La rénovation énergétique, la grande solution
Clémence Guetté est intervenu sur Franceinfo le 26 juin 2026. Je vais commenter plusieurs points. Vous avez la transcription en fin d'article.
Le besoin de rénovation
Elle commence en insistant sur le besoin de rénovation énergétique et en accusant le gouvernement ne n'avoir pas consacré assez de moyens ("pour la rénovation thermique des bâtiments, absolument rien n'a été fait").
La climatisation
Reconnaissance du besoin
Elle reconnaît que les canicules posent en problème économique. Néanmoins, elle le rattache à la rénovation : "Et par ailleurs, on parle très souvent du coût de la rénovation thermique des bâtiments ou des moyens dans l'hôpital public. On ne parle jamais du coût du malheur, si je puis dire, et du changement climatique. C'est-à-dire qu'en matière de santé, en matière de productivité au travail, toute cette multiplication des canicules va coûter extrêmement cher. Donc, y compris très cyniquement, budgétairement, il faut investir maintenant."
Elle enchaine en prétendant que l'argent dédié à la rénovation thermique, qui serait de 5 milliards. Eux estiment que, pour un "plan d'urgence", il faudrait "plus de 20 milliards d'euros" :
"Ça comprend de faire des îlots de fraîcheur urbains absolument partout. Ça comprend le début du lancement de la climatisation, pardon, dans les EHPAD, les hôpitaux publics et les établissements scolaires, parce que là on est dans une situation où 25 % des établissements de santé de manière plus large ne sont pas climatisés, 90 % des EHPAD, et 93 % des écoles. Donc là, l'urgence, c'est de permettre aux gens que ce soit vivable."
Les îlots de fraicheur, façon sophistiquée de parler des espaces verts, sont portant inefficaces face aux canicules sans eau. Sans compter que leur effet est limité.
Elle reconnait bien qu'il faut "climatiser l'ensemble des services publics essentiels qu'on a cités (=education, soins, ehpad)". Cette reconnaissance détourne sa responsabilité et celle de son écosystème dans la faible climatisation de la France.
Désinformation sur les ilots de chaleur
Néanmoins, elle condamne la climatisation généralisée en reprenant l'étude de Viguié et al. :
"La clim partout — écoutez ce que je vous dis — ça veut dire... il y a une étude du CNRS, par exemple, qui a montré que si on climatise absolument tout dans une ville, une ville fictive, on peut augmenter la température dans cette même ville de +2,4 à +3,6°. La climatisation, c'est une maladaptation, parce que c'est une solution d'urgence, parce que rien n'a été fait."
Nous avons démontré que l'étude était en fait rassurance et que l'effet simulé, malgré des prémisses exagérées, était en fait minime.
Viguie et al. 2020 : Early adaptation to heat waves and future reduction of air-conditioning energy use in Paris
Dénigrement de la climatisation : les îlots de chaleur
Nucléaire et réchauffement climatique
On retrouve l'accusation de ne pas être adaptée au réchauffement climatique.
Notez comment le journaliste lui sert la soupe (" On a appris cette semaine que trois réacteurs sont à l'arrêt en France à cause de la canicule — à Golfech, à Bugey, dans l'Ain. Est-ce que vous y voyez une confirmation de votre position ?") et la confirme au lieu dela challenger.
Elle présente le cas de 2019, où 10% des réacteurs auraient été arrêtés comme un drame démontrant que le nucléaire n'est pas viable ("2019 c'était l'équivalent, en réacteurs nucléaires arrêtés, de 10 % de la consommation électrique du pays. On voit bien que ce n'est pas un petit sujet, ce n'est pas anecdotique.").
Enfin elle monte en épingle le grand carrénage, comme si c'était une dépense qui restait à faire, alors que l'essentiel a déjà été fait ("nous sommes invités à réfléchir au fait que nous allons réinvestir des milliards et des milliards, puisque nous arrivons à la fin de vie de la plupart des réacteurs et des centrales — ce qu'on appelle le grand carénage. Donc il faudrait remplacer ça.").
Industrie et communisme
Bien sûr, les énergies renouvelables reviennent comme solution à adopter ("Et donc on sait que les énergies renouvelables sont plus rapides à déployer, si on accompagne les filières. Et ça, il va falloir le faire franchement, en France.").
Mais elle évoque le problème des importations ("Ça veut dire des panneaux solaires fabriqués en Chine, et des moteurs d'éoliennes en Chine et en Allemagne, plutôt que d'avoir, comment dire, une industrie [renouvelable] sur laquelle on serait souverains — plutôt que d'acheter, ou de produire nous-mêmes, les énergies renouvelables.") et, au lieu d'envisager que ce soit à cause du contexte juridique français, désastreux pour l'industrie, elle prétend que c'est la faute de l'État :
"Journaliste (17:13) Vous ne pourrez pas faire ça en un an quand même. Petit hiatus dans votre raisonnement : les deux dernières usines de panneaux photovoltaïques françaises — pour le coup, c'est la Macronie qui les a laissé fermer, c'était il y a quelques mois pour la dernière.
Clémence Guetté (17:30) Donc investir là-dessus, en accompagnant avec la puissance publique, des aides de l'État qui permettent de créer des emplois et de produire en France des panneaux photovoltaïques et des pales d'éoliennes, ce serait la chose la plus intelligente à faire. C'est ce que nous allons faire."
Notez comment, encore une fois, le journaliste lui sert la soupe. On s'étonne aussi qu'elle appelle de nouvelles aides, alors que l'extrême gauche s'est insurgée des 211 milliards d' "aides" dénoncés par le rapport de Fabien Gay. Qui est en fait largement composé de ces subventions, dont lui-même bénéficie avec son journal l'Humanité. C'est la stratégie du pompier pyromane.
On a aussi le pompier pyromane dans la réglementation excessive : elle se prévaut in fine de la non-compétitivité de la France pour renforcer le pouvoir de l'État.
Souveraineté et déchets
Elle reprend aussi le discours sur l'uranium et les déchets : "Souverains — l'uranium, excusez-moi de vous le dire, on ne l'extrait pas en France. Les déchets nucléaires, on a de gros problèmes pour savoir qu'est-ce qu'on va en faire pour les centaines... [de milliers] d'années à venir."
La pseudo-écologie, un mouvement proche du communisme
Le pompier pyromane : une stratégie perverse de la pseudo-écologie
Elle propose "un plan d'investissement sur 5 ans de 500 milliards d'euros" en prétendant que c'est possible en prenant l'exemple de l'Allemagne, qui aurait dépensé 1000 milliards sur la même durée tout en ayant "cette réputation de rigueur austéritaire". L'indigence de l'argumentaire est choquant, d'autant plus qu'au final l'Allemagne reste infiniment loin du 100% renouvelable.
Au final, ce serait, encore une fois, un jackpot pour la Chine et la Russie
Autre
La canicule et les souffrances causées sont imputées au gouvernement :
Ce gouvernement est coupable du fait que 9 millions de personnes dans notre pays sont dans des bouilloires thermiques, que ça fait une semaine qu'elles ne peuvent pas dormir la nuit et qu'elles se demandent comment survivre et passer à la prochaine journée. On parle de ça.
C'est une méthode de diabolisation quasi-communiste assez élaborée : le gouvernement est présenté comme tout puissant (il suffit de mettre les moyens) et comme responsable du déréglement climatique.
Comme souligné, le journalistes lui servent la soupe servilement. Par exemple : "Journaliste (19:53) Je pense peut-être à certains auditeurs qui se disent : bon, en fait, tout ça c'est de la belle promesse, vous allez être au pouvoir et en fait vous n'allez pas changer grand-chose, et finalement le nucléaire demeurera."
Transcription
Journaliste (0:02) Bonjour Clémence Guetté et merci d'être avec nous ce matin sur France Info. On va parler avec vous d'un certain nombre de sujets : la campagne présidentielle bien sûr, vous avez votre candidat Jean-Luc Mélenchon. On va parler pour commencer évidemment de la canicule et de ses aspects politiques, parce que c'est aussi devenu un sujet politique. Mais d'abord, les dernières informations : le système de santé, le système hospitalier, présenté comme en difficulté, notamment en région parisienne. Vous qui êtes députée du Val-de-Marne, avez-vous des éléments sur la manière dont ça se passe dans votre département ?
Clémence Guetté (0:37) Ah ben j'ai des éléments sur la manière dont ça se passe dans mon département, sur les hôpitaux publics, les écoles, les travailleurs. C'est-à-dire que la situation, il y a de manière générale le sentiment qu'il y a toujours une impréparation, une découverte, alors même que la dernière canicule c'était au mois de mai. Elle n'est pas du fait des soignants — pour prendre le sujet de la santé comme vous m'y invitez —, elle est du fait du gouvernement. C'est-à-dire que si à chaque budget nous disons qu'à force de couper dans les services publics, les services publics ne seront prêts à affronter aucune des situations que nous allons devoir affronter, notamment du fait du changement climatique... c'est pas pour rien, et là on s'y retrouve.
Moi j'ai visité les urgences de Créteil hors période de canicule. C'était déjà absolument catastrophique, du fait du manque de lits, du fait du manque de soignants, avec des fenêtres qui ne ferment pas, avec des soignants qui n'ont plus les lumières qui fonctionnent — donc ils doivent piquer avec le flash de leur téléphone pour faire les injections. Ça, c'est la situation de l'hôpital en temps ordinaire. Donc là, en période de canicule, évidemment...
Journaliste (1:43) [coupe] Tout n'est pas dû à ce gouvernement actuel, qui a d'ailleurs annoncé plusieurs centaines de millions d'euros pour contribuer à la rénovation.
Clémence Guetté (1:51) C'est rien. Vous savez très bien que c'est rien. 100 millions d'euros, c'est absolument rien pour la rénovation thermique des bâtiments. On devrait parler en milliards. Et puis surtout, je ne blâme pas spécialement ce gouvernement, je blâme le macronisme — et ça, vous me l'accorderez —, ce n'est pas les derniers mois, ce sont les dix dernières années. Donc on se retrouve dans une situation où, notamment pour la rénovation thermique des bâtiments, absolument rien n'a été fait.
C'est-à-dire qu'il y a eu MaPrimeRénov' pour les particuliers, puis ensuite les budgets qui ont été gelés, puis ensuite ça a été remis — ce sont quand même des dispositifs qui ont été créés par ces gouvernements, encore heureux. Mais au rythme actuel de rénovation thermique de la Macronie, il nous faudrait plus de deux siècles pour réussir à isoler les bâtiments. Donc on est extrêmement en retard. Il faut aider à la fois les particuliers, et pour tout ce qui est infrastructure publique, il faut des moyens rapidement, mais vraiment rapidement.
Et par ailleurs, on parle très souvent du coût de la rénovation thermique des bâtiments ou des moyens dans l'hôpital public. On ne parle jamais du coût du malheur, si je puis dire, et du changement climatique. C'est-à-dire qu'en matière de santé, en matière de productivité au travail, toute cette multiplication des canicules va coûter extrêmement cher. Donc, y compris très cyniquement, budgétairement, il faut investir maintenant.
Journaliste (2:58) Un des débats du moment, c'est l'installation ou non de la climatisation. Vous avez annoncé un plan anti-canicule, vous dites qu'il faut l'installer dans tous les hôpitaux, tous les EHPAD, toutes les écoles. Ça va coûter combien, cette installation ?
Clémence Guetté (3:14) Je le disais, en fait nous on demande un projet de loi d'urgence — ce qu'on appelle un PLFR à l'Assemblée nationale, projet de loi de finances rectificative —, pour ne pas attendre le prochain budget. On sait d'ailleurs que politiquement le prochain budget va être à nouveau très compliqué à faire passer. Donc il nous semble que cet état d'alerte dans lequel est le pays — parce que les gens souffrent, c'est quand même ça notre premier sujet — il faut s'en saisir pour que l'urgence climatique... [Sur] la rénovation thermique des bâtiments, on parle sur plusieurs années, mais c'est 5 milliards par an, par exemple — ça c'est un des postes de dépense. Et sur la climatisation, nous, on estime que pour notre plan d'urgence — c'est-à-dire juste rendre vivable la canicule — il faut plus de 20 milliards d'euros.
Journaliste (3:56) Mais ça comprend quoi, ça ?
Clémence Guetté (3:58) Ça comprend de faire des îlots de fraîcheur urbains absolument partout. Ça comprend le début du lancement de la climatisation, pardon, dans les EHPAD, les hôpitaux publics et les établissements scolaires, parce que là on est dans une situation où 25 % des établissements de santé de manière plus large ne sont pas climatisés, 90 % des EHPAD, et 93 % des écoles. Donc là, l'urgence, c'est de permettre aux gens que ce soit vivable.
Journaliste (4:24) Quelle échéance, pardonnez-moi — là encore, rénover, mettre des clims dans des écoles ? Effectivement, on voit qu'il y a quand même des écoles qui ont commencé à être rénovées.
Clémence Guetté (4:31) Alors, je vous concède que c'est peu, que c'est peu abouti. Ça ne peut pas se faire en quelques mois.
Journaliste (4:38) Non, bien sûr. Mais c'est sur combien d'années que vous envisagez ce plan ?
Clémence Guetté (4:40) C'est sur plusieurs années. Mais ce que je veux dire, c'est que la puissance publique, quand elle décide de faire des choses, d'y mettre les moyens et de le faire rapidement, elle peut le faire aussi. Donc là, avec le macronisme, je peux vous le dire, ça se compte en siècles. Ce ne sera pas fait. Heureusement, il y a une échéance présidentielle en 2027, et donc nous, on estime qu'il faut un plan d'investissement de plusieurs milliards d'euros, sur 5 ans, on parle d'un mandat, pour climatiser l'ensemble des services publics essentiels qu'on a cités.
Journaliste (5:05) Exactement.
Clémence Guetté (5:07) En fait, l'urgence c'est de protéger les personnes les plus vulnérables. On sait qu'il y a 7 % de plus d'infarctus pendant les périodes de canicule, 70 % de plus d'insuffisances rénales. Dans les écoles [de ma circonscription], il y a des classes qui sont fermées, donc des parents qui sont en galère, mais il y a aussi des malaises d'enfants et d'enseignants dans les écoles.
Journaliste (5:28) Au niveau de l'école, Roland Lescure, le ministre de l'Économie, a salué ce matin le déblocage de 80 millions d'euros par EDF pour équiper les établissements les plus exposés en petits climatiseurs. C'est une bonne nouvelle ?
Clémence Guetté (5:36) Ben c'est un pansement sur une jambe de bois. En fait, ce que je déplore, c'est qu'à la fois cette canicule nous permet de parler de changement climatique, et à la fois — vous venez de me parler de Lescure, mais monsieur Attal a découvert que les écoles françaises n'étaient pas climatisées. Je rappelle que cet homme a été ministre de l'Éducation nationale et Premier ministre de notre pays. Donc cette impréparation, elle est criminelle. Et vous parlez de la climatisation comme si ça allait de soi que c'était une bonne chose dans les écoles.
Journaliste (6:04) Aujourd'hui c'est le jour du brevet des collèges, il y a beaucoup de collégiens qui souffrent de la chaleur dans les établissements. Jean-Luc Mélenchon a évoqué la question cette semaine de la climatisation dans les établissements, et voici ce qu'il a dit. On l'écoute.
Jean-Luc Mélenchon, extrait (6:12) C'est le truc qu'il ne faut pas faire, climatiser partout. Ça veut dire augmenter les dégâts. Moi je ne mets pas mon gosse, ou ma petite-fille, ou mon arrière-petite-fille, là où c'est de la clim du matin au soir.
Journaliste (6:24) « Moi je ne mets pas mon gosse là où il y a de la clim du matin au soir » — est-ce que vous, Clémence Guetté, vous mettriez vos enfants dans un établissement climatisé ? Est-ce que c'est un problème, ou au contraire une solution, même si c'est du court terme — une solution d'urgence ?
Clémence Guetté (6:40) Ça n'empêche pas qu'il faut rénover thermiquement les bâtiments, et permettez-moi... les déclarations de Jean-Luc, pardonnez-moi, mais on les comprend mal. Enfin je vais y venir. Il répondait à Madame Le Pen. Madame Le Pen et tout le Rassemblement national, dans son entièreté, qui depuis quelques jours nous dit : « on va mettre de la clim partout, c'est la solution », sur les services publics ils disent à peu près la même chose que vous...
Journaliste (6:48) Oui, sur les services publics, mais c'est là toute la différence.
Clémence Guetté (6:56) La clim partout — écoutez ce que je vous dis — ça veut dire... il y a une étude du CNRS, par exemple, qui a montré que si on climatise absolument tout dans une ville, une ville fictive, on peut augmenter la température dans cette même ville de +2,4 à +3,6°. La climatisation, c'est une maladaptation, parce que c'est une solution d'urgence, parce que rien n'a été fait.
Journaliste (7:18) Dans votre plan d'adaptation, vous parlez même d'un privilège pour parler de la climatisation.
Clémence Guetté (7:27) Bien sûr que c'est un privilège. Je suis sur votre plateau, je ne souffre pas trop, vous non plus vous ne souffrez pas trop. En ce moment chez moi je ne dors pas, mais comme la plupart des gens.
Journaliste (7:33) Équiper, par exemple... il ne faut pas le faire ?
Clémence Guetté (7:34) Non, mais bien sûr. Je dis aux gens d'essayer de survivre parce que ce gouvernement est... — non, parce que ce gouvernement est responsable — mais ça peut vous faire rire, moi ça ne me fait pas rire du tout.
Journaliste (7:43) Je suis dans l'opposition [ironique], non mais...
Clémence Guetté (7:50) Vous venez d'esquisser un sourire. Ce gouvernement... je réponds à vos questions, j'essaie d'y répondre. Ce gouvernement est coupable du fait que 9 millions de personnes dans notre pays sont dans des bouilloires thermiques, que ça fait une semaine qu'elles ne peuvent pas dormir la nuit et qu'elles se demandent comment survivre et passer à la prochaine journée. On parle de ça.
Journaliste (8:04) Si vous me permettez de vous poser une question : la France est équipée à moins de 30 % en climatisation. On était ce matin sur France Info du côté de Bangkok... j'aurais bien aimé répondre davantage sur la citation de Jean-Luc Mélenchon, mais peu importe, on va pouvoir y revenir. Du côté de Bangkok, c'est par exemple 80 %, l'Italie c'est 60 %, l'Espagne c'est un peu moins, ça doit être autour de 45 %. Ces pays sont mal adaptés ?
Clémence Guetté (8:28) Mais bien sûr. Enfin, ce n'est pas moi qui l'invente, c'est une vérité scientifique, je viens de vous parler d'une étude du CNRS : si on met de la climatisation partout, on augmente le problème. Sur la climatisation, il y a plusieurs pistes de réflexion. D'abord il faudrait soutenir la recherche — vous savez, ces gaz qui sont dans les climatisations, de moins en moins, mais malgré tout ils sont bientôt interdits par la Commission [européenne] — eux-mêmes ont participé pendant très longtemps à augmenter le changement climatique. J'ai vu une étude qui montrait qu'il y avait des chercheurs qui s'intéressaient aux fibres de caoutchouc pour faire des climatisations plus écologiques.
Je sais qu'à l'Assemblée nationale, comme dans d'autres grandes villes, nous sommes reliés à un réseau de fraîcheur urbain — c'est la même chose qu'un réseau de chaleur urbain, c'est de l'eau, cette fois-ci froide, qui passe dans des tuyaux et qui permet de refroidir. Il y a des solutions auxquelles on peut penser. Et je le redis : il faut sortir de cette urgence. C'est-à-dire que là, tous les responsables politiques sont franchement affligeants — nous disent « foutons de la clim partout », comme si ça se faisait demain, en un tour. Il faut mettre des clims dans les écoles sous 5 ans, en urgence — sauf que moi je l'admets, ce que évidemment l'extrême droite ne fait pas, puisqu'elle est climatosceptique.
Ça veut dire que, par exemple pour le bâti, il faut changer notre façon de bâtir. Longtemps ça a fait sourire les gens quand nous avons parlé des habitations en bois-terre-paille — ce sont d'autres matériaux que le béton, qui garde la chaleur, etc.
Journaliste (9:48) Mais les immeubles haussmanniens de Paris, par exemple, vous n'allez pas les remplacer par...
Clémence Guetté (9:56) Essayons d'élever le débat, si vous voulez bien que je n'y participe pas toute seule, essayons ensemble. Je viens de vous parler des réseaux de fraîcheur urbains. Le fait est qu'il existe des solutions autres que la climatisation, qui elle-même participe du réchauffement climatique.
Journaliste (10:05) Cette rénovation urbaine, elle coûte très cher. Vous proposez aussi le congé climatique — la mise en place est estimée, en fonction des calculs, entre 600 millions et 1 milliard. Ne vaut-il pas mieux mettre cet argent justement dans des plans de transition, de rénovation du bâti ?
Clémence Guetté (10:22) Les deux. On a beaucoup de choses à faire, de manière concomitante, parce qu'on a pris énormément de retard. Ça veut dire qu'il faut des mesures d'urgence — on vient d'en parler assez longuement sur la rénovation thermique des bâtiments — mais aussi, par exemple pour les travailleurs : vous avez regardé notre plan canicule qu'on a sorti avec le groupe parlementaire ? Pour les travailleurs, par exemple, nous proposons un droit de retrait quand il fait plus de 33 degrés sur le lieu de travail — on ne peut pas mettre sa santé en danger. Moi je pense au jeune homme qui, travaillant sur les toits pendant la canicule du mois de mai, à 19 ans, est décédé du fait de la chaleur. On ne peut pas permettre ça dans notre pays. Donc il y a ce type de mesure d'urgence, et puis après il y a des mesures de plus long terme qu'il va falloir mettre en place pour s'adapter durablement à ces conditions climatiques.
Journaliste (11:02) Dans un contexte budgétaire contraint.
Clémence Guetté (11:02) Oui, dans un contexte budgétaire contraint. Mais je redis ce que j'ai dit au début de notre interview : les assureurs, Allianz par exemple, qui sans doute politiquement ne sont pas exactement dans la même optique que moi vis-à-vis du changement climatique, disent eux-mêmes qu'avec la baisse de productivité des travailleurs due aux vagues caniculaires, en 2100 il y en aura 10 fois plus qu'aujourd'hui. Donc il faut s'adapter. Ils disent que ça va nous coûter 210 milliards d'ici à 2030. Il y a une autre étude qui montre que pour le système de santé, c'est 5 milliards par an, en plus des insuffisances rénales, des gens hospitalisés, et de tous les morts dont on ne parle pas.
Je pense énormément en ce moment aux personnes sans-abri dans notre pays. Mon collègue Paul Vannier a eu deux décès avant-hier de personnes sans-abri dans sa circonscription. Nous avons visité des prisons où des gens dorment en ce moment à 50 degrés. Il y a 9 millions de personnes qui vivent dans des bouilloires thermiques, il y a toutes celles et ceux qui sont en ce moment dans des conditions absolument inhumaines.
Et sur le financement — je viens de vous parler de coûts qu'on peut éviter — ensuite, oui, nous assumons un plan d'investissement et d'adaptation, parce qu'en fait c'est le défi majeur qu'on a devant nous, et on en parle à chaque période budgétaire. Mais de l'argent, dans ce pays, il y en a. Quand monsieur Macron a supprimé l'ISF, mis en place la flat tax, l'exit tax, etc., nous perdons des milliards par an — 5 milliards, quelque chose comme ça. Nous perdons plus de 20 milliards avec les trois mesures que je viens de vous citer. Donc on peut trouver de l'argent pour faire ça.
Journaliste (12:30) Clémence Guetté, il va falloir qu'on avance. On va parler juste après « L'info en une minute » de la partie énergie, puisqu'il faut aussi de l'énergie, à la fois pour équiper et pour lutter contre le réchauffement climatique. C'est juste après, donc, « L'info en une minute », 9h, [avec] Marie Marty-Rossi.
Le début de la fin de la canicule en France, très progressivement : 11 départements de l'Ouest sont sortis de la vigilance rouge. La journée sera encore très chaude toutefois dans les deux tiers du pays, avec des conséquences sur les hôpitaux saturés et sur les établissements scolaires.
EDF va débloquer 80 millions d'euros pour équiper rapidement les écoles en systèmes de rafraîchissement.
Le bilan s'alourdit au Venezuela, frappé par deux séismes très importants mercredi soir : au moins 235 personnes sont mortes selon les autorités, et les recherches se poursuivent parmi les décombres. Plus d'un millier de personnes ont également été blessées.
Dans le détroit d'Ormuz, le plan d'évacuation des marins est suspendu temporairement après une attaque dans le golfe d'Oman : un navire ayant franchi le détroit a été ciblé. L'Organisation maritime internationale précise que cette suspension va durer le temps de confirmer que les bateaux peuvent continuer à être évacués en sécurité.
Et au Mondial de football, l'Équateur a battu l'Allemagne 1 but à 0 et se qualifie pour les huitièmes de finale. Qualification aussi pour la Côte d'Ivoire et les Pays-Bas. Ce soir, la France affronte la Norvège pour le dernier match des Bleus de cette phase de poules.
Journaliste (13:53) France Info, 8h30, [avec] Adrien Beck [et] Camille Vigon. Et nous sommes toujours avec Clémence Guetté, vice-présidente de l'Assemblée nationale — vous êtes aussi chargée du programme de Jean-Luc Mélenchon. On va continuer de parler de la canicule, et il est impossible de parler de la lutte contre le réchauffement climatique sans parler de la sortie des énergies fossiles, et aussi de la question de l'électrification des usages. À la France insoumise, vous êtes pour la sortie de l'énergie nucléaire. On a appris cette semaine que trois réacteurs sont à l'arrêt en France à cause de la canicule — à Golfech, à Bugey, dans l'Ain. Est-ce que vous y voyez une confirmation de votre position ?
Clémence Guetté (14:31) Oui, malheureusement, mais sans aucun triomphalisme, parce qu'en fait c'est absolument terrible. On a, dans notre pays, beaucoup misé sur le nucléaire. Du coup on a une énergie qui certes est décarbonée, mais qui n'est pas moins dangereuse par certains aspects. Nous avons dit qu'avec le changement climatique, avec les épisodes de canicule, les fleuves, le réseau d'eau de manière générale, qui est indispensable au refroidissement de ces centrales, était menacé, et donc que consubstantiellement cette technologie était menacée sur le très long terme. Donc oui, en effet, nous sommes... on a arrêté ces réacteurs parce que l'eau était [trop chaude] — on ne peut pas se permettre, au niveau de l'environnement, de trop réchauffer l'eau des fleuves.
Journaliste (15:14) Mais la plupart des réacteurs ne fonctionnent pas forcément selon ce principe-là, d'autres se refroidissent par d'autres systèmes, et selon RTE, le réseau électrique n'est pas menacé aujourd'hui, il n'y a pas de danger. À Golfech par exemple, il y a une tour de refroidissement qui justement est censée être une technologie qui permet d'éviter ce type de risque.
Clémence Guetté (15:40) Golfech, vous l'avez dit, il y a un réacteur qui est à l'arrêt. Donc on voit bien que cette technologie n'est pas résiliente — parce que sur une centrale il y a plusieurs types de réfrigération — elle n'est pas résiliente sur le temps long. 2019 — parce que c'est plus facile de parler d'il y a quelques années, on a plus de recul sur ces périodes de canicule —, en 2019 c'était l'équivalent, en réacteurs nucléaires arrêtés, de 10 % de la consommation électrique du pays. On voit bien que ce n'est pas un petit sujet, ce n'est pas anecdotique. Donc ce que nous disons, au moment où il y a tous ces débats, en tant que parlementaires, nous sommes invités à réfléchir au fait que nous allons réinvestir des milliards et des milliards, puisque nous arrivons à la fin de vie de la plupart des réacteurs et des centrales — ce qu'on appelle le grand carénage. Donc il faudrait remplacer ça. On sait que les réacteurs prévus ne vont pas entrer en activité avant plusieurs années — 10 ans, 15 ans dans le meilleur des cas — parce qu'on sait aussi que ces projets prennent du retard.
Journaliste (16:28) Exactement.
Clémence Guetté (16:31) Et donc on sait que les énergies renouvelables sont plus rapides à déployer, si on accompagne les filières. Et ça, il va falloir le faire franchement, en France. J'ai travaillé beaucoup sur cette question des filières industrielles d'énergie renouvelable : on est complètement à la ramasse, on a laissé fermer les dernières industries photovoltaïques. Ça veut dire des panneaux solaires fabriqués en Chine, et des moteurs d'éoliennes en Chine et en Allemagne, plutôt que d'avoir, comment dire, une industrie [renouvelable] sur laquelle on serait souverains — plutôt que d'acheter, ou de produire nous-mêmes, les énergies renouvelables.
Journaliste (17:13) Vous ne pourrez pas faire ça en un an quand même. Petit hiatus dans votre raisonnement : les deux dernières usines de panneaux photovoltaïques françaises — pour le coup, c'est la Macronie qui les a laissé fermer, c'était il y a quelques mois pour la dernière.
Clémence Guetté (17:30) Donc investir là-dessus, en accompagnant avec la puissance publique, des aides de l'État qui permettent de créer des emplois et de produire en France des panneaux photovoltaïques et des pales d'éoliennes, ce serait la chose la plus intelligente à faire. C'est ce que nous allons faire.
Journaliste (17:38) L'énergie nucléaire aujourd'hui, elle nous permet d'avoir une énergie majoritairement décarbonée, elle nous permet d'être souverains, elle nous permet aussi d'accompagner l'électrification des usages — les voitures électriques, les climatisations dont on parlait, à l'hôpital ou dans les écoles. Est-ce que s'en passer, finalement, aujourd'hui, ça ne relève pas plus du dogmatisme que du choix stratégique ?
Clémence Guetté (17:54) Ben moi je vous trouve extrêmement enthousiaste — alors j'aimerais bien être à votre place et trouver ça absolument merveilleux, mais moi ce que je vois c'est qu'il y a des risques de résilience de cette technologie. Souverains — l'uranium, excusez-moi de vous le dire, on ne l'extrait pas en France. Les déchets nucléaires, on a de gros problèmes pour savoir qu'est-ce qu'on va en faire pour les centaines... [de milliers] d'années à venir.
Journaliste (18:17) Mieux que le gaz, c'est mieux que le charbon.
Clémence Guetté (18:17) Et par ailleurs, c'est rarement demandé aux responsables du Rassemblement national, mais « clim partout, voiture électrique, électrification des usages en totalité »...
Journaliste (18:26) Le Rassemblement national n'est pas pour l'électrification des usages en totalité.
Clémence Guetté (18:33) Alors, à ce jour, nous ne savons pas produire suffisamment d'énergie pour faire face à tous ces usages, et en même temps pouvoir faire un mix qui passe à l'énergie renouvelable.
Journaliste (18:38) Donc pourquoi ne pas être en faveur de la promotion des énergies renouvelables, que vous faites d'un côté, et de l'autre garder une part de nucléaire dans ce qu'on appelle le mix énergétique ?
Clémence Guetté (18:46) Pour l'instant, garder une part de nucléaire, je vais vous le dire, nous n'avons pas le choix.
Journaliste (18:50) Demain Jean-Luc Mélenchon est élu à l'Élysée. La construction des six EPR2 a été annoncée, les projets sont lancés, même si la construction n'a pas démarré : elle est stoppée par Jean-Luc Mélenchon ?
Clémence Guetté (19:00) Et bien nous avons assumé, à un moment, de dire que nous ferions appel au peuple, des référendums sur ces questions — à l'Assemblée nationale, c'était au moment du Nouveau Front populaire. Et je suis revenue sur cette question du référendum en disant qu'il n'y avait pas [besoin d']en finir sur cette question — vraiment, c'est une question un peu complexe. Le mix énergétique, c'est à la fois une combinaison de décisions de politique publique qu'on prend immédiatement, et à la fois il y a le temps de construction et le temps de mise en œuvre. Donc on parle sur 70, voire une centaine d'années. Dans ces cas-là, ce que nous disons, c'est qu'arrivés au pouvoir, on va miser sur le 100 % énergie renouvelable, on va faire avec la durée de vie des centrales existantes.
Journaliste (19:35) Mais vous ne fermerez pas de centrales ?
Clémence Guetté (19:43) On ne peut pas, aujourd'hui, les fermer immédiatement quand on arrive. Et d'ailleurs ça n'a jamais été dans notre programme. Dans notre programme en 2022, c'était d'en finir avec le nucléaire en 2050. Vous vous rendez bien compte que nous sommes cinq ans plus tard.
Journaliste (19:53) Je pense peut-être à certains auditeurs qui se disent : bon, en fait, tout ça c'est de la belle promesse, vous allez être au pouvoir et en fait vous n'allez pas changer grand-chose, et finalement le nucléaire demeurera.
Clémence Guetté (20:06) Non, mais attendez — j'espère que des auditeurs ne se disent pas ça, et... vous comprendre... je suis navrée mais j'essaie de... l'énergie, c'est un sujet que je connais bien, donc visiblement je vous l'explique mal, mais c'est un sujet que je connais bien. Nous sommes à la fois en train de prendre des décisions de politique publique immédiate, quand nous allons arriver au pouvoir en 2027, et à la fois nous faisons avec l'existant et avec des investissements publics en milliards que nous avons enclenchés pour certains depuis les années 1960, le plan Messmer. Donc on fait avec cet héritage-là. Donc il y a la durée de vie des centrales, et je vous le dis, la durée de vie des centrales, ce n'est pas éternel. Ce n'est pas moi, Clémence Guetté, qui l'invente. Il y a un moment donné où elles deviennent dangereuses, et donc oui, il faut les fermer progressivement.
Je vous dis également que le temps de structurer une filière des énergies renouvelables, non, ça ne se fait pas en claquant des doigts, et en deux mois on passe au 100 % renouvelable. Ça n'a jamais été écrit ainsi dans notre programme, mais je vous réaffirme que oui, notre ambition c'est le 100 % énergie renouvelable, et que nous saurions pouvoir le faire. Je vous ai dit qu'en 2022 c'était 2050, et je vous invite, quand notre programme sortira, au moment de la rentrée du mois de septembre, à me réinviter pour que je vous donne à nouveau tous les détails du plan actualisé, du fait du retard pris par la Macronie.
Journaliste (21:17) Et, juste brièvement, les projets lancés, est-ce que vous les arrêtez ?
Clémence Guetté (21:24) Je ne suis pas en capacité de vous dire aujourd'hui, si des investissements trop conséquents ont déjà été réalisés... Ce que je vous dis, c'est que ma volonté politique, ce serait de ne pas les lancer, parce que sinon on se réembarque, on va dire, pour 60, 70 ans. Ces projets coûtent trop cher, par ailleurs il y a des surfinancements absolument systématiques et il y a du retard dans la mise en place. Donc, avec les scientifiques, avec les scénarios de RTE — on arrive à montrer, et ils sont en train de sortir maintenant ces scénarios, donc ce n'est pas moi qui les invente — on arrive à montrer qu'on peut faire du 100 % énergie renouvelable avant la fin de vie des centrales nucléaires, et donc avant le grand mur énergétique qui peut arriver devant nous. Bien sûr, nous ferons du 100 % énergie renouvelable, et bien sûr nous arrêterons ces projets de réacteurs, parce qu'en fait on se remet dans un problème que nous dénonçons sur les centrales existantes — c'est la même chose.
Journaliste (22:14) Est-ce que vous avez une idée de combien ça coûterait, à la fois de mettre un terme, en quelque sorte, au nucléaire — même si on a bien compris qu'il ne s'agissait pas d'arrêter tout d'un coup — et par ailleurs d'investir massivement dans les renouvelables ?
Clémence Guetté (22:23) Plusieurs dizaines de milliards d'euros. Et je pense que c'est même sous-estimé — y compris avec ce que vous nous disiez au début sur l'isolation, maintenant sur les... on est déjà à autour de plus de 50 milliards de dépenses, [avec] le budget de l'Éducation nationale, le budget de la Culture, le budget de la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants... Mais tout ça, ça va faire beaucoup de dépenses.
Journaliste (22:54) Ça s'appelle un budget de l'État.
Clémence Guetté (22:54) Donc oui, on fait beaucoup de dépenses. Dans notre programme de 2022, nous prévoyons un plan d'investissement sur 5 ans de 500 milliards d'euros — je vous laisse faire des gros yeux, peut-être, comme certains de vos auditeurs. L'Allemagne, qui a cette réputation de rigueur austéritaire etc., fait un plan de 1 000 milliards sur 5 ans. Les grandes puissances aujourd'hui sont confrontées à ça.
Journaliste (23:17) Mais...
Clémence Guetté (23:24) Mais oui, sauf que le raisonnement économique des néolibéraux, qui consiste à faire des coupes budgétaires dans tous les services publics année après année, produit aussi des coûts : le coût du malheur, le coût de l'impréparation, et les Français le payent quotidiennement. Donc excusez-moi de vous dire que leur vieille recette continue à nous donner des leçons, alors qu'ils en sont à 1 200 milliards de dettes supplémentaires avec les macronistes — franchement, ils...
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