Benoit Biteau
Benoit Biteau est intervenu le 20/12 sur BFMTV à propos de la Dermatose Nodulaire Contagieuse. Appartenant à la sphère pseudo-écologiste, qui est d'ailleurs principalement à l'origine de la grogne agricole, son avis est intéressant. Son propos a été repris par un article de Reporterre.
L'intervention de Benoit Biteau sur BFMTV
— Quand on bloque, quand on se positionne, quand on est en colère, on obtient des choses M.Biteau, c’est comme ça ?
— Ça ne devrait pas être comme ça, parce que, en vérité ...Moi, j’aime bien citer Mendes France, qui disait que gouverner, c’est prévoir.
Et quand on est dans des situations comme ça, c’est que précisément, on n’a pas prévenu. Et ce n’est pas comme si la dermatose nodulaire contagieuse apparaissait depuis trois mois. C’est une maladie qu’on connaît bien en Europe.
On l’a observée en 2015 dans les Balkans, on l’a observée en Europe, en 2015 également. Ce n’est donc pas nouveau. Mme Genevard nous explique qu’il faut appliquer les réglementations européennes, sauf que j’ai été député européen et que je les connais, ces réglementations.
La Fédération des vétérinaires européens dit qu’il y a des alternatives à l’abattage total. L’EFSA dit qu’il y a des troupeaux vaccinés. Bref, on ne fait pas de l’abattage total.
Après, on ne peut pas surinterpréter et dire que la réglementation nous impose ce qui n’est pas écrit. Ce que demande la réglementation, c’est de construire des protocoles rigoureux et sérieux pour endiguer la DNC, parce que oui, c’est une maladie très contagieuse, une maladie qui fait souffrir les animaux, et dont 5 à 10 % des animaux atteints peuvent mourir. Donc évidemment, il faut la traiter.
— Mais ça veut dire quoi ? Que le gouvernement fait trop jouer le principe de précaution ?
— Non. Le gouvernement n’a pas appliqué des mesures sanitaires, il a appliqué des mesures commerciales.
— Pourquoi ?
— Mais bien sûr que si. Madame, je vous souhaite de me laisser parler. Je suis aussi scientifique et je suis capable de déployer mes arguments.
C’est une mesure commerciale imposée par la FNSEA, parce qu’à partir du moment où on vaccine tout le troupeau, on va avoir des animaux qui vont être séropositifs et qui vont bloquer les exportations.
Et c’est juste pour préserver la capacité à exporter qu’on est dans ces mesures très radicales portées par Mme Genevard.
On voit plusieurs choses notables.
D'abord, il présente la DNC comme une maladie qu'on "connait bien", en donnant une seule épidémie qui a été très courte. Jean-Yves Gauchot, dont l'avis est infiniment plus savant que celui de M.Biteau, au contraire a expliqué le contraire : si la maladie est endémique en Afrique, elle est peu étudiée en Europe. En outre, il semble que l'abattage total des troupeaux infecté a justement été la manière de prédilection, sauf peut-être dans les îles.
C'est une désinformation commune.
Il reprend le mensonge sur l'EFSA. Il fait référence à une étude simulant rétrospectivement le résultat des stratégies de contrôle dans les Balkans. D'une part cette étude ne traduit pas la position globale de l'EFSA et d'autre part elle est décontextualisée : sa conclusion, que l'abattage total est aussi efficace que l'abattage partiel, ne vaut que dans les zones vaccinées. Or, le vaccin met longtemps à être efficace.
Pour la référence à la FVE, je n'ai pas trouvé.
Cette manière de faire (sortir divers documents en prétendant qu'ils détiennent la Vérité, alors qu'ils participent juste aux débat scientifique et que leur portée doit être appréciée au regard de l'ensemble des études) est commune chez les antivaxx et autres courants pseudo-scientifiques. Quant au manque de précision, il permet d'éviter le débat.
Il prétend connaître la réglementation juste parce qu'il a été eurodéputé. Je n'ai pas besoin de préciser l'imposture. Il se prétend "scientifique". Idem.
On retrouve le complotisme anti-FNSEA, classique : c'est le syndicat agricole qui serait à la source de tout. L'État, l'ordre des vétérinaires et les dizaines d'organisations ayant approuvé le plan deviennent ses pantins dans ce délire morbide.
La posture du "sachant": un élément récurrent de la pseudo-écologie
Le complotisme: un thème récurrent de la pseudo-écologie
La FNSEA: l'un des diables de la mythologie pseudo-écologiste
Et bien sûr, il y a sont propos principal : "Le gouvernement n’a pas appliqué des mesures sanitaires, il a appliqué des mesures commerciales."
C'est qu'en pseudo-écologie, l'agriculture n'est pas une activité économique, c'est un sacerdoce. Cela justifie une sorte d'aura supplémentaire pour les "paysans", mais en contrepartie, cela suppose une sujétion absolue. Bien sûr, l'exportation est un péché, le commerce international étant un des aspects du capitalisme, le principal diable de la mythologie pseudo-écologiste.
DNC : désinformation sur l'impact de la vaccination et la perte du statut indemne
Le « paysan » comme pseudo-alternative
L'agriculture en pseudo-écologie : une activité pas vraiment économique
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Plus largement, on voit la démarche de la pseudo-écologie tentant de s'adosser au dénigrement de la stratégie du gouvernement pour faire ignorer (ou attribuer au gouvernement) qu'elle est à l'origine de beaucoup des maux des agriculteurs.
L'article de Reporterre
Reporterre a très rapidement repris le propos de l'ex-eurodéputé sur le titre " bovine : pourquoi la France rechigne à vacciner tous les troupeaux" Voici les éléments que j'ai relevés.
Complotisme anti-FNSEA
Comme B.Biteau, la FNSEA est présentée comme principal décisionnaire : "l’État et la FNSEA ont choisi l’abattage total des troupeaux et la vaccination ciblée."
D’un côté, le ministère de l’Agriculture et la FNSEA, le syndicat majoritaire productiviste, défendent ce mode de gestion pour éviter des « conséquences économiques énormes » ; de l’autre la Confédération paysanne et la Coordination rurale (CR), un syndicat proche de l’extrême droite, rejettent le « dépeuplement » et réclament la généralisation de la vaccination sur tout le territoire.
Les acteurs principaux, les vétérinaires et les autres experts, sont totalement effacés de cette mythologie.
Régulation européenne : un coup contre son camp ?
L'article est plutôt complet sur le plan réglementaire. Il détaille le fait que les animaux et produits ne peuvent pas être exportés et des textes sur les mesures sanitaires.
L'abattage total
Néanmoins il évoque que l'UE exige "l’abattage et l’élimination ou la mise à mort d’animaux susceptibles d’être contaminés ou de contribuer à la propagation de la maladie répertoriée". Repris par Reporterre, B.Biteau prétend que cela n'impose pas l'abattage total de chaque élevage infecté.
Or, s'il y a un animal malade, il y a toutes les chances qu'il y en ait plusieurs de simplement infectés (sans symptômes) ou avec le virus en incubation. L'ensemble du troupeau devient donc suspect de pouvoir "contribuer à la propagation", sans pouvoir être efficacement disculpé, les tests communs donnant souvent de faux négatifs.
Il reprend l'étude de l'EFSA, en en faisant une interprétation bien foireuse ("sur un troupeau vacciné, l’abattage ciblé est aussi efficace qu’un abattage total."), négligeant le fait qu'un animal peut avoir été infecté avant la vaccination.
L'exportation
Il rappelle que les zones vaccinées perdent le statut "indemne", car le vaccin peut dissimuler la maladie.
Il reprend des chiffres intéressants venant d'Interbev : « En 2024, les exportations françaises ont représenté 1,42 million de bovins, pour une valeur de 1,75 milliard d’euros, ainsi que sur 204 000 tonnes de viande bovine, représentant 1,28 milliard d’euros [...] En ce qui concerne le secteur laitier, 40 % de la production est exportée vers d’autres États membres ou pays tiers."
B.Biteau en profite pour proposer une pseudo-alternative : ne pas exporter. Malin.
Diabolisation de l'objectif
L'idée évoquée par B.Biteau est reprise : "Objectif : maintenir au mieux les exportations." En somme, l'abattage total n'aurait pas d'objectif sanitaire.
C'est le thème de tout l'article, sans être à aucun moment démontré clairement. Tout va fonctionner par effet d'apposition :
- On pourrait légalement ne pas abattre totalement, en reprenant l'étude de l'EFSA.
- L'impact sur les exportations et les exploitations serait désastreux.
L'effet d'apposition: quand la succession fait sens
La diabolisation, un élément central de la pseudo-écologie
On retrouve au centre l'idée mentionnée plus tôt, que l'élevage ne serait pas une activité économique, n'aurait pas besoin d'être rentable.
Détail intéressant, alors que la Coordination Rurale répète qu'il n'y aurait pas d'impact de la vaccination sur les exportations, l'article relège que "suite à l’apparition des premiers cas de DNC, le Royaume-Uni a annoncé dès juillet l’arrêt de certaines importations de bovins, viande bovine et produits laitiers français." On leur souhaite beaucoup de plaisir à négocier avec les anglais ...
Une question : que font les autorités ?
La désinformation atteignant des sommets phénoménaux, on peut se demander : pourquoi l'EFSA et la FVE ne clarifient pas leur position ? Le gouvernement a fini par proposer une FAQ, mais que je n'ai JAMAIS vue citée sur Twitter ou dans les débats.
La désinformation prospère sur la faiblesse, sur la nullité des institutions, notamment en matière de communication.