L'agriculture bio comme pseudo-alternative
Hugo Clément réagissait le 12 février 2025 sur France Inter à la suppression de l'objectif d'étendre la surface agricole bio par le Sénat
Commentons.
Introduction
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Hugo Clément : Oui Nicolas, parce que les sénateurs, c'est un peu comme des enfants de 4 ans. Si vous les laissez seuls 5 minutes dans une pièce en leur disant de ne surtout pas toucher au vase, vous pouvez être sûr qu'ils vont faire une grosse bêtise. Et ça n'a pas manqué. Mercredi dernier, je vous parlais du sénateur Laurent Duplomb qui veut réautoriser l'acétamipride, un insecticide ultra-toxique interdit en France à cause de ses effets nocifs sur la nature. Eh bien, le soir même, dans la nuit de mercredi à jeudi, les sénateurs ont cette fois-ci décidé de s'attaquer à l'agriculture biologique.
Nicolas : C'est-à-dire ?
Hugo Clément : En fait, ils ont supprimé du code rural les objectifs chiffrés de développement du bio. Jusqu'à présent, l'objectif inscrit dans la loi était d'atteindre en 2030 21 % des surfaces agricoles cultivées en bio pour réduire l'utilisation des pesticides et développer une agriculture plus respectueuse de l'environnement. Eh bien, les sénateurs ont décidé de supprimer purement et simplement cet objectif. Comme ça, d'un seul coup, le bio part à la poubelle.
Désinformation sur les néonicotinoïdes
On commence avec la désinformation récurrente sur les NNI, l'idée que leur interdiction en France ait été une décision sanitaire et non politique : "insecticide ultra-toxique interdit en France à cause de ses effets nocifs sur la nature". Couplé à une diabolisation ("ultra-toxique", alors que non).
S'attaquer à l'agriculture bio
Ensuite supprimer un avantage spécifique pour le bio, l'idée qu'il faudrait plus de superficie est présenté comme une "attaque contre l'agriculture bio". On voit ici la victimisation apportée par l'octroi d'un avantage dans le passé : cela permet de se prétendre que tout retrait de cette avantage est une "attaque". Ainsi, toute concession à la pseudo-écologie construit son pouvoir. Toute concession est une défaite face à un système dont le principe est la domination.
L'éloge de l'agriculture bio
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Nicolas : Mais pourquoi ont-ils voté ça ?
Hugo Clément : La majorité sénatoriale de droite et du centre justifie ce vote par la crise de l'agriculture biologique qui avait connu une croissance importante pendant le Covid, mais qui subit depuis une baisse de la demande liée en partie à l'inflation. Les sénateurs auraient pu soutenir la filière dans cette épreuve, mais non, ils préfèrent affaiblir les ambitions du bio au moment où on a pourtant le plus besoin de lui.
En effet, la biodiversité s'effondre à un rythme alarmant, notamment à cause des produits phytosanitaires. Et face à cela, les 61 000 fermes bio de France sont un véritable rempart puisqu'elles n'utilisent ni pesticides chimiques ni engrais de synthèse, pour le plus grand bonheur des insectes, des oiseaux, des vers de terre, mais aussi des agriculteurs bios qui s'exposent moins que leurs confrères conventionnels à des produits qui peuvent les rendre malades.
C'est notamment pour cela que le bio attire une part importante des futurs agriculteurs en quête de sens et d'une manière de produire moins nocive. Et puis, en s'en prenant au bio, les sénateurs s'en prennent aussi à notre souveraineté.
Nicolas : Comment ça ?
Hugo Clément : Oui, le bio c'est moins de dépendance à l'étranger car c'est moins d'importations d'engrais, moins d'importations de pesticides ou encore de tourteaux de soja d'Amazonie. Et 71 % des produits bio consommés en France sont produits en France. En plus de s'attaquer à la nature et à notre santé, le Sénat manque donc aussi de patriotisme. Je vous ai dit Nicolas, on ne peut pas les laisser seuls 5 minutes. Mais bon, la bonne nouvelle, c'est que nous sommes en février et comme aurait dit Coluche : « Le mois de l'année où les politiciens font le moins de conneries, c'est le mois de février parce qu'il n'y a que 28 jours. »
L'éloge du bio
Le 'journaliste' fait ensuite un éloge illimité de l'agriculture bio. On retrouve la diabolisation de l'agriculture conventionnelle, qui serait par nature plus néfaste que l'agriculture bio pour la biodiversité.
Pourtant, sans même prendre en compte le différentiel de productivité, une exploitation conventionnelle peut parfaitement être plus favorable à la biodiversité qu'une bio.
Et la productivité est un facteur important : c'est le thème classique du "land sparing" (terre épargnée, production concentrée) contre le "land sharing" (terre partagée, faible rendement).
On note aussi une attaque contre les agriculteurs non-bio, qui seraient implicitement pour les agriculteurs qui ne recherchent pas "de sens".
Brouillage des cartes : l'invocation de la dépendance
Un des éléments de langage développés récemment par la pseudo-écologie est l'idée que le bio favoriserait la "souveraineté alimentaire", qui est par ailleurs mise en danger par leur pression réglementaire sur l'agriculture. Cela s'inscrit dans la logique du "brouillage de cartes", consistant à accuser son adversaire de ce dont on est coupables.
Il y a eu une stratégie identiquesur le nucléaire.
Le brouillage de cartes : neutraliser les critiques
Le nucléaire : un énergie dépendante ?
Brouillage de cartes sur la souveraineté alimentaire
Et comme pour le nucléaire, on retrouve le même mensonge : toute importation augmenterait notre "dépendance", même s'il y a de nombreux fournisseurs, notamment alliés.
On se demande par ailleurs ce que les tourteaux viennent faire là. Aliments riches en protéines pour le bétail, ne sont-ils pas utilisé en bio ?
Enfin, implicitement il y a un dénibrement de l'exportation, qui en pseudo-écologie est un des aspects de la négation de l'agriculture comme activité économique.
Conclusion
En somme, vous avez une tribune pseudo-écologiste faisant une propagande pro-bio, qui est un label commercial purement idéologique, consistant simplement à se passer de plusieurs solutions techniques.