Le 30 octobre 2023, Jean-Luc Mélenchon tenait une conférence à l'Université de Kinshasa pour présenter son livre "Faites mieux". C'est l'occasion pour lui de, partant du mensonge antinucléaire, développer l'une des pseudo-alternatives : l'énergie de la mer (marémotrice / houlomotrice / hydrolienne). C'est aussi l'occasion d'illustrer la mécanique d'exploitation.
Problématisation, flatterie et désinformation antinucléaire
"Est-ce que nous ne pourrions pas avoir ensemble une université de la mer. Puisque vous avez une façade maritime. Puisque vous avez comme nous ce problème de la fourniture en énergie et que vous savez, comme nous, qu'il y a une limite à la construction des barrages hydrauliques du fait des surfaces immenses qu'ils occupent ensuite en lac.
Qu'il y a évidemment une limite à produire avec le charbon ou avec les combustibles carbonés puisqu'on contribue directement à la pagaille universelle et qu'enfin il y a le plus grand danger à utiliser l'énergie atomique car si elle est sûre les trois/quarts du temps le car qui reste elle est définitivement mortelle et il suffit de voir ce qui s'est passé à Fukushima ; et il suffit de voir ce qui s'est passé dans les autres endroits du monde où nous avons eu affaire à un accident.
Dès lors où allons-nous trouver cette énergie ? Bien sûr on parle du solaire. Vous avez de manière extrêmement habile utilisé les mini réseaux autour d'une une captation solaire et de cette manière vous avez répondu à la question de savoir par quel réseau on pouvait régler le problème de l'électrification. Certainement pas en étendant les réseaux existants, mais plutôt en en recréant sur des structures qui étant plus modestes sont plus faciles à maîtriser et à installer. Mais vous nous nous avons la même ressource accessible, on a de la chance puisqu'on a une façade maritime, c'est l'immense énergie des mers."
Cette première partie pose la problématique : les autres énergies ne font pas l'affaire. On remarque immédiatement la désinformation antinucléaire : il la présente comme "définitivement mortelle" 25% du temps, comme en témoignerait Fukushima. Or, cet accident a été causé par la conjonction d'événements rarissimes et ses seules conséquences funestes résultèrent du déplacement de population, lui-même causé par une surréaction favorisée par les antinucléaires. L'énergie nucléaire est en fait l'une des voire l'énergie la plus sûre.
Je passe sur la rhétorique mielleuse et hypocrite (le "comme nous" qui a vocation à créer l'empathie, puis la flaterie "de manière extrêmement habile").
La pseudo-alternative : l'énergie marémotrice
"Il y a en mer aussi longtemps que la Lune tournera autour de la Terre le mouvement des marées le mouvement de la houle, c'est-à-dire 366 fois l'énergie dont la Terre a besoin aujourd'hui ! Il nous suffit de nous y mettre et plus vite on s'y mettra, plus vite on règlera le problème de l'accès à l'électricité."
Ensuite, c'est une de ses marottes, il vante l'énergie produite par les marées et la houle. "Il suffit de nous y mettre" ! Sauf que non : on connait ces énergies, en témoigne la centrale marémotrice de La Rance, mise en service de 1966 avec 240MW installés ! Si c'est la moins développées des énergies renouvelables, c'est qu'elle est peu viable.
D'ailleurs plusieurs projets se sont cassés les dents en l'explorant.
Il s'agit en fait du registre de la pseudo-alternative : une proposition qui semblera intelligente aux ignorants et permettra de leur donner un objectif. Peu importe la pertinence de cette proposition : son rôle n'est pas d'être réalisée, mais de mettre en mouvement pour dénigrer une solution existante.
Notez la variation du chiffre : 3 fois sur le tweet, 366 fois dans le texte, 360 fois à la fête de l'Huma, 75 fois en 2017, etc.
Grandiloquence et diabolisation
"Car sans l'électricité nous ne pouvons pas avancer, c'est elle qui nous libère du devoir qui s'est imposé aux population tant de fois de déforester. Non pas par parce qu'il n'aime pas la forêt, mais pour l'unique raison que c'est la seule source d'énergie dont il dispose. Et que ceux qui sont coupables de cette situation, ce ne sont pas ceux qui coupent les arbres, c'est ceux qui empêchent les gens de n'avoir aucun autre moyen que celui-là de vivre. Voilà comment on doit aborder avec responsabilité les problèmes en faisant confiance à l'intelligence."
Il finit par une tirade grandiloquente imaginant un ennemi s'opposant à ses plans ( "ceux qui empêchent les gens de n'avoir aucun autre moyen que celui-là de vivre"), créant immédiatement un narratif avec une victime et un "diable".
Il finit par une ultime flatterie, insinuant que rejeter ses âneries serait n'être ni responsable, ni intelligent.
Exploitation et colonialisme
Ainsi, J-L. Mélenchon tente de faire investir un pays pauvre dans une technologie sans avenir et cela, pour servir son interêt propre : son discours antinucléaire.
C'est une illustration flagrante de la mécanique de l'exploitation : il s'agit de pousser les gens à faire de mauvaises décisions pour son propre profit.
Au regard de son audience, au peut même clairement qualifier cette démarche de coloniale.
Crédit :
- Pour la documentation des différences de chiffrages : [lien]