Article de Billaud, Sujobert, M.Castests et A. Trautmann sur les cancers évitables [2023]

Tout d'abord, on trouve cet article publié en 2023 : Billaud, M., & Sujobert, P. (2023). "Cancers évitables : suffit-il de changer nos comportements ?" (Med Sci (Paris) 2023 ; 39 : 452–457). Dans le résumé, il prétend que " les expositions professionnelles et domestiques à des substances cancérogènes sont aussi responsables d’une fraction significative [des] cancers" et qu'"en dépit de ces évidences, les actions de prévention promues par les pouvoirs publics se focalisent sur le changement des comportements individuels."

Cela supposerait un article bien poussé qui fait un panorama des actions de prévention et les rapproche de leur bénéfice espéré et, surtout, des autres possibilité pour agir contre ces autres cancers qui seraient ignorés.

Spoiler alerte : on en est très loin.

Déroulé

Définitions

L'article commence par décrire la notion de cancer évitable et de "fraction attribuable" (FA) et le calcul de cette dernière. "La FA peut être ainsi définie comme la proportion de maladies que l’on pourrait éviter si l’on pouvait totalement éradiquer l’exposition à ce facteur de risque."

Étude

Ils rapportent une étude estimant les "FA des cancers associés à une série de facteurs de risque modifiables chez les adultes de plus de 30 ans, en 2015, en France métropolitaine". Ils estiment de 142K des 346K des nouveaux cas étaient "évitables". De cet ensemble, il y a le tabac (20%), l'alcool (8%),l’alimentation (5,4 %), le surpoids et l’obésité (5,4 %), les agents infectieux (4 %), les expositions professionnelles (3,6 %), les rayonnements ultra-violets (3,1 %), etc.

Politique

Ces résultats viendraient "en appuis à la stratégie décennale (2021-2030) de lutte contre le cancer". Cette dernière propose notamment "un répertoire d’actions pour renforcer la prévention des risques infectieux, des risques environnementaux (pollution, radiations, etc.), ainsi que des risques liés au travail." Néanmoins, ils n'apparaissent pas dans les discours politiques. Les auteurs prétentedent que cela signifie que ces facteurs sont "oubliés".

Cancers et facteurs environnementaux

Ils relèvent que 7% des cancers sont imputables, dans l'études aux "expositions professionnelles, les radiations ionisantes, les pollutions de l’air, l’arsenic et le benzène". C'est comparable à l'estimation de l'Agence européenne de l'environnement qui évalue à 10% des cancers dûs à l'ensemble des facteurs environnementaux.

Les auteurs donnent des chiffres sur la nature cancérigène de la pollution de l'air. Cela n'apporte rien. Il prétend que le nombre de cancers d'origine professionnelle sont sous-estimés car la Cour des comptes faisant observer en 2008 que "la France n’a pas de système de surveillance des causes des décès au sein des professions, ni de statistique nationale de mortalité par cause, profession et secteur d’activité". Ils seraient de 100K morts en Europe.

Ceci posé, ils n'apportent aucun élément additionnel par rapport à l'évaluation. Leur affirmation selon laquelle cette dernière sous-estime les cancers professionnels ne repose sur rien, une obscure citation de la Cour des comptes de 2008 ne rendant pas compte de la technique utilisée pour les évaluations.

Puis, il souligne un point qui, encore une fois, n'apporte rien, en plus d'être fausse :"Les tumeurs malignes pouvant être attribuées à des causes environnementales sont donc loin de représenter une fraction mineure des cancers évitables." En effet, moins de 10%, c'est une fraction mineure.

Les auteurs prétendent néanmoins : Elles mériteraient, de fait, d’être reconnues comme un réel enjeu de santé publique. Pourtant, ce sujet fait l’objet d’une forme d’invisibilisation quand les discours des autorités politiques et sanitaires insistent essentiellement sur le nécessaire changement des habitudes de vie afin de réduire l’exposition à des facteurs de risque. Pour quelles raisons ?

Absence de données = sous-estimation

Ils continuent avec un paragraphe déplorant une sous-estimation de l'impact liés aux facteurs de risques pour lesquels ils manquent de données. Ils prennent l'exemple des pesticides. Il reprend la classification du CIRC et reproche à l'étude commentée que seule une partie des cancérigènes certains ou probables sont pris en compte, "faute de données épidémiologiques suffisantes".

Le discours apparait relativement raisonnable : oui il est dommage de ne pas pouvoir tout prendre en compte. Ils concluent avec une citation très molle : "les scientifiques peuvent être pris au piège de l’absence de données et conduits à produire un chiffre, qui au lieu de permettre la prise en charge d’un enjeu, participe plutôt de son invisibilisation". Ok, et ? Ils peuvent aussi ne le pas l'être.

Pourtant, le paragraphe suivant, prétendant que l'arbitrage est "politique" est beaucoup plus agressif.

Il commence par rappeler que "Depuis le début du xx e siècle, l’industrie chimique a mis plus de 100 000 molécules sur le marché", "pour environ 70 000 de ces molécules, aucune donnée toxicologique n’est disponible". Il dénigre à ce titre la réglementation européenne (REACH) évoquant les effets nocifs sans seuils et les "effets cocktails".

La suite est assez floue : ils prétendent que la production de preuves ne serait pas suffisant pour la mise en place d'une politique préventive. Ils insinuent (c'est de l'apposition, le récit ne suit pas de logique explicite) que c'est parce que, même lorsque les "données épidémiologiques et toxicologiques font consensus parmi les experts, des groupes de pression peuvent les remettre en doute, en créant des controverses, comme ce fut le cas pour le tabac, l’amiante ou les pesticides, avec pour effet de différer la réglementation de l’usage de ces produits."

Ce discours est un des éléments centraux de la désinformation agricole.

"Le biais comportementaliste"

Obésité

La partie suivante prétend montrer qu'il y aurait un "biais comportementaliste". Pour la nutrition ils soulignent qu'il y a surtout des communications, comme "manger, bouger", qui n'aurait "pas eu l'effet escompté"

Rien ne va avec ce paragraphe. À ce stade cela relève plus de la râlerie de pilier de comptoir, il n'y a aucun déroulé précis, aucun fil, juste l'addition de phrases désordonnées et vaguement proches.

Déjà, il prétend qu'il y a une focale sur les comportements individuels sans faire une revue globale des mesures sur le thème. Or, on pense déjà au nutriscore, qui est une stratégie globale. On pense aussi à la politique sportive : la personne publique soutient les clubs. Ensuite, il conclut sans rien avoir étudié que ça ne marche pas parce que l'obésité a doublé depuis 97.

Puis, il finit "or, on sait que les aliments ultra-transformés, produits par l’industrie agroalimentaire, sont obésogènes et augmentent le risque de cancer". ET ALORS ? Qu'est-ce que tu veux faire, qu'on les interdise ? Comment tu définis "ultra-transformés" ? Et du coup, est-ce qu'il faut aussi interdire les restaurants ? Il n'y a rien, qu'une banalité balancée à la volée qu'ils ne prennent même pas la peine de rattacher précisément à un déroulé quelconque. Du discours de pilier de comptoir.

Nitrites

Ils continuent avec les nitrites. Selon eux, les nitritres devraient être supprimés et les pouvoirs publiques "privilégient un compromis dans lequel la responsabilité individuelle est mise en avant, plus que les nécessités de réduire les intérêts industriels."

Une mention interroge : "après que la Ligue nationale contre le cancer, mais aussi les consommateurs, via l’application mobile Yuka, l’organisation non gouvernementale Foodwatch et des journalistes aient donné l’alerte." Qu'est-ce que cela vient faire dans le discours ? C'est en fait une pointe implicite contre

Facteurs socio-économiques

Enfin il sougigne que que "Pour le tabagisme, la consommation d’alcool ou l’obésité", les populations les plus défavorisées sont particulièrement touchées et cite une étude qui concluerait que ces cancers pourraient être réduit par "par une amélioration appropriée des conditions de vie et la promotion de la santé des populations les plus défavorisées".

Puis, il cite un chercheur selon lequel les suivis sur temps long excluerait les emplois courts des analyses, sans trop qu'on comprenne le rapport avec le tabagisme etc. (cela ressemble plutôt à un propos sur l'évaluation des maladies professionnelles).

On voit plus clairement qu'il s'agit ici du discours de la pseudo-alternative : il s'agit de présenter "quelque chose" comme une alternative, même si cela n'a aucun sens. "Il faudrait rendre les gens moins pauvres", merci Miss France.

Jusque là, il n'a rien démontré. Pourtant il donne une conclusion extrêmement tranchée :

Invoquer le comportement vertueux des français, comme l’a fait le Président de la République en se référant aux cancers évitables, revient à considérer que les actions individuelles sont, en fait, à l’origine des problèmes rencontrés par le public. Cette privatisation de la question préventive traduit ainsi un transfert de responsabilité, de l’État vers le citoyen, où l’autonomie et la responsabilisation de soi sont érigées en valeurs cardinales. Comme si tout pouvait être choisi, et rien n’était subi.

On comprend mieux l'absence de revue systématique des politiques publiques. En fait, pour les auteurs, toute actions supposant d'une quelconque façon que l'individu soit responsable de ce qui lui arrive est insupportable.

Ils explicitent leur parti-pris, rejetant toute responsabilité individuelle :

La lutte contre ces cancers évitables passe par une action publique résolue permettant (et assurant) l’élimination des sources d’exposition aux cancérogènes, professionnelles et domestiques, alliée à une volonté politique de réduire les inégalités de santé et l’injustice environnementale.

On a là une parfaite illustration de la déresponsabilisation : c'est une récompense que viennent apporter, "vendre", les entrepreneurs. Ainsi, si vous êtes obèses, fumez, buvez et avez un cancer, cela ne peut pas être de votre faute. Ainsi vous êtes reconnaissant envers ses braves rédempteurs qui vous sauvent de votre culpabilité.

C'est aussi la logique de l'exploitation : en empêchant les individus de prendre conscience de leurs responsabilité, ils les empêchent de s'améliorer. Ces chercheurs militent donc en fait activement, à travers cet article, pour la diffusion du cancer. Heureusement, on peut supposer qu'il n'a pas encore eu beaucoup de portée.

je ne détaille pas la suite, qui élabore juste plus avant, avec le genre de verbiage qu'on attend d'un étudiant en philo communiste.

Le mot de la fin

Cet article n'est pas juste discutable, il est d'une médiocrité absolue et ne prend même pas la peine d'ajouter un vernis de compétence sur le discours militant. C'est désorganisé, brouillon et pauvre. En effet, ils n'apportent aucun élément probant d'une part sur la politique publique (qui ne se limite pas à une communication ou même un plan spécifique) et d'autre part sur la place de ces risques inconnus, se permettant même de sortir des indicateurs sans la moindre pertinence (le nombre de molécules mises sur le marché).

On a donc ENCORE des universitaires qui mettent leur statut social et leurs compétences au service de leur activisme.

Heureusement, ça n'a pas l'air d'être les plus brillants. Je me demande par contre comment cette étude a passé le peer review ...