Un lobby décentralisé
Début décembre 2013, Barnabé Binctin a écrit pour Reporterre une série de plusieurs articles montant en épingle les risques nucléaires de la centrale de Tricastin :
- SERIE - Plongée dans la centrale la plus dangereuse de France ; archive
- SERIE - Plus de mille incidents et le record français de fissures. Tout va bien à Tricastin ; archive)
- SERIE - Tricastin : en cas d’accident nucléaire, priez ! Parce que les autorités seront dépassées ; archive
- SERIE - A Tricastin, la concentration nucléaire ne résout pas les problèmes d’emploi ; archive
- EDITO - Tricastin, le silence obstiné d’EDF; archive
Nous allons les commenter.
L'amorce, l'importance de Tricastin
Outre l'annonce des éléments suivants, le premier article :
- Pose le contexte : le débat sur la prolongation de Tricastin.
- Souligne l'importance de la centrale ("Tricastin constitue le plus grand site nucléaire de France, devant la Hague et son usine de retraitement du combustible. [...] la centrale de Tricastin a produit 24 TWh (terawatts-heure) en 2012, soit 6 % de la production électrique française." etc.)
- Souligne son âge : "La centrale de Tricastin est la troisième plus âgée du parc nucléaire français."
- Finit en donnant la voix aux opposants à la prolongation : "Le collectif Stop Tricastin estime que le vieillissement des installations est un enjeu de sûreté et de sécurité. « Tricastin est une centrale périmée. Elle a été conçue pour durer trente ans et elle est arrivée à son terme. Les nombreuses détériorations nous prouvent qu’on ne devrait pas aller au-delà du temps de fonctionnement envisagé initialement », témoigne Alain Volle, militant du réseau Sortir du nucléaire dans la Drôme et cofondateur du collectif Stop Tricastin." C'est la désinformaton classique sur la durée de fonctionnement des centrales.
On note à la fin ce Alain Volle : ainsi "Stop Tricastin" est une sorte de succursale de Sortir du nucléaire. Cela illustre la stratégie consistant à filialiser chaque combat, ce qui permet de faire oublier que c'est à chaque fois les mêmes activistes/organisations qui sont à la manoeuvre.
Montée en épingle des incidents, discrédit des agences
Le second article monte en épingle différents incidents de la centrale. Par exemple : "Le 24 octobre, le réacteur n°2 de la centrale EDF du Tricastin s’arrête suite à l’arrêt des pompes de prélèvement d’eau du canal de refroidissement. En cause : les intempéries conséquentes à la tempête Christian qui ont chargé en limon l’eau du canal de Donzère-Mondragon. Devenue boueuse, l’eau n’est alors plus apte à remplir son rôle de refroidissement. Selon l’association Next-Up, cet incident « confirme et crédibilise l’analyse sur la possibilité de perte totale et brutale d’eau de refroidissement des 4 réacteurs de la centrale nucléaire du Tricastin »." Or, cet événement n'aurait pas été classé comme incident nucléaire par l'ASN.
C'est présenté comme la preuve de la négligence de l'ASN. La suite est du même acabit : des données sur les incidents sont accumulé, un responsable explique que c'est sans gravité, puis le "journaliste" présente, par effet d'apposition, le démenti comme une argutie. Il conclut : "Mais les incidents à répétition ne représentent qu’un volet des enjeux de sûreté que pose le site du Tricastin."
Il continue longuement avec des fissures dans le revêtement d'un réacteur, puis l'activisté sismique de la région.
Et tantôt il dénigre l'ASN? tantôt il s'en prévaut : "C’est pourquoi l’ASN a demandé à EDF des études complémentaires sur « la tenue au séisme de certains équipements » lors de sa dernière visite décennale à Tricastin."
Les pseudo-écologistes ont le même rapport aux agences qu'à "la science" : ce n'est qu'un outil au service du Dogme, si elle nous sert, c'est la parole de Dieu, sinon c'est la parole du Diable.
En conclusion d'un inventaire interminable conçu pour impressionner les profanes, le "journaliste" conclut que l'ASN estime que "tout est normal". Le message implicite est que c'est n'importe quoi.
Désinformation pseudo-écologiste sur les incidents nucléaires.
La citation abusive : une méthode pour neutraliser la contradiction
L'effet d'apposition: quand la succession fait sens
La vraie science et la fausse en pseudo-écologie
Incursion de Greenpeace et risque d'accident
Le dernier article part du succès d'une incursion de Greenpeace et de la difficultés des autorités à réagir. Il présente l'événement comme la preuve que la centrale n'est pas sécurisée ("Leur intrusion visait à poser la question : quel est le véritable niveau de sécurité sur les centrales et dans les environs ?" Rq : notez la finesse, on suggère, on ne dit pas).
Puis ils présentent une simulation de sécurité, lors de laquelle les dispositifs de réaction dans les environs (sirène, fermer les fenêtres, etc.) n'avaient pas toutes fonctionné.
Ce passage exagère le risque d'accident nucléaire et ses conséquences.
Les problèmes d'emploi
L'article suivant consiste à dénigrer l'emploi créé par la centrale et le fait que "chômage des jeunes y reste important". Ce dernier point est le sophisme de la solution parfaite : puisque la centrale ne résout pas tout le problème, c'est bien qu'elle est inutile.
La posture de "neutralité" du journaliste apparaît la plus fragile ici : quel rapport ? De quoi parle-t-il ? On voit clairement qu'il cherche à dénigrer, rien de plus.
"le silence obstiné d’EDF"
Le dernier article de la série, d'Hervé Kempf, le rédacteur en chef, consiste à se victimiser du refus d'EDF de répondre et de laisser le journaliste participer Barnabé Binctin à des visites du site.
C'est une inversion victimaire évidente : EDF prend une mesure qui va de soit pour ne pas donner plus d'éléments à la propagande de Barnabé Binctin et Kempf présente cette réaction comme une agression.
Cette inversion est en fait inhérente au système pseudo-écologiste : si vous niez que vous mentez, vous êtes obligés de présenter les réactions à vos mensonges comme des agressions injustes.
Commentaire
Outre les différents points soulevé, cette série d'article illustre parfaitement la stratégie de l'activisme journalistique et les stratégies mises en oeuvre pour garder les apparences tout en produisant un propos sans intérêt en dehors de sa propagande.