Résumé :


La génétique agricole est un des principaux sujets de la désinformation pseudo-écologiste sur l’agriculture. C’est aussi un des sujets sur lesquels l’écosystème se rapproche le plus avec la sphère antivaxx et fakemeds, avec des organisations comme le CRIIGEN et des personnalités comme Vandana Shiva.

Cette désinformation touche tous les aspects : la sélection variétale, les hybrides, les OGM et même les nouvelles techniques du génie génétique. Les arguments sont en général repris d’un élément à l’autre, parfois avec des nuances. Il y a plusieurs thèmes transversaux :

  • La propriété intellectuelle
  • L’accusation de favoriser l’utilisation d’intrants

Ensuite, nous verrons la désinformation plus ciblée, qui conserne les OGM et les NBT.

La propriété intellectuelle de la génétique agricole et la possibilité de replanter

L’industrie semencière tiendrait les agriculteurs sous sa coupe. En effet, la vente des semences et l’utilisation des semences issues des récoltes ne seraient pas libres, les industriels auraient un monopole dessus, et les agriculteurs devraient racheter chaque année leurs semences ou payer des droits importants s’ils veulent replanter.

Les semences paysannes seraient interdites.

EELV a même eu les mots les plus durs pour la loi COV :

« «  »Mobilisé-es contre la loi sur les certificats d’obtention végétale et le brevetage des semences paysannes, les élu-es écologistes ont rappelé qu’il s’agissait là d’un affrontement entre deux choix de sociétés, entre une agriculture industrielle ou une agriculture de proximité, garante d’une alimentation de qualité et source de biodiversité. »

https://www.eelv.fr/ni-ogm-ni-loi-cov/

Une innovation asujettie aux intérêts des producteurs d’intrants et des industriels

C’est une autre accusation transversale : l’innovation variétale favoriserait la consommation d’intrants.

« l’industrie semencière impose aux paysans un nombre réduit de variétés sélectionnées adaptées aux systèmes de culture intensifs en intrants chimiques et aux filières agro-industrielles. »

(Mélenchon, 15 mars 2017) https://www.infogm.org/ogm-ce-que-propose-jean-luc-melenchon-la-france-insoumise

C’est en fait une généralisation grossière : certaines variétés sont plus gourmandes que d’autres, mais l’innovation variétale est un sujet global. On améliore ce qu’on a envie d’améliorer et beaucoup d’innovations, comme les OGM BT, visent justement à réduire la quantité d’intrants.

Et cette innovation prend sans doute en compte les intérêts des industriels, simplement parce qu’il faut que la récolte puisse se vendre. Les grains de blé ne servent pas à être encadrés, ils servent, souvent, à faire de la farine et du pain ou autres pâtes.

Cette désinformation montre une technique récurrente qui consiste à prendre un aspect d’un système et à le présenter comme le définissant complètement. Ici, par exemple, les agriculteurs font le choix de leurs variétés en fonction de leurs intérêts : ils peuvent choisir une variété consommant peu d’intrants ou une à fort rendement, ils peuvent choisir de prendre un blé qui servira à l’alimentation du bétail, un blé qui servira à faire du pain, un blé qui servira à faire des pâtes ou pas de blé du tout.

L’économie est un système interconnecté, cette diabolisation d’une connexion sert ici, en fait, à diaboliser l’économie, dans une logique anticapitaliste.

Les OGM

La désinformation anti-OGM est la plus intense. Ils sont accusés à tort d’être toxiques, de servir à utiliser plus de pesticides, de breveter le vivant, d’être inefficaces.

Les OGM seraient stériles et étrangleraient les agriculteurs

C’est une des désinformations transversales : les OGM devraient être rachetés chaque année et étrangleraient les agriculteurs. C’est notamment le discours autour du coton BT au Burkina Faso et des cultures BT en Inde.

La stérilité des OGM est sans doute le plus grand délire.

Cette technologie est développée en tant que mécanisme biologique pour supprimer le droit des agriculteurs à conserver et à replanter des semences issues de leurs récoltes, créant une plus grande dépendance vis-à-vis du marché des semences commercialisées. La technologie Terminator représente une menace pour la sécurité et la souveraineté alimentaires ainsi que pour les droits des agriculteurs.

https://infogm.org/terminator-les-enjeux-dune-sterilite-programmee/

Il s’agit d’abord de quelque chose de simplement faux : le « gène terminator » n’est au final pas utilisé. Ensuite, c’est aussi un mensonge pervers, car ce gène a justement été créé pour répondre aux accusations relative à la diffusion des OGM (« ils vont se disséminer dans la nature et la polluer »).

Ensuite, cette critique est en contradiction avec celle de l’accusation de disséminer les OGM. On a donc une incohérence interne évidente dans le discours.

Surtout, la stérilité concerne effectivement plusieurs cultures, mais pas OGM, comme les bananes par exemple, qui ont été rendues entièrement stériles. Vous avez aussi beaucoup de pastèques sans pépins.

Les OGM seraient toxiques

L’accusation de toxicité des OGM se divise en plusieurs pans :

  • Ils se dissémineraient et contamineraient l’environnement, diffusant par exemple le gène de résistance au glyphosate.
  • Ils représenteraient un risque à la consommation, soit par toxicité directe, soit parce qu’on utiliserait davantage de pesticides sur eux.

Les OGM serviraient à utiliser plus de pesticides

Les principales modifications génétiques viseraient à rendre les plantes « Roundup ready », c’est-à-dire résistantes au Roundup, ce qui permettrait d’augmenter considérablement l’utilisation de glyphosate.

Cela néglige qu’on peut parfaitement autoriser les OGM, mais pas ceux conçus pour résister aux herbicides.

Les OGM serviraient à « breveter le vivant »

Il serait possible aux industriels de « breveter le vivant », c’est-à-dire prendre quelque chose qui existait déjà et le breveter.

« Nous considérons que les brevets sur le vivant sont une accaparation par le marché de biens communs de l’humanité, conduisant aux monopoles de multinationales. Le développement des brevets sur le vivant est incompatible avec la préservation de la biodiversité et le modèle d’agriculture paysanne et écologique que nous souhaitons défendre. Nous défendrons donc le principe de la non-brevetabilité du vivant. »

(Mélenchon, 15 mars 2017) https://www.infogm.org/ogm-ce-que-propose-jean-luc-melenchon-la-france-insoumise

C’est simplement faux et ils n’ont d’ailleurs jamais trouvé d’exemple à mettre en avant.

Les OGM seraient inefficaces

Les OGM seraient inefficaces.

Cela vaut d’abord pour les OGM BT, qui causeraient l’apparition de « super-ravageurs » résistants aux toxines libérées. Un peu comme si la résistance était automatique et absolue (c’est aussi une désinformation touchant les pesticides en général) et « gratuite » (elle représente un coût en terme d’évolution et n’existe pas ou rarement en l’absence d’une tension suffisante).

Cela vaudrait aussi pour le riz doré, dont la teneur en vitamine A serait trop faible pour faire une différence. Ils se prévalent des premiers travaux sur le sujet, qui n’étaient évidemment pas concluants. Une teneur satisfaisante a néanmoins été atteinte en ~2009.

Notez que le thème de l’inefficacité est un des éléments de langages récurrents de la pseudo-écologie : les solutions techniques seraient inefficaces et contre-productives (c’est le sophisme de l’effet rebond).

Les hybrides

Les hybrides sont des graines sélectionnées précisément pour optimiser la productivité sur une génération.

L’un des mensonges les plus courants et évident concernant les hybrides est l’accusation de stérilité. Il se repose sur le fait que les hybrides sont très rarement ou jamais resemés. Néanmoins, ce n’est pas parce qu’ils sont « stériles », mais parce qu’ils perdent l’équilibre génétique fin leur donnant les performances qui ont justifiées leur achat en premier lieu.

Les NBT

Les « nouveaux OGM » (NBT, New Breeding Technology ») sont assimilés aux OGM