acceptera à condition que la ministre agisse pour le faire.
François Walraet face à Jean-Yves Gauchot, 20/12/2025
L'entretien lui-même
Voici l'extrait de l'échange cité par BFMTV :
Jean-Yves Gauchot : "Tout le monde est d'accord. Dans le cadre européen, d'éradication de la maladie, j'expliquerai pourquoi, parce qu'il faut dépeupler, il faut vacciner sur des animaux qui sont sains. Le problème de cette maladie, c'est les porteurs sains. "Subcliniques" dans notre métier. Et c'est même pas "sains", le bon terme scientifique, je fais une faute et je vais me faire attraper par mes collègues, c'est les porteurs asymptomatiques. Donc subcliniques. Qui sont virémiques. "Bah vous avez qu'à faire une prise de sang ! Faites des tests !" Sauf que ces tests ils sont négatifs ! Donc mon président à l'Académie a, depuis 3 semaines-un mois, il commence à réunir des gens ... On veut pas surtout donner de faux espoirs. Surtout pas donner de faux espoirs. Parce que le temps de la recherche, c'est pas le temps des agriculteurs qui sont dans les rues [...]."
François Walraet : "Et c'est là-dessus qu'on critique le manque d'anticipation de l'État. Effectivement les tests donnent des résultats négatifs. Et c'est là-dessus qu'on dit "mais mettez en place des recherches dès maintenant pour avoir des tests qui soient fiables et qui coutent pas trop cher pour pouvoir détecter ces animaux asymptomatiques. Et c'est ça qu'on demande en fait. "
Jean-Yves Gauchot : "C'est pas la faute de l'État, je vais vous expliquer pourquoi [...] Même pas, même pas, il y a des labos qui y pensent. Sauf que même nous, dans la profession, cette maladie non seulement on l'avait oubliée, mais on l'avait même pas appris ! Je suis [de la promotion] Toulouse 1990. On l'apprenait pas ! Nos professeurs nous disaient 'cette maladie-là, si vous allez bosser en Afrique ...' parce qu'elle était endémique en Afrique, 'vous l'apprenez. Si vous avez prévu de bosser en Europe, ne l'apprenez pas. Donc nous-même, on a pas été ... J'ai demandé au professeur Picoud, au tout début de la crise, 'écris un article, pour les vétos ! Parce qu'on va être challengés dans nos cabinets vétérinaires. Comment on va expliquer ça à mme Michu ?' C'est aussi simple que ça. Tout le monde est en retard. Ce qu'on vit en France, mes confrères me disent 'on va être la risée', parce que le mandat collectif : travailler avec les agriculteurs, travailler avec l'État, les GDS, pour réussir à vaincre la maladie [...], si on perd cette bataille-là, du travail collectif qu'on a fait depuis 70 ans [...], on est morts, on est morts. Et donc on est en retard là-dessus, [...] c'est pas la faute de l'État ... On est en retard."
[Notez la horde d'antivaxx sous le tweet, dont l'infameux Silvano Trotta.]
La réponse de François Walraet est typiquement une pseudo-alternative : comme venait de le dire J-Y Gauchot, le temps de la recherche n'est pas le temps de l'action. "Il faut faire des recherches" n'est pas une réponse acceptable pour temporiser une mesure sanitaire et laisser une maladie hautement contagieuse s'étendre.
On devine aussi une reconstitution de l'histoire : il présente cette demande de recherche comme quelque chose d'ancien, alors qu'il a plutôt l'air de l'inventer sur le tas. La Coordination rurale a passé toute son énergie à bordéliser le débat, alors même qu'ils avaient déjà probablement obtenu tous les éléments de réflexion lors des réunions d'information/d'échange.
On pourrait se dire que cela s'inscrit dans un mea culpa possible, mais c'est hautement improbable, cette intervention succédant à une autre, environ une heure plus tôt, sur le même plateau :
Avant l'entretien
À propos d'une lettre reçue de Lecornu :
C'était un fidèle compte rendu de ce que nous vous avions échangé hier, mais il y avait peut-être quelques points d'espoir dans le courrier, il n'y avait pas plus.
Est-ce que c'est suffisant ? Non, ce n'est pas suffisant dans le sens où nos adhérents attendaient vraiment du gouvernement qu'il se positionne plus clairement sur cet abattage total.
Il a cependant bien compris le problème, il a bien compris et pris en main la situation, mais il lui faudra encore du temps avant de pouvoir étudier et mettre au point un protocole ou, à défaut, des structures. On a bien compris qu'il ne voulait pas prendre de risque, ce que je peux comprendre, en le changeant immédiatement et pour trouver quelque chose de moins destructif, il lui faut du temps pour que la recherche se mette en route.
Et ce qui est dommage, c'est que finalement on a perdu beaucoup de temps puisqu'il le réalise maintenant. On en parle depuis bien longtemps et la discussion était bloquée avec Manam Genevard et il a fallu que ce soit le Premier ministre qui prenne en main le dossier pour que réellement ces discussions commencent, et on a perdu plusieurs mois. Et c'est maintenant que les agriculteurs sont vraiment à bout et attendent une réponse que finalement la discussion commence, et je trouve ça un petit peu regrettable. (BFMTV)
Comme toujours dans la communication de la CR, toute concession de sa part est présenté comme une non-possibilité. La seule question qu'ils posent est si le gouvernement va céder. On retrouve déjà l'idée que la recherche n'est pas suffisante pour autoriser la stratégie qu'il demande, le propos de Jean-Yves Gauchot n'a donc rien du lui apprendre.