Linfodurable, Marie Toussaint et blanchisserie nucléaire [7-9-2020]
Fondation et structure : une fédération d'opposition systémique
Fondé en novembre 1997 dans la foulée de la décision gouvernementale d'arrêter le réacteur Superphénix, le Réseau « Sortir du nucléaire » est une association française régie par la loi 1901. Il regroupe plus de 800 associations locales et régionales, ainsi que des dizaines de milliers de signataires individuels de sa charte.
D'abord conçu comme un front uni contre l'énergie atomique en France, le réseau s'est structuré en une véritable machine d'influence et de contestation juridique, technique et médiatique, revendiquant l'arrêt immédiat du réacteur EPR et la fermeture programmée de l'ensemble du parc nucléaire français.
Stratégies d'action : contestation juridique, communication et lobbying
Pour imposer ses thèses dans l'espace public, la fédération déploie un éventail de méthodes d'action ciblées :
- Guerre juridique systématique : Le réseau attaque régulièrement en justice les arrêtés d'autorisation d'exploiter, les dérogations environnementales accordées aux centrales et dépose plainte devant le Jury de déontologie publicitaire contre les campagnes d'EDF ou d'Orano.
- Lobbying et contre-expertise : L'association produit ses propres rapports d'analyse pour contester les bilans officiels de l'ASN (Autorité de sûreté nucléaire) et de l'IRSN, dénonçant un « mythe du nucléaire propre et bon marché ».
- Mobilisation de rue et événements chocs : De la chaîne humaine géante dans la vallée du Rhône aux actions de blocage sur le projet d'enfouissement des déchets Cigeo à Bure, le réseau alimente une contestation de terrain ininterrompue.
Déchirements internes et tensions de gouvernance
Au fil des ans, le Réseau « Sortir du nucléaire » a été traversé par de violentes crises de gouvernance et des schismes idéologiques :
- L'éviction de Stéphane Lhomme (2010) : Figure médiatique et porte-parole historique du réseau, Stéphane Lhomme est licencié après de vifs désaccords stratégiques avec le conseil d'administration sur la ligne éditoriale et la gestion interne de la structure. Il part créer l'Observatoire du nucléaire.
- Ruptures avec les ONG historiques : Plusieurs associations de premier plan ou des collectifs locaux ont pris leurs distances ou quitté le réseau, dénonçant soit une bureaucratisation de la structure, soit des divergences sur les stratégies d'alliance politique.
- Greenpeace France : Bien que membre fondateur du réseau en 1997, l'ONG s'en est progressivement détachée à la fin des années 2000. Elle préférait conserver une autonomie totale sur ses campagnes d'action directe, sa propre diplomatie politique et sa stratégie médiatique, jugeant la structure du Réseau trop lourde et hétérogène.
- France Nature Environnement (FNE) : FNE a fait le choix du « dialogue environnemental » en siégeant dans les instances officielles (CLI autour des centrales, HCTISN, débats publics de la CNDP). Pour conserver sa crédibilité d'interlocuteur privilégié face aux ministères et à l'ASN, FNE privilégie un discours axé sur la sûreté et la concertation, à l'opposé de la posture de boycott et de contestation frontale du Réseau.
Un positionnement contesté face au défi climatique
Le discours du réseau fait l'objet de vives critiques de la part des défenseurs du climat et d'experts de la transition énergétique :
- Accusations de désinformation : Ses détracteurs reprochent au réseau d'entretenir la peur auprès du grand public, d'exagérer les risques d'accidents technologiques et de minimiser la contribution du nucléaire à la décarbonation de la production électrique.
- Incompatibilité avec la neutralité carbone : À l'heure où les rapports d'experts soulignent la nécessité d'énergies bas-carbone pilots pour remplacer les énergies fossiles, l'exigence du réseau d'une sortie rapide de l'atome est jugée par ses opposants comme techniquement irréaliste et écologiquement contre-productive.
Principales associations membres
- ACRO (Association de contrôle de la radioactivité dans l'Ouest)
- Global Chance (Association de scientifiques et d'experts de l'énergie)
- CRILAN (Comité de réflexion, d'information et de lutte anti-nucléaire - Flamanville / La Hague)
- Stop Fessenheim (Collectif alsacien historique de lutte antinucléaire)
- Collectif Stop Tricastin (Vigilance citoyenne autour du site nucléaire du Tricastin)
- Stop Bugey (Collectif d'opposition à la centrale du Bugey)
- CEDRA (Collectif contre l'enfouissement des déchets radioactifs - Bure)
- Collectif Bure-Stop (Mobilisation contre le projet Cigéo à Bure)
- Collectif Anti-Nucléaire Ouest (CAN-Ouest - Contestation des transports nucléaires et de l'EPR)
- Stop Nogent (Vigilance citoyenne autour de la centrale de Nogent-sur-Seine)
- Stop Cattenom (Opposition à la centrale de Cattenom en Lorraine)
- Nuklearia / Stop Golfech (Collectif d'opposition à la centrale de Golfech)
- Fédération Sud-Aveyron Anti-Nucléaire (Mobilisation historique et régionale)
- Mouvement de la Paix (Engagement contre le nucléaire militaire et civil)