La désinformation sur la dangerosité du Tritium


Le tritium est un isotope faiblement radioactif de l’hydrogène (c’est un atome d’hydrogène avec 3 neutrons) qui se forme naturellement dans le réacteur lors du fonctionnement des réacteurs nucléaires à eau. Sa demi-vie est très courte : 12,3 ans.

La désinformation sur le tritium consiste à exagérer sa dangerosité, en insistant notamment sur les volumes importants d'eau tritiée. Apparue petit à petit dans les années 90 et plus explicitement sous sa forme moderne (ciblant surtout La Hague), elle continue encore aujourd'hui.

Généalogie de la désinformation

On retrouve des mentions du tritium dans les années 60 dans son rôle dans la bombe H ou bien pour diverses propriétés (datation du vin).

Prélude : l'époque où on ne désinformait pas (trop)

La première mention que j’aie trouvée date du 18 juin 1987 dans Sud Ouest : coincée entre deux affaires judiciaires, l’histoire d’une petite fuite d’eau « très faiblement radioactive » par une femme qui cherchait des champignons. Le traitement est rigoureux et précis :

« On indique que la radioactivité de cette eau qui contient de petites quantités de tritium est de 7,5 micro Curies par litre, soit 277500 Becquerels (le seuil réglementaire de potabilité de l'eau est de 80000 Becquerels par litre). La fuite est localisée par un système d'épuration de l'eau de la piscine et semble pratiquement maîtrisée. »

Idem pour un accident à Chalk River en 1988 (1).

Le premier article qui ressemble à la désinformation sur le tritium pourrait dater, au Canada, de 1990, avec un article de La Presse donnant la parole à un biologiste accusant un taux élevé de malformations congénitales d’être imputable aux rejets de tritium par la centrale de Pickering. (2) Quelques jours après, « plusieurs groupes environnementaux québécois réclament une étude épidémiologique sur la population vivant aux alentours de la centrale nucléaire Gentilly II. » (3) Le journaliste, s’il donne corps aux revendications (« certaines études tendent à démontrer un lien direct entre son absorption et des malformations congénitales. »), présente fidèlement l’avis contraire.

Greenpeace arrive peu après, accusant « la Commission fédérale de contrôle de l'Énergie atomique du Canada de fermer les yeux sur les risques que peuvent faire encourir les radiations à la population, ceci afin de ne pas nuire à l'industrie nucléaire. » (4) Quelques jours après, un article sur le fait que le bateau de Greenpeace s’échoue sur un banc de sable est l’occasion de ressortir l’élément de langage :

« Pour Greenpeace, la situation avait ses aspects positifs. Trois heures sur un banc de sable avec des journalistes captifs, ça donne tout le temps de déballer sa marchandise. Les organisateurs en ont donc profité pour parler des malformations congénitales prétendûment causées par les émissions de tritium, un isotope radioactif produit par les centrales à énergie nucléaire Candu, des dangers des déchets nucléaires dont on ne sait trop que faire, etc. »


Le récit d’un incident à Gentilly II, lors duquel trois employés ont été aspergés d’eau lourde et une légère fuite de tritium s’est produit, est parfaitement factuel et non alarmiste.

Le début de la désinformation en France

En France, on trouve une courte mention dans Le Monde Diplomatique en 1993 (« du tritium radioactifs, dont les effets, notamment sur le climat et la santé, demeurent inconnus lorsqu'ils atteignent des niveaux élevés ») et, un an plus tôt, dans le même journal par la même auteure (une membre de la CRIIRAD et du GSIEN, deux organisations antinucléaires dont nous parlerons plus loin), est évoqué un rejet « d’eau radioactive »

https://pseudo-ecologie.fr/blog/martine-deguillaume-monde-diplo-radioactivite-et-dechets-03-1992/
https://pseudo-ecologie.fr/blog/monde-diplo-russie-et-nucleaire-1-07-1993/


Néanmoins, le vrai début se fait le 8 décembre 1994, lorsque Greenpeace accuse la Hague de pollution radioactive en raison de ses rejets d’eau tritiée.

L’accusation sera renouvelé de nombreuses fois et revient dans les médias encore aujourd’hui. Néanmoins elle a mis un certain temps à se lancer.

https://pseudo-ecologie.fr/blog/La-hague-les-echos-le-tritium-et-greenpeace-8-12-1994/

Le "second round" en 1996

Il a ainsi fallu attendre 1996 pour le « second round ». La Crii-Rad avait dénoncé dans un article d’ un article d’Environnement Magazine (6) qu’une installation nucléaire militaire avait « contaminé, par ses rejets en tritium, certaines nappes d'eau souterraines du département. » L’article relativise néanmoins, estimant que les émissions les plus importantes sont celles liées aux essais nucléaires et que, même celles-ci sont in fine insignifiantes : « On estime que l'activité de la totalité du tritium rejeté par les bombes sur la surface terrestre varie entre 4 et 7 becquerels par kilo de matière sèche. Pas de quoi irradier un chat ! »

Globalement, l’article est nuancé, rappelant plusieurs ordres de grandeur importants, comme la dose naturelle de radioactivité reçue ordinairement par le corps humain. L’article évoque également les rejets d’une installation de production d’armes atomiques, estimés à « 40 millions de térabecquerels », et un accident soviétique du 29 septembre 1957 qui a libéré un milliard de milliard de becquerels. Un article du même jour et du même journal explique factuellement ce qu’est la radioactivité (7)


Un contentieux juridique autour de la couverture d’un dépôt de déchets nucléaires, porté par les Verts, sera l’occasion de plusieurs articles sur les déchets nucléaires.

L’un deux, un article de Libération du 23 janvier 1996 entre dans le registre du journalisme militant : discours romancé, la présentation biaisée des faits, la diabolisation … La journaliste, Hélène Crié, a d'ailleurs cosigné un livre antinucléaire avec Michèle Rivasi.

https://pseudo-ecologie.fr/blog/liberation-le-csm-de-la-hague-et-dechets-nucleaires-23-01-1996/

L’article est très intéressant, car il montre comment le droit est instrumentalisé pour créer du contenu alarmiste (c’est illégal, donc c’est un danger terrible). S’agissant du tritium spécifiquement, la journaliste rapporte un résultat de l’ACRO, présenté comme un « laboratoire indépendant », selon lequel "la pollution des nappes phréatiques par le tritium » serait plus de trois fois supérieure à la « limite sanitaire française ».


Pour aller plus loin :