45. 28 avril 2018 : Néonicotinoïdes : « L’interdiction intervient alors que les dégâts sont immenses et en partie irréversibles »

Cette page fait partie du corpus d’articles (annexe 1) utilisés pour écrire le livre Stéphane Foucart et les néonicotinoïdes.

Je relate ici les propos du journaliste dans « Néonicotinoïdes : « L’interdiction intervient alors que les dégâts sont immenses et en partie irréversibles » ».


La Commission européenne aurait annoncé le 27 avril que les trois NNI ayant fait l’objet du moratoire en 2013 (imidaclopride, clothianidine et thiaméthoxame) seraient interdits dans tous leurs usages extérieurs.

Foucart critique néanmoins la tardiveté de cette décision, qui signalerait une « grave catastrophe réglementaire ». En effet, comme le rappelle l’apidologue Gérard Arnold, des apiculteurs signalaient des troubles graves dès 1994, dont était déjà suspecté l’imidaclopride. Il fallut néanmoins attendre 7 ans que le ministre de l’Agriculture d’alors (Jean Glavany) forme un groupe d’experts : le Comité scientifique et technique de l’étude multifactorielle des troubles des abeilles (CST). Ce dernier rendit ses conclusions en 2003, accusant ce même NNI et relevant des manques dans l’évaluation des risques pour les AMM. (Doucet-Personeni et coll. 2003) Cela aurait pu marquer « le début de la fin de la controverse », toutefois les « sociétés agrochimiques » auraient utilisé « la boite à outils des cigarettiers pour retourner la science contre elle-même et semer le doute ».

Ce n’est que 8 ans après, que la Commission européenne demanda à l’EFSA d’approfondir le sujet. Son rapport, publié en 2012, serait cohérent avec celui du CST et relèverait également les déficiences de l’évaluation des risques pour l’AMM. Le moratoire décidé en 2013 ne visait néanmoins que 3 NNI, pour une durée et des usages limités.

Ce ne fut qu’un 2018, soit 24 ans après les premières alertes, que l’EFSA aurait interdit « pour de bon » les 3 NNI. Entretemps, toute l’entomofaune aurait dégringolé, comme l’a noté une étude allemande publiée en octobre 2017 (Hallman et al. 2017) selon laquelle « les populations d’insectes volants pourraient avoir diminué, en Europe, de près de 80 % au cours des trois dernières décennies ».