L'incompatibilité du nucléaire avec le réchauffement climatique
En aout 2003, la France avait été frappée par une canicule très comparable à celle que nous vivons en ce mois de juin : des journées au dessus de 40°C et des nuits chaudes. Un autre point commun : la désinformation antinucléaire.
Nous allons revenir ici sur une tribune de Corinne Lepage du 26 août 2003 publiée dans La Tribune, "Le nucléaire en France, une politique dépassée".
Globalement, elle profite de la canicule pour dérouler un discours qui n'a pas grand chose à voir avec.
L'inadaptation au changement climatique
L'article commence par reprendre la désinformation sur la sensibilité des centrales à la chaleur. On a au passage l'élément de langage sur la "dangerosité" du nucléaire.
"Du dogme à la transparence. Tout d'abord, l'idée selon laquelle l'énergie nucléaire était LA RÉPONSE au changement climatique est battue en brèche. Nos centrales ne supportent pas les hausses de température qui rendent leur fonctionnement à la fois dangereux pour la sûreté de nos concitoyens et périlleux pour l'environnement."
Elle commence par monter en épingle un événement : l'arrosage à la lance incendie du réacteur de Fessenheim pour rester en dessous de 50°C, et critique l'absence d'autorité de sûreté indépendante (c'était une direction administrative qui s'en occupait à l'époque): "Présentée comme un simple exercice, la tentative de les rafraîchir en utilisant des lances d'incendie a échoué et nous ignorons le niveau de risque d'excursion critique auquel nous sommes parvenus."
Puis, elle critique l'impact sur la température des cours d'eau :
"Dans le même temps, les centrales se sont transformées en outils d'aggravation du réchauffement. En effet, la hausse de la température extérieure, qui échauffe les parois des centrales, jointe à la hausse de la température de l'eau ont rendu le refroidissement aléatoire cependant qu'il entraînait un réchauffement des cours d'eau incompatible avec les normes réglementaires imposées à l'exploitant et avec les règles communautaires qui interdisent les dérogations accordées par Mme Bachelot. Malgré les exhortations de la ministre assurant que les poissons s'adapteraient, les conséquences désastreuses de ces décisions sont vérifiables. "
La pseudo-alternative
Ces limites obligeraient à trouver d'autres technologies :
Dès lors, pour prouver que le nucléaire peut survivre en période de canicule, il faudra que nos ingénieurs travaillent sur d'autres types de centrales, par exemple des centrales sèches, c'est-à-dire ne nécessitant pas la présence de fleuve pour alimenter les circuits de refroidissement, technologie écartée par EDF à la fin des années 70, à une époque où nous étions déjà un certain nombre à réclamer un examen plus approfondi de cette solution alternative. Si l'épisode de cet été devait se reproduire, ce qui est malheureusement plus que probable, la technologie actuelle n'est pas la solution, pas plus que le fameux EPR, qui à ce sujet n'apporte aucun progrès. La question de la relève du parc actuel est donc posée, non pas comme L'ÉVIDENCE qui a été présentée lors du faux débat du printemps, mais comme une réelle interrogation technique, soigneusement dissimulée jusqu'à cet été.
Notez que le discours est plus nuancé que la désinformation actuelle. Mais on voit aussi la logique de la pseudo-alternative. En effet, il ne faut pas s'y tromper, C. Lepage est antinucléaire. Si elle pousse le nucléaire dans une direction, la destination est toujours la tombe.
L'inadaptation aux risques
Elle continue sur le thèmed de la prévention des risques.
Or, précisément, la poursuite éventuelle du programme nucléaire passe également par l'abandon de l'habitude très hexagonale de nier l'existence d'une difficulté ou, variante fréquente, qualifier de polémique politicienne toute question qui dérange. Au cours des deux dernières années, trois questions pourtant majeures pour la sécurité et la sûreté des Français sont apparues, alors que leur existence même avait toujours été niée par EDF.
L'inadaptation au risque terroriste
Elle commence par dramatiser le risque terroriste lié aux avions. Rappelons qu'on n'est que 2 ans après les attentats du 11 septembre.
La première est celle de la chute d'avion, soulevée dès 1980, et dont à l'époque les responsables nucléaires avaient rejeté la pertinence, osant de surcroît prétendre qu'elle était prise en compte.... alors que n'avait été envisagée que la chute d'un Cesna ! Le risque terroriste a depuis lors mis en lumière la vulnérabilité de nos centrales et les conséquences de notre impéritie.
L'inadaptation au risque sismique
Elle continue avec le risque sismique, qui n'a toujours pas causé de dommage :
La deuxième est celle du risque sismique. Des centrales ont été délibérément construites dans des zones de risque sismique fort en niant que celui-ci existe. Aujourd'hui, une vive polémique oppose le réseau Sortir du Nucléaire à EDF et à l'autorité de sûreté, elle-même partagée sur l'importance du risque et l'honnêteté des études publiées qui seraient différentes des études réalisées... Quoi qu'il en soit, personne ne conteste plus la réalité de ce risque.
L'inadaptation au risque hydrique
Puis, elle revient sur le risque hydrique : "Enfin, la question hydraulique est apparue avec la sécheresse dans toute son acuité. Elle avait déjà été soulevée à propos d'inondation ou de gel mettant en péril la sécurité de centrales. Il est aujourd'hui démontré que la canicule est incompatible avec notre technologie. Or il ne peut, évidemment, y avoir maintien et a fortiori poursuite du programme nucléaire que pour autant que la sécurité soit parfaitement assurée."
Rejet du "mercantilisme" d'EDF
Corinne Lepage dénigre ensuite le fait qu'EDF exporte de l'électricité. Notez qu'elle extériorise sa critque : "Enfin, la politique d'EDF est brutalement mise en en cause, au moins sur deux volets. Le premier est celui de l'exportation. Sans que les Français n'aient jamais été consultés sur le point de savoir s'ils acceptaient de devenir le pays exportateur d'électricité nucléaire dans toute l'Europe - ce qui était une nécessité technique due à la surcapacité organisée et volontaire d'électricité -, cette situation est une réalité dont les conséquences sont pleinement apparues cet été. Les engagements contractuels d'EDF ont rendu très difficile la réduction de l'exportation, ce qui signifie clairement que, dans le contexte commercial, l'approvisionnement national n'est pas une priorité absolue. "
Cela s'inscrit dans la volonté de réduire la rentabilité de l'activité, pour renforcer le discours sur le prix. C'est la stratégie du pompier pyromane.
Puis arrive dans cette ligne le thème des déchets nucléaires :
Ainsi ce choix, qui se double de celui de devenir une poubelle nucléaire, puisque, en réalité, nous stockons de manière quasi définitive les déchets issus du retraitement (les réexpéditions aux "clients" sont en effet rarissimes), s'accompagne de la nécessité de réaliser des infrastructures traversant aujourd'hui les Pyrénées, demain les Alpes, et défigurant des sites admirables. Faut-il poursuivre dans cette voie, alors même que nos voisins sortent tous progressivement du nucléaire, nous contraignant ainsi à devenir leurs fournisseurs au moyen d'une technologie jugée par eux suffisamment dangereuse pour qu'ils la rejettent ?
La sobriété
Ensuite elle se met à parler de sobriété :
La seconde remise en cause est celle de la maîtrise de l'énergie. Il était de bon ton, avant l'été, de stigmatiser l'abandon par la France de sa politique de maîtrise de l'énergie initiée en 1973 et de faire croire qu'il s'agissait à nouveau d'une priorité. Il n'en était rien, et la meilleure preuve en est la campagne publicitaire lancée par EDF au début de l'été en faveur de la climatisation. La réalité est que tout est fait et a été fait pour encourager les Français à consommer le plus d'électricité possible. A titre d'exemple, la disposition de la loi sur l'air prévoyant la limitation des publicités favorisant la consommation énergétique n'a jamais eu l'honneur d'un décret d'application. Aussi entendre le ministre inviter les Français au civisme en limitant leur consommation énergétique avait-il quelque chose à la fois de pathétique et de déplacé. Désormais, la réduction des consommations devra devenir une réalité et un objectif politique.
On voit ici l'association entre le discours antinucléaire et anti-climatisation.