Manon Meunier (LFI) et la DNC : le coucou agricole

Manon Meunier est une député La France Insoumise, ingénieure agronome de formation (je ne crois pas qu'elle en aie fait sa profession), qui a été particulièrement active sur le sujet de la Dermatose Nodulaire Contagieuse.

Critique générale en octobre

En décembre, elle retweete une intervention qu'elle aurait faite en octobre. Voici la transcription :

L'abattage total c’est la pire chose qui puisse arriver à un éleveur. Il faut que le gouvernement puisse se remettre en question. L'abattage total est traumatisant. Lorsque la dermatose nodulaire contagieuse a explosé en Savoie et Haute-Savoie cet été, je me suis rendue sur place pour essayer de comprendre les impacts directs des éleveurs qui ont subi élevage après élevage des abattages totaux de manière assez systématique. L'abattage total c’est la pire chose qui puisse arriver à un éleveur.

Ce sont des abattages totaux qui sont arrivés dans un contexte où les services de l'État ont malheureusement très peu assuré ce qu'ils devaient assurer puisque précisément quand la vaccination est arrivée, ce sont les éleveurs et les vétérinaires qui se sont organisés sur place pour faire les vaccinations parce que les services de l'État n'étaient pas suffisamment nombreux. Ce sont parfois des éleveurs qui venaient de subir des abattages totaux qui allaient vacciner les troupeaux des éleveurs restants pour se mettre en œuvre parce qu'il n'y avait pas suffisamment de services en place.

Les DDPP étaient en sous-effectif, donc vous aviez des animaux qui restaient sur place parfois plusieurs jours alors qu'ils avaient été jugés contaminés positifs parce que les services d'équarrissage et parce que les services des DDPP étaient en sous-effectif. Donc nous ne sommes pas prêts. Nous ne sommes clairement pas prêts et nous n'avons pas anticipé ces crises sanitaires. Et nous laissons en plus sur le carreau des éleveurs qui évidemment subissent la pire chose qu'il puisse leur arriver avec des impacts psychologiques très forts.

Une fois de plus sur le terrain malheureusement j'ai dû interpeller la ministre sur le fait que les éleveurs qui venaient de subir les abattages totaux n'avaient pas de service psychologique à disposition. On les attendait. Or c’est pas des mois après l'abattage total que les services psychologiques doivent intervenir. Et puis bien sûr ces abattages totaux ne sont pas remis en question aujourd'hui alors que j'aimerais dire ici, même si c'est un sujet complexe, que le rapport de l'EFSA, qui est tout de même l'autorité européenne sanitaire, indique qu'une fois que la vaccination est engagée sur un territoire [...].

Le rapport de l'EFSA, autorité européenne sanitaire, indique qu'une fois que la vaccination est engagée sur un territoire, un abattage total et un abattage partiel ont la même efficacité sanitaire. J'aimerais insister ici sur ce point parce qu'il y a des zones où des éleveurs continuent à subir des abattages totaux alors que la vaccination a été effective et qu'il faut que le gouvernement puisse se remettre en question. L'abattage total est traumatisant.

Il fait perdre des années et des années de préservation de races, de préservation génétique, de constitution de troupeau. On se retrouve avec des éleveurs qui se retrouvent avec un abattage total alors qu'ils sont à deux ans, trois ans de la retraite, qui ne vont pas pouvoir se relancer et où les élevages ne vont pas être repris. On se retrouve avec des jeunes éleveurs qui se retrouvent dans ces conditions-là et qui ne savent pas s'ils vont être assurés en conséquence demain. Donc ce fonds d'indemnisation, il est de 300 millions, il est conséquent mais il est absolument fondamental et j'aimerais qu'on puisse le voter collectivement, mais je pense qu'on peut au moins se retrouver sur cet aspect.

Elle commence par insister sur la douleur de la population à exploiter. Prétendre soulager les agriculteurs de leurs souffrances est du reste un thème classique de la pseudo-écologie. C'est un des aspects de leur manipulation : l'agresseur se fait passer pour le sauveur. Ensuite elle prétend que les dispositifs de l'État étaient mal préparés, que ce soit en termes de vaccination ou de suivi psychologique.

La pseudo-écologie est coutumière de réécrire l'histoire pour la faire coller à son narratif. Or, Jean-Yves Gauchot, président de la fédération des syndicats vétérinaires de France a déclaré que personne ne s'attendait à voir cette maladie arriver en France : "Tout le monde est en retard.".

Il est donc hautement probable qu'elle utilise la stratégie classique : prétendre a posteriori que c'était prévisible pour dénigrer la réaction.

Ensuite, elle reprend un mensonge récurrent : "Le rapport de l'EFSA, autorité européenne sanitaire, indique qu'une fois que la vaccination est engagée sur un territoire, un abattage total et un abattage partiel ont la même efficacité sanitaire.'" En réalité, c'est une étude qui a près de dix ans et se base sur une simulation.

Elle y ajoute plusieurs éléments, demandant qu'on investisse :

  • - pour réindustrialiser et pouvoir produire les vaccins en France, alors que nous sommes aujourd'hui dépendants d'imports internationaux ;
  • - pour renforcer les services d'urgence et avoir des équipes suffisantes pour répondre aux crises sanitaires sur le terrain ;
  • - pour investir suffisamment dans la recherche et anticiper les épidémies à venir avec le changement climatique, la crise environnementale et les transports internationaux qui accélèrent le développement et la propagation de nouvelles maladies animales.

Le premier point s'inscrit dans deux logiques. D'abord, le pompier pyromane : elle prétend réindustrialiser alors que la gauche et l'extrême gauche pourrissent la compétitivité française depuis 50 ans et dissuadent tout investissement. Cela permet également de brouiller les cartes, de rendre confus les gens. Ensuite, c'est un dénigrement du commerce international. Un peu comme si les délais ou frais de port rendaient l'importation de vaccins non-viable : il faudrait tout produire en France. Une production locale sans compétitivité, vous l'aurez deviné : c'est la promotion du communisme qui est sous-jacente.

Je ne reviens pas sur le second point, qui s'inscrit dans la réécriture de l'histoire déjà mentionnée.

Le troisième est plus sournois : il impute implicitement l'épidémie à "la crise environnementale et les transports internationaux". C'est évidemment le capitalisme, encore, qui est ciblé (oblitérant le fait que c'est grâce au "capitalisme" qu'il y a cette activité économique en premier lieu). Quant à la référence à l'environnement, c'était sans doute un mot-clé à ajouter.

Commentaire global politique sanitaire

Dans cette vidéo du 16 décembre, Manon Meunier dénigre encore la politique sanitaire.

Le premier critère qui est mis dans cette politique sanitaire, c’est les conditions économiques. Nous ce qu'on dit, c’est que l'Organisation Mondiale de la Santé Animale, elle dit que quand vous établissez un plan sanitaire, une stratégie sanitaire, vous devez bien sûr prendre en compte les impacts économiques, mais aussi les impacts sur les filières, les impacts sociaux et évidemment les impacts psychologiques sur les éleveurs qui ici sont absolument énormes.

Et ça ce n'est pas du tout le cas aujourd'hui. On a en fait un gouvernement qui s’entête à [ne pas] élargir cette vaccination parce que, si vous élargissez la vaccination, effectivement ça impacte temporairement les exports puisqu'on perd le statut indemne de la France par cette vaccination-là.

Mais nous ce qu'on dit, c’est qu’en fait aujourd'hui on a des épidémies qui s'enchaînent avec le changement climatique, avec la perte de la biodiversité et avec les échanges internationaux, les épidémies elle se propagent de plus en plus vite. On a des nouvelles épidémies année après année et on ne peut pas rester sur les vieux logiciels de politique sanitaire de l'Union européenne.

Il faut revoir les conditions qui sont liées autour de l'export et élargir la possibilité d'exporter correctement y compris en cas de vaccination. Et ça c’est le rôle précisément d'Annie Genevard, ministre de l'Agriculture que d'aller négocier avec l'Union européenne pour pouvoir avoir des accords, pour pouvoir continuer à exporter malgré la vaccination, c’est aujourd'hui l'intérêt de la France mais ce sera demain l'intérêt de tous les pays de l'Union européenne qui seront confrontés à ces maladies.

Le premier passage nie l'importance de la dimension économique de l'élevage, alors qu'une part significative des revenus de l'élevage vient des exportations de broutard.

Le second paragraphe est plein de généralités vagues rattachant le problème au changement climatique et "la perte de la biodiversité" (sans qu'on voie trop le lien). En effet, un virus est littéralement de la biodiversité. Et plus d'animaux sauvage signifie plus de diffusion de virus. Cela s'inscrit dans la stratégie de victimisation, consistant à rattacher le plus de choses au réchauffement climatique.

Enfin, elle accuse le logiciel de l'UE d'être "vieux", sans le justifier. On retrouve ce même élément de langage que pour le nucléaire, qualifié d'énergie du passé.

L'allégation selon laquelle il n'y aurait qu'à négocier est une pseudo-alternative : ce n'est pas prouvé que ce soit accepté et, a fortiori, accepté avec des conditions avantageuses. Négocier, cela signifie accepter que le travail soit payé moins cher. Elle n'apporte aucun élément étayant son propos ("yaka négocier").

Elle omet de dire qu'accepter la vaccination générale et laisser se diffuser la maladie aurait des effets négatifs sur la production nationale et, surtout, la laisserait contaminer les voisins.

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Discours anti-flics classique

Ici elle diabolise la réponse policière à la résistance des éleveurs protestataires face au protocole sanitaire. C'est la rhétorique antiflics classique.

Elle présente la vaccination générale comme une mesure neutre, alors qu'elle aurait été difficile à mettre en oeuvre et aurait coûté cher et qu'il aurait tout de même fallu des abattages pendant le délai d'immunisation.

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Bonsoir à toutes et à tous. Je vous fais cette vidéo, je suis désolée, c’est vraiment pas dans les meilleures conditions. Je suis en Savoie actuellement. Je suis en Savoie parce que demain il y a un blocage du monde agricole parce que la Savoie c’est là où la dermatose a commencé, c’est là où les premiers abattages totaux ont commencé. Et donc demain il y aura un blocage et je serai auprès des agriculteurs.

Mais c’est pas pour ça que je vous fais cette vidéo. Je vous fais cette vidéo parce que vous savez qu'il y a des agriculteurs qui essaient de monter à Paris depuis plusieurs jours. Il y a des convois un peu partout en France. Et je viens d'apprendre qu'un représentant syndical, Eloi Nespoulous, qui est président de la Coordination Rurale Occitanie, vient d'être mis en garde à vue.

C’est-à-dire que la réponse du gouvernement aujourd’hui aux agriculteurs qui se mobilisent contre leur protocole délétère, mortifère, c’est de mettre les agriculteurs en garde à vue. Ça fait des mois maintenant qu'on leur propose d'élargir la vaccination. On n'en serait pas arrivé là s'ils avaient fait autrement sur la gestion de la DNC (Dermatose Nodulaire Contagieuse).

Et leur réponse n'a toujours été jusqu’ici que de la répression, des cars de CRS, des gaz lacrymogènes et maintenant de mettre des représentants syndicaux en garde à vue, et d'autres agriculteurs puisqu'il y en a d'autres qui sont en train d'être mis en garde à vue aujourd'hui. Donc ce n'est pas acceptable.

Donc je fais cette vidéo pour interpeller à la fois le ministre de l'Intérieur et la ministre de l'Agriculture pour leur demander de relâcher les agriculteurs qui se mobilisent évidemment, et de changer immédiatement de politique sanitaire. En réponse, vous dire aussi qu'il y a Aurélie Trouvé et Arnaud Saint-Martin qui sont des camarades et qui sont en train d'aller sur place et d'essayer de voir en garde à vue ce qu'il en est.

En attendant voilà, on continue à faire passer le mot, à interpeller le gouvernement parce que c’est vraiment pas comme ça qu'on va gérer la crise sanitaire dans le pays.

Complotisme anti-FNSEA (18-12-2025)

On retrouve ensuite le complotisme anti-FNSEA, comme si elle tirait les ficelles, et le dénigrement de l'abattage total, toujours en décontextualisant et en faisant du cherry-picking.

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Madame la directrice générale, moi je voulais vous demander qui est la ministre de l'Agriculture que vous croisez dans les couloirs de vos services ? Est-ce que c’est bien Madame Annie Genevard ou est-ce que c’est Monsieur Arnaud Rousseau, président de la FNSEA ? Parce que ça commence à devenir assez insupportable en réalité de constater que ça fait 6 mois maintenant qu'on demande la vaccination, et on n'est pas les seuls, les éleveurs mobilisés de la Confédération Paysanne et de la Coordination Rurale demandent l'élargissement de la vaccination depuis 6 mois maintenant.

La semaine dernière s'est tenu un parlement de l'élevage, auquel la Confédération Paysanne et la Coordination Rurale ont redemandé l'élargissement de la zone de vaccination, ce que Madame Genevard s’était empressée de décliner. Et il a fallu qu'il se passe le lendemain les faits en Ariège pour que Monsieur Arnaud Rousseau décide de sortir une vidéo demandant l'élargissement de la vaccination, et le lendemain matin sans que se tienne aucun parlement de l'élevage ni aucune concertation, Madame Annie Genevard annonçait l'élargissement de la zone des vaccinations.

Donc j'aimerais comprendre comment sont décidées les choses et pourquoi cette vaccination arrive si tardivement ? Pourquoi alors que l'EFSA, qui est quand même l'autorité européenne sanitaire, l'Organisation Mondiale de la Santé Animale, indiquent tous deux dans leur rapport que c’est bien la vaccination qui est la solution la plus efficace pour lutter contre la dermatose et quelque soit la stratégie d'abattage employée.

Alors pourquoi est-ce que cette vaccination est arrivée de manière si tardive ? Et enfin pourquoi continuer à faire cet abattage total malgré justement ces recommandations-là, malgré également l'expérience du Japon ? Parce qu'il y a une étude récente de 2025 qui est sortie, qui montre l'expérience du Japon qui a vécu la DNC en 2024 et qui n'a mis en place aucun abattage total.

Ils ont fait le choix de la vaccination élargie, ce que nous recommandons depuis le début, d'une vaccination large et rapide et d'un abattage partiel ciblé sur la base de la volonté des éleveurs qui voulaient bien abattre leurs animaux. Je vous invite à aller regarder l'étude qui est sortie récemment en septembre 2025 en ce sens et le Japon indique que l'abattage total n'est pas nécessaire pour lutter contre cette maladie en réalité. Bien sûr ça fait des dégâts psychologiques absolument énormes sur les agriculteurs et c’est pour ça que je pense qu'il faut qu'on puisse très rapidement remettre en question cette stratégie.

Autres

Globalement, on la retrouve dans beaucoup de manifestations. Son bagage d'agronomie l'aide probablement à discuter avec les agriculteurs et à les convaincre.