L'emprise par les semences en pseudo-écologie
Yves Manguy, le premier porte-parole de la Confédération paysanne (1987-1889) a publié un article dans Basta! le 4 février 2014 intitulé "Privatisation des semences : une guerre de l'ombre se livre depuis un siècle".
Il y développe les éléments de langage pseudo-écologistes sur les semences.
Déformation de l'histoire américaine de l'hybridation (1923)
L'article affirme : "En 1923, le ministre de l'Agriculture décide d'arrêter la sélection quasi naturelle du maïs au profit d'hybrides non reproductibles qui assurent un retour sur investissement."
Pourtant on peine à trouver trace de cette décision. Et je doute qu'elle existe, ne serait-ce que parce que ce n'est pas une décision de leur ministère, mais un choix des agriculteurs. Si ledit secrétaire d'État Henry C. Wallace (1921-1924), a favorisé le développement des hybrides, il n'a pas pour autant interdit les autres variétés.
Déformation du rôle de l'UPOV (1961)
L'article affirme : "Les semenciers créent, avec la caution des États, l'Union pour la protection des obtentions végétales (UPOV). Celle-ci va servir de bras armé aux semenciers pour instaurer leur monopole."
En réalité, l'UPOV est créée par les États, pas par "les semenciers" et c'est une organisation intergouvernementale. Son objectif était de permettre l'existence de la filière. Jusque là, il n'y avait aucun intérêt à faire de la recherche : n'importe qui pouvait prendre votre semence et la commercialiser. Seuls les hybrides avaient une forme de protection, simplement pratique : vous avez besoin des souches parentes pour les recréer.
Présenter un système de protection de la propriété intellectuelle comme un "monopole" et un "bras armé" relève de l'élément de langage anticapitaliste, ignorant que la R&D en sélection variétale coûte cher et nécessite un retour sur investissement, et complotiste, présumant un pouvoir d'influence phénoménale à une industrie semencière infime.
L'accord du 4 juillet 1989 : un échec présenté comme une victoire
Effectivement, l'accord du 4 juillet 1989 entre FNSEA, GNIS et ministère interdisait bien le recours aux trieurs à façon. Néanmoins, il n'interdisait pas les semences de ferme. De plus il ne semble pas qu'il ait été appliqué et, au final, le triage à façon a été reconnu par une loi en 2011.
Présenter un événement de 1989 qui n'a jamais été appliqué comme preuve d'une "guerre contre les paysans", en ignorant totalement que la législation actuelle autorise précisément ce qu'ils réclamaient, relève de la pure désinformation.
Le mythe des "semences bien public"
L'article conclut : "Les semences jusqu'au siècle dernier étaient un bien public à disposition de tous. La confiscation de ce bien commun, sous couvert de la science, ne porte pas seulement atteinte aux paysans mais à l'ensemble des consommateurs qui deviennent des otages."
En réalité, seules les "nouvelles" semences peuvent être protégées par un COV (d'où le terme : "certificat d'OBTENTION VEGETALE").Les semences "bien public" sont toujours libres. Tout travail mérite salaire, on ne voit pas pourquoi les sélectionneurs devraient travailler gratuitement. Au final, leur travail permet à tous les agriculteurs de profiter de meilleures semences et le prix de la redevance est minime au regard des gains de productivités apportés.
Ce type de narratifs montre à quel point les pseudo-écologistes peuvent s'émanciper de la réalité pour la tordre et générer leur narratif. Il montre aussi la logique de l'exploitation : Yves Manguy se moque du fait que ses préconisations soient néfastes aux agriculteurs, ce qui compte c'est de générer le discours et les éléments de langage pour la Cause.