Gilles-Eric Séralini a publié en septembre 2012 une étude prétendant démontrer la toxicité des OGM. Il a organisé toute une opération de communication autour, diffusant la conclusion dans un article de presse affichant des rongeurs avec d’énormes tumeurs, et produisant même un livre et un film autour. Cette trouvaille extraordinaire s’est avérée, outre un scandale en termes d’éthique scientifique, un scandale sur le plan purement scientifique, l’étude ayant des failles catastrophiques qui ont été dénoncées par plusieurs organisations savantes.

L’étude Séralini

Gilles-Eric Séralini et son équipe ont publié une étude le 19 septembre 2012, portant sur une souche de maïs OGM résistant au glyphosate qui montrerait que « Même à faible dose, l’OGM étudié se révèle lourdement toxique et souvent mortel pour des rats. »

Gilles-Éric Séralini, Emilie Clair, Robin Mesnage, Steeve Gress, Nicolas Defarge, Manuela Malatesta, Didier Hennequin et Joël Spiroux de Vendômois, « RETRACTED: Long term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize », Food and Chemical Toxicology, Elsevier, vol. 50, no 11,‎ novembre 2012, p. 4221-4231 DOI 10.1016/J.FCT.2012.08.005)

Cette étude avait plusieurs failles dramatiques, notamment détaillées par Arjo et al. 2013, et a été jugée inutilisable par les agences sanitaires françaises (ANSES), Européennes (EFSA) et allemande. Même le Centre International de la Recherche sur le Cancer n’en a pas voulu, concluant p.355 de sa monographie sur le glyphosate : « [The Working Group concluded that this study conducted on a glyphosate-based formulation was inadequate for evaluation because the number of animals per group was small, the histopathological description of tumours was poor, and incidences of tumours for individual animals were not provided.] »

Elle a même épinglée par les Académies nationales d’Agriculture, de Médecine, de Pharmacie, des Sciences, des Technologies, et Vétérinaire.

Une étude longue sur des rats développant spontanément des tumeurs

Le protocole était extrêmement douteux en raison de la durée de l’étude (extrêmement longue: deux ans) et du choix des rats, des « Sprague Dawley », une espèce avec une durée de vie courte et ayant particulièrement tendance à développer des tumeurs.

Une étude (Davis et al.1956) portant sur 150 rats femelles Sprage Dawley en situation de groupe contrôle, 57 % ont eu des cancers et la longévité moyenne était de 760 jours. 80 % des tumeurs sont apparues après un âge de 540 jours. Il aurait également fallu 50, voire 65 souris par groupe au lieu de… 10.

Des résultats non-significatifs statistiquement

  • Le Haut Conseil des biotechnologies (HCB) s’en est chargé et a conclu dans son avis du 19 octobre 2012 :

« Le protocole et les outils statistiques utilisés souffrent de graves lacunes et faiblesses méthodologiques qui ne permettent absolument pas de soutenir les conclusions avancées par les auteurs.

  • Une analyse statistique rigoureuse des résultats obtenus lors de cette étude ne met en évidence :
    — aucune différence statistiquement significative de la mortalité des rats dans les groupes témoin et expérimentaux,
    — aucune différence statistiquement significative des nombres de tumeurs dans les groupes témoin et expérimentaux.
  • La méthodologie statistique employée pour l’analyse des paramètres biochimiques est inadéquate et ne permet pas de conclure à l’existence de différences statistiquement significatives entre les groupes témoin et expérimentaux. »

Un problème d’éthique

L’éthique en matière tests sur les animaux aurait demandé d’abréger les souffrances des rongeurs les plus atteints. Les scientifiques ont préféré les garder pour la photo …

Point plus récent: des financements douteux

L’étude avait en fait été activement promue et financée par Carrefour et Auchan par l’intermédiaire de fondations.

Ils ont obtenu plusieurs millions d’euros à travers un montage financier « Pour éviter tout rapprochement disqualifiant avec les méthodes des industriels ». Et ils l’ont raconté dans un livre …

Plus de détails dans l’article ci-contre.

La première affaire Séralini

Avant même sa parution, Le Nouvel Observateur (l’Obs) présente l’article en exclusivité dans un article du 17 septembre 2012, qui a été titré « Oui, les OGM sont des poisons ! Les révélations d’une étude de scientifiques français. » (Malaurie 2012)

Le Criigen, dont rappelons-le, Corinne Lepage, est la présidente d’honneur, a également réitéré son soutien à Séralini, tout en fustigeant « des chercheurs littéralement achetés par l’industrie afin de préserver ses intérêts privés, qui participent en même temps sans hésitation aux grandes institutions publiques qui ont pourtant pour mandat de préserver l’intérêt général (et la santé publique). Elle a montré des “intégristes” normatifs prêts à dénigrer les conventions scientifiques de base (l’évaluation par les pairs) pour mieux assassiner un texte. »

La seconde affaire Séralini

La seconde affaire Séralini porte sur sa rétractation.

L’affaire Séralini a resurgi avec les Monsanto Papers.