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Manif anti « Giga bassines » dans le Puy de Dôme (11/05/2024)

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Il y a eu une manifestation des collectifs « anti-bassines » dans le Puy de Dôme le 11 mai 2024. Je vais ici commenter la couverture médiatique et les discours des leaders écologistes : Benoit Biteau, Marine Tondelier et Marie Toussaint.

Benoit Biteau

Parce que si l’Allier est haute, c’est la même face de la même pièce, c’est-à-dire que, si on a des niveaux trop hauts dans l’Allier, si on a des inondations, c’est parce qu’on a déréglé le grand cycle de l’eau.

Et donc le sujet, c’est pas de faire du stockage de l’eau qui nous exonère de revisiter l’aménagement du territoire et de repenser le grand cycle de l’eau, c’est de réaménager le territoire pour que l’eau, quand elle est en excès, puis s’étendre sur des zones d’épandage de crue, être ralenties, être retenues et pouvoir s’infiltrer dans les nappes. Et quand l’eau est stockée dans les nappes, parce que c’est le seul vrai bon stockage de l’eau, c’est le stockage souterrain, on peut satisfaire tous les usages.

Et si aujourd’hui on a l’Allier trop haute ou parfois des inondations, c’est parce qu’on a négligé l’aménagement du territoire, qu’on a fait des autoroutes de l’eau pour toujours évacuer l’eau plus vite vers la mer et on s’étonne après qu’il n’y a plus assez d’eau au moment où on en a besoin pour satisfaire tous les usages.

Et c’est les mêmes ! C’est ceux qui ont effacé les méandres des cours d’eau, c’est ceux qui ont effacé les zones humides qui peuvent stocker l’eau, c’est ceux qui ont arraché les arbres, arraché les haies qui aujourd’hui hurlent à la mort en disant ‘regardez toute cette eau qui part à la mer, elle serait mieux dans des bassines. Et bien cette eau elle serait mieux dans des nappes souterraines. »

La perversion de la nature par l’Homme

Il accuse quelqu’un « on » d’être responsable des inondations de l’Allier et d’avoir « déréglé le grand cycle de l’eau« . On parle en principe de « grand cycle de l’eau » pour le distinguer du « petit cycle de l’eau », qui désigne le cycle du prélèvement à la restitution. Le terme m’avait interloqué, parce qu’il l’utilise plusieurs fois et que sont intonation est étrange. En outre, je n’avais jamais entendu l’expression : on parle toujours de cycle de l’eau. Même Wikipedia ne fait pas la distinction, parlant simplement de cycle de l’eau, sans parler du « petit ».

Or, le discours autour de la « dérégulation » du cycle de l’eau a un aspect mythologique, le cycle de l’eau devenant ainsi l’un des avatars de la nature divinisée. Le fait de troubler cet ordre divin entraînerait les catastrophes. Comment, pourquoi ? Ce n’est évidemment pas précisé.

Ainsi, l’insistance du terme « grand » peut avoir pour rôle de renforcer cet aspect mystique, qui permet de soustraire le sujet à la raison.

On trouve encore le registre la pseudo-alternative : laisser l’eau en sous-sol, sans qu’on sache pourquoi à part la « naturalité » de la chose. En disant ceci, il oblitère totalement la raison d’être des bassines : optimiser la ressource en eau lorsque les nappes sont pleines.

« Les mêmes »

Ce discours (quasi ?)théologique culmine dans l’accusation de pêcheurs indéfini qui aurait « effacé les méandres des cours d’eau » etc. Il diabolise des entités indéfinies et dirige cette diabolisation vers les agriculteurs tentant de construire la bassine en question, voire les agriculteurs tout court.

Marine Tondelier sur RMC

Ce projet de mégabassine, c’est une histoire d’accaparement. C’est un modèle agricole qui nous emmène dans le mur parce qu’il consomme beaucoup trop d’eau hein, pour faire du maïs en plus, pas pour l’alimentation humaine et même pas pour la France puisque la plupart est exportée et on n’a plus assez d’eau pour faire ça, alors qu’on est quand même dans le Puy-de-Dôme qui est assis sur des nappes phréatiques, sur Volvic qui a jamais pensé avoir des problèmes d’eau et cette plaine de la Limagne dont vous parlez, c’était un ancien marécage. Et même là, ils nous ont foutu en l’air les ressources en eau.

Et au lieu de se dire qu’on arrête et qu’on va peut-être faire autrement, et bah nan ils nous construisent des méga bassines. Alors c’est l’équivalent de 2 300 000m3 d’eau qui seraient stockés là, c’est l’équivalent de 613 piscines olympiques, alors même pour ceux qui aiment les jeux olympiques, ça n’a rien à voir, c’est juste de l’eau qu’on vous prend.

Et donc quand il y aura des arrêtés sécheresse, qui seront peut-être même anticipés parce que ça dérègle le cycle de l’eau tout ça, donc il y a encore plus de problème de sécheresse.

Quand il y aura des arrêtés sécheresse, vous vous n’aurez pas le droit de remplir la petite piscine de vos enfants de vos petits enfants, vous pourrez pas laver votre voiture, vous pourrez pas arroser votre jardin, eux, qui ont capté de l’eau pendant l’hiver, ils pourront continuer à l’utiliser parce qu’ils se la seront accaparée et c’est quelque chose qui est vraiment pas possible en 2024 d’entendre.

Une histoire d’accaparement

Le propos de Marine Tondelier tourne autour de la rhétorique anticapitaliste de l’accaparement. Il s’agit d’agiter les foules en leur faisant sentir qu’on leur prend quelque chose. La fin est caricaturale, avec son évocation d’arrosage de jardin et de petite piscine, un peu comme si cette privation était un trouble inadmissible, et si les bassines en seraient la future cause.

Pour vendre cela, elle va dramatiser le manque d’eau en se prétendant raisonnable (« on n’a plus assez d’eau pour faire ça ») et prétendre que la présence de nappes phréatique devrait, par nature, nous en protéger. Elle se contredit évidemment, puisque la nappe ne protège en rien de la sécheresse en surface et que la « bassine » a justement pour objet de le permettre.

Ensuite elle prétend que « ils » ont « foutu en l’air les ressource en eau. » Encore une fois, on ne sait pas qui précisément ou même ce que ça veut dire.

Enfin, elle diabolise les bassines en les accusant de « dérègler le cycle de l’eau » et d’augmenter les sécheresses, ce qui est un des coeurs de la désinformation pseudo-écologiste sur le sujet. Elle s’appuie implicitement sur un élément de langage récurrent, la fallacie de l’effet rebond. Elle est importante pour l’emprise créée sur ses croyants, dans la logique de la novlangue orwelienne : l’irrigation, c’est la sécheresse.

L’absence de rationnalité de son discours apparait avec une navrante évidence lorsqu’elle parle avec négligence « le cycle de l’eau tout ça ».

Cultures impures

Le motif de l’irrigation, qui serait d’irriguer du maïs (à confirmer) semences est présenté comme un gaspillage, un peu comme si ces semences ne serviraient à nourrir personne et comme si leur exportation était un péché leur déniant le droit d’être cultivées.

Pseudo-alternatives

Dans son discours le registre des pseudo-alternatives est seulement implicite, derrière « au lieu de se dire qu’on arrête et qu’on va peut-être faire autrement ».

Marine Tondelier sur BFMTV

« C’est contre productif. C’est-à-dire que les méga-bassines, elles aggravent, quand elles vont pomper dans les nappes phréatiques ou là dans l’Allier, elles aggravent le problème de l’eau. L’Allier […] son débit baisse, notamment en 2023, si les bassines avaient déjà existé […], ils n’auraient pas pu remplir les bassines de moitié tellement il y avait pas d’eau dans l’Allier.

C’est-à-dire que les années où vraiment vous en avez besoin de vos bassines parce qu’il y a de la sécheresse, bah vous pouvez pas les remplir. Et par ailleurs les hivers où vous vous dites ‘tiens, c’est une ressource à profusion, il y a plein d’eau dans l’Allier, captons la, vous aggravez les problèmes futurs.

Parce que l’Allier, ça va à la mer, donc vous vous dites ‘bah quitte à ce que l’eau aille à la mer, autant la garder’, sauf que le débit de l’Allier est hyper important. Le débit de l’Allier il est important pour le rechargement des nappes phréatiques, parce que par les bassins alluvionaires, tout ça communique, et c’est aussi important pour plein d’autres espèces, pour le saumon par exemple.

Est-ce que vous savez ce qu’est la dévalaison des saumons. Les saumons le printemps ils remontent, vous savez, les rivières, les fleuves, les cours d’eau pour aller se reproduire et les juvéniles, à l’hiver, quand ils ont assez de force, ils font le grand trajet pour descendre jusque la mer. Et pendant plusieurs jours, ils ne mangent plus, parce qu’en fait c’est le temps qu’il faut pour atteindre la mer, mais aussi à leur organisme pour se transformer d’un organisme qui vit dans l’eau douce à un organisme qui vit dans l’eau salée. Et ce trajet, évidemment, plus il y a de débit, plus il est rapide, moins il leur demande d’effort. Quand le débit est rétréci et ce projet affectera le débit de l’Allier, vous empêchez des saumons d’arriver vivant jusqu’à la mer, alors que les stocks de saumons comme ça, sauvages, ça devient quand même critique en France.

Et puis le sol, le limon, c’est plein de limon, de vase qu’il faut remuer un peu et quand il y a du débit l’hiver, ça permet de nettoyer aussi ces écosystèmes pour que les sédiments se rechargent et il y a une vie incroyable qui participe à l’écosystème de l’Allier. Ces fleuves, ces rivières sont en train de creuver et avec ces projets, on amplifie ça. C’est hyper grave. »

Il y a un seul point d’intéressant à commenter dans ce passage, c’est la prétention qu’elle a à démontrer l’effet « contre productif » des bassines … sans rien démontrer. Les trois premiers paragraphes n’ajoutent absolument rien. Quant au fait que les bassines n’auraient pas pu être remplies de moitié en 2023, cela démontre au contraire que ce sont des outils qui s’adaptent aux circonstances.

Le reste est simplement une loghorrée insensée utilisant la technique du « millefeuille argumentatif », la multiplication d’arguments sans queue ni tête pour étouffer la contradiction. Toute perturbation humaine est présentée comme intolérable, c’est bien qu’on est dans le registre du dénigrement simple et pas dans l’argumentation à proprement parler.

Marie Toussaint et Libération

Marie Toussaint a partagé un article de Libération. On note deux références intéressantes :

  • « Le vivant« , qui est un des termes utilisés comme avatars de « la nature » conçue comme une sorte de divinité.
  • La promotion du « bon sens paysan » opposé à la science technocratique est une des composantes du populisme pseudo-écologiste, qu’on voit aussi beaucoup chez Vandana Shiva.

Maintenant commentons l’article lui-même.

Les faits : la manifestation

Il y aurait eu plusieurs milliers de personnes (4 000 selon les autorités et 6 500 selon les organisateurs) qui se seraient mobilisé le 11 mai autour des 14 hectares censés accueillir un jour un des deux sites. le cortège compterait « des familles avec leurs enfants, des groupes de jeunes militants mais aussi beaucoup d’agriculteurs retraités et de proches du monde paysan ». « Bassines non merci 63 (BNM), la Confédération paysanne, Extinction Rebellion, les Faucheurs volontaires et les Soulèvements de la Terre ont pris la parole avant que la marche s’élance ». Le projet porté par 36 agriculteurs d’une retenue d’eau de 2.3M m3 d’eau n’a pas encore été déposé. Un autre de 18ha n’a pas défini son lieu.

Un article de BFMTV est plus prolixe sur le dispositif policier mis en oeuvre.

« Restaurer le vivant »

Le mot d’ordre, titre, semble être de « restaurer le vivant ». Des militants auraient entrepris de planter « noisetiers, chênes, framboisiers, érables, ormes, bref tout ce qui pourrait constituer une haie autour de cette immense parcelle », choix promu par Ludovic Landais, porte-parole de la Confédération paysanne locale, comme une « plantation symbolique pour montrer que nous ne souhaitons pas détruire. Ce qu’on veut, c’est restaurer le vivant« . Il se défend d’être simplement « anti-irrigant » et qu’il faudrait simplement « flécher l’usage de l’eau pour moins d’exportations, diversifier ce qui est cultivé dans la plaine de la Limagne. »

Comme signalé plus tôt « le vivant » est une sorte d’invocation, un discours quasi-religieux pour invoquer un avatar de la Nature. Ici on voit surtout qu’il construit un discours de justification, il fait de son action « symbolique », qui est d’ailleurs une dégradation, la preuve qu’ils ne veulent pas « décrire ». On voit une tentative de définir un narratif, une histoire où il y aurait des gens qui détruisent et d’autres qui restaurent le vivant. C’est un des narratifs centrals de la pseudo-écologie, qui va justement diaboliser ses cibles en les présentant comme « destructeurs du vivant ».

Dégradations et discours de justification

Cette dimension justificatrice ressort plus clairement dans le second chantier. Ce dernier, encore une « action symbolique« , cette fois selon un géographe et militant de BNM 63, consistait à boucher un drain avec des branchages, demandant à « Restaurer les zones humides, comme reméandrer les cours d’eau et combler les drainages profonds permettrait de ralentir le cycle de l’eau. Il nous paraît plus judicieux de soutenir politiquement et financièrement cette restauration que la solution de court terme que sont les mégabassines. » Ces espaces seraient des « lieux naturels de stockage de l’eau.« 

La dégradation est ici plus évidente, n’ayant pas le vernis de positivité du fait de planter des arbres, et on voit d’autant mieux l’importance de l’acte précédent pour anticiper l’objection : mais non ils ne détruisent pas, ils restaurent le vivant. Il s’agit ici d’anéantir sa responsabilité, de sorte à non seulement échapper aux condamnations, mais surtout à pouvoir diaboliser les réactions légitimes « opressant » ce bel élan …

On est aussi évidemment dans le registre de la pseudo-alternative : il s’agit de sortir une « solution » (probablement) absurde, dont il est impossible de démontrer facilement l’absurdité. On retrouve aussi l’éloge de la Nature, qui ferait parfaitement les choses. Cela permet de renforcer le discours de déresponsabilisation.

On a tout de même ensuite le point de vue de Limagrain, avec qui travaillent les agriculteurs futurs irrigants, qui rappelle la nécessité de produire de la nourriture et d’ « irriguer lorsque cela est nécessaire » . Ce passage semble perdu au milieu des narratifs militants.

Festivités

Les forces de l’ordre ne sont pas intervenus et « le mot d’ordre d’une «randonnée festive et pédagogique» n’a pas été balayé. » On retrouve également cette idée dans le titre de l’article de BFMTV : « Une « randonnée festive pour la défense de l’eau »