Mélenchon, nucléaire et panneaux luminescents [2025-08-29]

Publié le 20/11/2025

Par Alexandre

Jean-Luc Mélenchon nous a encore accordé une masterclass énergétique avec sa dernière grande idée : les panneaux luminescents. Détaillons un peu son propos.

Le soutien aux panneaux chinois

JLM commence par expliquer qu'il faudra acheter des panneaux chinois (sans l'expliciter évidemment) en présentant un étrange argument :

Les deux énoncés semblent ridicules. Néanmoins cela donne à son audience le sentiment qu'il sait beaucoup de choses. Quant à l'origine chinoise des panneaux, le fait de la présenter aussi positivement peut traduire le fait qu'ils n'ont pas trouvé d'alternative, ou bien dans l'affinité avec la Chine, qui s'est récemment manifestée notamment chez Aurélien Trouvé et Sophie Chikirou.

Nous allons acheter des panneaux photovoltaïques là où ils se produisent. Parce que si nous devions le faire nous-même, en ce moment, compte tenu de la situation, il nous faudrait mettre sur la table 1.5 milliards d'euros tous les deux ans parce que tous les deux ans le mode de production change et les panneaux coutent moins cher.

Un photovoltaïque moins cher que le nucléaire

Aujourd'hui le photovoltaïque coute moins cher que le nucléaire. Bien moins cher !

C'est la désinformation classique sur le prix des énergies. Je vous renvoie à notre présentation ci-contre.

La nouvelle lubbie : les panneaux luminescents

Ensuite, Jean-Luc Mélenchon nous parle de sa dernière idée : les panneaux luminescents !

Et les panneaux photovoltaïques sont en train de se débarasser progressivement des matériaux rares qu'ils contenaient jusqu'à présent. Et nous autres les Français nous avons les brevets, dont j'espère qu'EDF les a gardés parce que moi j'ai de la mémoire si eux ils en ont pas. Ce sont les panneaux luminescents. J'étais président du comité de soutien de l'entreprise qui commençait à en produire quand, tout d'un coup, pour des raisons qui n'appartiennent qu'à EDF, ils ont décidé d'arrêter la chaîne. Luminescent, ça veut dire qu'il n'y a même pas besoin de soleil pour les faire fonctionner. Il suffit qu'il y ait de la lumière.

Cette technique de sortir une technologie de son chapeau qui résoudrait le problème ou une grande partie, c'est la stratégie de la pseudo-alternative. Elle peut avoir plusieurs logiques. Dans la sphère complotiste, par exemple, le "moteur à eau" ou l'énergie infinie sont les bases qui servent à construire le narratif (les industriels refuseraient ces inventions parce qu'elles contrediraient leurs intérêts).

Ici c'est plus pour construire l'idée qu'il serait possible de se passer de nucléaire. Au passage, ça donne l'air savant. De manière systématique, ce genre de discours négligent une réalité simple : si ça marchait, il y aurait des industriels qui en feraient. Qu'ils soient du secteur ou qu'ils viennent d'ailleurs, il y a toujours de l'argent pour les solutions rentables.

Avant d'approfondir, dégageons ces éléments :

Mais parlons spécifiquement de la luminescence. Peut-être qu'il a pour une fois repris une idée de technologie effectivement révolutionnaire ?

Spoiler alert : non. Un article, Luminescence solar concentrators: A technology update (Casteletto et Boretti 2023), rappelle que cette technologie a 3 décennies et qu'il y en a de plusieurs sortes différentes.

Un projet notable développant cette technologie est Ubiquitous Energy, une startup californienne qui a levé 70M$. Est ... ou plutôt était : elle a fermé ou est entrée en dormance début 2024. Je n'ai pas trouvé le projet d'EDF auquel il ferait référence.

La solution : la décentralisation

En couvrant la tour nouvelle, à Marseille, de ces panneaux, on donne de l'électricité à tout le premier arrondissement. Si vous mettez la même chose sur la tour Montparnasse, idem. C'est-à-dire qu'il faut passer maintenant à une décentralisation de la production de l'énergie.

Les hydroliennes

Et pour ça il en faut les outils. Et les outils ils existent. Mais, vous savez, il y a que les bulots qui changent pas de position. Il y a martine qui ricane au premier rang, elle a raison. C'est elle qui m'expliquait ça il y a 10 ans. Je lui disais "ah mais mollo, quand même, tu comprends la grande entreprise et tout". Mais non c'est ça qu'il faut faire. Après moi je suis passé aux hydroliennes. Hydrolienne, c'est beau. En fait il y avait 100 000 moulins à eau dans ce pays. Hydrolienne c'est moulin à eau. Vous ne callez partout où il y a de l'eau qui coule ! Dans la rivière, dans ... tout ce que vous voulez. Bref !

Je n'ai pas compris la première partie. Je crois qu'il fait référence au fait qu'il faudrait une grande entreprise. Bref.

S'agissant des hydroliennes, c'est effectivement un autre de ses délires technologiques, avec l'énergie marémotrice (il ne fait pas trop la distinction je crois). S'agissant des centrales au fil de l'eau, c'est une technologie bien connue déjà très largement exploitée. Son principal problème est la biodiversité, on ne veut pas que les poissons se fassent hacher par les pales.

S'agissant des énergies marémotrice et houlomotrices, il en avait parlé à Kinshasa pour convaincre les Africains de faire cette erreur. Parce que oui, ce n'est pas une technologie viable, c'est sans doute l'une des énergies renouvelables avec le moins de perspective.

C'est une de ces pseudo-alternatives assez personnelles (je ne crois pas l'avoir vu ailleurs).

Créer de l'emploi

Pour la suite je ne retranscris pas, il dit qu'il va falloir "des milliers de gens pour poser ces panneaux" et qu'il faudra les former. Bref.

C'est un thème récurrent qui vient parler à la fibre sociale de l'auditoire, qui pense que la création d'emploi est centrale et, surtout, que le nucléaire ne crée pas d'emploi. C'est dire le niveau de la culture économique de son auditoire.