Le rapport guetté (n°1902) sur les "bassines" [22-11-2023]

Dans le cadre du débat sur une proposition de loi "visant à instaurer un moratoire sur le déploiement des méga-bassines", Clémence Guetté, député La France Insoumise, a réalisé un rapport rendu le 22 novembre 2023.

Avant-propos

L'avant-propos (p.5) donne le ton.

On a immédiatement le thème de l'accaparement : "Ces immenses réserves d’eau artificielles pompent dans les nappes phréatiques ou les cours d’eau au détriment de la majorité de nos concitoyens, et notamment de la grande majorité des agriculteurs."

C'est un mensonge. En effet, les bassines se remplissent souvent avec des nappes réactives (= qui se vident vite) ou des cours d'eau. Elles ne prennent rien à personne.

Rapidement, on a un autre mensonge : "Contre le sens commun, quelques lobbys patronaux poussent pour ces projets, se gavant au passage de subventions publiques pour les réaliser." En effet ce sont des agriculteurs qui poussent les projets et, surtout, les subventions permettent de financer les projets, pas de "gaver" ses promoteurs.

Il s'inscrit dans le dénigrement anticapitaliste des "patrons".

On retrouve ensuite la désinformation sur l'emprise du modèle agricole : "Les méga-bassines illustrent pourtant l’impasse du modèle agricole contemporain : les agriculteurs y sont écrasés par la pression des marchés, soumis aux aléas des cours de bourse et à la puissance des multinationales."

Ils utilisent cet argument pour affirmer leur propre emprise en promouvant "la bifurcation de notre modèle agricole". Clémence Guetté prétend que "La souveraineté alimentaire doit être l’un de ses objectifs principaux, à rebours de l’ouverture au marché à tout prix."

C'est un point important. Elle se prévaut de la souveraineté alimentaire, alors que la pseudo-écologie écrase la production agricole. C'est une inversion victimaire particulièrement immonde. C'est aussi la stratégie du brouillage des cartes : comment l'accuser de dégrader la souveraineté alimentaire de la France si elle prétend la défendre ?

Son projet collectiviste est explicité : "L’enjeu de l’eau est l’exemple le plus complet de la nécessité d’une réponse collectiviste à l’urgence écologique au XXIe siècle. [...] cette réponse doit être planifiée" La pseudo-écologie se montre encore une fois ici être une force tendant à un régime autoritaire et communiste.

Commentaire

La désinformation anti-bassines

Le rapport reprend la désinformation antibassines en reprenant

Double langage

Le texte proposé ne vise que les "méga-bassines", qui seraient les retenues concernées par le régime d'autorisation préalable ("200 000 mètres cubes et plus de 3 hectares", p.49). Or, aucun de ses arguments ne visent les "méga-bassines". La plupart visent d'ailleurs l'ensemble des retenues d'eau.

On retrouve le double-langage, qui consiste à chercher à gagner autant que possible, même si on tend clairement à interdire complètement la pratique.

L'écosystème mobilisé

De nombreux acteurs de l'écosystème sont mobilisés :

La force du lobby décentralisé

Ce rapport illustre l'importance d'avoir des acteurs variés dans l'écosystème, qui peuvent se renvoyer la balle. Ici, la député donne une tribune aux scientifiques, qui jouissent de la notoriété. En échange, ils apportent leur soutien symbolique.

Rien n'a besoin d'être contractualisé a priori, la député sait très bien que les universitaires interrogés vont soutenir son propos.

Déroulé

Prologue

Le rapport commence par relever des éléments sur l'accroissement de la tension sur la ressource en eau, puis que l'agriculture est la première "consommatrice" d'eau et surtout l'irrigation. Il souligne que seulement 6.8% de la SAU est irriguée en 2020 et qu'elle concerne une large part du maïs, des pommes de terre, soja, verger et légumes. Il précise : "Le maïs représente plus du tiers des surfaces irriguées, alors même que 40 % du maïs produit en France est exporté". Cette insistance est militante et insinue que l'exportation serait une mauvaise chose.

L'augmentation de la SAU irriguée est présentée comme un sujet "d'alerte" (p.13), alors que c'est logique si les risques de sécheresse s'accroissent.

Le rapport diabolise globalement l'impact des pratiques agricoles : "

"Les pratiques agricoles intensives impactent plus largement le cycle de l’eau par le drainage des milieux humides, la modification du fonctionnement naturel des cours d’eau, la création de retenues d’eau, ou encore le travail des sols et l’utilisation d’engrais et de pesticides. Elles affectent ainsi l’état des écosystèmes aquatiques et des eaux souterraines, ainsi que le régime des crues et des étiages, et dégradent la capacité d’infiltration des sols." (p.14)

Or, tous les types d'agriculture bénéficient de l'irrigation ; le travail des sols est plus important en bio, parce qu'on manque d'herbicide ; il faut aussi drainer les milieux humides pour cultiver bio.

Ce type de passage démontre que les "modèles" proposés par les pseudo-écologies ne sont que des pseudo-alternatives et que ces critiques ne sont que de la diabolisation.

Désinformation sur les "méga-bassines"

Il décrit les "bassines" en utilisant le terme "méga-bassines" p.14 et s. Puis, il défend que ce sont "une solution anachronique face aux nécessités du changement climatique".

Le choix de ce terme, anachronique, n'a de sens que si on connait la pseudo-écologie, dont l'un des leitmotiv est de se présenter comme la voie du progrès, du futur.

Le premier point est que les bassines "dérèglent le cycle naturel de l'eau"

Ce terme extrêmement vague tend à donner un aspect transcendental à la critique et invoquer l'image de la nature intouchée qu'il faut protéger.

Il commence par contester que l'eau non stockée soit "perdue" : "Contrairement à une idée reçue répandue selon laquelle l’eau hivernale serait « perdue » si elle n’est pas stockée, les connaissances scientifiques sur le cycle de l’eau démontrent que c’est en réalité « strictement l’inverse »." En se fondant sur "l'audition de M. Christian Amblard" ...

Ici il s'agit de caricaturer les bassines, qui n'ont pas pour objet d'assécher les rivières. Cela permet de brouiller les cartes.

Une étude est citée :

"L’expertise scientifique collective (ESCo) réalisée en 2017 sur « l’impact cumulé des retenues d’eau sur le milieu aquatique » montre un impact significatif avec des réductions de débit des cours d’eau de l’ordre de 10 % et pouvant atteindre jusqu’à 50 % en période de sécheresse"

Ce propos n'est pas spécifique aux bassines, qui n'extraient qu'une eau excédentaire. Il est néanmoins utilisé pour les dénigrer spécifiquement.

On retrouve le sujet de l'évaporation et l'estimation de Christian Amblard de 30%. Celle de Gabrielle Bouleau, de 3-7% est neutralisée : "ce qui, en cumulant toutes les retenues d’eau à l’échelle d’un bassin versant, correspond à des pertes non négligeables". (p.17)

Elles sont présentée comme de crédibilités équivalentes.

On retrouve le dénigrement de la qualité de l'eau stockée à l'air libre;

Plus largement, selon le rapport "les bassines réduisent l’irrigation naturelle des sols et affectent ainsi sa biodiversité, sa capacité d’absorption et sa fertilité." Il admet que "ces effets demeurent mal évalués", mais c'est présenté comme un aveu. (p.18)

Ce type de généralités sont courantes et assez simples : il suffit de présenter le moindre effet pour justifier cela. Par exemple, vu que les bassines sont bâchées, effectivement l'eau qui tombe dessus doit avoir du mal à s'infiltrer. Ces installations sont de grands travaux, qui "affectent ainsi sa biodiversité". L'éventualité d'un effet positif n'est pas envisagé, ni pensé par le lecteur.

Au final, on n'a aucune idée d'en quoi les bassines "dérégulent le cycle naturel de l’eau".

On arrive ensuite au discours de l'appropriation. Les méga-bassines "favorisent l’appropriation de la ressource par une minorité d’agriculteurs à l’échelle d’un territoire.

La clé ici est de présenter "la ressource" comme quelque chose de fixe, d'où piocherait la bassine, alors qu'elles rendent en réalité la ressource disponible.

Le reproche de la confédération paysanne, que les retenues d'eau ne bénéficie qu'à 149 exploitants sur 2000 dans le département, illustre parfaitement cela. On retrouve la logique de gauchistes de nivellement vers le bas, centrale pour comprendre ce syndicat.

Ici il sert aussi à illustrer que "les bassines divisent le monde agricole".

On a ensuite le discours de la maladaptation : "en augmentant artificiellement la disponibilité de l’eau, elles constituent un frein à l’évolution des pratiques agricoles". Clémence Guetté cite Florence Habets, qui parlerait d'un "verrouillage socio-technique".

L'absence de remplissage systématique est présenté comme les rendant non-rentables. Cela est fait sans aucun chiffre, seulement avec de l'insinuation et des propos vagues ("à long terme, la viabilité des bassines pose également question").

Comparaison avec l'Espagne et le Chili

On arrive ensuite aux expériences espagnoles et chiliennes.

Le rapport prétend que ces bassines "freinent l’adaptation nécessaire des pratiques agricoles au contexte climatique" sans préciser. On retrouve le dénigrement : le seul non-remplissement systématique est présenté comme niant leur intérêt.

L'Espagne se tournerait avec des usines de dessalement, qui sont dénigrées : "usines constituent un risque majeur pour la biodiversité des fonds marins et sont très onéreuses. Elles ne peuvent être implantées que dans les endroits proches de la mer et y rejettent d’importantes quantités de saumure."

Le rapport prétend que les bassines "contribuent à dégrader la disponibilité de l’eau dans les territoires et à maintenir des pratiques agricoles anachroniques au regard des nécessités du changement climatique." Il se prévaut d'un propos de Christian Amblard : "Les régions d’Espagne où l’on a fait le plus d’aménagements pour contraindre le cycle de l’eau sont les régions qui aujourd’hui souffrent le plus de la sécheresse".

Or, il est évident que plus il y a de la sécheresse, plus on va faire de bassines.

Rappelons que, contrairement à la France, les bassines alimentent surtout le maraichage et les vergers.

S'agissant du Chili, on retrouve les banalités classiques ("retenues d’eau au bénéfice d’une agriculture intensive, productiviste et exportatrice" ; "l’appropriation de la ressource en eau par de grosses exploitations agricole").

Aucun commentaire précis sur la réglementation de ces bassines.

On retrouve le discours mystique : "déconnecte l’eau de son cycle naturel". (p.21)

Ensuite les projets sont attaqués sous un angle administratif.

Le rapport reproche notamment la non-prise en compte du réchauffement climatique. (p.22 et s.)

On note que le rapport propose de renforcer "association des citoyens et des parties prenantes" (p.23-24). Il s'agit en fait d'augmenter le pouvoir de nuisance des environnementalistes.

Le rapport se prévaut de plusieurs décisions allant dans son sens, comme si elles démontraient l'illégalité des bassines. Les décisions mentionnées (p.24) sont néanmoins limitées.

On retrouve la rhétorique juridiste : lorsque des décisions sont en notre valeur, elles signifient beaucoup, lorsqu'elles sont contre nous elles ne signifient rien.

On note aussi un autre aspect de l'influence réglementaire passée : "La préfecture est pourtant obligée de fournir, chaque année, un rapport indiquant les volumes d’eau consommés par forage et par irrigant." (p.25)

Ces informations peuvent être utilisées pour faire pression sur des exploitants spécifiques.

Retarder les pseudo-alternatives

Les bassines sont ensuite accusées d'être "« une fausse solution, y compris à très court terme », ayant pour effet de « retarder l’évolution des systèmes agricoles vers des modes de production agroécologiques respectueux de l’environnement et de la santé humaine. »" par Christian Amblard.

C'est le discours de la maladaptation déjà évoqué plus haut. C'est évidemment absurde : les bassines sont un coût qui vient renchérir la production et favoriser les cultures moins gourmandes en eau.

Les protocoles d'accord prévoyant des engagement environnementaux sont dénigrés. On voit ici que l'objectif du rapport n'est pas d'améliorer la pratique, mais de la supprimer. On est dans la diabolisation, pas dans la critique.

Puis, le rapport nous livre les pseudo-alternatives :

  • "recours à des variétés et des espèces plus tolérantes à la sécheresse comme le blé dur, le tournesol, le colza, les légumineuses (pois, pois chiche, soja, quinoa, sarrasin, etc.)" (p.26)
  • "la pratique de couverts végétaux en hiver"
  • "la limitation de l’utilisation d’engrais chimiques et de pesticides"
  • "l’agroforesterie et notamment, l’entretien ou l’implantation de haies et d’arbres au bord des parcelles cultivées"
  • "le maintien et la restauration des zones humides"

Plus globalement : "D’une façon générale, les modes de production alternatifs comme l’agroécologie, l’agroforesterie ou l’agriculture biologique, constituent les solutions d’avenir pour adapter l’agriculture au contexte de raréfaction de la ressource en eau". (p.27)

Autres éléments

On retrouve de nombreux éléments désinformatifs ou participant à construire la pseudo-écologie.

Violence administrative

Le rapport décrit la violence administrative pseudo-écologiste :

"Ces projets ont suscité de fortes oppositions qui se sont traduites par la multiplication de recours en justice des associations de défense de l’environnement, la formation de collectifs anti-bassines et des manifestations populaires. À ce jour, une dizaine de recours concernant près de soixante bassines ont été gagnés par les associations environnementales." (p.16)

Citation abusive

Le rapport utilise la citation de sorte à tordre le sens des paroles. Par exemple, quand Gabrielle Bouleau dit "tous les besoins en eau ne pourront être satisfaits" (p.18), c'est cité pour étayer l'idée que les bassines accaparent la ressource.

Passéisme

Chantal Jourdan (député PS) : "L’ampleur des ouvrages destinés à l’irrigation va de pair avec un modèle agricole néfaste. On doit retrouver les anciens savoir-faire pour résister au stress hydrique." (p.54)

Il s'agit d'un discours d'idéalisation du passé et de pseudo-alternative.

Assimilation centre et extrême droite

Un des éléments de langage récurrents à l'extrême gauche est d'assimiler le centre à l'extrême droite.

Ici, C. Guetté déclare : "Comme prévu, main dans la main, le Rassemblement national et la Macronie demandent la suppression de l’article unique de notre proposition de loi." (p.51)

Relativisme

Clémence Guetté relativise : "L’idéologie n’est pas un gros mot. [...] C’est en effet idéologie contre idéologie, car il n’est un secret pour personne que nous n’avons pas la même." (p.55) C'est le discours totalitaire du "tout est politique".

Notez qu'elle répond à un propos médiocre de Bruno Millienne (DEM) : "C’est idéologie contre idéologie. Vous nous dites que l’État impose aux paysans de cultiver la terre d’une certaine manière, mais vous voulez imposer votre manière de le faire." (p.54)

Il reconnait ainsi implicitement ce qu'elle dénonce.

Ce passage illustre clairement un de mes aphorismes : il n'y a pas de meilleur allié qu'un mauvais ennemi.

Fausse neutralité

Clémence Guetté présente le fait d'aller discuter avec des protagonistes locaux comme une sorte de travail journalistique intègre :

"Pour y voir plus clair, je me suis déplacée en Espagne, pays qui a connu un développement à très grande échelle des bassines depuis plusieurs dizaines d’années ; j’ai rencontré des représentants des communautés d’irrigants et de la chambre d’agriculture de l’Aragon. Je me suis également rendue dans le Puy-de- Dôme, auprès d’agriculteurs, de collectifs et d’associations de défense de l’environnement, d’un hydrologue et d’un écologue. Dans les Deux-Sèvres, enfin, j’ai rencontré des agriculteurs en bio et un physico-chimiste spécialiste de la qualité de l’eau à l’université de Poitiers. "

C'est la stratégie de la fausse neutralité, qui permet de présenter son discours comme plus crédible qu'il n'est.

Désinformation sur les nappes

Le mensonge sur les nappes est tacite dans le texte, mais explicité dans les débats, par Murielle Lepvraud (LFI) :

Un moratoire permet de s’arrêter pour réfléchir. Faire face aux sécheresses en asséchant relève d’un rêve de Shadoks. Ce n’est pas parce que l’eau est prélevée en hiver dans les nappes phréatiques qu’elle n’est pas prélevée ! Laissée à l’air libre dans une bassine, son volume diminue par évaporation et il est aberrant de perdre une partie de la ressource en période de pénurie.