L'incroyable financement de l'étude Séralini
Corinne Lepage est une avocate et femme politique française née en 1951 à Boulogne-Billancourt. Ancienne ministre de l'Environnement (1995-1997), elle est aujourd'hui l'une des figures les plus institutionnelles de la pseudo-écologie, notamment via sa présidence du CRIIGEN.
Carrière juridique
Diplômée en droit public (CAPA en 1974, doctorat en 1982), elle devient avocate spécialisée en droit de l'environnement. En 1978, elle s'associe avec Christian Huglo, avec qui elle fonde le cabinet Huglo-Lepage, spécialisé dans le droit public. Elle travaille immédiatement sur le naufrage de l'Amoco Cadiz, représentant les collectivités locales du Finistère et des Côtes-du-Nord en opposition à Amoco. À l'issue d'un procès qui dure une quinzaine d'années, les victimes obtiennent gain de cause.
Les communes se sont partagées 226 millions de Francs, plus 100 venant de l'État Français. Un article des Échos (1) nous apprends que "la plupart les ont consacrés à des fins n'ayant rien à voir ni avec la protection du littoral ni avec l'environnement", comme un port de plaisance à 4.5Mfr à Trébeurden. On apprend par ailleurs que le cabinet avait du restituer 4.8MFr en raison de suppléments d'honoraires qui ont été annulés par une décision de justice (Civ.1, 17 octobre 1995, 93-16.157). Il s'agissait donc d'une affaire gros sous. Détail amusant, elle a fait condamner la France par la CEDH en se plaignant de n'avoir pas reçu le rapport du conseiller-rapporteur, ce qui n'a rien à voir avec le fond. Cela ne l'empêchera pas, en 2019 d'accuser François Bayrou de diffamation en disant ne pas admettre que sa "probité soit mise en cause dans cette affaire où les décisions de justice m'ont été favorables".
D'après Vert (2), "Au total, après 14 ans de procédure, les frais de justice s’élèvent à plus de 135 millions de francs."
Elle est également intervenue lors du procès Erika à partir de 2006, ainsi que dans le contentieux contre La Faute Sur Mer après la tempêche Xynthia. Elle mène plusieurs contentieux contre des centrales nucléaires (Cattenom et Creys-Malville).
En 2017, Corinne Lepage et son mari Christian Huglo se retirent de la Selarl Huglo Lepage et associés — la structure juridique qui regroupait leur cabinet historique et plusieurs autres avocats associés. Ces anciens associés continuent sans eux sous une nouvelle enseigne baptisée Atmos Avocats.
Elle inaugure sa nouvelle stratégie d'actions collective en 2018 avec une action anti-compteur Linky.
En 2024, ils mettent en place une plateforme inspirée par la pratique américaine permettant de lancer des actions collectives automatiquement
Carrière politique
Sa carrière commence comme candidate écologiste en 1981, mais elle est élue maire adjointe en 1989 sur une liste divers droite à Cabourg. Elle crée la même année Génération écologie avec Brice Lalonde, , Jean-Louis Borloo et Jean-Michel Belorgey ; qu'elle quitte en 93 après son échec aux législatives. Partie en 90, elle revient sur une liste RPR au poste d'adjointe de Cabourg en 1995.
La même année, elle est nommée ministre de l'environnement par le gouvernement Juppé, poste qu'elle occupe jusqu'en 1997. Elle participe notamment à la création de la loi LAURE du 30 décembre 1996 et obtient l'arrêt de Superphénix.
Entretemps, en 1996, elle fonde son parti Cap21, qui sera un des membres fondateur du MoDem. Elle sera ensuite eurodéputée de 2009 à 2014, siégeant successivement au sein du groupe ALDE puis du MoDem. En 2014, Cap21 fusionne avec le groupe Rassemblement citoyen pour former le parti politique Le Rassemblement citoyen – Cap 21. Elle soutient Emmanuel Macron en 2017.
Elle est mandatée pour deux travaux sous Hollade. D'abord par Ségolène Royal, un rapport sur "L’économie du nouveau monde", en compagnie de Jeremy Rifkin, qu'elle rendra fin juin 2015. Puis par le Président, qui demande une Déclaration universelle des droits de l’Humanité, qu'elle rédigera en ovembre 2015. (3)
Engagement associatif
En 1999, elle cofonde le CRIIGEN (Comité de Recherche et d'Information Indépendantes sur le Génie Génétique) avec Gilles-Éric Séralini, Jean-Marie Pelt et Chantal Jacquet, dont elle assure la présidence jusqu'en 2010. En septembre 2010, elle suspend ses fonctions de présidente suite à sa désignation comme rapporteure au Parlement Européen sur la directive 2001/18 sur les OGM, et devient présidente d'honneur en 2012. Durant sa présidence, le CRIIGEN joue un rôle central dans le financement de l'étude Séralini de 2012 sur la toxicité du maïs NK603 : Séralini reconnaît lui-même dans Tous cobayes ! que le CRIIGEN "a joué un rôle capital dans le montage de l'expérience car il a assuré l'interface avec les associations donatrices." L'étude est rétractée en novembre 2013 par la revue Food and Chemical Toxicology pour insuffisances méthodologiques, après avoir été rejetée par l'ANSES, l'EFSA et plusieurs autres agences sanitaires européennes.
Elle cofonde par ailleurs l'Observatoire de Vigilance et d'Alerte Écologique (OVAE) avec Michèle Rivasi.
Justice Pesticides
Le 1er aout 2017, elle fonde Justice Pesticides à la même adresse que son cabinet, dans la suite du tribunal Monsanto (5). Elle avait néanmoins commencé dès juin 2017 à surfer sur la propagande des Monsanto Papers.
L'idée est de rassembler les informations pour faciliter les poursuites.
Lepage reconnaît elle-même dans un interview de Dominique Bourg en 2019 que "ce site marche grâce à des entreprises issues du domaine de la bio" qui le financent.
Autres
En novembre 2015, elle devient présidente de Women in Europe for a Common Future (WECF), association fondée en 1994 pour faire entendre la voix des femmes dans le développement durable et la politique environnementale. La même année, elle crée et préside l'Association des amis de la Déclaration Universelle des Droits de l'Humanité (ADDHu).
En 2015, elle cofonde le MENE (Mouvement des Entrepreneurs de la Nouvelle Économie) avec Myriam Maestroni, dont elle assure la coprésidence. L'association est issue d'un rapport que le gouvernement lui avait commandé sur les freins à la transition vers une économie durable (6).
En 2025, elle devient présidente du conseil d'administration de 2° Investing Initiative, un think tank spécialisé dans l'alignement des marchés financiers avec les objectifs de l'accord de Paris, fondé en 2012 par Stanislas Dupré (7).
Elle serait par ailleurs administratrice de Transparency International depuis plus de quinze ans (8).
- (1)Sept millions de francs de la manne « Amoco Cadiz », Les Échos, 2 septembre 1996, [lien]
- (2) Amoco Cadiz : Il y a 30 ans, le « procès du siècle » pour l’environnement, [lien]
- (3)Notice ecolopedia sur Corinne Lepage
- (4)Riverains : le nouveau business de Corinne Lepage en justice, Agriculture-environnement
- (5) Notice ecolopedia sur Justice Pesticides
- (6) « On peut parfaitement conjuguer croissance et écologie », Myriam Maestroni interviewée par Actu-Juridique, 11 avril 2019, [lien]
- (7) 2° Investing Initiative, On Think Tanks, mis à jour le 26 février 2025, [lien]
- (8) Discussion naturelle avec Corinne Lepage, lautremag.news, janvier 2026, [lien]