Le guide antibassines de noël

Bassines non merci a publié en décembre 2023 un "guide" à destination de ses partisans pour affronter "les méga-débats" des fêtes de fin d'année.

Reprenant plusieurs éléments importants de la désinformation pseudo-écologiste, commentons-le.

Ils citent ce qu'ils présentent comme des idées reçues, qu'ils contredisent.

1 - AVEC TOUT CE QU'IL PLEUT, ON POURRAIT REMPLIR UNE BASSINE PAR JOUR !

Ils discutent le temps de remplissage d'une bassine, soulignant que le débit des pompes ne permet pas de profiter des crues.

Ici la désinformation est plus une mauvaise fois phénoménale, puisqu'elle nie implicitement que l'intérêt des bassines vient justement de leur capacité à

Pour cela, ils vont exagérer, prétendant que "le "modèle bassines" qui a pour objectif de garantir aux exploitant.e.s les volumes stockés" :

Tirer des conclusions sur une année exceptionnelle à la pluviométrie record, et profiter de la sidération provoquée par les crues pour présenter les bassines comme la solution miracle est donc un argument malhonnête. Selon les années, une utilisation des crues serait bien trop aléatoire pour le "modèle bassines" qui a pour objectif de garantir aux exploitant.e.s les volumes stockés.

Or c'est faux, il est évident que les installations ne seront pas toujours remplies. Ces installations ont justement pour objet de pouvoir profiter des années exceptionnelles.

C'est la stratégie de l'homme de paille, consistant à caricaturer la position adverse pour pouvoir la dénigrer.

2 - L'EAU NON STOCKÉE QUI PART À LA MER EST PERDUE.

C'est un point important du stockage de l'eau : l'eau qui atteint la mer devient de l'eau salée, inutile à moins d'être désalinisée. Ici ils prétendent contredire cela avec une argutie assez phénoménale :

Si l'eau ruisselle trop vite, c'est à cause des politiques agro-industrielles d'artificialisation des sols, de remembrement et de drainage, celles-là mêmes qui encouragent aujourd'hui les bassines. Cette politique ne peut pas être à la fois le poison et l'antidote.

En somme, ils montent en généralité pour prétendre que les bassines forment un ensemble avec les "politiques agricoles et d'aménagements depuis 70 ans". Ils y rattachent tout : artificialisation des sols, remembrement, etc. C'est à cause de cela que l'eau partirait vite à la mer au lieu de pénéter les sols.

On note qu'ils décalent implicitement la cible, ne contestant à aucun moment que l'énoncé ciblé soit faux : l'eau qui part à la mer est perdue (devient inutilisable). Cela nie que, même avec des stratégies de ralentissement des eaux, il y aurait toujours un excédent qu'on pourrait stocker. Enfin, et surtout, ils ne proposent pas d'alternative. Vont-ils raser Paris et toutes les villes traversées par un cours d'eau pour permettre à celui-ci de former un nouveau lit ?

3 - LES BASSINES PERMETTENT DE SUBSTITUER LES PRÉLÈVEMENTS DE L'ÉTÉ PAR DES PRÉLÈVEMENTS DE L'EAU EXCÉDENTAIRE EN HIVER.

Selon Bassines non merci, les bassines ne serviraient qu'à contourner les restrictions lors des sécheresses. Puis ils prétendent que cela permet en fait d'augmenter les volumes prélevés.

Ils prétendent que la notion d'eau excédentaire est définie par un seuil défini "par les bénéficiaires des bassines eux-mêmes", "sans aucune base scientifique". Ils présument ainsi une sorte de monopole absolu sur la notion par ces estimations, qui ne sont du reste pas précisément ciblées.

L'expression "des recherches scientifiques ont démontré que l'écoulement "normal" du Mignon [...] correspond à un seuil de 12,30m" renvoie à la rhétorique sur "la science".

En effet, il disent évoquent une certitude absolue. On voit aussi leur double standard : leur science est absolue, celle de leurs ennemis n'a "aucune base scientifique". Rien n'est démontré évidemment.

C'est aussi un discrédit contre les agences sanitaires, qui sont chargées de gérer ça.

Même ainsi ils reconnaissent que le pompage serait possible 3 années sur 10. Comme plus haut, ils le présentent comme une contradiction, prétendant implicitement que les bassines devraient pomper chaque année pour être viables.

4 - LES ÉCOLOS S'ATTAQUENT À LA SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE DE LA FRANCE ! ON NE PRODUIT RIEN SANS IRRIGATION.

Comme plus haut, les auteurs pratiquent l'homme de paille. En effet, personne ne dit qu'on ne produit rien sans irrigation.

Ils prétendent que "l'irrigation intensive accapare l'eau pour augmenter les rendements d'une minorité d'exploitations agro-industrielles". C'est un mensonge éhonté : l'irrigation profite à des exploitations de toutes tailles.

Ils dénigrent l'export sans préciser ce qu'ils lui reprochent :

"L'irrigation intensive encouragée par la Politique Agricole Commune et le modèle des méga-bassines visent à augmenter au maximum les rendements de ces cultures (maïs grain et blé tendre) pour conquérir à l'export le marché mondialisé."

Cela s'inscrit dans le discours niant la nature économique de l'agriculture.

Le passage suivant est assez extraordinaire. Il commence par accuser les bassines d' "irriguer le fourrage des animaux en cage ou en stabulation (enfermés dans des bâtiments clos)", en citant le maïs et blé. Or, les animaux en plein air aussi consomment du maïs et du blé en complément.

Ces exploitations "gagnent en rendement avec l'irrigation, les engrais et les traitements phytosanitaires." Oui, comme toutes les exploitations.

Puis un foutage de gueule :

Depuis l'abandon dans les années 70 de l'élevage à l'herbe, respectueux de l'environnement et des animaux, au profit d'un élevage hors sol plus lucratif et industrialisable, les prairies permanentes (qui ne nécessitaient aucune irrigation et remplissaient de nombreuses fonctions écologiques) ont été détruites et ne représentent plus que 5% de la Surface Agricole Utile.

Plusieurs choses. D'abord on retrouve l'idéalisation de l'élevage plein air. Ensuite, ce dernier n'a absolument pas été "abandonné", surtout pour les bovins : la quasi-totalité des élevages bovins intègrent une phase de pâturage ! Ainsi, selon le CNIEL, "92 % des vaches laitières françaises accèdent à des prairies, 87 % pâturent plus de 170 jours par an" (IDELE 2018).

Quand aux prairies permanentes, elles ont reculé après la guerre au profit des prairies temporaires. Ne les cibler est donc évidemment désinformatif, mais en plus c'est faux : les prairies permanentes représentaient 8,68Mha en 2022, soit 67.66% des cultures fourragères (12,83Mha) et 30.3% des surfaces agricoles utilisées (28.65Mha).

C'est un mensonge pur et dur.

[[SMALLCARD_https://pseudo-ecologie.fr/pratiques/manipulation-narrative/post-verite/mensonge/ ]]

Puis ils vont développer le thème des pseudo-alternatives :

VRAI : Les pratiques agricoles nourricières produisant localement une alimentation saine et respectueuse de l'environnement, telles que le maraîchage ou l'élevage paysan, ont besoin d'eau et d'irrigation.

L'agriculture paysanne permet de produire, sur une ferme à taille humaine, une alimentation saine et de qualité, en préservant l'eau des sols et sans remettre en cause les ressources naturelles de demain. Si l'eau lui est indispensable, les volumes ne sont pas aussi démesurés que ceux utilisés par les irrigant.e.s connecté.e.s aux bassines. Un.e maraîcher.e utilise entre environ 2500m3 d’eau par an et par hectare, soit entre dix et cent fois moins qu'un.e exploitation céréalière.

Être contre les méga-bassines n'est pas synonyme d'être anti-irrigation. Ce terme regroupe des volumes et des pratiques très différentes. S'opposer à ce modèle, c'est militer pour le retour à une gestion collective et démocratique de l’eau afin d'assurer la protection des milieux et d'encadrer un partage des volumes prélevés pour des usages prioritaires et indispensables. L'argent public gaspillé dans des projets de bassines devrait servir à accompagner l’agriculture à la mise en place de pratiques respectueuses de la santé humaine et environnementale et de la lois sur l'eau qui en priorise les usages

Tout d'abord, on a une idéalisation de l' "agriculture paysanne" (quoi que ce soit). On apprend néanmoins que "l'eau lui est indispensable", même si les volumes seraient moindres que "ceux utilisés par les irrigant.e.s connecté.e.s aux bassines". Or, il y a aussi des maraîchers connectés aux bassines. Et rien n'empêche ces "paysans" de participer à financer le projet et à y être connecté.

Enfin, ils cachent que les bassines sont conditionnées à des engagemements écologiques des agriculteurs en bénéficiant.

On est vraiment dans la logique de la pseudo-alternative : même s'ils ce qui disent ne répond à rien et n'a aucune cohérence avec leur discours, ils vont quand même produire ces éléments pour donner l'impression d'avoir quelque chose à répondre.

La négation d'être "anti-irrigation" s'inscrit en fait dans l'ambiguité stratégique, il s'agit d'être volontairement flou, pour accuser ses détracteurs de le caricaturer.

5 - LES MÉGA-BASSINES SONT NÉCESSAIRES À LA SURVIE ÉCONOMIQUE DES FERMES.

Les auteurs montent en épingle le prix des "méga-bassines", après s'être vantés, en début de page, d'en avoir neutralisé ("mises hors d'état de nuire par des actions de débâchage") 15 bassines et d'avoir fait exploser les coûts de sécurisation pour celle qui est construite.

Puis, ils reprennent la rengaine de l'emprise du modèle agricole :

Malgré tout cet argent public, cet investissement matériel implique un endettement souvent très important de l'agriculteur.rice et donc un engagement à une rentabilité élevée auprès du créditeur et/ou de la coopérative agricole. Ce modèle agricole, dont les méga-bassines sont la perfusion, maintient donc l'agriculteur.rice dans l'engrenage productiviste l'obligeant au rendement et à l'homogénéisation de ses cultures.

Je ne précise pas, ce sont les psittacismes répétés inlassablement.

Puis, un foutage de gueule absolument fou :

Le cahier des charges Beurre AOP Charentes-Poitou impose par exemple une part minimale de maïs de 50% dans l'alimentation des vaches.

Donc si on suit sa logique, cette AOP serait définie par les coopératives agricoles auprès desquels se seraient engagés les bénéficiaires de bassines ? Surtout, quel rapport entre la proportion de maïs dans la ration et ce qu'ils décrivent ? Cela n'a aucun sens.

Ensuite les auteurs déplorent que les nouveaux agriculteurs ne peuvent pas bénéficier de droits à irriguer. Ils présentent le fait que les bénéficiaires de la bassine

Il n'y a pas d'autre logique ici que la rhétorique de l'accaparement : s'ils utilisent de l'eau, c'est forcément une privation intolérable pour quelqu'un d'autre. Que cette eau soit disponible grâce à des infrastructures qui ont dû être financées est totalement négligé.

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Surtout, aucun de ces éléments ne remet en question l'allégation initiale : les bassines améliorent l'économie des fermes. Le dernier, évoquant une hausse de la valeur du foncier, confirme même ceci.

Enfin, ils déplorent que "pour trois agriculteur.ice.s qui prennent leur retraire, on compte un.e seul.e jeune qui s’installe." C'est le discours du pompier pyromane : ils présentent un fait comme dommageable, alors même qu'ils en sont largement responsables.

6 - LES IRRIGANT.E.S RACCORDÉ.E.S AUX MÉGA-BASSINES FONT ÉVOLUER LEURS PRATIQUES AGRICOLES.

Les auteurs dénigrent le protocole signé par les bénéficiaires des bassines du Marais poitevin, lui reprochant son manque d'ambition et le peu d'objectifs chiffrés.

L'absence de consultation du CNPN, qualifié de "institution nationale garante de la protection des écosystèmes" est présentée comme la preuve que les porteurs de projet méprisent l'environnement.

Point peu intéressant, c'est juste du dénigrement, je passe.

7 - LES ANTI-BASSINES SONT DES GROUPUSCULES VIOLENTS.

C'est sans doute le point le plus intéressant : ils nient être violents. Rappelons que nous sommes en décembre 2023, après Sainte-Soline.

Ils commencent par se prévaloir des nombreux soutiens obtenus, de "syndicats, d'associations environnementales, de paysan.ne.s, du mouvement climat, de collectifs citoyens, ainsi que de nombreux.ses scientifiques et élu.e.s", prétendant qu'ils sont "soucieux de l’intérêt général".

Si les "manifestations se sont intensifiées", c'est par ce que "plusieurs chantiers ont démarré dans l'ignorance et le mépris des nombreuses alertes, recours juridiques et mouvements de protestation actifs depuis plus de 6 ans. Pour se faire entendre, les opposant.e.s, adoptent parfois des modalités d'actions plus offensives envers les infrastructures."

En d'autres termes ils euphémisent leurs violentes ("actions plus offensives") et les justifient par leur guérilla juridique. Comme pour leur pétition de 2021, on retrouve ce double standard : le travail de la justice est présenté comme sacré, mais ils se permettent de le court-circuiter.

Ils ne se prévalent même pas de décisions, seulement de leurs recours ...

Ils relativisent leur action, prétendant n'avoir jamais appelé à "la violence envers des personnes". Ainsi, ce serait un peu de la faute des forces de l'ordre, s'interposant entre les manifestants et leur cible, se serait vu projeter des cocktails molotovs et des balles de pétanque.

Pire, c'est l'État qui aurait mis les manifestants en danger à Sainte-Soline.

Ils se prévalent d'un rapport de la Ligue des Droits de l'Homme, qui jugerait disproportionnée la violence des forces de l'ordre, illustrant l'importance d'avoir des organisation prestigieuses en apparence neutre dans l'écosystème.

On retrouve l'expression de "passage en force", récurrente en pseudo-écologie.

Enfin, ils inscrivent leur action dans la continuité de la lutte contre l'extension du camp militaire dans le Larzac dans les années 70, contre la centrale nucléaire de Plogoff, la lutte anti-OGM ou encore contre l'aéroport à Notre-Dame-des-Landes.

Ils concluent ce texte par No Basaran.

Commentaire global : une mécanique d'exploitation

Commentons maintenant l'ensemble du texte.

L'argumentaire est d'une mauvaise foi absolument immonde. En demandant d'importer ces arguments dans l'espace privé, les pseudo-écologistes demandent de le pervertir, de le dégrader. Cela nuit aux militants se prétant au jeu, qui s'attirent ainsi l'antipathie de leurs proches.

Cela participe à la stratégie d'emprise pseudo-écologiste : pour affirmer son emprise sur quelqu'un, il faut l'isoler.

C'est aussi l'importance d'avoir un lobby décentralisé. Cela leur permet de diffuser aussi loin que possible les éléments de discours.

Enfin, comme toujours, ils utilisent le point médian de l'écriture inclusive, ainsi que "iels", montrant leur adhésion au pseudo-féminisme.


Références