50. 13 avril 2019 : « L’affaire du Levothyrox illustre une confusion entre “consensus scientifique” et “consensus réglementaire” »

Cette page fait partie du corpus d’articles (annexe 1) utilisés pour écrire le livre Stéphane Foucart et les néonicotinoïdes.

Je relate ici les propos du journaliste dans « L’affaire du Levothyrox illustre une confusion entre “consensus scientifique” et “consensus réglementaire” ».


Le 4 avril est parue dans la revue Clinical Pharmacokinetics une étude donnant une « une explication pharmacologique aux troubles déclarés par des malades de la thyroïde, après leur passage à la nouvelle formule du Levothyrox. »

Le laboratoire Merck avait en effet changé la formulation d’un médicament contre les troubles de la thyroïde, le Levothyrox. Des « dizaines de milliers » de patients l’utilisant ont déclaré de nouveaux effets secondaires.

Toutefois, « une part du corps médical, les sociétés savantes impliquées et les autorités font pourtant valoir qu’aucun effet indésirable ne peut être attribué à la nouvelle formule, puisqu’un consensus scientifique certifie son équivalence à l’ancienne. »

Néanmoins, il ne s’agirait pas d’un consensus scientifique, mais d’un consensus réglementaire. S. Foucart le définit en ces termes :

« Un consensus réglementaire repose, lui, sur les avis d’agences d’expertise qui jugent de la conformité d’un produit à la réglementation en vigueur. Ce sont des avis souvent anonymes, non soumis à l’examen des pairs, fondés sur des données généralement confidentielles et inaccessibles à la critique, produites et interprétées par les industriels eux-mêmes. »

Cette « science » serait souvent convoquée, dans les controverses sanitaires ou environnementales, pour « réduire au silence les protestataires » :

« « C’est autorisé, donc la Science nous garantit que cela ne présente pas de risques » est un slogan bien commode, mais qui ignore un corpus immense de travaux d’historiens et de sociologues des sciences. »

En effet les scandales sanitaires, par exemple au chlordécone, DDT, PCB, NNI ou le chlorpyriphos montrent qu’une substance jugée sure par les autorités réglementaires peut être en réalité très toxique. De même, un rapport du Parlement européen monterait que « l’essentiel de la réglementation européenne n’intègre pas les connaissances scientifiques sur les perturbateurs endocriniens, pourtant acquises depuis plus de vingt ans. »

Cette utilisation à mauvais escient de l’autorité de la science nourrirait le relativisme :

« Car si l’on vous a persuadé que la réglementation est la science, pourquoi, lorsqu’il est évident que la première se trompe si souvent, continueriez-vous à faire confiance à la seconde ? »