Martine Deguillaume a organisé une "conférence-débat sur les pesticides" portant sur l'utilisation de néonicotinoïde dans les plantations de Douglas sur le plateau des Millevache. Le journale "Le Populaire du Centre"lui a consacré, le 3 juin 2014, un article synthétisant, si j'ai bien compris, cette conférence et nommé "PEYRAT LE CHATEAU. Les pesticides toujours plus décriés".
Narratif : l'utilisation de pesticides
Voici le début présenté en liste pour bien avoir le déroulé :
- "La pratique de la sylviculture intensive a favorisé la multiplication de l'hylobe, le charançon du résineux, qui suce la sève des jeunes plants. La parade consiste à mettre dans chaque trou de plantation des granulés d'imidaclopride.
- L'hylobe n'y résiste pas mais les abeilles non plus, qui ne retrouvent plus le chemin de la ruche si elles viennent butiner dans les parages.
- Ce néonicotinoïde, insecticide neurotoxique, est retrouvé aussi maintenant dans les rivières du plateau."
Cela s'inscrit dans le discours de la pseudo-écologie contre "l'agriculture industrielle": l'utilisation de pesticides découlerait de cette dernière.
C'est en fait un faux nez de l'anticapitalisme.
Notez l'absence de chiffres pour éviter de mettre en évidence les quantités infinitésimales. C'est la fallacie des résidus.
L'alerte
Ensuite, l'article évoque plusieurs éléments qui seraient source d'alarmes :
- "Puis trois médecins de l'association AMLP (Alerte des médecins limousins sur les pesticides), se référant au rapport de l'INSERM de juin 2013, décrivaient les liens désormais établis entre l'usage des pesticides et différentes maladies apparaissant chez les agriculteurs comme la maladie de Parkinson, lymphome, myélome, cancer de la prostate notamment.
- Mais le rapport de l'INSERM pointe aussi le danger des pesticides pour les enfants, qu'ils soient enfants d'agriculteurs ou enfants de riverains. Un lien qualifié de fort est aussi établi, chez eux, entre pesticides et plusieurs pathologies : tumeurs cérébrales, leucémies, malformations génitales, trouble du développement neurologique. L'INSERM rappelle que l'usage des insecticides et autres biocides dans les maisons engendre les mêmes risques pour les enfants.
- L'étude PELAGIE, faite sur un groupe de 3.500 femmes enceintes, retrouve des traces de plusieurs pesticides dans les urines de plus de 98 % d'entre elles."
Il s'est opéré, ainsi, un glissement de "les néonicotinoïdes" à "les pesticides". Il n'y a, de plus, aucune donnée précise on parle "des risques", "de résidus", mais de rien de concret : le narratif est d'accuser de ces choses l'imidaclopride utilisé pour lutter contre l'hylope, il n'y a rien sur ce sujet.
C'est l'effet d'apposition.
La réglementation
L'article finit en qualifiant d'obsolète la réglementation sur les pesticides "notamment parce qu'elle ne
prend pas en compte l'effet perturbateur endocrinien" et en affirmant la "nécessité d'une alimentation sans résidus de pesticides devient progressivement un objectif prioritaire" pour les femmes enceintes et les enfants.
Il finit sur des accents complotistes : "Des réglementations plus sévères sont en préparation au niveau européen pour mieux protéger les populations, mais certains industriels de l'agrochimie tentent toujours de les retarder."
Cela se rattache à leur vision de "la science", comme quelque chose d'évident et de consensuel, qui ne serait pas discutable quand elle va dans leur sens. Automatiquement, tous ceux les contredisant deviennent des "diables" de leur mythologie.
On voit ici un exemple très cru de glissement du 'rationnel' ("il y a des résidus dans l'eau") à l'hygiénisme (il faut abolir les pesticides). C'est le genre de choses qui est assez subtile en général. En l'espèce il nous apparaît évident, parce que ce n'est pas la pseudo-écologiste qui parle, mais le journaliste qui présente son discours.