Bernard Laponche face au Spiegel : un concentré de désinformation antinucléaire [21-01-2022]

Publié le 20/11/2025

Par Alexandre

Dans le contexte du débat sur la taxonomie verte européenne, Bernard Laponche, figure historique du mouvement antinucléaire, a donné un interview édifiant au Spiegel, un journal allemand. Nous commenterons la version traduite.

Le nucléaire émetteur de CO2

Bernard Laponche commence par affirmer que le nucléaire, génère "beaucoup de CO2" au cours de sa chaine de production : "dans l'extraction d'uranium, le transport vers l'Europe et la construction et l'exploitation de centrales nucléaires.Les émissions sont également produites pendant le fonctionnement normal des réacteurs – sans parler des installations de retraitement du combustible usé."

C'est une désinformation assez rare maintenant, le rapport du GIEC, reconnaissant que le nucléaire est une des technologies bas carbone pouvant participer à lutter contre le réchauffement climatique, ayant gagné en popularité.

Il va jusqu'à mentir totalement, en affirmant "C'est vrai. L’énergie nucléaire génère peu d’émissions de gaz à effet de serre par rapport à une centrale à charbon. Mais je gagne beaucoup plus quand je passe d'une centrale à charbon à une centrale à cycle combiné à gaz moderne que lorsque je passe à une centrale nucléaire."

Le CO2, c'est secondaire ...

Il reprend un des échapattoires classiques des antinucléaires historiques :

"De plus, il est à courte vue de ne regarder que le bilan du CO2. L’énergie nucléaire est et reste une technologie à risque. Les régulateurs nucléaires français n'ont pas exclu depuis le début de l'utilisation de l'énergie nucléaire civile dans les années 1970 qu'il pourrait y avoir un accident nucléaire en France ou en Europe. Il n'y a donc aucune garantie de sécurité."

Le CO2 serait secondaire au regard des risques. C'est la classique désinformation sur la dangerosité du nucléaire. Notez la finesse de la manipulation, ce qu'il dit est exact : un accident "n'est pas exclu" et cela suffirait à qualifier l'énergie d'excessivement dangereuse.

Les dangers du nucléaire

Interrogé sur l'age des réacteurs français, il continue et déroule plusieurs désinformations :

Le prix du nucléaire

Le journaliste du Spiegel interroge ensuite Laponche sur le fait que le mix énergétique français est plutôt bas carbone et que les prix sont plus bas qu'en Allemagne.

Il explique que nous utilisons encore du pétrole pour le transport et l'industrie. Il semble reprocher que l'essentiel du financement de l'énergie vise le nucléaire. Ce qui est aberrant, vu que le nucléaire RAPPORTE de l'argent. Surtout, on ne voit pas la substance de son propos, au-delà du pur dénigrmeent.

Ensuite il affirme que les prix de l'électricité vont augmenter avec la vétusté des installations et la difficulté à construire de nouveaux réacteurs, en prenant l'exemple de Flamanville qui couterait 20 milliards d'euros. On retrouve la mauvaise foi classique, évoquant ce qui est une tête de série. On retrouve aussi le pompier pyromane, le prix croissant du nucléaire étant notamment causé par la réglementation, promue par les antinucléaires.

Conseil à l'Allemagne : un militant profossile

Le journaliste lui demande s'il ne faudrait pas, en Allemagne, allonger l'exploitation des centrales nucléaires pour limiter la production des centrales à charbon.

Laponche lui répond avec une succession d'arguties :

Il conclue "Le récit de l'énergie nucléaire propre est maintenant utilisé pour promouvoir cette source d'énergie coûteuse et écologiquement contre-productive."

La qualification de "contre productive" fait, il me semble, référence à l'idée que le nucléaire serait "trop abondant", ce qui n'inciterait pas à la sobriété énergétique. Ce qui contredit directement leurs discours sur le prix du nucléaire.

Sa réponse est donc claire : il vaut mieux fermer des centrales nucléaires que des centrales à charbon. Cela illustre explicitement que le mouvement antinucléaire est pro-fossile : ils préfèrent les énergies fossiles au nucléaire.

Le journaliste insiste, demandant si l'élilination simultanée du charbon et du nucléaire est une bonne idée.

Laponche applaudie la politique énergétique allemande, qui est "sur une excellente voie" et souligne l'importance "d'utiliser l'électricité avec parcimonie et efficacitépar exemple par le biais de tarifs progressifs, de réseaux intelligents, de dispositifs économiques et efficaces."

L'irrationalité de l'attachement nucléaire de la France

Face à cet exposé brillant, le journaliste questionne très neutrement (ironie) : ourquoi la France est-elle toujours aussi accro au nucléaire ?

Bernard Laponche répond qu'il n'y a "pas de raisons technologiques ou rationnelles, mais historiques", surtout :

"Si le président Emmanuel Macron est écouté aujourd'hui, il frappe le même ton que de Gaulle: il parle dans le contexte de l'énergie nucléaire de la renommée et de la puissance de la France. Il s'agit donc de nationalisme, pas de changement climatique, d'efficacité ou de meilleure technologie."

Cette psychologisation de l'opposition est un élément récurrent en pseudo-ecologie et, plus largement dans l'activisme d'extrême gauche. C'est par exemple au coeur de l'utilisation de "l'islamophobie" pour rejeter toutes critiques contre les islamistes : pourquoi "phobie" ? De la même façon, ici Laponche présente l'adhésion au nucléaire comme une sorte d'atavisme, de réflexe semi-conscient, bref, de pathologie psychologique.

"François Hollande était un président socialiste pour qui cet argument militaro-nationaliste n'était pas au premier plan." Voilà, le nucléaire c'est le nationalisme ... C'est assez rare de voir ce niveau d'absurdité.

Il continue d'affirmer que fermer des centrales est très difficile, affirmant que cela comporte "d'énormes risques" et prend l'exemple de la fermeture de centrales pour maintenances (sans doute celles ayant de la corrosion sous contrainte), car nous avons du "importer d'énormes quantités d'électricité". C'est totalement décousu : oui quand on ferme des centrales on a moins d'électricité. Quel rapport avec un "énorme risque" ? C'est du reste une propriété qu'ont toutes les installations de production d'électricité : quand on les arrête elles ne produisent plus. Qu'est-ce qu'il essaye de démontrer ?

Les difficultés rencontrées serait la preuve que notre système énergétique serait "extrêmement sensible aux problèmes". C'est profond ça./p>

Innovations nucléaires

Interrogé sur les innovations nucléaires (petits réacteurs et réacteurs à thorium), il dénigre ces dernières en se posant en grand savant. Selon lui le sodium est trop dangereux "cela s'enflamme dans l'air et explose avec l'eau" et il est sceptique des réacteur au thorium. Il conclut que "tout cela n'est pas convaincant". Il nuance néanmoins qu'il ne faudrait pas abandonner la recherche sur l'énergie nucléaire.

Cette posture, c'est la fausse neutralité : il se présente comme un juge impartial, alors que c'est un activiste.

La nuance à la fin est aussi une caractéristique des antinucléaires : il tentent de se passer pour raisonnables, de cacher qu'ils sont antinucléaires. Un peu comme les antivaxx qui vont se défendre d'être antivaxx.

Prétention d'être en minorité

Il est ensuite interrogé sur son parcours, le journaliste affirmant qu'il a "construit les premières centrales nucléaires". Laponche affirme notamment que c'est en faisant campagne pour la sécurité des employés, comme syndicaliste, qu'il a "compris que l'énergie nucléaire n'est en aucun cas une source d'énergie propre et sûre."

Puis, le journaliste demande "Comment se fait-il que le mouvement anti-nucléaire soit si faible [en France] ?" Déjà on s'étrangle un peu, le mouvement antinucléaire étant loin d'être faible : c'est au moins 30% de la force politique ! Néanmoins Laponche joue le jeu. Il commence en rappelant son délire ("L’énergie nucléaire est un patrimoine historique en France qui est étroitement associé au nationalisme depuis la Seconde Guerre mondiale.Il s'agit d'une prétendue indépendance, de la force militaire et du centralisme."), puis fait une affirmation pour le moins audacieuse : "Être contre le nucléaire est une rupture taboue en France." Bon je pense que quand on a lu ça on a tout compris du personnage.

Mais il continue en se victimisant "Si vous voulez faire carrière en tant qu’ingénieur ou chercheur en France, alors vous devez être pour l’énergie nucléaire. Il y a très peu de gens qui critiquent publiquement. Souvent, ils n'osent dire quelque chose que lorsqu'ils sont à la retraite." ; déblatère un peu puis conclue : "Nous manquons l'occasion de créer un bouquet énergétique d'énergie renouvelable, comme c'est le cas dans d'autres pays. À un moment donné, le grand public paiera cher pour cela."

Conclusion

Ainsi, Bernard Laponche a déroulé de nombreux éléments de langage de désinformation. On voit ici le discours antinucléaire "à l'ancienne", qui a plusieurs particularités comparé au discours antinucléaire dominant, même si au final c'est très cohérent. Ainsi, il n'hésite pas à qualifier le nucléaire de nationaliste ou d'affirmer que le gaz génère moins de CO2 que le nucléaire. Les principaux leaders aujourd'hui n'ont plus cette audace, ils sont plus subtils, assimilant à l'extrême droite et promouvant le 100% renouvelable.

Quand on lit ce genre d'interviews, où la mauvaise fois et la manipulation exude de chaque phrase, on se demande : à quel point faut-il être niais pour penser qu'il est possible de discuter avec eux ?