3.V. Le glissement du pragmatique à l’hygiéniste

Il s'agit d'une partie du livre "Stéphane Foucart et les néonicotinoïdes. Le Monde et la désinformation 1" dans laquelle nous présentons une des techniques de manipulation de l'information souvent utilisée par le journaliste.


S. Foucart a souvent tendance à s’appuyer sur un élément sérieux, comme une étude scientifique, et à lui faire dire (directement ou indirectement) qu’il faudrait entièrement supprimer les NNI. J’appelle cette mécanique passer du raisonnement pragmatique au raisonnement hygiéniste. Le premier type porte sur un effet, une utilité : « cela a tel effet sur ceci en telles circonstances, pour le prévenir on peut faire ceci ou cela. » Au contraire, la logique hygiéniste tend à une forme de pureté : « c’est mal, il faut le supprimer, en purifier la nature ». S. Foucart s’appuie souvent sur le premier pour faire passer le second.

Par exemple, dans l’article (44), il prétend contredire une étude qui aurait montré que « De faibles doses de pesticides ont peu d’impact » sur les oiseaux en avançant qu’il « existe plusieurs centaines d’études publiées dans la littérature scientifique montrant sans ambiguïté les effets délétères des néonicotinoïdes sur des invertébrés », mammifères et oiseaux non ciblés et que les NNI sont des pesticides extrêmement concentrés : un gramme d’imidaclopride pourrait « tuer autant d’abeilles que 7,3 kg de DDT ». (44)

On part donc d’éléments pragmatiques, justes : les NNI auraient des effets négatifs sur les organismes non-cibles et seraient des pesticides extrêmement concentrés. Néanmoins, on glisse vers une logique hygiéniste, où seule compterait la « pureté » : même à de « faibles doses », les NNI seraient dangereux. Le sous-entendu est ici que la dose d’exposition réelle ne compterait pas. Pour faire cette glissade, S. Foucart utilise deux leviers.

Ainsi, le problème soutenu par de nombreuses études scientifiques sert de pivot pour vendre un discours irrationnel et hygiéniste. Métaphoriquement, il sert d’enclume sur lequel S. Foucart prend appui pour forger son message. Vous voyez, c’est une mécanique très fine et difficile à identifier.

La distinction entre les deux raisonnements a encore besoin d’être affinée, mais elle sera l’objet d’un livre dédié.