Tatiana ventôse sur la DNC

Tatiana Ventose, une influenceuse populiste anticapitaliste, a publié 3 vidéos sur la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) :

On retrouve un langage extrêmement trancher, brutal et populiste : "Ils nous tuent." Alors je ne vais pas décortiquer chaque vidéo, mais je reprends le cheminement intellectuel qui nous est globalement proposé.

L'ensemble de la logique se résume bien dans cette phrase :

"On est en train de tuer des troupeaux français sous des prétextes complètement fallacieux pour rien. Et ça tombe, hasard du calendrier, au moment où on est en train de nous faire passer le Mercosur. (1, 2'40")

On désinforme sur la gravité ("pour rien"), on imagine que ce n'est qu'un prétexte en lien avec le Mercosur.

Après la demande de Bertrand Vanteau aux agriculteurs de rentrer chez eux, elle a posté une vidéo au vitriol contre lui.

La désinformation

La gravité

Elle commence par relativiser la gravité de la DNC ("Alors elles ont très peu de risque de l'attraper et elles ont encore moins de risque d'en mourir" 1, 0'40) et diaboliser la réaction ("Du coup qu'est-ce que fait la France ? Bah ils abattent tous les troupeaux. Ils nous disent que ça risque d'engendrer des pertes de production importantes, alors du coup quand il y a une vache qui a de la dermatose en France, et ben ils abattent, ils exterminent tout le cheptel. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Pour éviter des pertes de production on détruit tout, on crame tout.")

Passé cette introduction qui résume l'ensemble, elle continue :

"Le taux de léthalité de la maladie est largement inférieur à 5%. C'est-à-dire que maximum, mais grand maximum, je vous donne l'estimation très haute, de 5% des vaches qui attrapent cette dermatose nodulaire en meurent [prend le chiffre de 1-5%]. Sachant que c'est 20% des vaches qui l'attrapent [elle surligne le taux de morbidité estimé à 10-20%]. Donc c'est 5% de 20%. Là aussi c'est les chiffres de l'estimation haute et c'est les chiffres de l'OMS. [...] Ils sont en train de vaches [...] françaises pour une maladie qui ne se transmet absolument pas à l'homme et qui risque de faire mourir 1 à 5% de maximum 20% des vaches qui risquent de l'attraper. (1, 1'10")

Ici elle ne comprend évidemment pas le taux de morbidité, qui désigne la proportion de bêtes qui auront des symptomes, pas la proportion de bêtes infectées ...

L'épidémie de 1992

Il y a eu une épidémie sur l'île de la réunion. Tous les désinformateurs en parlent sur la base exclusive d'une page de l'INA. Elle prétend qu'on a soigné en isolant les animaux malades et en vaccinant quand c'était possible. L'article mentionne 10% des vaches touchées avec 10% de léthalité. Agritof a déjà répondu : [lien]

Cette démarche de prendre un morceau d'exemple (parce que cet article n'est pas une étude d'impact) et d'en faire une généralité (parce qu'ils y a eu quelques épidémies dans le monde avant ...) est d'une malhonnêteté intellectuelle crasse, très commune dans la sphère complotiste.

Le vaccin

"Et ça me pose d'autant plus question, c'est que le vaccin existe et que l'État ne veut pas distribuer de vaccin aux agriculteurs. S'ils vaccinent pas ils risquent de l'attraper et de se faire détruire leur cheptel. Par contre s'ils vaccinent, ils punis quand même [...] ils ont pas le droit d'exporter pendant 14 mois." (1, 5'30")

L'État vaccine les zones alentours des foyers de contagion. Elle n'évoque pas non plus la difficulté de vacciner 17M de bovins et présente la sanction comme étant une sorte de choix de l'État.

Elle présente comme absurde la décision de suspendre les exportation pour 3 régions française. Elle sous entend au passage que les veaux transporté depuis l'Irlande en Italie seraient d'une part exposés à la DNC au cours de leurs trajet en France (en camion ...) et d'autre part que la France y pourrait quelque chose.

Plus tard, elle explique que "Pourquoi l'État ne vaccine pas ? Bah la raison c'est que il y a pas assez de vaccin." Et que c'est parce que la France est désindustrialisée à cause de la mondialisation. (3, 17'35") Ce qui semble complètement débile parce que si c'était le cas on pourrait les faire produire là où l'industrie se serait délocalisée. Elle conclue néanmoins "Vous voyez bien comment les problèmes sont tous liés à un même système globalisé qui nous a imposé contre notre gré et pour bénéficier à la finance, [...] d'ouvrir les frontières à tous les échanges commerciaux, aux biens matériels et au déplacement de population. Et au bout de ce système c'est nous qui allons crever et c'est Blackrock qui ramassera le pognon." On retrouve cette idée de cause unique, si commune dans le complotisme.

Autres alternatives

"Il y a quand même le conseil des vétérinaires européens [...] nous dit qu'il ne sert à rien d'abattre tout un troupeau, qu'il vaut mieux vacciner, mettre à l'isolement, etc. et laisser l'immunité naturelle se faire, puisque les vaches en guérissent à 99%." (3, 10'20")

Divers

Elle affirme que le tests ne sont pas fiables. ("les prélèvement leur on été envoyé, les résultats sont induscutables, donc avec toutes les erreurs possible que ça peut comporter" 1, 11'50")

Elle prétend que le capital génétique lié au terroir est irremplaçable (3, 3'55), alors qu'ils peuvent demander l'aide de leurs voisins.

La diabolisation

Sur cette base erronée, elle va diaboliser avec véhémence les dirigeants. Disparu le débat initial, qui est en fait bassement technique, il s'agirait d'une sorte de guerre mythique pour sauvegarder l'agriculture française.

Elle a littéralement commencé sa première vidéo par : "Ils veulent nous creuver. Je suis désolée, je n'ai pas d'autres mots à ce stade, que ils sont en train de tuer tout le pays en exterminant littéralement les agriculteurs. [...] Je ne peux pas le dire plus concrètement et plus factuellement là. C'est pas possible.

Voici quelques autres passages :

"Il y a une vidéo de l'INA qui reprend un extrait de journal télévisé de 1992 qui en parle et qui n'est pas du tout dans cette espèce d'hystérie de 'il faut absolument buter tous les animaux pour empêcher d'avoir une perte de production de 1% de 20%. Vous voyez ce que je veux dire ? Il y a un problème, on a franchi un rubicon là, il y a quelque chose qui ne va pas dans cette manière d'appréhender cette épidémie, qui je le rappelle n'est toujours pas dangereuse et transmissible à l'homme !"(1, 5'00) "Et si on se pose la question deux minutes, on voit quand même que c'est absolument destructeur et dégueulasse et que ça nous menace nous tous directement. (1, 12'40")
"Tous ces agris qui la tête dans le guidon et le couteau sous la gorge ne se [...] rendent paa compte que ce que l'État vous inflige n'est pas le fruit du hasard, ni de l'incompétence des dirigeants ; qu'il y a une volonté de vous tuer, vous agriculteurs. Il y a une volonté d'en finir avec la production agricole française." (2, 3'55") "Il faut que les financiers trouvent du sang ailleurs. Alors je suis désolée de vous annoncer ça comme ça [...], mais les prochains, c'est vous. Le projet, il est noir sur blanc dans le projet européen. Il est noir sur blanc dans les traités de libre-échange. Et il est latent dans les discours de tous les dirigeants français ou européens. C'est la suite logique. Ils vont vous tuer et ils vont récupérer les moyens de production pour leur profit. C'est pour la même raison qu'ils nous imposent des panneaux solaires et des éoliennes dans nos campagnes. C'est pour la même raison qu'ils ont peur que Blackrock perde les terres qu'ils ont acheté en Ukraine. Et c'est pour la même raison qu'ils signent avec l'Amérique latine des traités [...] pour vous mettre sur la paille. " (2, 8'50)
"J'ai vraiment la haine en fait. J'ai vraiment vraiment grave la haine. Parce que il y a vraiment aucune raison d'abattre ces bêtes." (3, 6'55")

Avec au passage l'image du "financier" buveur de sang ...

"Vous voyez bien que on se fout de notre gueule en fait. (bis) et que les pseudo-experts qui viennent se cacher derrière la science nous mentent. Sciemment ou pas sciemment, ça ne compte même plus à ce stade, ils mentent. Ce sont des menteurs. " (3, 16'55")

Comme par hasard, le Mercosur !

Dans ces vidéos, Tatiana Ventose nous livre une version claire, crue du complotisme anticapitaliste :

"Cette épidémie qui offre un prétexte pour abattre des cheptels entiers, elle tombe à pic à un moment où on veut nous imposer un traité de libre-échange avec l'Amérique Latine."(1, 8'30") "Vous entravez les plans de ceux qui ont décidé de vous remplacer par les brésiliens, les argentins. Alors ils ont décidé de vous achever. Mardi, dans l'Est de la France, chez la famille Lhomme, le glas a encore sonné." (2, ) "La production en France est un problème pour les gens qui sont à la tête de l'État, parce qu'ils sont des agents de la mafia financière qui a fait main basse sur tous les moyens de production ; qui en ce moment même, après avoir racheté toutes les usines, et puis ensuite les a faites délocaliser et cetera [...]" [...] "L'union Européenne, c'est juste un échelon supplémentaire d'agents de la bourgeoisie financière mondiale." (1, 29'50)

On ne comprend pas trop pourquoi le fait de réduire la production française serait utile pour faire passer le Mercosur qui de toute façon diminuerait la production française. Elle prétend que ce serait parce que ce serait parce que le paysan Français couterait "plus cher que les ouvriers agricoles ukrainiens" (2, 9'44"). À un autre moment que ce serait pour dire qu'on produit pas assez de viande en France et que donc il faut en importer (3, 2'25") ... tout en affirmant que l'UE n'a pas besoin de la France pour le faire passer.

Cette diabolisation du libre-échange est un des points de convergence avec la pseudo-écologie.

"C'est peut-être moi qui ai l'esprit mal tourné, mais quand même : la France est connue pour ses bovins, on a une maladie qui 'impose', soit-disant, de détruire le cheptel bovin français ; en Espagne il y a une épidémie de fièvre porcine et c'est pas de chance parce que les espagnols c'est un peu leur spécialité le cochon ; et en Grèce les moutons et ils ont une épidémie qui touche les moutons. Il y a un schéma ou c'est moi ?" (3, 20'30)

Autres points

L'appel à juger les gens après, implicitement, que la Révolution ait été faite :

"Macron qui essaye de faire des moulinets du bras. Mais qu'est-ce que tu racontes, tout le monde s'en fout de sa gueule à ce mec-là. Tout le monde se moque de lui, il n'a aucun poids, l'Europe peut décider de passer le Mercosur sans Macron, on s'en fout de lui. Après, il devra sans doute être jugé pour ses crimes, ça ..." (1, 28'20)

Au passage, elle prend un discours plutôt pro-russe :

"L'enjeu principal avec l'Ukraine, c'est la possession des terres qui sont parmi les terres les plus fertiles au monde [...]. Et c'est ça ce qui est en jeu en Ukraine, ce n'est pas la démocratie, ce n'est pas les narines de Zelensky, c'est qu'il y a des paysans ukrainiens, qui sont en fait des ouvriers agricoles, qui sont payés 50 euros la semaine et du coup ça arrangerait nos dirigeants et leurs supérieurs hiérarchiques de la finance [avec "Blackrock" et la photo d'un type e n fond], parce que maintenant on en est là hein, de pouvoir délocaliser notre production agricole en Ukraine .. pour le blé, en Argentine pour le boeuf et au Brésil pour le soja." (1, 26'20)

La harangue aux agriculteurs

Globalement, la désinformation sur la DNC est désastreuse pour les agriculteurs : elle retarde les abattages (et donc favorise la diffusion) et les fait passer pour des buses. Elle les cibles tout particulièrement, les encourageant à "se battre jusqu'au bout". Évidemment, l'intervention de Tatiana Ventose à la Coordination Rurale était dans cette logique de haranguer les agriculteurs et de les conforter dans leur activisme.

Encore une fois, je ne vais pas tout détailler. Elle commence notamment par leur faire de la lèche misérabiliste ("ni en quoi vos conditions de travail et de vie sont d'autant plus indignes que vous faites le métier qui est le plus essentiel à la survie de tous." 2, 0'40") et à rendre hommage à Cédric LHomme, qui aurait "suivi toutes les consignes".

Elle dit plus tard aux agriculteurs "ils (les dirigeants) ont peur de vous ! Parce qu'avec 400 tracteurs, vous pouvez bloquer ce qu'eux aussi ont un besoin vital." (2, 10'20") Elle continue de les haranguer, en leur répétant constamment que l'État "veut les tuer" ou encore "Ils vous ont déclaré la guerre, [...] il faut que vous vous prépariez à tout. Ils vont utiliser toutes les armes à leur disposition. Pas seulement celle des fonctionnaires et des forces de l'ordre et de l'administration, pas seulement celle des vétérinaires aux ordres, ils vont aussi vous humilier, ils vont détruire votre image aux yeux de la France. Ils vont vous faire passer pour des gens violents, brutaux, qui sont là pour casser et détruire." (2, 12'05)

Elle se présente "lobby des producteurs et de la production française." (2, 4'35) Elle reprend aussi une vieille rengaine marxiste sur la fin de la sidérurgie lorraine dans les années 70, la diabolisation des "traités de libre-échange" ou encore la figure de Blackrock comme grand méchant.

Le lien avec la pseudo-écologie

Le lien avec la pseudo-écologie est d'abord avec la logique anticapitaliste et cette haine du financier qui traverse le courant.

On retrouve aussi des convergences plus nettes :

Le lien se fait aussi en opposition, avec la fustigation des "éoliennes et panneaux solaires", des contraintes administratives qui les opressent, de la "police de l'environnement" (2, 10'40") ou encore en évoquant "l'écolo débile" (2, 13'17) C'est assez flou, mais elle assimile le dénigrement des médias (que ses auditeurs comprendront aisément comme étant l'agribashing) aux "armes qu'ils ont contre vous". Plus clairement "Je sais que, pour reprendre les mots de votre président, on a sérieusement envie de leur faire la peau à ces gens, et moi la première [applaudissements]." (2, 13'35") Ce dernier parlait des écolos. Elle précise, que ce ne sont pas eux les responsables, mais, évidemment, la Finance.

Ainsi, la pseudo-écologie va créer cette nouvelle forme de pseudo-écologie, plutôt ancrée à l'extrême droite, les deux restant unies dans la détestation des institutions actuelles.

La décision de se retirer de Paris le 10/01

Un mois plus tard, les tracteurs étant montés manifester sur Paris Bertrand Venteau, président de la Coordination Rurale, a sonné la fin des manifestations. Tatiana Ventôse, qui l'avait pourtant bien soutenu l'a vilipendé dans une vidéo courte. Voici la transcription.

[lien]

Vous avez vu ce message du président de la Coordination Rurale, Bertrand Venteau, qui dit aux agriculteurs de rentrer chez eux ? Non mais sans déconner, tout ça pour ça. Est-ce que les mecs ont obtenu l'arrêt du traité UE-Mercosur ? Pas du tout, parce que même si Macron fait le kéké, en fait, ça va être signé quand même.

Est-ce qu'ils ont obtenu la fin de l'abattage ? Absolument pas. Est-ce qu'ils ont obtenu une mesure qui ne coûterait pas grand-chose, le contrôle aux frontières des produits qui arrivent de l'étranger et qui ne respectent pas nos normes ? Absolument pas.

Est-ce qu'ils ont obtenu de manière plus générale des conditions de travail dignes de ceux qui nourrissent la France, qui nous nourrissent nous, qui nourrissent le pays ? Pas du tout. Mais le président de la CR leur dit : "Rentrez chez vous".

Donc les agriculteurs qui n'ont pas dormi pendant trois jours, qui se sont démerdés pour aller à Paris dans la neige, dans le froid, qui ont déployé des trésors d'héroïsme et d'ingéniosité pour réussir à accéder à Paris, où l'État ne voulait pas les voir parce que, évidemment, mon Dieu, des tracteurs sur les Champs-Élysées, voilà, ça aurait fait mauvais genre...

Les mecs ont réussi tout ça, ils ont commencé à établir le rapport de force et le président du syndicat leur dit : "C'est bon, rentrez chez vous". Je ne sais pas, enfin, moi je ne suis pas agricultrice, mais si c'était le cas, je l'aurais un petit peu mauvaise.

Alors dans son message, il peut bien taper sur la FNSEA, qui sont des traîtres et des vendus, etc. Mais qu'est-ce que c'est que ça ? Ça, qu'est-ce que c'est ? Après, le président actuel de la CR est un ancien candidat macroniste aux élections. Voilà, je pose ça là, et je salue bien bas l'année 2026 qui permet de faire tomber des masques très, très rapidement.

Et le premier qui vient me dire que je ne serais pas concernée par ce mouvement, dont je n'aurais rien à dire... Bah en fait si, parce que je suis comme tout le monde, j'ai besoin de manger. Et j'aime autant manger des produits français, produits dans des conditions décentes, par des gens dont je souhaite qu'ils soient traités le mieux possible et pas mis en concurrence avec des connards à l'autre bout du monde pour le bénéfice d'autres connards de financiers.

Si, en fait, la défense des producteurs français, c'est mon intérêt, toujours, et ça le sera toujours. Et si tu penses que tu n'es pas concerné par le mouvement des agriculteurs et par la défense des agriculteurs, je pense que tu as un problème d'instinct de survie.

C'est une vidéo formidable, qui montre assez bien le peu de cas qu'elle fait des agriculteurs. Cela fait un peu penser à un chef d'entreprise qui engueule ses employés. Et pour cause, elle n'a jamais rien eu à faire de la dermatose et des dégats causés,