Worldwide Integrated Assessment (WIA) on systemic insecticides 2021
En février 2025, Hugo Clément a réagi à un propos du sénateur Duplomb dans le cadre de la loi Duplomb 1, visant notamment à autoriser l'acétamipride, sur France Inter. C'est un exemple intéressant pour illustrer l'improtance du contexte. Il avait cité, avec la vidéo du sénateur, dans une story Facebook. Au final, ici l'erreur du sénateur induit moins en erreur que la rectification, potentiellement exacte, du journaliste pseudo-écologiste.
Transcription
Hugo Clément : « Oui Nicolas, parce qu'apparemment aujourd'hui on peut raconter n'importe quoi sur un plateau sans que ça fasse trop de vagues. J'ai même envie de vous dire : plus c'est gros, plus ça passe. Vous allez comprendre. Le sénateur LR de Haute-Loire, Laurent Duplomb, était invité de la chaîne Public Sénat ce week-end pour défendre sa proposition de réautoriser l'acétamipride, un insecticide interdit en France depuis 2018 à cause de ses effets nocifs sur la nature. Il fait partie de la famille des néonicotinoïdes, les fameux pesticides tueurs d'abeilles, mais Laurent Duplomb veut le remettre sur le marché et voici ce qu'il dit à la télé. »
Laurent Duplomb : « L'acétamipride n'est pas considéré par l'EFSA et d'ailleurs aussi par l'Anses française comme un produit toxique. Elle le dit dans plusieurs analyses. Elle ne dit pas non plus que c'est un produit qui tue les abeilles. »
Hugo Clément : « Il dit que l'acétamipride n'est pas considéré comme un produit toxique. Alors ça, Nicolas, vous voyez, c'est un peu comme si je disais que vous êtes blond, tatoué, que vous mesurez 1m95 et que vous êtes surfeur professionnel. »
Nicolas : « Faux ! »
Hugo Clément : « Bon bah voilà, c'est faux hein. Et pour le savoir, il suffit de contacter les chercheurs qui travaillent sur les néonicotinoïdes. J'en ai eu deux au téléphone. D'abord Philippe Grandcolas, directeur de recherche au CNRS et entomologiste, c'est-à-dire spécialiste des insectes. Il m'explique que l'acétamipride est, je cite, "d'une toxicité terrible pour les insectes" et que ce produit se diffuse dans l'environnement en touchant aussi les oiseaux ou les vers de terre. Le sénateur Duplomb affirme sans trembler que l'Anses, l'agence de sécurité sanitaire française, ne considère pas l'acétamipride comme toxique, mais là encore c'est faux. Il est écrit noir sur blanc dans des rapports d'évaluation disponibles sur le site de l'agence que l'acétamipride présente, je cite encore, "une forte toxicité pour les organismes aquatiques et terrestres". J'ai aussi contacté Jean-Marc Bonmatin, chercheur au CNRS, chimiste toxicologue. C'est l'un des meilleurs spécialistes des néonicotinoïdes, et ce qu'il m'a dit est encore plus accablant. »
Nicolas : « C'est-à-dire ? »
Hugo Clément : « Et bien Jean-Marc Bonmatin m'a expliqué que si l'acétamipride n'est pas le pire néonicotinoïde pour les abeilles, c'est en revanche probablement le pire pour la santé humaine. En effet, selon le chercheur, l'un des métabolites issus de la dégradation de l'acétamipride a la particularité de rester plus longtemps que les autres dans le corps humain, et les études ont montré que l'exposition aux néonicotinoïdes pouvait être liée à des problèmes de neurodéveloppement chez le fœtus, à des cancers du foie, de la thyroïde et des testicules chez l'adulte, ou encore à des maladies rénales chroniques. Bref, ce n'est pas pour rien que cette molécule a été interdite. En affirmant à la télévision qu'elle n'est pas toxique, le sénateur Duplomb participe à une stratégie bien connue du lobby des pesticides : semer le doute dans la tête des citoyens qui ne savent plus qui croire. C'est scandaleux, mais ça marche, car démasquer un mensonge prend bien plus de temps que de le diffuser. La preuve : je viens de passer trois minutes à expliquer qu'une phrase de onze secondes était fausse. »
Analyse
La toxicité de l'acétamipride
Laurent Duplomb a évidemment fait une erreur idiote en affirmant que le pesticide n'était pas "toxique" et ne tuait pas les abeilles. En effet, le terme est extrêmement large et il est évident que ce n'est pas un produit anodin. Il aurait dû préciser "dans des conditions normales d'utilisation et d'exposition".
Et il se trouve que l'ANSES reconnait par exemple, à propos du produit Technivert, un insecticide contenant 0.2% d'acétamipride destiné à lutter préventivement contre les termites, que "L’estimation des expositions liées à l’utilisation du produit TECHNIVERT pour les usages revendiqués, est inférieure à l’AEL pour les utilisateurs et les autres personnes exposées, dans les conditions d’emploi précisées dans le RCP en annexe."
Néanmoins, cela ouvre la voie aux discours le contre-disant et, surtout, n'évoquant que le danger et non le risque.
Intervention des chercheurs-militants
On a ainsi l'intervention de deux chercheurs-militants, qu'on voit régulièrement porter la désinformation pseudo-écologiste : Philippe Grandcolas et, évidemment dès qu'on parle NNI, Jean-Marc Bonmatin. Les deux dressent sans ambage ni réserve une présentation dramatique
Notez comme ils sont évasifs. D'abord, Grancolas parle d'une "toxicité terrible pour les insectes". Oui pour un insecticide c'est plutôt logique. Encore une fois, il ne précise pas "pour les insectes non-cibles". Or la DL50 pour les abeilles est relativement élevée, n'ayant absolument rien à voir par 3 ordres de magnitude avec les autres NNI. Bonmatin quant à lui dit que c'est le pire pour la santé humaine, sans préciser que les autres sont particulièrement inoffensifs (dans des conditions d'usage normal, etc. vous connaissez le principe) ou encore que "l'exposition aux néonicotinoïdes (ah plus que l'acétamipride donc ?) pouvait être liée" à de nombreuses pathologies. Bien sûr, rien sur le degré de certitude ou la source.
Le propos de Bonmatin d'ailleurs est clairement mensonger : il insinue assez directement que ce serait en raison de ses effets sanitaires que l'acétamipride serait interdit (""Bref, ce n'est pas pour rien que cette molécule a été interdite."). Or, l'interdiction en France est une décision purement politique. Et même laisser entendre que ces données sur l'acétamipride y est pour quelque chose est probablement mensonger, je n'en avais pas entendu parler avant le loi Duplomb.Hugo Clément s'y était aussi prété dans sa vidéo courte ("interdit en aujourd'hui en France à cause de ses effets nocifs..." 0'19")
Diabolisation
Évidemment, nous ne sommes pas dans un simple exercice de "debunk", mais dans une attaque militante, elle a donc besoin de sa dose de diabolisation. L'erreur de Duplomb ne serait donc pas qu'une erreur, mais une stratégie bien réfléchie pour semer le doute. Si fais attention avant d'alléguer une intention, la déduisant de nombreux éléments de contexte, lui se permet de la balancer comme ça, pour une approximation qui est évidemment une erreur de langage liée au format de l'interview.
Hugo Clément reprend donc la rhétorique des "marchands de doute", popularisée par Stéphane Foucart, et se victimise, se plaignant d'avoir eu besoin de 3 longues minutes pour contredire Duplomb. Qu'est-ce que je devrais dire, après avoir passé 1h30 à décortiquer sa manipulation ?
Ce type de discours participe à brouiller les cartes : en se faisant passer pour les débunkers, ils font contrepoids aux nombreux vulgarisateurs amateurs qui dénoncent leurs mensonges depuis des années. Les profanes ne peuvent pas, dans ces conditions s'en sortir, ils sont piégés dans cette toile, la pseudo-écologie.