Billaud et Sujobert (2025) Pesticides et hémopathies malignes
Sur le principe
Le propos du CIRC lui-même
Le CIRC lui-même écrit :
The classification indicates the strength of the evidence that a substance or agent can cause cancer. The IARC Monographs Programme seeks to identify agents that are cancer hazards, meaning they pose the potential for the exposure to cause cancer. However, the classification does not indicate the level of risk associated with a given level or circumstance of exposure. The cancer risk associated with substances or agents assigned the same classification may be very different, depending on factors such as the type and extent of exposure and the degree of the effect of the agent at a given level of exposure.
What is the difference between risk and hazard?
The IARC Monographs Programme identifies cancer hazards but does not evaluate the risks associated with specific levels or circumstances of exposure. The distinction between hazard and risk is important. An agent is considered a cancer hazard if it is capable of causing cancer under some circumstances. Risk measures the probability that cancer will occur, taking into account the level of exposure to the agent. The IARC Monographs Programme may identify cancer hazards even when risks are very low with known patterns of use or exposure. Recognition of such carcinogenic hazards is important because new uses or unforeseen exposures could lead to risks that are much higher than those currently seen.
La réponse est donc très claire : les monographies du CIRC "identifient les dangers de cancer mais n'évaluent pas le risque associé à des niveaux spécifiques ou circonstances d'exposition."
Discussion avec Philippe Stoop
Philippe Stoop discute ce point dans un article de juillet 2019.
En reprenant le discours du CIRC, il soulignait néanmoins que l'ECHA aussi a une notion de danger, qui pouvait notamment exclure l'autorisation de nouveaux produits et contestait que cette nuance (CIRC => danger ; Agences => risque) permette de dire que le CIRC n'avait pas été désavoué par les agences :
"Certains commentateurs ont laissé croire que l’avis du CIRC était en fait compatible avec celui des agences sanitaires, au motif que le CIRC se prononcerait sur le danger, et les agences sanitaires sur le risque. C’est bien sûr faux dans le cas des agences européennes : le simple fait qu’elles aient maintenu à ce jour l’autorisation du glyphosate montre bien qu’elles ne le considèrent pas comme cancérogène probable, à moins de supposer qu’elles aient oublié l’existence du règlement 1107/2009."
Il étaye son argument en soulignant que "l’avis du CIRC s’appuie, entre autres, sur des études épidémiologiques réalisées sur des agriculteurs, donc dans des conditions d’exposition réelles des utilisateurs. Même s’il ne prononce pas officiellement sur le risque, son avis implique donc forcément qu’il considère qu’il y a bien un risque probable chez les utilisateurs."
Il répète cette critique dans sa réponse à l' article de Sujobert et Billaud de 2025, publiée dans la Revue de Biologie médiacale de début 2026.
Une absence de responsabilité
Les avis du CIRC n’ont pas de valeur juridique. Il s’agit simplement de l’opinion d’une société savante :
« L’objectif du CIRC est de promouvoir la collaboration internationale dans la recherche sur le cancer. Le Centre est interdisciplinaire, et réunit des compétences dans les disciplines de laboratoire, en épidémiologie et en biostatistique pour identifier les causes du cancer, qui permettront d’adopter des mesures préventives afin de réduire le fardeau et les souffrances liés à la maladie. »
CIRC
Ils n’ont pas les mêmes enjeux que les agences sanitaires. Ces dernières ont des responsabilités : si elles concluent qu'une molécule a un effet, cela a des conséquences directes et réglementaires. Elles doivent appliquer les mêmes règles à tout le monde et si elles durcissent trop leurs exigences, c'est l'économie (et la réalité humaine sous-jacente) et l'innovation qui sont en danger. Il serait "facile" de tout interdire: après tout, on survivait sans médicaments ni phytosanitaires au Moyen Âge ... Enfin, pas tout le monde. Ainsi, l’évaluation des risques en général porte sur de nombreux domaines : urbanisme, procédés industriels, alimentaire, etc. Surtout, c'est un office qui emporte une réelle responsabilité.
Le CIRC n’a pas cette responsabilité et ne fait pas ce travail. Il a simplement un rôle d’alerte. Il peut être aussi alarmiste qu'il souhaite, en principe personne ne souffrira de ses décisions. Pire, il peut appliquer des standards totalement différents selon la substance évaluée. Sur le glyphosate, il a joué son rôle d'alerteur et les agences sanitaires ont statué : cette alerte n’était pas fondée.
La classification du CIRC
Le CIRC classifie les substances selon qu’on sache ou non s’il est cancérogène pour l’homme. Il y a 4 groupes :
| Groupe 1 | L’agent est cancérogène pour l’Homme | 121 agents |
| Groupe 2A | L’agent est probablement cancérogène pour l’Homme | 90 agents |
| Groupe 2B | L’agent est peut-être cancérogène pour l’Homme | 323 agents |
| Groupe 3 | L’agent est inclassable quant à sa cancérogénicité pour l’Homme | 498 agents |
Aux côtés du glyphosate, classé 2A, il y a notamment la consommation de viande rouge (monographie 114, 2018), la consommation de boissons chaudes (>65 °C) (monographie 116, 2018), la verrerie (monographie 58, 1993), les particules émises par la friture (monographie 95, 2010), le travail de nuit (Monographie 98 et 124, 2020) ou encore l’activité de coiffeur ou barbier (Monographie 57 et 99, 2010) …
Plus « dangereux », parmi les cancérigènes certains, on trouve les boissons alcoolisées, le tabac évidemment (Monographie 83 et 100E, 2012), les produits de fission (Monographie 100D, 2012), les radiations solaires (Monographie 55 et 100D, 2012), l’activité de peintre (Monographie 47, 98 et 100F, 2012) et … la viande transformée (Monographie 114, 2018) …
En parcourant les listes, on peut avoir plusieurs surprises. Par exemple, sont classés 3 le carburant pour avion et les solvants pétroliers (monographie 47, 1989). Sont classés 2B (« L’agent est peut-être cancérogène pour l’Homme ») l’extrait de feuille entier d’Aloe Vera (Monographie 108, 2016), l’activité de pressing (Monographie 63, 1995), l’essence (Monographie 45, 1989), le fait de travailler dans l’industrie de fabrication du textile (Monographie 48, 1990) ou encore le plomb (Monographie 23, 1987) …
Diabolisation
Notez que certains militants tentent de faire passer cet argument comme un "élément de langage" de l'industrie, qui serait purement le produit des actions de communication de l'agence de relations publiques embauchée par Monsanto, Fleischmann Hillard. En réalité, il ne s'agit que d'une argutie ridicule ayant pour objet de neutraliser un argument absolument évident, qui aura sauté aux yeux de toutes les personnes s'étant intéressé au sujet, et montrant sans la moindre ambiguité la mauvaise foi des exploitations médiatiques.
Références
- (1) IARC Monographs on the Identification of Carcinogenic Hazards to Humans, 10 décembre 2019