Le « paysan » comme pseudo-alternative
GRAIN (Genetic Resources Action International) est une petite organisation internationale alter-mondialiste fondée le 16 mars 1990 comme il s'en est créé des dizaines.
Pro-palestinienne, alter-mondialiste, écriture inclusive, elle coche toutes les cases de l'association gauchiste.
Dans un article du 8 avril 2015, elle présente la désinformation pseudo-écologiste sur la réglementation des semences, que nous allons présenter : Les lois semencières qui criminalisent les paysannes et les paysans : résistances et luttes.
L'article étant infiniment long (21K mots !!), je serai synthétique.
Désinformation anticapitaliste sur le système semencier
Pseudo-alternative et passéisme : c'était mieux avant
L'article commence en promouvant l'agriculture "paysanne" et les méthodes de sélection ancestrales, faisant fi des techniques modernes :
Les semences constituent l’un des piliers majeurs de la production d’aliments. Partout dans le monde et depuis des siècles, les paysans et paysannes en ont pleinement conscience.
L’échange régulier de semences entre les communautés et entre les peuples a permis aux cultures de s’adapter à des conditions, des climats et des topographies représentatifs de la diversité de la nature .
[...] Les semences sont également à la base de processus productifs, sociaux et culturels qui ont donné à la population rurale une capacité tenace à conserver un certain degré d’autonomie et à refuser une soumission complète aux grandes entreprises et au règne de l’argent."
Le passéisme est un thème classique en pseudo-écologie. En réalité, des protocoles rigoureux pour l'amélioration de la sélection variétale sont développés à partir du XVIe siècle et se développent jusqu'à la rupture de la génétique mendélienne, qui permet de vraiment comprendre ses mécaniques.
Ce qu'il décrit ressemble à une approche antérieure même au XVIe siècle (ou au moins XIXe) donc ...
On retrouve évidemment le discours anticapitaliste, classique.
Désinformation sur la réglementation
L'essentiel de l'article est la désinformation/diabolisation de la réglementation sur les semences. Par exemple ils vont présenter la brevetisation "du vivant" comme quelque chose de terrible en soi, ce qui s'inscrit dans le discours de divinisation de la nature (ce serait une sorte de blasphème). Pire, cela permettrait aux industriels de s'accaparer des solutions déjà existantes.
En réalité, ces réglementation n'ont pour objet que de favoriser l'innovation variétale. Elles ne protègent donc que les innovations. Les agriculteurs peuvent parfaitement utiliser leurs variétés anciennes.
C'est un élément classique de la désinformation sur les semences.
Leur démonstration prend un tour tragicomique lorsqu'elle illustre cela avec la tentative d'une entreprise de s'approprier la propriété intellectuelle d'une "variété d'oignon très populaire" au Niger qui a ... échoué parce que la réglementation ne le permet en fait pas (il faut que votre variété soit nouvelle pour la breveter). En somme ils prennent un exemple qui démontre qu'ils disent n'importe quoi et le présentent comme la preuve de leur propos.
Victimisation tiers-mondiste
Tout le reste est une victimisation tiers-mondiste, associé à une diabolisation des entreprises. Leur lobbying est mentionné pour laisser penser à une influence sournoise.
La victimisation est notamment évidente dans ce passage :
Dans ce contexte, les agriculteurs du Mozambique ont opté pour le renforcement de leurs systèmes semenciers paysans. Depuis 2012, ils collaborent avec leurs homologues brésiliens, qui partagent avec eux leur expérience en matière de mise en place de systèmes semenciers (voir l’article sur le Brésil). L’objectif de cette coopération est que les paysans mozambicains apprennent à sélectionner et à multiplier,dans leurs fermes et en grandes quantités, les semences qu’ils jugent importantes. Devant son succès, l’initiative devait être développée avec le soutien des gouvernements brésilien, mozambicain et sud-africain. Mais, lorsque le programme a commencé, seul le gouvernement brésilien a dégagé les fonds et les ressources pour la soutenir.
Ils ne se plaignent pas de ne plus pouvoir faire des choses, en réalité c'est juste une martingale pour dénigrer le capitalisme et obtenir plus d'argent.
Double standard sur les lobbies : les "bons" contre les "mauvais"
La victimisation: l'un des ressorts les plus pervers de la pseudo-écologie
Une illustration du "lobby agrochimique"
Ces discours sont intéressants, parce qu'ils donnent une description de l'obscur "lobby agrochimique" :
"Les semences sont également à la base de processus productifs, sociaux et culturels qui ont donné à la population rurale une capacité tenace à conserver un certain degré d’autonomie et à refuser une soumission complète aux grandes entreprises et au règne de l’argent. Pour les intérêts commerciaux qui aspirent à prendre le contrôle des terres, de l’agriculture et des aliments – et de l’immense marché que cela représente – cette indépendance représente un obstacle.
Depuis la Révolution verte, les entreprises ont ainsi déployé toute une batterie de stratégies pour concrétiser ce contrôle, qui vont des programmes de recherche agricole et de vulgarisation au développement de filières mondiales, en passant par la promotion de l’expansion massive de l’agriculture destinée à l’exportation et au secteur de l’agro-alimentaire. La plupart des agriculteurs et des peuples autochtones ont résisté et continuent de résister, de diverses manières, à cette mainmise.
Aujourd’hui, les entreprises tentent d’écraser cette rébellion en menant une offensive mondiale sur le plan juridique."
Ainsi cet obscur lobby incluerait non seulement les entreprises semencières, mais aussi les États et l'OMC. on retrouve aussi la diabolisation de l'exportation. Il y a aussi une diabolisation des traités de libre-échange, qui "sont également assortis d’une règle qualifiant la propriété intellectuelle sur les semences comme une forme d’investissement étranger qui doit être protégé".
Le complotisme: un thème récurrent de la pseudo-écologie
Condamner le libre-échange pour enfermer l’agriculture : la stratégie pseudo-écologiste
Autres éléments de langage courants
L'ensemble du discours est très alter-mondialiste ou tiers-mondiste : il s'agit de montrer les pauvres agriculteurs africains face aux méchantes entreprises. C'est présenté sous le thème de la "rebellion", qui est aussi un autre élément de langage de l'extrême gauche.
Plus globalement, la forme de l'article elle-même, comme fleuve de déblatérations infinies, fait partie de l'arsenal pseudo-écologiste. Plus c'est long, plus on projette l'image que c'est profond et cherché. En échange, le lecteur récipiendaire d'un savoir ésotérique. C'est la "posture du sachant".