Le modèle agricole industriel ses lobbies: la désinformation pseudo-écologiste
Le discours très intéressant d'un agriculteur, M.Poffet, à un journaliste de la RTS en 1971 a tendance à revenir régulièrement sur les réseaux. En effet, il illustre que la désinformation pseudo-écologiste est ancienne et vient initialement du monde agricole lui-même.
C'est un peu décousu, donc je vous mets la transcription d'un côté et l'analyse ensuite.
Transcription
À une terre saine, de ces trois choses n'en ont plus une seule. Voilà, et on se vante de la civilisation et du progrès. Tout ce qui est cuit n'est pas autre chose que des scories.
Alors, manger des crudités, c'est-à-dire avec un minimum, vous nourrit au maximum. C'est-à-dire décharger le tube digestif, et non pas comme on fait aujourd'hui, on se nourrit, on se bourre, et on est des pauvres sous-alimentés. Vous pouvez venir regarder, contrôler le résultat.
Nous obtenons plus que tous ceux qui font avec la chimie, mes amis. Nous déséquilibrons chaque fois un peu plus lorsque nous travaillons qu'avec des engrais chimiques. Parce qu'il manque à la terre l'humus.
La vie microbienne diminue toujours un peu plus. Nous devons maintenir cette vie microbienne et surtout la multiplier, et multiplier les vers de terre. Et seul en ce moment-là, avec une vie microbienne intensive, que nous arriverons à avoir précisément l'équilibre de nouveau dans le sol.
Mais sans matière organique, il est impossible.
Journaliste : Et ainsi vous arrivez à produire des légumes, des aliments plus riches.
C'est-à-dire plus riches en sels minéraux. Vous savez qu'aujourd'hui que les citadins d'Europe souffrent plus ou moins 5 fois de pas assez de magnésium. Pourquoi ? Nos terres sont appauvries en magnésium. Par les cultures intensives, par les cultures monotones, par les fausses fumures, ces terres se sont appauvries ou carencées en oligo-aliments.
Et voilà pourquoi. Même que [...] que nous mangeons beaucoup de fruits, beaucoup de légumes, il manqueront dans ces légumes ce qu'on appelle les éléments de trace qui sont essentiels pour la santé du corps humain. Mais j'ai enfin compris que nous ne pouvons plus continuer.
Les dépenses devenaient trop grandes. Il fallait toujours plus d'engrais, toujours plus de produits chimiques pour obtenir moins que j'ai maintenant sans ces produits-là, mes amis. Pourquoi ? On déséquilibre un peu plus la terre. Aucun être humain peut remplacer ce processus naturel que font les vers de terre et ces micro-organismes dans le sol. Aucun.
Nous ne bêchons pas. Et au printemps, nous passons simplement le motoculteur à 4-5 cm au plus de profondeur. Pourquoi ? Pourquoi, mes amis ? Si je fais une coupe transversale dans la forêt, eh bien, nous avons d'abord la couche de couverture, les feuilles, les aiguilles, tout ce qui tombe des arbres. Dessous, nous avons la couche de décomposition ou de fermentation.
Et la troisième couche, c'est l'humus, la meilleure partie de la terre végétale. Maintenant, pourquoi pas bêcher profond ? C'est que chaque couche a des milliards de bactéries ou d'ouvriers, des spécialistes qui travaillent cette couche, qui ne se supportent pas d'une couche à l'autre. C'est-à-dire, beaucoup de ces bactéries ne supportent pas les rayons de soleil, doivent être à l'abri des rayons de soleil.
Alors, comme chaque couche a des spécialistes pour travailler cette couche, si je prends une bêche et que je bêche à 30-40 cm de profondeur, je crée un désordre dans le sol.
Une agricultue appauvrie
Les pratiques agricoles modernes auraient appauvri les sols et l'alimentation.
Une alimentation appauvrie
L'agriculteur a une conception un peu particulière de l'alimentation, avec le mythe crudivore. Au final on retient que nous sommes "des pauvres sous-alimentés" qui nous "bourrons", implicitement avec des produits qui ne sont pas réellement nutritifs. Il précise plus loin que cela concerne notamment le magnesium, dont les Européens manqueraient beaucoup.
Un sol appauvri
Cette alimentation appauvrie viendrait de l'utilisation d'engrais de synthèse, ainsi que le travail du sol. Ces pratiques déséquilibreraient le sol et appauvriraient l'activité microbienne et le travail des vers de terre.
Un système pervers
On retrouve également le thème de la perversité du modèle industriel :
- Il prétend qu'avec sa méthode il produit "plus que tous ceux qui font avec la chimie".
- "Il fallait toujours plus d'engrais, toujours plus de produits chimiques pour obtenir moins que j'ai maintenant sans ces produits-là". Pesticides et engrais seraient donc contre-productifs. Le corollaire est qu'il rendraient dépendants.
Analyse
On retrouve ici beaucoup d'éléments du dénigrement de l'agriculture conventionnelle. Il présente en fait des dérives, qui étaient effectivement un problème à ces époques :
- La fertilité d'un sol résulte dans une large mesure de sa contenance en macro-nutriments (azote, potassium et phosphore) et en micro-nutriments (magnesium, fer, etc.). Si vous ne remettez que les premiers, vous allez finir par épuiser les seconds. Néanmoins, d'une part vous pouvez doser intelligement vos engrais pour ne pas les épuiser et je doute qu'on ne puisse pas en rajouter. Il présente une vision caricaturale de la fertilisation de synthèse, qui a pu traduire une pratique largement répandue à son époque, mais qui ne résultait que d'une agronomie naissante. Je vous renvoie à ma synthèse sur l'histoire de l'agriculture et sur la fertilité des sols. Je devine aussi que sa présentation élogieuse des engrais naturels est trompeuse.
- Le discours sur les dangers du travail du sol n'est pas faux, mais encore caricatural. C'était un aspect qui a dû être approfondi et aujourd'hui beaucoup d'agriculteurs "conventionnels" limitent leur usage du labours. D'ailleurs, c'est beaucoup plus difficile en agriculture biologique, qui ne dispose pas du glyphosate pour gérer les végétaux indésirables (un des objectifs du labours). Néanmoins il y aussi d'autres bonnes raisons de labourer, comme décompacter le sol, et parfois on ne peut pas s'en passer. Bref, c'est une présentation caricaturale du travail du sol.
Pesticide-bashing: le dénigrement déraisonnable des pesticides de synthèse
La désinformation sur les sols agricoles
Épilogue
Hugo Clément est aussi tombé sur la vidéo et la qualifie de "masterclass, un chef d'oeuvre de bon sens et de connaissance".