Water wars, de Vandana Shiva

L'essentiel du livre consiste à relever des échecs de la gestion de l'eau (dégats écologiques, économiques ...) et à les imputer au capitalisme en soi. Au contraire, sont montées au pinacle les méthodes traditionnelles (politiques).

Sont diabolisés l'irrigation (ex: p.113 et s.), l'extraction minière et forestière (2 5-9, 22-23 ...), les barrages (p.53-82), l'eau en bouteille (p.108) ... Le principal thème est celui de l'accaparement. Il s'agit de diaboliser la place des personnes privées dans la gestion de l'eau.

Les axes généraux

Ce livre a plusieurs axes généraux:

L'importance du contrôle de l'eau

D'abord, que de nombreux conflits, si ce n'est tous, sont liés à l'eau et à son contrôle. Le livre commence ainsi par une citation célèbre du vice-président de la Banque Mondiale Ismail Serageldin en 1995 : "If the wars of this century were fought over oil, the wars of the next century will be fought over water."

Elle réécrit ainsi l'Histoire avec cette grille d'analyse. Par exemple, elle présente le conflit israélo-palestinien ainsi (p.7-9 ; p.85 et s.). De même L'apparition de Boko Haram, qui serait causée par la diminution du lac Chad. (p.26)

Évidemment sa réécriture est défavorable à Israël.

Psychologisation et mythologisation

C'est une des particularités de Vandana Shiva, tout est le signe d'une culture. Ainsi, elle écrit élabore une présentation des fontaines publiques comme la marque d'un rapport à l'eau différents des indiens et des occidentaux :

On the train from Delhi to Jaipur, we were served bottled water, where Pepsi’s water line Aquafma was the brand of choice. On the streets of Jaipur, there was another culture of water. At the peak of drought, small thatched huts called Jal Mandirs (water temples) were put up to give water from earthen water pots as a free gift to the thirsty, Jal Mandirs are a part of an ancient tradition of setting up Piyaos, free water stands in public areas. This was a clash between two cultures: a culture that sees water as sacred and treats its provision as a duty for the preservation of life and another that sees water as a commodity, and its ownership and trade as fundamental corporate rights.

The culture of commodification is at war with diverse cultures of sharing, receiving, and giving water as a free gift. The nonsustainable, nonrenewable, and polluting plastic culture is at war with civilizations based on soil and mud and the cultures of renewal and rejuvenation.

Imagine a billion Indians abandoning the practice of water giving at Piyaos and quenching their thirst from water in plastic bottles. How many mountains of plastic waste will it create? How much water will that dumped plastic destroy ? (p.7)

Visiblement elle n'a pas entendu parler de l'eau courante et des stations d'épurations, ni visité n'importe quelle grande ville européenne, ou bien été dans n'importe quels sanitaire en France (où l'eau sort gratuitement du robinet, quelle magie).

Notez comment elle romantise, au lieu de dire "fontaines publiques", elle écrit "practice of water giving at Piyaos".

Diabolisation du capitalisme

Comme toujours elle diabolise le capitalisme :

"The survival of people and democracy is contingent on a response to the double fascism of globalization—the economic fascism that destroys people’s rights to resources and the fundamentalist fascism that feeds on people’s displacement, dispossession, economic insecurities, and fears." (p.10)

Elle pratique ensuite une inversion victimaire, commune à gauche, consistant à imputer le terrorisme au capitalisme, déresponsabilisant l'islamisme (encore) :

"On September 11, 2001, the tragic terrorist attacks on the World Trade Center and at the Pentagon unleashed a “war against terrorism” promulgated by the US government under George W. Bush. Despite the rhetoric, this war will not contain terrorism because it fails to address the roots of terrorism—economic insecurity, cultural subordination, and ecological dispossession."

Cette technique d'assimiler le capitalisme à du "terrorisme" revient plusieurs fois. On la devine d'abord dans son charabia (p.8-10), puis elle l'explicite :

Elle va même plus loin, se faisant l'écho d'une accusation de "génocide" à propos de barrages. (p.77)

Elle arrive même à déplorer l'assèchement de la mer d'Aral ("The Aral Sea, the world’s fourth-largest freshwater body, has been ruined by unsustainable agricultural activity." p.116). Évidemment, elle ne précise pas. Logique, le responsable était ... l'Union soviétique.

On retrouve aussi l'instrumentalisation du dérèglement climatique pour attaquer les individus (on parlerait de "weaponization") :

"By refusing to sign the Kyoto protocol, President Bush is committing an act of ecological terrorism on numerous communities who may very well be wiped off the earth by global warming." (p.11)

"Seen from the perspective of water, every violation of the water cycle is an act of war and violence against the Earth and life itself." (p.14)

Elle diabolise directement les organisation qu'elle rattache au capitalisme, comme la Banque Mondiale. ("Not only has the World Bank played a major role in the creation of water scarcity and pollution" p.97) Monsanto revient régulièrement, même si on ne comprend pas toujours ce qu'elle lui reproche. Elle évoque un partenariat avec la Banque Mondiale, une joint venture avec Tata, des investissements en aquaculture en Asie (p.97-98), mais au final rien de concret ou de significatif.

Elle diabolise les partenariats public-privé

La diabolisation du capitalisme passe aussi par sa caricature : "The market paradigm sees water scarcity as a crisis resulting from the absence of water trade." (p.40) Elle continue de caricaturer la gestion de l'eau des pays capitalistes p.48.

Par opposition, elle monte au pinacle le système de gestion de l'eau indien (ex: p.51-52), qui comme on le sait est un exemple d'égalitarisme et d'équité (non). Plus largement elle promeut les gestions purement politiques : "For a long time, water was under community control. Throughout the world, complex water-conservation and water-sharing systems ensured sustainability and accessibility to all. Community control meant that water was managed locally and as a common resource."

Ainsi, pour elle la gestion de l'eau "capitaliste", ne peut pas être améliorée par une réglementation plus intelligente. C'est là que le discours qui peut être raisonnable (les catastrophe qu'elle décrit, si elles sont fondées, sont effectivement problématiques) devient mystique.

Il ne s'agit plus de résoudre un problème, mais de purifier la Terre d'une perversion.

Diabolisation de l'usage de l'eau

Les usages industriels de l'eau sont présentés contre un acte contre-nature : "Every non sustainable human activitu disrupt the earth's potential for renewing life's processes, we disrupt the water cycle and water pathways. Seen from the perspective of water, every violation of the water cycle is an act of war and violence against the Earth and life itself." (p.14)

Exagération de "la crise de l'eau"

La problématique de l'eau est très locale. Vous pouvez manquer d'eau à un endroit et en avoir trop 200km plus loin. De même, vous pouvez avoir beaucoup d'eau et manquer d'eau potable.

Ici, comme souvent, c'est essentialisé : "Everyone agrees that the world is facing a severe water crisis. Water-abundant regions have become water scarce, and waterscarce regions face water famines." (p.40)

Industrie et eau

Elle parle beaucoup des dégats causés par l'extraction minière et forestière sur la gestion de l'eau.

Du stockage de l'eau

On retrouve déjà une contestation (implicite) du fait que l'eau arrivant à la mer serait "perdue". (p.69)

Diabolisation de l'irrigation

L'irrigation industrielle est diabolisée tout du long du livre. Le chapitre 5 y est consacré.

Au contraire, l'irrigation artisanale est présentée comme idéale. (ex : p.124)

Pseudo-alternative et agriculture industrielle

Vandana shiva reprend plusieurs diabolisations de l'agriculture industrielle : "Industrial agriculture destroys the water-holding capacity of soil. [...] Not only has chemical agriculture mined and wasted groundwater, it has also mined soil fertility and contributed, in great part, to climate change. Chemical fertilizers destroy the living processes of the soil and make soils more vulnerable to drought. Chemical fertilizers also produce nitrogen oxygen, a greenhouse gas that is 300 times more potent than carbon dioxide." (p.20)

Elle reproche également à l'agriculture de produire des "nutritionally empty commodities".

La solution est "biodiversity-based organic farming systems" (p.20).

Plus loin on retrouve aussi les délires sur la génétique agricole : "The delusional corporations have not “invented” climate-resilient traits in seeds. They have simply pirated the traits from farmers’ varieties." (p.22)

Fifteen hundred patents on climate-resilient crops have been taken out by big biotech. Navdanya/Research Foundation for Science, Technology, and Ecology, have published the list in the report “Biopiracy of Climate Resilient Crops: Gene Giants Steal Farmers Innovation.” With these very broad patents, corporations like Monsanto can prevent access to climate-resilient seeds in the aftermath of climate disasters through patents—which grant an exclusive right to produce, distribute, sell the patented product. Climate-resilient traits are not created through genetic engineering, they are pirated from seeds farmers have evolved over generations."

Diabolisation de l'agriculture intelligente

Elle diabolise aussi les solutions d'agriculture intelligente ("to not allow the establishment of soil and climate data monopolies under the garb of climate-smart agriculture. [...] Monsanto now owns the world’s biggest climate data and soil data corporations. Armed with proprietary big data, Monsanto is ready to profit from a crisis once more. [...] The Gates Foundation and the fertilizer and biotech industry—the Exxons of agriculture—joined hands at the Paris climate summit to push the false solution of climate-smart agriculture." (p.21).

Diabolisation des OGM

Elle dénigre évidemment les OGM (p.120 et s.).

Elle prétend que ça serait impossible en adoptant un ton docte, comme si elle était un observateur neutre : "Second, drought resistance is a complex, multigenetic trait, and genetic engineers have so far not been successful in engineering plants that possess it. In fact, the GM crops currently in the field or in labs will aggravate the water crisis in agriculture." (p.120)

Le riz doré, qui ne marcherait pas, est aussi présenté comme la preuve que les OGM ne seraient pas une réponse.

Autres thématiques

Au fil du livre, l'activiste développe de nombreux autres aspects de la pseudo-écologie.

Ésotérisme

Le discours de Vandana Shiva est souvent ésotérique :

Tout le chapitre 7 y est même dédié : "The Sacred Waters"

Elle y développe une vision ésotérique de l'eau, participant à créer une incarnation de plus de "la nature divinisée".

"Démocratique"

L'idée que la gestion de l'eau devrait être "démocratique" ressort souvent. Ex :

C'est une rhétorique qui n'est pas sans faire penser à la rhétorique soviétique.

Emploi

C'est une des conneries qu'on voit parfois passer à l'extrême gauche : il faudrait protéger les emplois improductifs. Ainsi un argument qu'elle mobilise pour dire que les services gérés publiquement sont mieux que les services privatisés est de dire : "Not only does privatization affect people’s democratic right to water, it also affects the livelihoods and employment rights of those who work in municipalities and local water and sanitation systems. Public systems worldwide employ five to ten employees per 1,000 water connections, while private companies employ two to three employees per 1,000 water connections" (p.99)