La diabolisation des néonicotinoïdes

La question des néonicotinoïdes est plus complexe. Il s'agit d'une famille de pesticides née dans les années 80 s'utilisant surtout en enrobage. Cette technique permet de protéger et d'alimenter la plante dès ses balbutiements. En général, l'enrobage est constitué d'un fongicide et d'un nutriment pour favoriser la germination. Là, il ajoute aussi un insecticide, qui va éviter les attaques aux premiers stades de développement de la plante. La substance va imprégner la plante et, donc, ne toucher que les insectes qui l'agressent. Ou presque.

Il y a en effet plusieurs effets indésirables possibles sur les organismes non-cibles :

C'est pour ces motifs qu'ils ont été largement interdits en 2013 et que la désinformation sur ce sujet est particulièrement difficile à détricoter : il y a une vraie problématique environnementale (contrairement au glyphosate).

L'interdiction progressive de la plupart des NNI [2013-2020]

En 2013, l'EFSA a décidé des restrictions d'usage pour trois substances (clothianidine, imidaclopride, thiaméthoxame) sur cultures attractives pour les abeilles, sur la base d'avis identifiant des risques pour les pollinisateurs. Les restrictions sont transformées en interdictions quasi-totales (décisions d'exécution 2018/783, 784, 785) en 2018. Le thiaclopride, quant à lui, ne fut pas renouvelé en 2020 pour des raisons de toxicité reproductive : il était classé « 1B » (« effets supposés sur la base de données animales »).

Sur le sujet, j'ai surtout étudié la désinformation de Stéphane Foucart. J'ai trouvé deux axes : prétendre que les NNI étaient contre-productifs et que la réponse réglementaire avait été tardive en raison de l'influence de l'industrie (Baumann 2021, p. 42 et s.).

Pour défendre que les NNI sont inutiles, il se base sur des études sans portée scientifique venant de chercheurs activistes (Furlan et al. 2021) et d'ONG environnementalistes (Center for Food Safety 2014). Puis il neutralise la parole des agriculteurs grâce au thème de l'emprise développé plus haut.

Pour défendre que la réglementation a été tardive, le journaliste invente un consensus à partir du rapport sur l'imidaclopride du Comité Scientifique et Technique en 2003 (ayant d'ailleurs abouti à son interdiction sur le maïs en 2004) et d'alertes d'apiculteurs en 1994 (l'année même de commercialisation du Gaucho…).

Une manipulation assez habile était de dire qu'on ne pouvait acheter que des semences enrobées, sous-entendu de NNI. Le journaliste jouait sur le fait que les semences sont très souvent enrobées, mais avec des substances très basiques : un fongicide pour éviter que la graine ne pourrisse et un « booster » pour encourager sa germination. Pourtant, même ainsi, c'est faux : vous pouvez acheter des semences sans enrobage.

L'acétamipride [2025-2026]

Sur l'acétamipride, c'est assez différent. Si les discours sur les NNI étaient excessifs et permettaient de ramener toute la désinformation sur l'emprise du « modèle agricole », il y avait une base raisonnable assez solide, comme nous l'avons dit. Sur l'acétamipride, on a eu un déferlement décérébré, notamment autour du cancer.