L'écosystème au secours de Greenpeace USA [20/03/2025]

Publié le 20/11/2025

Par Alexandre

L'affaire Energy Transfer - Greenpeace

Energy Transfer reproche à Greenpeace d'avoir encouragé et organisé les protestations de la tribue de Sioux de Standing Rock, qui auraient entraîné un retard de 5 mois dans la complétion du projet, ainsi que le refus de plusieurs financements. L'industriel relève plusieurs désinformations dont il a été la cible et souligne un paradoxe : son projet était accusé de risquer de causer de fuites de pétrole et les manifestants ont justement tenté de faire des trous dans le pipeline ... Greenpeace aurait financé des groupes d'environnementalistes qui auraient infiltré les protestants pacifiques et tenté de générer des violences et dégradations. (9)

Il y a l'air d'y avoir beaucoup à dire sur l'argumentaire de Greenpeace, qui prétend par exemple que le retrait de certaines banques, pour lequel elle a activement milité, était en fait dû à la valeur de l'entreprise. (1) L'hypocrisie de ce type de discours interroge beaucoup : s'ils réussissent ils vont se vanter d'être responsables, mais devant le juge ils vont prétendre que leur action est sans conséquence.

De plus, l'action de Greenpeace serait intéressante à commenter. Ainsi le dirigeant de Greenpeace USA Annie Leonard aurait admis que Greenpeace avait formé et financé les manifestations. L'organisation a par exemple envoyé 30 "lockboxes", permettant de s'accrocher à des équipements et financé le voyage et séjour de formateurs de l'organisation "the Indigenous Peoples Power Project". (1) Néanmoins, il est plus intéressant d'attendre la décision avant de commenter ça.

Je vais ici surtout parler du traitement médiatique et des accusations de "strategic lawsuit against public participation" (SLAPP ; poursuites judiciaires stratégiques contre les participations publiques).

Une accusation creuse de SLAPP

Beaucoup d'organisations et de personnalités, dont Greenpeace elle-même évidemment (10), ont accusé cette poursuite d'être une SLAPP. Faisons un point sur le sujet.

Un institut de la Cornell Law School définit les SLAPP comme des "poursuites d'individus ou d'entités pour dissuader leurs critiques de continuer à produire de la mauvaise presse." Cela implique que "Par définition, les poursuites SLAPP n'ont pas de fondation légale réelle contre ces critiques." (2) La définition de Wikipedia est un peu différente, mais au finnal revient au même : ce seraient des "poursuites ayant pour objet de censurer, d'intimider et de réduire au silence des critiques en leur imposant le poids financier d'une défense juridique, jusqu'à ce qu'ils abandonnent leur critique ou opposition. Dans une SLAPP typique, le litigateur ne s'attend pas normalement à gagner la poursuite. Le but de ce dernier est atteint si le défendeur succombe à la peur, l'intimidation, les coûts juridiques ou le simple épuisement et abandonne la critique."

Wikipedia présente comme un synonyme de SLAPP "Procédure-bâillon". Ce serait une "action en justice lancée par une entreprises, une institution ou une personnalité publique, visant à intimider et à faire taire un journaliste, une ONG, un démystificateur, ou lanceur d'alerte et/ou à entraver sa participation dénonciatrice politique ou militante dans la sphère publique. Il s'agit le plus souvent d'une poursuite civile en diffamation, laquelle ne vise pas tant une victoire devant les tribunaux, qu'à faire taire la cible, en l'exposant à un épuisement financier en raison de procédures coûteuses et souvent longues, en outre jouées à armes inégales (procès inéquitable)."

Dans tous les cas, ce n'est pas le résultat de la poursuite qui est censé avoir effet, mais la poursuite elle-même.

Or, ici, c'est bien la condamnation par un tribunal qui est en question. Il ne peut donc pas s'agir d'une SLAPP.

Au contraire, c'est peut être la fin d'une impunité qui a trop duré.

L'écosystème à la rescousse

Malgré ce point assez évident, de nombreux acteurs vont accepter de diaboliser l'action de l'entreprise pour soutenir Greenpeace.

L'offensive du Guardian

Au niveau de la presse, le Guardian est monté au créneau comme personne : 4 articles en moins d'un mois ! Tous plus outragés et outrageants les uns que les autres.

Le premier, du 20 février et de Rachel Leingang et Nina Lakhani, reprend l'accusation d'être une SLAPP. (5)

Le second, du 27 février et de Rachel Leingang, prétend que plus de la majorité des jurés auraient "des liens avec l'industrie des combustibles fossiles" et la plupart auraient "une opinion négative des protestations anti-pipeline ou groupes qui s'opposent à l'utilisation de combustibles fossiles", comme si c'était un biais terrible.

On retrouve le double standard sur les conflits d'intérêts, qui considère tout "lien" (en l'espèce même le fait d'avoir un membre de la famille qui travaille dans l'industrie fossile) avec l'ennemi comme une compromission intolérable, mais aucun lien avec son camps comme problématique.

https://pseudo-ecologie.fr/pratiques/manipulation-narrative/double-standard/lobbies/

Plus largement, l'article dénigre stupidement le jury, évoquant une femme qui admet être crédule. Le fait que le juge ait refusé 3 fois que Greenpeace plaide dans un autre tribunal est présenté comme une injustice. Le foutage de gueule de l'avocat est présenté comme raisonnable : il aurait demandé à la cour de "libérer la communauté locale du fardeau de ce cas". Quel bonté ...

Le suivant, du 19 mars, de Rachel Leingang et Nina Lakhani reprend le dénigrement du jury. (6) Elles citent notamment un avocat environnementaliste, Kirk Herbertson, qui va jusqu'à affirmer que le verdict "n'est pas un reflet des torts de Greenpeace, mais le résultat d'une longue liste de tactiques de tribunal et d'astuces de propagande qu'Energy Transfer ont utilisé pour dénier à Greenpeace son droit à un procès équitable." Notez que cet avocat avait aussi été cité dans le premier article et prétendu qu'il n'y avait aucune preuve que Energy Transfer n'avait pas souffert des actions de Greenpeace ... (5)

Dans le dernier (pour l'instant, et de Marina Dunbar cette fois), du 21 mars, l'accent est mis sur la tribu Standing Rock : la poursuite aurait pour objet de la faire taire. L'accusation de SLAPP est reprise. (7) Une organisation, désignée de "trial-monitoring committee", comme si c'était une sorte d'autorité officielle, a prétendu que le procès avait été profondément biaisé et avait empêché Greenpeace de se défendre complètement. Evidemment, une rapide visite sur leur site laisse douter de leur "indépendance": il y a essentiellement des avocats des droits de l'homme et de l'environnement et la prise de position est évidemment partisane, qualifiant le procès de "truqué" (rigged).

Autres journaux et organisations

Faut-il s'en étonner, Amnesty International a réagi par un article reprenant les propos de sa secrétaire général Agnès Callamrd, qui qualifie la démarche d'Energy Transfer de SLAPP (3), prétendant même que la poursuite aurait drainé leurs ressources et empêché de riposter. C'est l'idée que le procès aurait été injuste, même si elle n'apporte aucun élément étayant le fait que Greenpeace, ONG surpuissante avec 400Mn$ de chiffre d'affaire, puisse avoir du mal à payer ses avocats.

Plusieurs grands journaux journaux reprennent sans recul l'argumentaire de Greenpeace et du Guardian : Al-Jazeera (11), le Washington Post (12), le Time (13), CBS (14) ... Côté français, on a Reporterre (15), Le Monde (19), Le Huffington Post (16), l'Humanité et Sud Ouest (20). L'article de France24 ("avec AFP") est clairement pro-Greenpeace. L'article de Libération (18) et de FranceInfo (17) est assez neutre. Je ne fais pas la liste exhaustive.

Beaucoup reprennent un même élément de langage : 30 États américains auraient une législation anti-SLAPP mais pas le Dakota du nord, un peu comme si c'était la preuve qu'il s'agissait d'une SLAPP.

A plusieurs reprises, le fondateur d'Energy Transfer Kelcy Warren est décrit comme un donneur majeur de Trump, sans qu'un quelconque lien avec le procès de soit démontré. Détail amusant d'ailleurs, Robert F.Kennedy Jr et Tulsi Gabbard, qui font maintenant partie du gouvernement de D. Trump, ont visité le camps des manifestants (14) ...

Et tutti quanti

Il y a une multitude de soutiens, tous les citer ne serait pas possible. Ainsi une lettre de soutien a été signée par plus de 330 000 personnes et 430 organisations : https://www.greenpeace. org/usa/energy-transfer-open-letter/

Vous avez aussi la multitude de micro-influenceurs de tous horizons qui vont les soutenir.

Epilogue

L'accusation de SLAPP est d'autant plus ridicule que Greenpeace a amorcé une poursuite sur le fondement d'une législation anti-SLAPP aux Pays-Bas. Au regard de ce que nous avons évoqué, il semblerait que cette poursuite puisse être elle-même qualifiée ... de SLAPP.

Signification : un pouvoir total en construction

On retrouve ici la même chose que ce qu'on voit pour la science : il y a la "vraie science", qui fait partie du Panthéon pseudo-écologiste, et la fausse. De la même façon, il y a la justice idéalisée quand elle sert les intérêts de l'écosystème et diabolisée quand ce n'est pas le cas : le jury est par définition malhonnête, le juge n'a pas respecté les droits de la défense, le procès équitable n'a pas été respecté, etc. Ces accusations, extrêmement graves, n'ont, notez-le, pas été démontrées. Le cas du jury est le plus ridicule : d'une part ce n'est pas parce que vous êtes employé par quelqu'un que vous allez décider dans son sens et d'autre part ce n'est pas parce que vous avez une soeur ou un cousin qui est imployé par quelqu'un que vous aller décider dans le sens de ce dernier. D'autant plus que le rejet de la demande n'aurait pas mis l'industriel sur la paille.

Toutes ces organisations, reprises religieusement par la presse grand public, sont bien dans une logique de désinformation et de double standard.

Grâce à cette désinformation, Greenpeace peut se victimiser, réalisant une inversion victimaire. En effet, Greenpeace a agressé l'industriel d'une myriade de façons et avec une brutalité notable et se plaint maintenant d'une réposte parfaitement légale ET légitime.

https://pseudo-ecologie.fr/pratiques/manipulation-narrative/victimisation-denigrement/victimisation/
https://pseudo-ecologie.fr/pratiques/manipulation-narrative/inversion-victimaire/

C'est une logique qui illustre la dimension totale voire totalitaire du pouvoir que veut construire la pseudo-écologie. Tout ce qui sert ses intérêts est vrai et bon, tout ce qui les desservit est mauvais.

Toutes les institutions, juges compris, devraient être soumis au pouvoir pseudo-écologiste et toute opposition est intolérable.

https://pseudo-ecologie.fr/ecosysteme/contexte-ideologique/autoritaire-et-putschiste/

C'est exactement la même logique qu'on retrouvait dans les réactions au refus d'agrément d'Anticor.

https://pseudo-ecologie.fr/blog/anticor-la-suspension-en-refere-du-refus-implicite-12-08-2024/
https://pseudo-ecologie.fr/blog/le-traitement-mediatique-de-la-revocation-de-lagrement-anticor-27-12-2023/

Heureusement, la décision pourrait marquer la fin d'un droit de nuire accordé aux organisations "du bien", qui ne servent en fait que leurs intérêts.