Désinformation sur le bilan carbone du nucléaire

Le nucléaire est une énergie bas carbone, notamment présentée comme telle par le 3e volet du rapport du GIEC.

Le nucléaire est une énergie générant extrêmement peu de carbone : 12 g éq. CO2/kWh en moyenne selon le GIEC. Une étude d'EDF, parue en 2022, évalue même l'empreinte du nucléaire français à 4g/kWh. Une étude de l'ADEME l'évaluait à 6g/kWh. Les émissions résultent essentiellement de l'extraction, du transport et de la transformation du combustible et de la construction des centrales. Néanmoins, le lobby antinucléaire va la présenter de manière trompeuse le sujet pour la faire passer pour une énergie carbonée, parfois de manières frontales, parfois de manière plus fine.

Les assimilations frontales et autres absurdités

Le nucléaire est parfois accusé d'être une énergie carbonée par les pseudo-écologistes.

Le nucléaire comme énergie carbonée

Il arrive que d'autres entités pseudo-écologistes présentent le nucléaire comme une énergie carbonée. C'était par exemple le cas en juin 2022 de Benoît Faraco, étant passé par RAC France et été nominé conseiller énergie, environnement, transports et agriculture au cabinet du président E. Macron .

C'était également le cas de Philippe Poutou qui écrivait en 2022, alors qu'il était candidat à la présidentielle :

Un bilan sérieux de l’empreinte carbone globale de l’électricité nucléaire reste à faire. Mais les éléments disponibles montrent qu’elle n’est pas « bas carbone » : que ce soit pour son rendement (33%, contre 85% pour l’hydroélectricité), l’extraction et l’enrichissement de l’uranium (qui pendant 33 ans a mobilisé la production électrique de 2 réacteurs de la centrale du Tricastin), la construction, le transport (minerai, combustibles, déchets) ou encore le traitement, l’entreposage et le stockage des déchets ..

[lien]

Cela a même été le cas d'un vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans (ex: 11 mars 2022). Il a réitéré, dans le cadre de la discussion autour de la taxonomie

Philippe Hansen, pour l'association Sauvons le climat, propose une généalogie de la désinformation sur le bilan carbone, en revenant notamment sur l'étude de Sovacool. Il parle notamment de la reprise de cette désinformation par Franceinfo et par Arte.

Autres absurdités

Celia Gautier, lobbyiste antinucléaire, a affirmé le 2 novembre 2021 : "Je le redis : en fait c'est le nucléaire, et non pas les ENR, qui risque de permettre au gaz fossile de faire son grand retour dans les politiques publiques européennes de soutien à l'énergie. Cette alliance @EmmanuelMacron #Orban, #nixmeaire+#gaz est scandaleuse".

Alourdir le bilan carbone

La plupart des attaques sont néanmoins plus fines, tentant d'alourdir le bilan carbone du nucléaire.

Les rapports biaisés

La première chose va être l'utilisation de rapports biaisés exagérant l'impact du nucléaire. Il y a essentiellement eu l'étude Sovacool évalue notamment à 66g/kWh l'empreinte carbone. Elle a été reprise par :

On peut en trouve d'autres, comme un rapport WWF de 2009 qui estime l'empreinte carbone du nucléaire à 350g/kWh. Sans source.

L'affaire de l'hexafluorure

L'ASN avait reproché en 2021 à Orano "des rejets assez importants non maîtrisés" de gaz SF6 (= hexafluorure). Greenpeace en a profité pour insinuer que cela remettrait en question la nature "bas carbone" de l'énergie nucléaire (ce qui, rappelons-le, est pourtant admis par la maison mère et par le GIEC).

Tristan Kamin y a répondu ici : [lien]

[lien]

Le nucléaire plus carboné que le solaire ou l'éolien

Exagérer le bilan carbone du nucléaire permet, ensuite, de dévaloriser le nucléaire par rapport au solaire et à l'éolien. Par exemple, en octobre 2021, c'était ce qu'avait affirmé Greenpeace sur son site [lien] (ils ont depuis changé leur réponse visiblement).

Les tentatives fines d'assimilation aux énergies fossiles

Néanmoins, ces tentatives, excepté celle de l'ADEME qui a été assez extraordinaire, sont assez marginales. Même Greenpeace admet que le nucléaire est bas carbone. La principale stratégie est d'assimiler subrepticement le nucléaire aux énergies fossiles.

Le nucléaire une énergie "fossile"

Une des astuces consiste à présenter le nucléaire comme une énergie "fossile", car il faut extraire l'uranium du sol.

Ce n'est pas le cas le plus fréquent, mais on a pu le retrouver dans des contenus éducatifs, notamment à destination des enfants.

La taxonomie: une stratégie fine de grande ampleur

L'assimilation aux énergies fossiles a été centrale dans la "bataille" autour de la taxonomie européenne. Les pays antinucléaires ont poussé l'introduction de combustibles bas carbone, comme les biofuels ou le méthane avec CCS, dans la taxonomie européenne et contesté celle du nucléaire.

Point complexe à approfondir

Une large part du lobby antinucléaire a saisi l'occasion pour assimiler le nucléaire à ce "gaz".

Par exemple, dans le tract du WWF (qui appartient donc audit lobby) ci-contre, le nucléaire est associé au gaz, comme quelque chose qui causerait des dommages au climat et à la biodiversité.

De même, les Amis de la Terre tweetaient le 21 septembre 2021: "Les masques tombent. À quelques mois de la présidence 🇫🇷 de l'🇪🇺, le @gouvernementFR étale au grand jour sa politique pro #gaz #nucléaire. Sabotage de la #EUtaxonomy, défense des subventions fossiles #TenE… @EmmanuelMacron est déterminé à faire échouer les objectifs #climat UE."

La manipulation atteint des sommets le 2 avril 2021, lorsque RAC présente la menace de démission de 9 experts, motivée par l'inclusion demandée par l'Allemagne (= lobby antinucléaire) des centrales à gaz "bas carbone", dans la taxonomie, comme motivée par l'inclusion du nucléaire: "9 experts qui ont participé à la définition de la taxonomie européenne menacent de démissionner pour dénoncer son détricotage... Qualifier le gaz fossile et le nucléaire de "verts" va à l'encontre du concept de "durabilité" et de la science. #EUTaxonomy".

"#COP26 un accord au goût très amer. Scenario #climat catastrophique à 2,7°, égoïsme des pays riches et beaux discours de la France empêtrée dans son addiction au nucléaire et aux fossiles. Les solutions sont connues. Nécessitent de remplacer ces décideurs. Cela se joue en 2022."

Julien Bayou, secrétaire national EELV, 14 novembre 2021

Apposition lutte pour le climat et contre le nucléaire

Une autre technique est d'apposer la lutte contre le climat et contre le nucléaire, comme si la première dépendait de la seconde.

Jean-Luc Mélenchon, alors candidat à la présidentielle, avait également utilisé cette stratégie très subtile en avril 2022 : "Alerte #GIEC : «les décisions que nous prenons maintenant peuvent garantir un avenir vivable». Il reste 3 ans pour bifurquer en misant sur les énergies renouvelables. Le #nucléaire commencera à être hors-service. La mission climat des 10 et 24 avril est tracée." Il justifie ainsi l'arrêt du nucléaire par le rapport du GIEC, qui pourtant alerte du dérèglement climatique et présente le nucléaire comme une des énergies bas carbone à développer ...

Petite pensée émue à tous ceux qui ne pourront plus dire "en sortant du nucléaire, l'Allemagne a parié sur le charbon" 🥲.

L'Allemagne sort du nucléaire en 2022 et du charbon en 2030. En 2030, 80 % de son élec sera renouvelable.

Le climat et le débat s'en porteront mieux.

Neil Makaroff, directeur du think tank Directeur de Strategic Perspectives, 24/11/2021

La désinformation par l'image ?

Une tendance récurrente, qu'on peut assimiler au présent sujet, est l'utilisation de centrales à charbon pour illustrer des articles sur le nucléaire.

Une désinformation efficace

Cette désinformation est efficace: une large partie de la population croit que le nucléaire contribue à l'effet de serre : selon un sondage BVA, 69% des français pensent que l’énergie nucléaire contribue « à la production de gaz à effet de serre (CO2) et au dérèglement climatique ». Le taux est même de 75 % pour les 18-34 ans.