La radioactivité des sables du Sahara

Régulièrement, les vents ramènent du sable du Sahara sur la France, faisant le bonheur des laveurs de voiture. Or, il y a eu des essais nucléaires et un peu d'éléments radioactifs tendent à être également déposés. Évidemment, le lobby antinucléaire s'en alarme régulièrement.

Cette désinformation vise essentiellement une dramatisation de la radioactivité, présentant comme terrible une quantité insignifiante de Becquerels. Néanmoins, elle s'inscrit aussi dans la diabolisation des essais nucléaires et de la France.

La radioactivité du sable

Les "études" sur la radioactivité

Le 6 février 2021, du sable du Sahara a recouvert une lage part de la France.

L'ACRO, (Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest), "a alors fait un prélèvement sur toute la surface d’une voiture à l’aide de multiples frottis. Ces frottis ont été transférés au laboratoire de l’ACRO pour une analyse de radioactivité artificielle par spectrométrie gamma (sur un détecteur GeHP)." Elle y a identifié du césium et estimé, au bout de cette enquête, "qu’il est retombé 80 000 Bq au km2 de césium-137." (1)

Ils ont réitéré l'opération, avec une méthodologie comparable, suite à l'épisode de mars 2021 :

"À l’occasion du nouvel épisode de vents transportant des poussières de sable du Sahara, l’ACRO a réalisé une analyse de la radioactivité. La mesure a porté sur un échantillon d’environ 30 g de sable récolté en Touraine le 16 mars 2022 par l’un de nos préleveurs volontaires.

L’analyse par spectrométrie gamma, met clairement en évidence la présence de césium-137 – un élément radioactif artificiel – dans l’échantillon de sable, avec un niveau très similaire à ce qui avait été constaté l’année dernière. En supposant d’un dépôt homogène sur une large zone, on estime que, durant ce nouvel épisode, il est retombé environ 75 000 Bq de césium-137 au km2 dans la région Touraine (ou 75 mBq/m2)." (2)

Ce communiqué précise néanmoins qu'il s'agit d' "une pollution très faible, sans risque sanitaire" nuançant néanmoins qu'il "s’ajoute aux dépôts précédents".

Couverture médiatique anxiogène

En 2022, la couverture est assez alarmiste.

Ainsi le 18 mars 2022, France3 Normandie a titré "Les sables du Sahara tombés sur nos voitures étaient radioactifs" et, même si l'article précise "Sans risque pour la santé.", il ajoute juste après "La radioactivité est un poison lent." (3). Francebleu titre "Nuage de sable du Sahara dans le Grand Ouest : découverte de particules radioactives", mais rappelle que l'ACRO précise que le "niveau de radioactivité observé ne pose aucun problème sanitaire". (5) TF1 est plus flou n'évoquant pas l'absence de risque sanitaire, mais plutôt l'absence de communiqué de l'IRSN. (7)

Deux ans après, France3 régions rectifie le tir, affirmant clairement "Si les poussières transportées par le vent sont radioactives, le niveau de radiations est trop bas pour être dangereux pour la santé." (4)

Le Huffington Post a néanmoins rectifié à plusieurs reprises :

Désinformation par la mention

Cet exemple montre la complexité de la notion de désinformation. En effet, ici le simple fait de parler de radioactivité est suffisant pour renvoyer le message souhaité : la radioactivité est dangereuse.

Ainsi que l'autre message : l'idée que la France a fait quelque chose de terrible en faisant des essais nucléaires dans le Sahara.

Le discours anti-France

"Une pollution radioactive qui revient comme un boomerang"

L'ACRO impute cette radioactivité aux essais nucléaires français, avec notamment le titre "Une pollution radioactive qui revient comme un boomerang" (1).

"Cette pollution radioactive – encore observable 60 ans après les tirs nucléaires – nous rappelle la contamination radioactive pérenne dans le Sahara dont la France porte la responsabilité et suggère que ces retombées ont dû être particulièrement élevées durant les années 60." (2)

La presse reprend systématiquement cette idée :

  • "il ramène en France des particules héritées des essais nucléaires effectués dans les années 1960" (3)
  • "Si la poussière du Sahara est radioactive, c'est à cause des essais nucléaires dans les années 60. À l’époque, la France lâche plusieurs bombes atomiques dans le désert d'Afrique du Nord, en Algérie, afin de tester son arsenal." (4)
  • "Il s'agit de résidus des essais nucléaires menés par la France dans les années 60 en Algérie." (5)
  • "L’origine de cette radioactivité dans les particules de sables sahariens est bien connue. Elle est essentiellement liée aux quatre essais nucléaires réalisés dans cette région par la France au début des années 1960." (6)

Sans être forcément malhonnêtes, ces allégations participent au dénigrement anti-France, d'autant plus que c'est faux.

Néanmoins, ce parti pris est assumé par l'ACRO : «l’objet n’est pas de dire qu’il y a une mise en danger de la population, mais de rappeler un peu quelle est l’origine et la responsabilité de la France dans ces essais nucléaires. Même si pour nous qui sommes très loin du Sahara, l’exposition est très faible, ce n’est pas du tout le cas des populations vivent dans ces régions et qui, il y a 60 ans, y ont subi des expositions extrêmement importantes». (6)

Précision intéressante du CNRS

Le CNRS a publié les résultats d'une étude rassemblant les laboratoires du CNRS Terre & Univers (voir encadré), l’Université d’Oviedo et le laboratoire de l’Office Fédéral Suisse de la Protection Civile de Spiez, montrant que le césium-137 relevé n'était pas imputable aux essais nucléaires français.

Le communiqué rappelle par ailleurs :

"De plus, les niveaux de césium radioactif détectés dans tous les échantillons de poussières ainsi collectés (médiane de 14 Bq/kg) sont très inférieurs à ceux autorisés dans la majorité des denrées alimentaires dans l’Union Européenne (généralement 1000 Bq/kg). Par ailleurs, l’inhalation de ces poussières expose les populations à un débit de dose radioactif négligeable ."