Le communiqué de LFI en Juillet sur la dermatose (DNC)

La France Insoumise a publié un communiqué sur la Dermatose Nodulaire Contagieuse dès juillet, s'opposant à l'abattage total de troupeaux. Commentons-le.

Maladie minorée

Ils commencent par minorer la gravité de la maladie :

"Rappelons d’abord que la Dermatose Nodulaire Contagieuse ne représente aucun danger de transmission à l’être humain. Ce virus n’est par ailleurs pas systématiquement mortel pour les animaux et se transmet très prioritairement par des piqûres d’insectes. Considérant ces premiers points, un certain nombre des recommandations et protocoles que vous mettez en œuvre nous paraissent disproportionnés et contre-productifs."

Dénigrement de l'abattage total

Ils dénigrent ensuite l'abattage total en prenant l'exemple de l'épidémie des Balkans. Je n'ai pas d'élément pour discuter, je ne sais pas à quoi ils font référence. Ils n'apportent aucun élément de contexte, aucune précision et on a vu qu'ils racontaient beaucoup de conneries, il est donc raisonnable de penser que c'est encore le cas. Surtout que rien ne justifie de n'étudier qu'un cas et que les autorités vétérinaires sont autrement plus compétentes que la LFI.

En premier lieu, l’abattage total d’un cheptel suite à la présence d’un seul individu malade pour réponse sanitaire systématique nous paraît particulièrement inadapté et violent. L’expérience des autres pays européens en la matière est d’ailleurs éloquente. En 2015, la maladie arrive en Grèce par la Turquie et se dissémine rapidement dans les pays alentours : Bosnie, Monténégro. Les mesures réglementaires appliquées à cette époque sont similaires à ce que vous proposez aujourd’hui en France : abattage, désinsectisation et vaccination. Or fin 2016, la plateforme d’épidémiosurveillance explique que les mesures appliquées n’ont pas permis d’endiguer la propagation de la maladie.

Partout on constate que le premier passage de la maladie est violent, le taux de morbidité (fait de tomber malade) est élevé mais le taux de mortalité reste faible. On remarque également que les campagnes d’abattage n’ont pas permis d’endiguer la propagation de la maladie, mais ont conduit à une surmortalité dans les troupeaux.

Pseudo-alternative

Ils reprennent ensuite la fable des pseudo-alternatives en dénigrant la contagiosité de la maladie, un peu comme s'il était possible de la contenir en veillant à côté des vaches avec une tapette ou un spray antimouche.

Aussi nous semblerait-il plus pertinent de concentrer nos actions autour de mesures de vigilance et de prévention des troupeaux considérés sains ; et d’appliquer des mesures sanitaires et de surveillance renforcées autour des troupeaux suspects, avec isolement et suivis vétérinaires rapprochés, afin de limiter au maximum la diffusion du virus - la maladie se transmettant par des insectes qui ne gardent le virus en eux que sur un temps et une distance limités, la diffusion de la maladie par un troupeau identifié porteur peut être contenue.

Le pompier pyromane

Le passage suivant est assez creux, il met simplement en oeuvre la logique du pompier pyromane : alors que ce sont les désinformateurs qui dénigrent la politique sanitaire qui alimentent la défiance, il l'imputent au gouvernement.

Nous craignons que la violence de l’abattage total comme réponse systématique ne crée un rejet compréhensible des protocoles sanitaires par les éleveurs et éleveuses. Alors que la maladie ne présente pas de dangers pour l’homme, nous avons besoin de réactions proportionnées, d’un climat de confiance entre éleveurs et autorités sanitaires, permettant une application correcte des protocoles et une gestion efficace de l’épidémie.

La fameuse "immunisation des troupeaux"

Les deux paragraphes suivant sont très intéressants :

Aussi nous vous demandons de lever la menace d’abattage total qui pèse aujourd’hui sur le GAEC Duchêne à Entrelacs. Comme les syndicats mobilisés sur place le demandent, l’élevage Duchêne pourrait faire l’objet d’une expérimentation protocolaire autour de l’immunisation des troupeaux et de leur rétablissement. Nous demandons également la levée de tout abattage total tant que ces protocoles ne seront pas motivés par de réels arguments sanitaires. Ainsi nous nous opposons fermement à la stratégie actuelle d’abattage total acté dès la première analyse positive à la DNC, l’euthanasie devant rester en premier lieu un moyen d’abréger les souffrances d’animaux en mauvais état physiologique.

À l’échelle nationale, nous plaidons pour la suspension du classement de la DNC, afin de sortir des protocoles d’abattage total systématiques et d’assurer une gestion raisonnée et acceptée de l’épidémie. Nous insistons sur la nécessité des mesures de prévention et d’accompagnement.

On retrouve ici le discours du GIE Zone verte, un groupe de vétérinaires homéopathes s'inscrivant dans les Fakemeds et proches de antivaxx :

On retrouve également en creux le mensonge sur la motivation de la stratégie sanitaire, le discours que c'est surtout économique et que l'élevage ne serait pas vraiment une activité économique.

Nationaliser la production de vaccins

Ensuite on a la revendication à produire les vaccins en France. Cette présentation malhonnête oblitère d'une part qu'il y a une propriété intellectuelle sur les vaccins et d'autre part qu'il est possible de les importer. C'est un discours anticapitaliste qui tend, en fait, à brouiller les cartes, l'extrême gauche étant une des forces qui dégradent la compétitivité de la France et participent à la désindustrialiser.

La France est aujourd’hui en attente de vaccins, comme trop souvent produits à l’étranger (ici, en Afrique du Sud) - de larges investissements doivent être réalisés sans attendre pour viser une production et autonomie françaises. De larges cordons sanitaires de vaccination autour des foyers doivent être déployés rapidement et efficacement afin de limiter la propagation de la maladie. Enfin, nous serons également particulièrement vigilants sur l’indemnisation des éleveurs touchés, qui doit être à la hauteur des préjudices encourus et ne laisser personne sur le carreau.