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Le pitch de vente complotiste de Reporterre

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En mai 2024 j’ai remaqué ce pitch en bas des pages Reporterre, qui tente de vendre le fait de donner au journal. Analysons-le. Il se divise en deux temps : le premier qui vendre la solution Reporterre en général et le second qui va amener l’appel à l’action. C’est surtout le premier qui nous intéresse.

Premier temps : « il faut soutenir Reporterre face au complot climatosceptique »

Problème

Le pitch commence avec une problématisation pour accrocher le lecteur.

Ici ils ont choisi deux choses : d’une part une entrée qui prend à contrepied (« nous avons eu tort ») et d’autre part une histoire.

Il présente une idée dont la perversion apparaîtra dans la partie suivante : l’information devrait suffire à ce que les gens fassent ce que Reporterre pense être juste.

Cela s’inscrit dans la « posture du sachant » : eux savent et, si elle savait, la population les rejoindrait.

Néanmoins, ils auraient réalisé que ce ne serait pas le cas en raison d’un « diable ».

Nous avons eu tort.

Quand nous avons créé Reporterre en 2013, nous pensions que la question écologique manquait de couverture médiatique.

Nous nous disions qu’il suffirait que la population et les décideurs politiques soient informés, que les journaux et télévisions s’emparent du sujet, pour que les choses bougent.

Nous savons aujourd’hui que nous avions tort.

Le diable faisant obstacle

Le progès écologique serait en fait bloqué par un diable : les ultra-riches climatosceptiques, qui seraient au pouvoir.

Les connaisseurs auront reconnu le vieux principe chrétien : soit ils ne savent pas, soit ils sont pécheurs.

Et vu les efforts d’information sur le Christ, si tout le monde n’y croit pas, c’est forcément l’action d’un diable qui l’empêche.

En France et dans le monde, l’écrasante majorité des médias est désormais aux mains des ultra-riches.

Les rapports du GIEC sont commentés entre deux publicités pour des SUV.

Des climatosceptiques sont au pouvoir dans de nombreuses démocraties.

Le chevalier

Il présente ici l’incarnation objectivée : une presse indépendance de toute pression économique. C’est son positionnement, sa proposition de valeur.

Nous savons aujourd’hui que l’urgence écologique n’a pas besoin de presse  : elle a besoin d’une presse indépendante de toute pression économique.

Cela s’inscrit, encore, dans la diabolisation du capitalisme qui corromprait l’impartialité du traitement de l’information avec sa « pression économique ».

Nous

Ensuite il se présente comme étant une bonne incarnation de cette solution idéale.

On voit ici un élément central de l’économie du militantisme : la prétention au désintérêt. Ici il prétend être « indépendant de toute pression économique » et une « structure à but non lucratif ».

Chez Reporterre, nous faisons le choix depuis 11 ans d’un journalisme en accès libre et sans publicité.

Notre structure à but non lucratif, sans actionnaire ni propriétaire milliardaire, nous permet d’enquêter librement. Personne ne modifie ce que nous publions.

Il insinue que le besoin de dons n’est pas une « pression économique ».

Il va présenter son mode de gestion, « à but non lucratif » (il est effectivement géré par une association) comme une garantie, alors que c’est un mode de fonctionnement opaque qui est idéal pour dissimuler la structure de décision d’une organisation. Je n’ai d’ailleurs rien trouvé sur son fonctionnement.

Ceci, alors même qu’on sait que Hervé Kempf, le directeur, est un militant anticapitaliste et que Reporterre est un des principaux « journaux » anticapitalistes en France !

Ainsi, le fait qu’il s’agisse d’un organe de propagande embauchant 15 journalistes en CDI est dissimulé derrière la diabolisation d’une presse possédée par des milliardaires (on retrouve la diabolisation du capitalisme au passage).

Notons d’ailleurs que l’association avait près de 2M€ de disponibilités en 2022 et un bénéfice de 253 500€ pour un chiffre d’affaires de 1,72M€. C’est lucratif le désintérêt … Et c’est sans parler des milliards d’euros générés par l’économie militante en général à laquelle contribue le journal.

Second temps : « Soutenez Reporterre »

Une fois qu’il a présenté Reporterre comme la solution à l’inaction climatique, il faut encore faire payer les gens. C’est l’objet du second temps de son pitch.

Problématisation

On recommence avec la problématisation.

Ici, c’est le prix de la production du journal qu’il met en avant et valorise.

Mais ce travail a un coût.

Celui des salaires de nos 26 journalistes et salariés.

Celui des reportages menés sur le terrain, au plus près des luttes.

Celui des centaines de milliers de lettres d’info envoyées chaque semaine pour vous informer.

Approche

Cette fois, la solution n’est pas le journal, c’est le lecteur.

Cela permet de doucement faire percuter au gens qu’ils vont devoir ouvrir leur porte monnaie. On les flatte par anticipation : « Si vous faites partie de nos donateurs, vous appartiendrez à cette fabuleuse espèce de personnes qui nous ont donné du pognon. »

Il s’agit aussi d’introduire le « nous » (« nous travaillons pour vous »), l’idée d’une communauté d’intérêt.

En 2023, 39 257 donateurs ont soutenu Reporterre : ces dons représentent 98% de nos revenus.

Du plus modeste au plus important, ils sont les garants d’un travail journalistique sérieux et indépendant, capable de faire avancer la cause écologique.

Quels que soient vos moyens, nous travaillons pour vous.

Appel à l’action

On finit par un appel à l’action, qui met bien l’accent sur le « nous ». Vous devinez ici l’importance de la dimension communautaire de la pseudo-écologie : il s’agit de donner le sentiment qu’on appartient à la même communauté.

Cela permet, entre autres, de favoriser la prodigalité.

Ensemble, nous pouvons agir.

Si vous le pouvez, choisissez un soutien mensuel, à partir de seulement 1 €. Cela prend moins de deux minutes, et vous aurez chaque mois un impact fort en faveur d’un journalisme indépendant dédié à l’écologie. Merci.